Vidéotopsie numéros 6, 8, 9, 11 et 12

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A l’occasion du Bloody Week-End, le roi du scalpel David Didelot décida de faire un retirage de plusieurs numéros de Vidéotopsie, à savoir les numéros 6, 8, 11 et 12. L’occasion était trop belle pour ne pas en profiter pour passer en revue ces publications passées, y ajouter le numéro 9 que j’ai obtenu dans le même temps, et visualiser un peu mieux l’évolution de ce fanzine…

 

Je le dis, je le redis, encore et encore, mais le fanzinat prend de plus en plus de place dans notre petit monde régi par le bis, et nous ne nous en plaindrons certainement pas. Et nous nous plaindrons encore moins de voir que le Bloody Week-End d’Audincourt accueille de plus en plus de stands liés aux publications amateurs, avec l’apparition en 2015 d’une table tenue par le Fanzinophile, qui proposait donc à la vente vieux et nouveaux fanzines. Cette échoppe bien achalandée rejoignait ainsi celle, tout aussi bien tenue, de Didier Lefèvre et Rodolphe Laurent, que vous connaissez bien via Médusa pour le premier et Le Bissophile pour le second. Il y avait, là encore, du choix question publications, anciennes comme récentes. Et puis il y avait le comptoir sanguinaire tenu par David Didelot, qui proposait fort logiquement son livre Gore : Dissection d’une Collection mais également le dernier Vidéotopsie en date, le quinzième qui s’était bien fait remarquer grâce à une certaine Annie Belle qui lui offrit ses charmes. Mais comme un bouquin et un zine, aussi excellents soient-ils, ça ne remplit pas un stand, David a eu la bonne idée de passer par la case imprimerie et en est revenu avec des rééditions de quelques numéros triés sur le volet. Hors de question pour le Vidéotopsieur de nous proposer des numéros qu’il juge médiocre, faisant donc l’impasse sur les premiers… que nous accueillerions pourtant avec grand plaisir ! David débute donc sa série de rééditions avec le sixième opus, que nous allons analyser sans plus tarder…

 

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1997, année de la sortie de quelques belles bombes du cinéma comme L.A. Confidential, Starship Troopers ou La Vérité si je Mens ! (cherchez l’intrus), qui nous faisaient bouger dans les salles obscures, sans doute pour échapper aux hymnes insoutenables des Spice Girls, qui cartonnaient à l’époque. Ah, on me signale que l’on n’était même pas à l’abri d’une pop industrielle et mal branlée dans les temples du cinoche : cet intemporel navet qu’est Spice World venait de sortir, cette année-là ! Pour ne pas s’infliger cela, le bisseux avait donc toutes les raisons de rester cloitré chez lui avec une bonne lecture dans les pattes. Ca tombe bien, 97 est aussi l’année de sortie du Vidéotopsie 6, qui affichait clairement la couleur avec sa couverture, montrant un homme avec un pif de chien et des dents pointues alité aux côtés d’une demoiselle dénudée et avec les tripes à l’air, tripes que le brave homme avale avec délectation. Vous avez reconnu Le Zombie venu d’Ailleurs de Norman J. Warren et compris que la couleur de peau de Vidéotopsie, c’est le rouge, et ce même si la publication avait encore des couvertures en noir et blanc à l’époque (le numéro suivant, concentré sur Jack l’Eventreur, aura une couverture colorée, la première du fanzine si l’on considère que le tout premier numéro et sa page rouge ne compte pas réellement). Comme toujours, le numéro débute par une première page réunissant le sommaire, les informations concernant le zine (rédacteurs, adresses, vous connaissez la chanson) et donc un édito montrant un Didelot surpris du succès naissant de son magazine et ravi de découvrir d’autres amateurs de cinéma bis. Il est toujours intéressant de découvrir les anciennes pensées ou états d’âmes passés provenant de personnalités toujours en activité, ça ne loupe pas cette fois-ci et le connaisseur de Vidéotopsie appréciera. Bien sûr, et comme souvent avec ce fanzine, tout débute réellement avec le film autopsié, ici le Vidéodrome de Cronenberg, décortiqué par Stéphane Caboche. Un très bon texte, qui analyse l’œuvre de manière intelligente sans non plus se refuser quelques passages plus personnels, l’auteur s’autorisant quelques parenthèses pour pousser l’un ou l’autre coup de gueule, dézinguant par exemple un Independance Day qui l’avait bien mérité. Cela se lit avec plaisir car Stéphane Caboche connait son sujet (David précise dans l’édito que son rédacteur est un passionné du Canadien) mais soyons honnêtes : de nos jours un article sur Vidéodrome n’a plus tout à fait la même saveur qu’en 1997. De toute évidence, le film n’était pas encore aussi culte que de nos jours lors de la sortie de ce numéro 6 et, en 2015, le bisseux n’aura sans doute pas la même soif de lecture au sujet de ce film qu’il pourrait en avoir pour du bis rital ou espagnol. Reste qu’il y a près de 20 ans, ce dossier était plus que bienvenu, c’est un fait, et David et son équipe ne se lancent de toute façon pas dans un dossier en songeant aux générations futures.

 

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Bien sûr, avec David, la collection Gore n’est jamais bien loin. On le retrouve donc à patauger dans la boue dégueulasse de ces bouquins qui ne le sont pas moins, revenant sur les romans écrits par Nécrorian : Blood Sex et sa suite, Impacts, Skin Killer, Inquisition et Rêves de Sang. S’il était bien loin d’imaginer lors de la rédaction de ces cinq pages de chroniques qu’il deviendrait également l’homme derrière la bible de la collection, notre légiste du genre prouvait déjà qu’il était l’homme de la situation avec ces écrits, qu’il reprendra d’ailleurs dans son livre, les modifiant tout de même. La comparaison entre les versions est en tout cas intéressante, David affinant le tout, conservant les meilleurs mots rédigés deux décennies plus tôt par une plume déjà solide comme la pierre. Entretien intéressant par la suite avec Julien Lambroschini au sujet du tournage du Syndrome de Stendhal d’Argento, dans lequel il est l’un des premiers rôles. L’interviewé est honnête, semble ne pas en savoir trop long sur le film en question, mais il est en tout cas très agréable de lire son rapport sur cette expérience nouvelle pour lui. On attaque ensuite le gros morceau du numéro, sans doute l’article le plus intéressant du lot, qui revient sur Les Horreurs du Docteur Phlébose. Késako ? Un vieux film de Jess Franco ? Ca pourrait mais non, c’est en fait une bande scénarisée par David Didelot, qui joue également dedans, et réalisée par Jean-Sébastien Gaboury. Voilà qui est intéressant pour l’historien du fanzinat puisque le rédacteur, Jean Boechac, nous explique que David avait chroniqué dans un précédent numéro Le Château du Comte Orloff, là encore réalisé par Gaboury, un film bien sûr amateur. Didelot, qui a toujours eu à cœur de soutenir les efforts des créateurs désargentés, a tant aimé cet effort qu’il a sur le champ envoyé à Jean-Sébastien un scénario de son cru (Phlébose, donc !), que le jeune réalisateur accepta de tourner. Et, mine de rien, on tient là une anecdote en or puisque l’on peut désormais voir la naissance progressive du fanzine Le Charognard, que Gaboury éditera quatre à cinq années plus tard après avoir fait ses premières armes dans Vidéotopsie. David le conviera effectivement à écrire dans sa revue à partir du numéro 8, mais nous y reviendrons… Reste que si le chef de Vidéotopsie n’avait pas envoyé son scénario au Charognard, et bien il n’est pas dit que le fanzine de ce dernier serait un jour venu au monde !

 

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L’article nous relate en tout cas la création du film et en fait également la critique, très sincère puisque Jean Boechac (pseudo pour masquer Stéphane Caboche, rédacteur du zine) n’hésite pas à dire que c’est assez mal foutu, budget riquiqui oblige. Il précise néanmoins qu’un plaisir ressort clairement de cette œuvre, nous donnant bien envie de la voir, surtout pour voir Baby Didelot (on voit une photo de David à l’époque et ouais, c’est Baby Didelot !), caché sous le pseudo de David Orla, jouer la comédie. D’autres surnoms parcourent le film, comme Sarah Steele, qui cache en fait la sœur de David, qui incarne sa femme dans le métrage. Notons par ailleurs (et ce n’est pas précisé dans le dossier) que le fourbe frangin avait omis de préciser à la pauvre jeune fille qu’elle allait devoir tourner une scène de nu, même filmée à travers le trou d’une serrure, la mettant quasiment devant le fait accompli ! Nous avons ensuite tout le loisir de nous rendre compte que le rédacteur en chef a toujours aimé la même chose puisque les reviews bis reviennent sur des œuvres de Bruno Mattei, Claudio Fragasso et Joe d’Amato (même si c’est Nicolas Felgerolles qui se charge du cas de ce dernier) ! David délaisse ensuite un peu l’Italie pour revenir sur la carrière d’un Anglais, le fameux Norman J. Warren, dont toute la carrière est analysée (du moins ses films d’horreur), ce qui fournit un guide encore très intéressant de nos jours puisque le britannique n’est pas spécialement servi en dossiers par chez nous. Enfin, deux pages décortiquent pour nous les sorties fanzinesques de l’époque, avant de cloturer ce sixième et beau numéro sur une publicité pour un autre film amateur : Le Bunker de Stéphane Guesno. Avant de passer au numéro 8 (rappelons que le septième n’a pas encore eu les honneurs d’une réédition), quelques mots sur la forme du zine, bien sûr en noir et blanc. David vous dirait sans doute que ce qu’il faisait à l’époque n’était pas bien terrible, il n’empêche que le tout garde un charme indéniable et qu’il est plaisant de voir une revue avec des photos collées sur les pages, des cadres tracés au marqueur (ça se voit, ce n’est pas toujours très droit !) et, surtout, des dessins bien old-school. La page d’ouverture jouit de quelques tracés de Pascal Chérel, qui montrent un homme-loup, un reptile monstrueux et un croisement entre Jason Voorhees et Leatherface en train de lire Vidéotopsie tandis que celle de clôture dévoile des crayonnés d’Yvan Didelot qui ne sont pas sans rappeler les pochettes des démos des groupes de metal extrême de la fin des années 80. Ces démons ou crânes sur lesquels on a délicatement posé un cierge font leur effet et renforcent le côté vintage de cette publication, excellente. Notons que David n’a rien changé pour cette réédition, qui est identique à celle de 1997. Seul le papier est de meilleure qualité !

 

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Même constat au niveau du numéro 8, sorti en novembre 1998, dont la qualité d’impression est égale à celle du sixième opus, ce qui est bien évidemment fort logique. Et pour ce qui est du programme, il ne surprendra guère toute personne connaissant un minimum David Didelot, qui placarde fièrement Blue Holocaust, l’un de ses films cultes, en couverture. Sans surprise, c’est donc le chef d’œuvre de Joe d’Amato qui se retrouve autopsié en entame de numéro, et ce de long en large. Bistouri en main, David revient bien sûr sur l’histoire de cette ode à la mort, résumée pour les étourdis qui auraient la mauvaise idée de passer à côté de cette bombe à la bolognaise. Comme toujours avec la rubrique des films autopsiés, le lecteur a droit à une fiche technique faisant les présentations des divers membres de ce cadavre exquis, du réalisateur aux acteurs en passant par les divers assistants et producteurs. Suit bien entendu une longue analyse du film, qui se conclut par un excellent paragraphe sur le personnage principal, que David replace dans sa solitude. Pas prêt de lâcher son réalisateur culte, Vidéotopsie se lance par la suite dans un court mais sympathique entretien avec le grand Joe, qui nous parle aussi bien de ses œuvres horrifiques que de celles qui écartent les cuisses. Ca ne dure que deux pages mais lire ce fier artisan est finalement devenu assez rare à notre époque, le bisseux saura donc apprécier l’occasion ! Jamais contraire à l’idée de rester dans une ambiance poisseuse, David se lance via le papier suivant dans les feuillets tâchés de sang de la Collection Gore qu’il aime tant. C’est Corsélien qui se retrouve allongé sur la table d’autopsie et voit ses organes explorés par le fanéditeur, qui critique donc chacun de ses bouquins. Une fois cette pause littéraire terminée, il est temps pour les Vidéotopsieurs de revenir coincer leurs doigts dans le magnétoscope avec l’inévitable section des reviews bis qui, comme de juste, s’attaque très largement au cinoche de genre européen. Shocking Dark de Bruno Mattei (là encore, une présence pour ainsi dire obligatoire dans les pages du zine), Panic de Tonino Ricci, Amazonia, la jungle blanche de Ruggero Deodato, La Mariée Sanglante de Vicende Aranda, qui est également interviewé pour l’occasion, Le Vampire Sexuel de Jose Luis Madrid ou encore Maya de Marcello Avallone sont donc quelques-uns des films passés en revue par la fine équipe de 1998. Si vous avez déjà tenu un Vidéotopsie en main, et si ce n’est pas le cas il est encore temps de s’y mettre, vous savez que les chroniques en question tiennent de ce que l’on pourrait nommer une « simplicité fignolée ». Il faut comprendre par-là que les rédacteurs (David donc, mais aussi Jean-Sébastien Gaboury et Stéphane Caboche) s’adressent à leurs lecteurs comme à des amis maîtrisant le même langage de bisseux qu’eux mais sans pour autant tomber dans une familiarité facile, chaque texte étant bossé pour proposer une étude précise et instructive des bandes traitées. Le meilleur des deux mondes, en somme.

 

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Si Vidéotopsie s’est toujours attaché à revenir sur les plaisirs d’un passé volontiers magnétique, le fanzine a également toujours eu à cœur de filer un gros coup de pouce aux travailleurs de la si peu répandue Série Z française. Pas du genre à cracher sur un petit budget confectionné avec amour, David rédige donc une page pour présenter Stéphane Guesnot, cinéaste amateur qui avait d’ailleurs droit à une petite page de pub dans le numéro 6. D’ailleurs, on peut imaginer que ce même Guesnot se planque derrière le nom de Stéphane Nogues dans les pages suivantes, à l’occasion d’une sympathique interview avec Laurent Dallias, que les habitués du cinéma, là aussi très fauché, de R.J. Thompson connaissent bien puisqu’il joua dans les Time Demon. On quitte ensuite les réalisateurs français pour un Espagnol bien connu de nos services, à savoir Juan Piquer Simon, qui a droit à une rétrospective organisée par Jean-Sébastien Gaboury (et à une chronique rédigée par Didelot). Du Continent Fantastique au visiblement loupé Magie Noire, toutes les VHS du réalisateur de Slugs passent donc par l’engin de Jean-Sébastien (je parle de son magnétoscope, hein, bande de pervers !), qui chronique sincèrement, sans faire de cadeaux, n’hésitant pas à descendre les bandes qui le méritent. Très instructif, d’autant que la carrière du gars derrière Le Sadique à la Tronçonneuse n’est pas spécialement la plus traitée par chez nous. Enfin, passage obligé, David revient sur les fanzines sortis en 98, des publications désormais bien lointaines puisqu’elles ne jouissent plus de nouvelles sorties, comme le Atomovision de Fabrice Lambot (qui met l’eau à la bouche lorsque l’on lit le petit texte qui lui est consacré !). Par contre, certaines choses restent inchangées puisque voilà près de vingt ans sortaient déjà Hammer Forever (le 10) et Médusa (le 11), l’ami Didier laissant déjà les serpents vivant dans sa chevelure vagabonder dans bien des revues… Enfin, ce numéro 8 se finit sur une page revenant sur Jack l’éventreur, qui était je le rappelle la star du numéro 7. David revient donc sur quelques oublis, précise de nouvelles sorties et y va donc de nouveaux conseils. Que dire de cette huitième proposition bis, alors ? Disons que nous avons sans doute ici un numéro qui fait office de passerelle entre les différentes époques de Vidéotopsie. En effet, le noir et blanc, quelques dessins (Pascal Cherel et Yvan Didelot – dont le trait rappelle toujours autant les débuts de la scène death metal – rempilent aux crayons tandis qu’Alec Anikinow propose une vision toute personnelle, et assez dérangeante, de Blue Holocaust) et une ambiance générale relie ce numéro 8 aux précédents, ce qui ne l’empêche pas d’apporter de nouvelles choses et de regarder, à sa manière et sans s’en douter, vers le futur. Tout d’abord, le zine se lance pour la première fois dans l’informatique, ce qui ne s’est pas fait sans mal selon l’édito de David, la technologie apportant un côté plus lisible à l’ensemble. Ensuite, Jean-Sébastien Gaboury intègre l’équipe, dans laquelle il restera durablement, devenant un membre historique de la revue, l’un des plus notables, ce qui là encore fait du Vidéotopsie 8 un numéro intéressant. Enfin, on peut percevoir que le mag’ avait, en 98, trouvé sa voie pour de bon, qu’il avait quitté l’enfance pour entrer dans une adolescence qui se passera finalement d’acné et autres mutations embarrassantes. En est témoin l’arrivée de la page annonçant les reviews bis, que l’on retrouve encore de nos jours, avec une affiche de film en fond et les titres des films à l’avant-plan. Hormis quelques couacs pas bien vilains (étrangement, de nombreux mots sont coupés par un tiret, comme or-donne ou hom-mes par exemple, problèmes informatiques ?), ce numéro n’a donc rien à se reprocher et se trouve être aussi intéressant pris indépendamment des autres volumes que lorsqu’il est remis en leur centre. S’il est recommandé de posséder tous les numéros de Vidéotopsie, celui-ci fait donc partie des plus indispensables, son caractère historique dans la revue le plaçant comme un peu à part.

 

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Le numéro 9, sorti en juillet 99, continue d’ailleurs dans cette voie, représentant la suite logique du numéro 8 et, en cela, une confirmation. Ainsi, si cela couvait depuis quelques numéros, Vidéotopsie s’engageait définitivement dans un chemin sans retour, celui qui le verra se concentrer sur le bis pur et dur, voire méconnu ou maltraité. Les numéros sur La Nuit des Morts-Vivants ou Vidéodrome s’éloignaient donc peu à peu, le fanzine décidant de continuer à creuser dans des terres cachées par un épais brouillard. Peut-être est-ce lié à son prénom mais David ne reviendra plus aussi fréquemment vers les Goliath du fantastique et gardera donc un esprit frondeur, insoumis qu’il était (déjà !) à l’appréciation générale. Mettre un film aussi excentrique que La Revanche des Mortes-Vivantes tient dès lors de la profession de foi, Didelot s’attaquant à un gros morceau du Z français, plutôt connu pour ne pas être une réussite mémorable. Un sacré mélange entre érotisme vulgaire et gore bricolé, qui s’attira bien des moqueries suite à des défauts que David ne nie par ailleurs jamais. Au contraire, il prend plaisir à énumérer la longue liste des carences de ce petit film, soulignant chaque aspect incroyable, chaque scène improbable, chaque dialogue invraisemblable. De quoi rire un bon coup, David disposant de cet humour sérieux, de cette fausse offuscation passionnée qui ne fait que mettre en avant tous les éléments impensables, sublimant même la bêtise de ce film qui n’en loupe pas une. Mais s’il rit bien évidemment de la situation, David n’oublie jamais de se montrer respectueux envers les efforts de Pierre Reinhardt, réalisateur de ce film de zombie foldingue, reconnaissant volontiers qu’il trouve au final le résultat plaisant. On retrouve donc dans ce papier l’esprit même de Vidéotopsie : cette envie jamais démentie de défendre les faibles. De donner sa chance à chacun sans jamais planquer sous le tapis les tares des films chroniqués, mais en n’oubliant jamais de mettre en avant leurs qualités. S’il est de jour un professeur obligé de comptabiliser les bons et mauvais points pour en tirer une bonne ou mauvaise note, la nuit David refuse tout schéma mathématique pour embrasser à pleine bouche le seul plaisir sensitif. Qu’importe qu’une bisserie aligne les malformations, si elle est mémorable pour ne serait-ce que quelques minutes et crée le plaisir, elle sera félicitée pour cela. La Revanche des Mortes-Vivantes y a donc droit, sans exagération, avec justesse et honnêteté. Sans doute l’un des films autopsié les plus nécessaires, en tout cas, d’une part parce que le film n’a pas souvent eu droit à ce traitement, d’une autre parce que la fiche technique établie par David nous donne une carte bien pratique du bordel qu’est le casting du film… Indispensable si l’on s’intéresse au bis français !

 

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D’ailleurs, toujours dans la défense des opprimés, Jean-Claude Michel, qui participa à la création de l’Ecran Fantastique, revient sur une poignée de bandes ritales (Troll 2, Au-delà des Ténèbres, Monster Dog et Démoniaque Présence) qu’il juge trop mal vues. Il va donc tout donner pour apporter un nouveau son de cloche qui résonne plutôt agréablement aux oreilles, même si voir Troll 2 être considéré comme un bon film est toujours assez surprenant. Les Reviews Bis reviennent ensuite et, fidèles à elles-mêmes, restent dans une ambiance très transalpine avec, vous l’aurez compris, un grand nombre de chroniques de films bis sauce carbonara. Les Rendez-vous de Satan, Les Vierges de la Pleine Lune ou encore Sangraal sont quelques exemples des pelloches trouvables ici tandis que Le Baron Vampire ou Terreur dans le Shangaï Express viennent varier les localisations! C’est ensuite Anthony Hickox qui est analysé, sa filmographie étant chroniquée film par film par Jean-Sébastien Gaboury, qui était par ailleurs très en forme à l’époque puisqu’il enchainait les critiques pour le zine ! De Waxwork à Full Eclipse, dernier film de l’Anglais sorti à l’époque, Gaboury revient sur tout avec le sourire, qu’il perdra un petit peu lors du dossier sur René Cardona Jr., Mexicain à la filmographie très inégale. Ce qui n’empêche pas notre rédacteur de dire ce qu’il pense franchement, descendant ce qui doit l’être et honorant le reste. Fait appréciable pour un défenseur des animaux tel que moi, Jean-Sébastien n’hésite pas à dire tout le mal qu’il pense de la violence animalière trouvable dans ces bandes. Pour compléter le zine, David s’intéresse au cas d’Olivier Strecker, dont il signe un portrait et propose une interview, nous permettant de faire connaissance avec ce bisseux aimant la photographie. Enfin, après quelques chroniques de fanzines, Vidéotopsie 9 se clôture sur quelques brèves fantastiques, des évènements ou lectures, tel le festival organisé par Stéphane Caboche, qui du coup ne participa pas à ce numéro et reviendra dans le dixième pour une ultime chronique… Il n’y a en tout cas rien à redire formellement, cette neuvième sortie ressemblant à la huitième sur le plan graphique tout en gommant quelques défauts. Il semblerait que l’ordinateur fut bien amadoué ! Après ce numéro, suivra le dix (je suis bon en math, hein ?) qui sera le dernier pour un bon moment, David s’octroyant une pause d’une dizaine d’années…

 

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Septembre 2011, dans un grincement fendant la nuit s’ouvre une tombe dont sort Vidéotopsie 11, de retour parmi les vivants… Encouragé par son frère Yvan, David Didelot revient ainsi sur le devant de la scène, la passion pour le bis intacte et à nouveau avec le désir de la faire éclater. Les choses reprennent donc là où elles s’étaient arrêtées et tout comme on n’attendra jamais d’Alice Cooper qu’il nous balance un album de rap, on n’attend pas de Didelot qu’il se lance dans l’étude de la filmographie de Godard. Il n’y a donc pas de grands bouleversements à l’horizon, le goreux de Chaumont reluquant avec la même malice les éternelles œuvres italiennes, qu’il ne lâchera jamais. Dans son magnétoscope sont donc passés pour ce onzième numéro Les Exterminateurs de l’an 3000, La Création de Bruno Mattei (un Vidéotopsie sans au moins un clin d’œil au Bruno, c’est impossible !) et Les Aventuriers du Cobra d’Or, qui nous font dire que, finalement, le temps a beau passer il n’aura que peu d’emprise sur un fanzine qui avait ses idées bien arrêtées dès ses premières années. Italie encore et toujours avec le film autopsié signant ce come-back, le génial Manoir de la Terreur d’Andrea Bianchi, qui laisse penser que quelques zombies transalpins ont suivi la revue lors de sa sortie du cimetière… Ce n’est cependant pas David mais Yvan (cela reste en famille !) qui va régler leur compte à ces cadavres ambulants, le frangin à qui l’on doit la résurrection de Vidéotopsie (mille mercis Yvan, si jamais tu me lis !) reprenant le bistouri de son aîné ainsi que ses méthodes. On retrouve donc la fameuse fiche technique allongée, qui revient sur les forces créatrices de cette incroyable bisserie, épluchant les CV des uns et des autres, tissant la toile qui les relie tous. Et pour en mettre plein la vue, Yvan et David nous balancent dans la tronche les diverses affiches et jaquettes des DVD/VHS/Laserdiscs dont a bénéficié le film, ce qui est toujours un ravissement pour les mirettes ! Evidemment, le gros morceau est la critique faite pour l’occasion, qui se lance dans cinq pages de nostalgie, soulignant volontiers que l’on ne tient pas avec Le Notti del Terror une pelloche générée dans les règles de l’art. Les défauts, et il y en a, sont listés mais tout comme David le faisait déjà dix ans auparavant, Yvan n’hésite pas à crier son amour pour cette bande déviante, aux plaisirs décalés et finalement très originale par moment. Ce n’est pas moi qui le contredirai, j’adore le film ! Une chose est sûre, le talent d’écriture semble être de famille chez les Didelot vu qu’Yvan nous offre un texte de haute volée, finalement assez proche de ceux de David dans le fond (l’esprit est clairement le même) mais avec ses différences de caractère dans la forme. Il y a un côté plus brut chez Yvan, plus direct, et on remarquera d’ailleurs que ce film autopsié est l’un des plus courts qui est proposé par Vidéotopsie. Inutile de faire bien long face au Manoir de la Terreur, de toute façon, le film étant un pur plaisir, sans doute régressif, qui ne s’embarrasse guère de fond. Il n’y a donc pas énormément à analyser dans tout cela et Yvan le fait comprendre avec talent ! Il participera encore à quelques numéros avant de laisser le fanzine continuer sa route sans lui, ce que l’on peut franchement déplorer… Un retour serait bienvenu !

 

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On le sait, David a, un peu comme son ami Didier Lefèvre, le regard souvent tourné vers le bis Européen. Ca ne change donc pas avec le numéro 11 qui ne se contente pas de l’Italie et revient ainsi sur ce que la France a produit de plus intéressant via Les Raisins de la Mort de Jean Rollin et L’Exécutrice, avec une Brigitte Lahaie qui après le vidage de bites se lançait dans le vidage de chargeurs. Mais la nouveauté, c’est une place plus importante laissée à la Série B américaine, jusque-là assez peu traitée dans les pages du zine, même si comme nous l’avons vu précédemment certains réalisateurs furent mis à l’honneur comme Anthony Hickox. David, bien reboosté vu qu’il signe la plupart des articles trouvables dans cette sortie, revient donc sur la Linda Blair vénèr de Savage Streets, sur les dégénérés de Midnight, sur le Tele Terror de David Schmoeller, sur le Rolling Thunder qui sort en ce moment en galette et enfin sur les hérissons de Critters via un papier très nostalgique. L’ouverture au bis yankee est donc une bonne chose puisqu’il apporte une plus grande variété à Vidéotopsie, qui n’en garde pas moins son identité et cette envie de traiter ce dont on parle peu. Et quand David et son rédacteur Xavier Clavel se lancent dans un sujet pas franchement inédit comme le vigilante (qui est visiblement le thème clé du numéro après Savage Streets et Rolling Thunder !), c’est en mettant en avant ses qualités de catharsis. Alors qu’une très large partie de la critique crache sur ces films en employant les termes « réactionnaire », « scandaleux », « films de droite », « idéologie nauséabonde » et on en passe, nos bisseux préfèrent voir ces films pour ce qu’ils sont : des divertissements osés. David, dans un bel hommage à un Charles Bronson d’ailleurs peu apprécié des revues du genre Inrocks et compagnie, se lance ainsi dans la défense de ce genre méprisé par une certaine intelligentsia, reconnaissant à ces justiciers leur valeur libératrice. Le vigilante, c’est un peu le caillou dans la chaussure d’un cinéma trop propret, un doigt d’honneur balancé à la face de la bonne tenue et la volonté de laisser les sentiments éclater à l’écran, tout en posant quelques questions morales… Ce n’est pas toujours très fin, c’est certain (les derniers Death Wish), mais qu’est-ce que ça défoule ! Un bien bel honneur rendu à ces furieux armés jusqu’aux dents qui se baladent dans les rues les plus sales dans la volonté de faire un peu de ménage ! Enfin, et sans surprise, David termine son come-back avec quelques pages sur la Collection Gore, dont il ne pouvait pas se passer, revenant sur le travail d’Axelman avant de conclure sur deux pages sur les écrits dégueulasses de Sade. Histoire de finir dans la gerbe !

 

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On peut donc dire que les lecteurs de Vidéotopsie dans les années 90 n’ont pas été déboussolés avec cette reprise qui ne dévie pas des masses de la formule d’origine. Il y a bien sûr un changement de taille puisqu’entre le numéro 10 et le 11, l’imprimerie a fait quelques bonds technologiques et permet au fanzine d’être plus beau que jamais. D’autant que David avait recueilli dans son équipe un personnage qui allait devenir indispensable au mag’ : Juju, alias Julien Perret, graphiste de son état, qui pousse le zine dans ses derniers retranchements visuels. La maquette, tout en respectant la mise en page de la précédente vie de Vidéotopsie, se veut désormais plus précise, plus généreuse (beaucoup de photos, miam !) et met en avant l’identité de chaque rubrique via quelques gimmicks visuels. Des scalpels et autres ustensiles chirurgicaux trônent au-dessus du film autopsié, un OVNI se ballade sur le sommaire, le viril Harry Callahan sort la pétoire pour le dossier vigilante et un livre crachant du sang s’invite sur la rubrique littéraire. Des défauts ? Il y en a toujours mais David peut se féliciter de voir son bébé ne souffrir que de légères broutilles… On regrettera par exemple que Jean-Sébastien Gaboury n’écrive qu’une toute petite chronique avec David, on aurait aimé le retrouver au détour de plus de pages, même si c’est bien évidemment une joie de voir qu’il était de retour dans l’aventure… Regrets aussi du côté de quelques photos, pas franchement heureuses, comme celle de Gérard Lanvin, rendu méconnaissable à cause de la tarte aux pixels qui lui a été envoyé dans la gueule ! Rien de bien grave, donc, Vidéotopsie se payant ici un retour en grande forme, le genre à coller la trique aux vieux lecteurs comme à ceux qui le découvraient en 2011. Et dire que David allait taper encore plus fort par la suite…

 

Vidéotopsie+12

 

Quelques mois plus tard, en juillet 2012 précisément, déboule le douzième numéro, ce qui permet donc au bissophile de ne pas trop patienter pour avoir sa dose. Disons-le d’emblée : pas de grands bouleversements entre les deux livraisons, David et son équipe étant visiblement satisfaits du numéro 11, à raison, puisqu’ils vont simplement affiner un peu quelques contours. Le maquettiste Juju amène un peu plus de relief par rapport au précédent numéro, tentant quelques arrière-plans quand il ne perfectionne pas quelques menus détails, comme les bandes trouvables aux sommets des pages. Un effet de papier effrité y fait son apparition tandis que les zombies et autres personnages qui servent de décoration passent à l’avant-plan en même temps que les noms des rubriques. Cela ne semble être qu’un changement modeste mais il n’empêche que cela apporte au tout un aspect plus perfectionné bien agréable. Pour le reste, la recette reste la même : un film autopsié, des reviews variées et passionnées, la Collection Gore visitée à nouveau et quelques petites surprises. Comme toujours, c’est avec le film autopsié que tout débute, à savoir L’Antéchrist d’Alberto De Martino, qui donne à la revue sa couverture, par ailleurs un peu trop pixélisée lorsque l’on y regarde de plus près. Rassurez-vous, c’est bien le seul petit défaut que l’on peut relever ici… David, qui se charge du dossier principal, prend donc son plus beau crucifix et s’en va exorciser cette belle pelloche pour nous et vous connaissez désormais la chanson : tout y passe ! Les CV des uns et des autres, les différentes éditions et jaquettes, la filmographie de l’auteur et, bien entendu, une large analyse/chronique qui vous fera tourner la tronche comme la petite Linda Blair. Inutile de préciser que l’on prend plaisir à se laisser posséder par Vidéotopsie vu que la quinzaine de pages ici proposées sentent bon la diablerie ! Une fois les mauvais esprits calmés, on passe aux fameuses reviews bis, qui convoquent pour l’occasion une véritable dream-team, peut-être la plus belle équipe que le fanzine aura eue durant son existence. Aux Yvan Didelot et Jean-Sébastien Gaboury que l’on retrouve avec plaisir viennent s’ajouter Christophe Gaquière, ami proche de David qui vient lui prêter main forte avec bonheur mais aussi deux bisseux que les bouffeurs de fanzines connaissent bien. Mister Didier Lefèvre, que je ne vous ferai pas l’affront de présenter car si vous lisez Toxic Crypt régulièrement vous le connaissez forcément, et un certain Rodolphe Laurent qui gère Le Bissophile, fanzine dont le nom en dit long et dont je vous reparlerai prochainement via une chronique. Deux poids lourds du fandom, en somme… Ce qui fait que ce beau numéro douze réunissait les têtes pensantes de Médusa, du Bissophile et du Charognard, lui donnant donc des airs d’all-star fanzine…

 

the-antichrist-94

 

Les hostilités débutent avec Gaboury, qui va visiblement s’emprisonner avec plaisir dans le The Jail de Bruno Mattei, qui ne pouvait décemment pas rester à l’écart de Vidéotopsie (notons que D’Amato, l’autre habitué du zine, est présent aussi via L’Antéchrist, dont il signait la photographie)… Une chronique qui donne d’ailleurs envie de se laisser passer les menottes, le charognard étant en grande forme, tout comme Yvan Didelot qui revient pour sa part sur quelques jolies pelloches. On croise donc Amazonia, La Jungle Blanche dont il fait ressortir le fun, Le Mort-Vivant de Bob Clark qu’il analyse très pertinemment, Les Tigres du Désert qui semble l’avoir déçu et, enfin, Thor le Guerrier qui lui permet de sortir les armes. Que du bon aussi chez Didier qui, fidèle à lui-même, s’intéresse encore et toujours au bis européen via trois films italiens (La Longue Nuit de Véronique, Le Manoir Maudit et Le Scomunicate di San Valentino) et un français (Gloria Mundi), ce dont on ne va de toute façon pas se plaindre ! Rodolphe amène de son côté un peu de variété, passant d’un mauvais Christopher Lee (Folie Contrôlée) à un barbare fantaisiste (Voltan le barbare), d’un polar avec Ivan Rassimov (Piège pour un Tueur) à un film policier (Meurtre Cardiaque), le tout avec une plume très inspirée. David se réserve pour sa part le joyeux bordel qu’est Miami Golem (aliens, mafias et autres organisations qui se mélangent dans la joie et la bonne humeur) tandis que Christophe Gaquière revient sur le culte Class 1984 avec franchise et pertinence. Belle compilation ! Comme David aime beaucoup les entretiens, surtout ceux qui donnent la parole à des personnalités qui travaillent dans l’ombre, il passe le micro à l’ami David Marchand. Retour donc sur ses projets, en particulier Le Destin de Torelli et sa version longue Des Gants sur la Nuque (sur lequel David bosse toujours) au détour de trois pages bien remplies et à la franchise agréable. Moment touchant : le récit de la rencontre entre David Marchand et David Hess (quelle invasion de David dans cette chronique !), qui semblait être la bonté faite homme… Enfin, le dernier gros morceau plonge bien évidemment dans la Collection Gore avec un dossier sur François Sarkel, qui se voit interviewé tandis que son livre La Chair sous les Ongles est étudié par David. Et pour conclure, l’obligatoire retour sur quelques fanzines sortis en 2012 (Darkness Fanzine 12, Euro Bis 17, Médusa 23, Torso 7, Diabolikzine 5 et Toutes les Couleurs du Bis 1, qui était donc le petit jeunot de la tournée) et un petit addenda. On se rendra également compte que Stéphane Nogues fait son come-back lui aussi dans Vidéotopsie via un encart annonçant la sortie du DVD Le No Show, fabriqué par le monsieur…

 

gabDavid et Jean-Sébastien (merci à Jean-Sébastien pour la photo!)

 

Voilà qui conclut ce tour d’horizon de la vie de ce fanzine qui parvient toujours à écrire de nouveaux chapitres aussi séducteurs que les précédents, si ce n’est plus ! Se plonger ainsi dans l’histoire de Vidéotopsie et en voir le chemin permet de s’apercevoir que David Didelot a toujours avancé dans la même direction, sans quitter des yeux l’horizon qui s’offre à lui. Si son équipement, ses plumes ou ses compagnons de voyage ont pu changer avec le temps, sa passion, elle, n’a jamais changé, pas plus que son âme. Une âme qui, si elle s’intéresse à des films que la presse généralisée et les penseurs « autorisés » considèrent comme vicieux, n’en est pas moins d’une grande pureté. Car David n’écrit pas sur des bisseries, il écrit pour elles, pour rendre un hommage constant, de chaque instant, à des œuvres souvent prises de haut, y compris par certains défenseurs du cinéma de genre. Dans Vidéotopsie, même le plus aberrant des longs-métrages verra l’une de ses qualités ou originalités mise en avant. Ce n’est pas de la défense, ni de la protection, juste la compréhension d’un esprit souvent décalé que David, Yvan, Jean-Sébastien, Didier, Laurent, Christophe, Stéphane, Jean et les autres prenaient (et prennent toujours, pour certains) pour ce qu’il est. Les Vidéotopsieurs se mettent au niveau du bis qu’ils s’apprêtent à croiser, ne l’adulant pas plus qu’ils ne le prennent de haut, préférant miser sur une bienveillante justesse. Et cela, après plus de vingt ans d’activisme, David y tient toujours… Des regrets ? Aucun ou si peu puisque cette revue à rivalisé d’excellence à chacune de ses offrandes. A titre personnel, je regrette néanmoins la récente absence d’Yvan Didelot et de Jean-Sébastien Gaboury, des membres historiques de la revue, dont il est bien difficile de se passer… Ne pas voir leurs noms inscrits dans la liste des contributeurs lors des prochaines sorties sera bien dommage et j’espère de tout cœur qu’un retour, même pour une courte chronique par numéro, se fera un jour… Mais ne pleurons pas ce qui nous manque et célébrons ce que l’on a, à savoir Vidéotopsie, ce vrai petit magazine géré par un seul homme. Avec sa formule bien établie via ses rubriques bien implantées que l’on retrouve à chaque numéro et ses surprises que l’on ne voyait pas venir (dossiers qui sortent des sentiers battis, interviews inattendues), David a donné vie à une surprenante habitude. On y retrouve nos marques tout en savourant les singularités qui fleurissent spontanément au fil des pages. Une liberté travaillée, soignée, voilà ce qu’est Vidéotopsie, qui m’a fait l’honneur de m’ouvrir ses portes pour de futures sorties… J’espère être à la hauteur des pages que je vais désormais griffonner et que je ne ferai pas honte à mes prédécesseurs, tout en satisfaisant les lecteurs de la revue, forcément habitués à du haut niveau. Mais pour l’heure, c’est à vous de jouer en découvrant ou en relisant les quinze numéros déjà disponibles, qui sont des immanquables du fanzinat. Vous ne le regretterez pas, je peux vous l’assurer.

Rigs Mordo

11 comments to Vidéotopsie numéros 6, 8, 9, 11 et 12

  • David Didelot  says:

    Rigs, tu parles du zine mieux que moi en fait ! Donc encore une fois, je vais me taire.
    Quand même : tout ça me fout des frissons, me rappelle tant de trucs, de rencontres (live ou par courrier)… Bref, une très grande partie de ma vie en fait, en tous cas symboliquement. Merci, vraiment…

  • Darkness Fanzine  says:

    David, tu peux désormais mourir tranquille. Les mots sont justes. Une analyse magistrale et fouillée des principaux numéros de ton fanzine, construite avec admiration. Bref, ta nécro est prête et ton biographe tout désigné. Ton œuvre peut désormais passer à la postérité.

  • David Didelot  says:

    Oui Christophe, j’ai même trouvé celui qui prononcera mon oraison funèbre, le Bossuet du fanzinat ! 🙂

  • Roggy  says:

    Je comprends ce que David a dû ressentir à la lecture de ton papier. Quel excellent boulot Rigs ! Tu mets si bien en lumière son amour du bis et la qualité des différents numéros. Et dire que je suis passé à côté de tous ces fanzines, moi qui vais me déflorer avec le dernier opus dans quelques jours. Bravo à ta persévérance David et longue vie à Vidéotopsie ! (ainsi qu’à tous les autres fanzines).

  • David Didelot  says:

    Merci de tout coeur les mecs, et j’espère que le 16 vous plaira !

  • Nola Carveth  says:

    Je rattrape un peu mon retard toxique 🙂 Bravo pour ce guide détaillé, Rigs ! En revanche, tu me perturbes en disant que tout a déjà été dit sur Videodrome… cela dit, tu n’as pas tort !

  • Nola Carveth  says:

    Ha oui, j’avais bien compris, dans Vidéotopsie à l’époque, comparé à maintenant. Mais je pensais en général aussi. J’écrirai peut-être dessus quand j’aurai reçu mon coffret Arrow 😉

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