Tygra, La Glace et le Feu

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Qui n’aime pas Frank Frazetta, cet homme dont les coups de pinceaux offrirent parmi les plus belles fresques de la science-fiction, de la fantasy et de l’horreur ? Ceux qui ne le connaissent pas encore, sans doute ! Les autres se jetteront, si ce n’est déjà fait, sur l’appétissant Tygra, La Glace et le Feu, auquel il a largement participé…

 

Que seraient les bandes-dessinées ou Monster Magazines tapant dans le fantastique sans les couvertures de Frazetta ? Moins belles ! Tout comme les quelques pochettes de disques de metal ou hard-rock qui ont le bon goût d’inviter les tableaux du maître, qui nous a malheureusement quitté en 2010. Et le cinéma dans tout ça ? Soyez rassurés, le grand Frank n’a pas oublié ce médium, se lançant dedans avec Ralph Bakshi, bien connu pour avoir offert quelques beaux dessins-animés adultes (et non pour adultes !) aux années 70 avec Les Sorciers de la Guerre et Le Seigneur des Anneaux. Ce faiseur d’animation était de toute évidence l’homme parfait pour travailler avec Frazetta vu qu’ils avaient en commun le même goût pour les décors sombres mais poétiques, les silhouettes inquiétantes et les demoiselles peu vêtues (on trouve en effet des donzelles aux jolies formes dans Les Sorciers de la Guerre). Un duo de choc qui se réunira donc autour de Tygra, La Glace et le Feu, alias Fire and Ice, sorti en 1983. Un dessin-animé qui prend le parti d’user de la rotoscopie, procédé permettant un grand réalisme dans les mouvements des personnages puisque l’on a au préalable filmé des acteurs dont les mouvements sont reproduits sur le papier, qui sera mariée à un univers qui n’a, lui, rien de réaliste ! Fire and Ice, c’est de l’Heroic-Fantasy pure et dure, et cela ne surprendra pas ceux qui ont déjà posé les yeux sur les fresques de Frazetta. Ni sur ceux qui ont déjà vu les précédents Bakshi, d’ailleurs. Malheureusement, la belle Tygra ne fit pas des ravages au box-office, le film se remboursant tout juste, ce qui causa un peu de mal au réalisateur qui eut bien des peines à réaliser à nouveau. Incompréhensible lorsque l’on voit le film ? Plutôt, ouais !

 

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Dans un monde imaginaire, le pays du feu et le pays de la glace se font la gueule. Il faut dire qu’ils ne sont pas très sympas au royaume des Friscos, la reine Juliana et son fils Nekron ne cessant d’élargir leurs terres, assassinant bien évidemment ceux qui se trouvent sur leur chemin. Le roi des volcans, Jarol, ne voit donc pas la venue de Nekron et ses hordes à ses frontières d’un bon œil, et aime encore moins que ses adversaires kidnappent sa jolie fille, Tygra. Mais par chance pour cette dernière, elle parvient à s’enfuir de ses ravisseurs et croise la route de Larn, un jeune homme dont le peuple vient d’être effacé de la carte par Nekron, qui a fait s’abattre des glaciers sur les siens. Bien décidé à prendre sa revanche et à protéger Tygra, et en prime bien aidé dans cette tâche par l’énigmatique Darkwolf, que l’on peut considérer comme le Batman des environs, Larn va donc se frotter à bien des mésaventures. L’histoire de Tygra, La Glace et le Feu est donc on ne peut plus simple et ressemble d’ailleurs beaucoup à certaines bandes-dessinées que l’on pouvait trouver dans Creepy ou Eerie, qui optaient pour des récits courts, qui tenaient en quelques pages. Le scénario du film, rédigé par Gerry Conway et Roy Thomas (également à l’œuvre sur aussi Conan, le destructeur), se contente donc d’une trame particulièrement fine mais finalement bien suffisante pour assurer l’essentiel : la multiplication des péripéties. Combats contre des hommes sortis de cavernes préhistoriques, rencontre avec une pieuvre cyclopéenne, course avec d’infernaux loups noirs, démêlés avec une sorcière des bois, envol à dos de ptérodactyles, gros lézard qui s’est levé de la patte gauche et fait des ravages,… Fire and Ice n’arrête pour ainsi dire jamais et empile les chapitres guerriers pour le plus grand bonheur de son public. Car avec la technique de la rotoscopie alliée à l’ambiance créée par Frazetta, on obtient des séquences d’action à l’animation parfaite et toujours impressionnante plus de trente ans après sa conception. Les personnages bougent naturellement, répondent aux décors et sont clairement tangibles.

 

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Bien sûr, la star, c’est ici le décorum, bien entendu étourdissant puisque c’est Frazetta qui s’en occupe. Il faut voir certaines fresques pour le croire, comme cette cité qui crache une lave impitoyable par tous les pores ou ces splendides ruines que découvrent Larn et Tygra dans la forêt. On se retrouve dans un monde dangereux, ténébreux même, mais aussi terriblement envoutant, typique de la fantasy d’il y a quelques décennies, qui avait une aura que l’on peine à retrouver dans l’actuelle (surtout au niveau cinématographique !). On retrouve également dans Fire and Ice le même aspect très simple d’antan. Ici, pas d’explications fatigantes sur les tenants et aboutissants de l’histoire, qui se suffit à elle-même, pas de termes à la con que seuls les initiés peuvent comprendre, pas de discussions inutiles. Bakshi va au plus efficace et se concentre sur son ambiance et sur le plaisir qu’il tente de distiller lors du film, donnant aux amoureux des comics et des frasques de Conan le film de leurs rêves. Avec les clichés que cela implique, d’ailleurs, y compris un certain érotisme. Nous ne sommes bien sûr pas dans du coquin du niveau du génial Métal Hurlant, dans lequel ça baisait et dévoilait des poitrines toutes les dix minutes ou presque, mais Fire and Ice tente tout de même de réchauffer l’atmosphère et faire fondre les neiges de Nekron. C’est bien évidemment Tygra qui s’y colle et autant le dire de suite, elle risque de faire hurler quelques féministes puisqu’elle représente la fille en détresse dans toute sa splendeur. Elle est constamment dans la merde et même si elle parvient à s’en sortir par sa propre force à plusieurs reprises, elle a tout de même fréquemment besoin que ces messieurs volent à son secours. Certains et certaines hurleront également en découvrant ses poses et la manière dont Bakshi la dévoile. C’est bien simple, même si elle n’est jamais nue (mais toujours habillée de deux petits rubans, bien entendu !), on a toujours droit à un gros plan sur son cul (que vous allez connaître par cœur) et elle est toujours allongée de manière à mettre en avant ses courbes. Notez que si le titre français la nomme comme l’héroïne, elle ne l’est pas nécessairement dans le produit fini. Même si tout le film tourne autour d’elle et qu’elle est plus présente que n’importe quel autre personnage, Tygra est plus un protagoniste central qu’une héroïne dans le sens où la paix dans le monde ne sera pas de son fait.

 

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Larn est à vrai dire le plus proche du poste de héros de service, lui qui est un brave gars, gentil comme tout, plutôt beau gosse en prime (mais personne n’est très laid ici à part les hommes des cavernes que commandent Nekron et sa mère). Il est d’ailleurs le brave guerrier classique, si classique qu’il n’y a en fait rien à dire sur son compte : il fait le boulot mais n’est pas une attraction particulière, n’est pas des plus mémorables. Il se fait de toute façon voler la vedette par Darkwolf, être mystérieux, dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est qu’il combat comme un Dieu et a une dent contre Nekron. Il se montrera plus vaillant que Larn et (atention, spoilers !!!) c’est lui qui portera le coup fatal au grand méchant (fin des spoilers !). Comme précisé plus haut, il fait beaucoup penser à Batman, son masque de loup faisant immédiatement penser à la chauve-souris la plus connue de Gotham City et, sans surprise, Darkwolf en impose donc pas mal… Nekron, le grand vilain, ne se démerde pas trop mal non plus : le teint pâle de celui qui reste un peu trop dans sa forteresse glacée, longue chevelure blanche, il a un côté angélique qui dénote avec sa cruauté. Capable de maîtriser les corps de ses adversaires à distance, ce qui en fait un ennemi difficile, voire impossible, à battre, Nekron est aussi un très bon épéiste. Niveau caractère, il est par contre assez amusant puisqu’il a un aspect fils à sa maman, qui se plaint à de nombreuses reprises et pique des colères comme un mioche. Cela n’entache pas sa classe naturelle, mais mieux vaut qu’il ne parle pas trop, le bougre !

 

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Tygra, La Glace et le Feu n’est donc pas un film parfait et on peut être fatigué par le fait que Bakshi en fait vraiment des tonnes autour de Tygra, au point que nous nous sentons harcelés par son beau fessier. Mais c’est bien tout ce que l’on peut reprocher à ce film de Fantasy pur et simple, qui s’assume en tant que tel et envoie la sauce juste ce qu’il faut. Les grands moments s’enchaînent (mon favori ? la pieuvre géante !) sans temps mort tandis que nos yeux sont arrachés par la beauté de décors dantesques. Fire and Ice est plus qu’un film, c’est une expérience sensitive qui est recommandée à toutes et à tous. Prenez votre hache et foncez dedans, sans attendre !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Ralph Bakshi
  • Scénarisation: Ralph Bakshi, Frank Frazetta
  • Titres: Fire and Ice (USA)
  • Producteurs: Ralph Bakshi, Frank Frazetta
  • Pays: USA
  • Voix: Randy Norton, Cynthia Leake, Steve Sandor, Sean Hannon
  • Année: 1983

6 comments to Tygra, La Glace et le Feu

  • Dirty Max  says:

    Moi qui adore Frazetta et Métal hurlant, je suis toujours passé à côté de ce film… La honte, je sais… Mais pas de doute, ta chronique donne vraiment envie de prendre sa hache (pour ma part, ce sera le coutelas de Rahan jadis offert avec mon Pif Gadget) et de foncer sur Tygra !

  • Le Fanzinophile  says:

    Un projet de remake fut annoncé il y a quelques années par Robert Rodriguez! Abandonné depuis il semblerait (qui a dit tant mieux ?!).

    Super chronique Rigs mais quand même un point négatif, le manque de captures d’écran de Tygra. Je sais pas moi, genre Tygra sur le tronc d’arbre, Tygra qui court, Tygra enchaînée…
    Puisque c’est comme ça je vais aller me rematter le DVD… Ah merde, je ne l’ai plus ! 😉

  • Roggy  says:

    J’ai toujours fantasmé sur la jaquette dans les vidéo-clubs, croyant que c’était un nouveau film live d’Heroïc-fantasy (à l’image de « Conan le barbare » ou de « Barbarians »… euh… non pas là).
    Maté assez tard par rapport à sa sortie, il faudrait que je le revoie au vu de ton très bon papier.

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