Dinoshark (Bloody Waters, Eaux Sanglantes)

Category: Films Comments: 7 comments

Puisque les dinosaures ont le vent en poupe depuis la sortie d’un certain Jurassic World qui s’amuse à piétiner les records du box-office, autant se la jouer préhistorique avec le fameux (enfin, pas tant que ça…) Dinoshark produit par Roger Corman. J’aime autant vous dire que ce n’est pas tout à faire le même genre que la saga initiée par Spielberg…

 

Dans un monde en perpétuelle évolution comme le nôtre, il est toujours rassurant de tomber sur des artisans tenaces et imperturbables, qui continuent de pratiquer leur art en se souciant finalement assez peu du bordel qui les entoure, quand bien même ils continuent d’être au jus. Des piliers, des vrais, enfoncés si profondément dans le sol qu’on sait qu’il ne sera pas aisé de les déloger. Roger Corman est de ceux-là, de ces inaltérables brigands qui ne crachent jamais sur un nouveau méfait. Bien sûr, son âge d’or, celui des adaptations de Poe avec le grand Vincent Price, est loin, très loin derrière, et les ambitions ont été revues à la baisse au fil du temps, en même temps que les goûts de spectateurs qui ont pris le pli et se contentent depuis quelques décennies du prémâché. Le vieux Roger s’est adapté, a tenu bon, continuant d’avoir un œil sur les souhaits de son assemblée, ne leur servant au final que ce qu’ils commandent. Principalement des gros monstres baveux, par ailleurs, ce qui ne pose pas de problème à notre producteur jadis réalisateur, qui a livré des cargaisons de gloumoutes dans les années 50. C’était le cas dans les fifties, puis dans les eighties, et ça l’est toujours de nos jours, seules les techniques d’accouchement ayant été modifiées. Mais certainement pas améliorées… Reste que si le latex et les gonzes costumés ont laissé la place aux vilains CGI, le reste n’a pas bougé et il suffit de voir Dinoshark pour s’en convaincre. Le titre résume déjà tout le spectacle et prouve s’il était encore nécessaire que le grand Corman ne lâche pas son bestiaire, auquel il rajoute régulièrement de nouveaux arrivants aux dents longues. Au désormais vétéran Carnosaur se sont ajoutés au fil des années les tout aussi vigoureux Dinocroc, Raptor, Scorpius Gigantus, Supergator, Piranhaconda et autres Sharktopus (sans doute le plus populaire du lot), qui par ailleurs finissent souvent par se foutre sur la gueule au cours de rencontres improbables. Le petit dernier ? Un certain CobraGator à qui l’on prédit déjà un bel avenir… Le problème avec tout cela c’est qu’il n’y a guère que les titres et les bébêtes qui changent (et encore, les différences entre les Dinocroc, Raptor ou Supergator ne sautent pas franchement aux yeux), les scripts se ressemblant souvent comme deux couilles sorties du même scrotum…

 

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Vous l’imaginez bien, ce n’est pas de Dinoshark que viendra l’innovation, la petite originalité, le soupçon d’âme, le petit quelque-chose en plus, d’autant qu’à la base il était censé être un Dinocroc 2. Et d’ailleurs, Corman s’en fout pas mal, ne produisant pas ses Monsters Movies pour les cinéphiles en attente de nouvelles émotions. Non, le Roger a désormais pour habitude de travailler à la chaîne, toutes ses productions voyageant sur le même tapis roulant industriel, ce qui nous donne forcément du bis Tricatel et laisse les fins gourmets habitués au bis Duchemin avec la panse qui crie famine. Ce qui laisse d’ailleurs votre serviteur songeur, il faut bien le dire. Car si je n’ai jamais caché mon amour pour les films de monstres, voire même mon indulgence pour le genre (vous me tapez une gloumoute et je suis le plus heureux des hommes, vous le savez bien), je me pose tout de même quelques questions sur les succès de ces pelloches télévisuelles, produites en grand nombre pour divertir les habitués de la chaîne Syfy. Car qu’on le veuille ou non, ces téléfilms interchangeables marchent tous assez bien, y compris les moins originaux. Que des bazars comme Sharktopus ou Sharknado attirent l’attention est bien normal au vu de l’aspect volontairement débile et déjanté de l’ensemble, d’autant que ces Sharksploitation, qu’on les trouve réussis ou non, apportent un peu d’inédit et de décontraction dans le paysage audiovisuel. C’est toujours ça de pris. Mais un Dinoshark, qui n’a pas franchement créé un raz-de-marée comme les requins des tornades mais ne fut pas non plus un bide, laisse le bisseux dans l’incompréhension. Car il est bien difficile de s’extasier pour cette histoire de dinosaure aquatique qui vient foutre l’ambiance sur les plages du Mexique, vue des centaines et des centaines de fois rien que ces dix dernières années… Ce qui ne veut pas dire que ce petit spectacle pas bien riche réalisé par Kevin O’Neill soit moins bon que les autres bandes du cru, par ailleurs souvent torchées par le même homme. On lui doit en effet Dinocroc, Dracano, Sharktopus vs Pteracuda et Sharktopus vs Whalewolf, ce qui vous forme un CV qui ne manque pas de mordant, mine de rien. On peut dire qu’il aime les monstres, ce gaillard qui débuta dans les effets spéciaux, ceux des gros films (le Dracula de Coppola, Last Action Hero, le premier Blade, Mulan de Disney) comme des petits (Witchboard 2 : The Devil’s Boardway, It Came From Outer Space II,…). De là à dire que ça a particulièrement servi son Dinoshark

 

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Soyons honnêtes et admettons d’emblée que la marge de manœuvre du O’Neill était de toute façon très limitée. Hors de question de tenter de bien réaliser son film de requin préhistorique, il n’en a ni les moyens ni le temps, obligé qu’il est de torcher le tout en un temps record. Hors de question aussi de s’amuser à tenter de tirer le meilleur parti des comédiens présents, là encore la montre ne le permet pas. Hors de question encore et toujours d’essayer de réinventer la roue, le public de Syfy préférant visiblement voir et revoir le même film, jusqu’à ce que mort s’en suive sans doute. Si l’on peut passer outre les deux premiers points, auxquels nous sommes finalement habitués (ce qui ne m’empêchera pas de revenir dessus un peu plus bas), le troisième nous reste malgré tout bien coincé en travers de la gorge. Nous ne demandions pourtant pas la lune et n’espérions pas avoir une structure éclatée à la Memento (surtout pas, d’ailleurs…), un twist bouleversant ou une nouvelle définition de la sharksploitation. Non, tout ce que nous espérions, c’était une ou deux séquences mémorables, quelques images qui justifient la vision, même si c’est via des idées foireuses ou foirées ! Malheureusement Dinoshark ne propose rien de tout ça, pas même des défauts rigolos ou des maladresses attendrissantes, préférant s’étendre dans le canapé de la fadeur. La réalisation n’est pas bonne mais elle n’est pas non plus catastrophique si on la remet dans le contexte télévisuel. Les acteurs ne sont pas très doués mais on a vu largement pire. Le monstre n’est bien évidemment pas très bien réalisé, passant de la bouillie de pixels crachée par une Nintendo 64 pour les plans larges à une mâchoire en latex pour les gros plans, mais on en a vu des plus moches. En bien comme en mal, rien ne distingue jamais ce gros poisson des milliers d’autres qui nagent dans les eaux sombres des bacs de DVD soldés…

 

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Tout concourt donc à faire de Dinoshark un produit dénué du moindre goût, qui se contente de nous sortir les passages obligés de la série B/Z moderne. Pour le casting, on te ressort quelques acteurs un peu connus des amateurs mais qui ne demanderont pas un chèque trop lourd. Comme le brave Eric Balfour (le premier remake de Massacre à la Tronçonneuse, Skyline), bon acteur (il était très bien dans la série Six Feet Under) qui incarne sans se fouler le héros de service. On ne sait pas trop si ce comédien au visage allongé se foutait complétement du film ou s’il a tout simplement été mal dirigé (il ne l’a sans doute pas été du tout…) mais on peut en tout cas dire qu’il ne délivre pas ici sa meilleure performance… Pourtant, cet ancien ado du cinoche des années 2000 s’est impliqué dans ses cascades, toutes performées par lui-même… Pour l’accompagner, quasiment que des inconnus ou des seconds rôles de série tv, en tout cas personne qui fera battre le cœur des bisseux… Si ce n’est peut-être un certain Roger Corman, qui vient jouer un scientifique apportant quelques réponses sur la nature de la menace, dont les yeux sont le seul point faible. S’il n’aura jamais un oscar pour ses interprétations, le pape de la Série B ne fait pas tâche pour autant au milieu des autres comédiens et peut même s’avérer être le plus naturel. Bon, il n’en fait pas des tonnes, c’est même le moins qu’on puisse dire, mais on le sent plutôt à l’aise et cela fait de toute façon plutôt plaisir de le voir… Ce n’est pas grand-chose, on est d’accords, mais on se raccroche à ce qu’on trouve lorsque l’on veut éviter la noyade, d’autant que le fameux clou du spectacle s’avère décevant. On espère en effet durant tout le film que les gamines joueuses de waterpolo qui sont introduites (façon de parler hein, n’appellez pas la police !) dans le métrage croiseront la route de la bestiole des temps anciens, qui devrait s’amuser à leur réduire les cuisses. Cela arrive bel et bien mais cela ne motivera pas grand-monde, la scène se résumant à des fillettes qui disparaissent sous l’eau tandis que la flotte rougit (de honte ?). Heureusement, quelques petits effets gore auront trouvé le chemin du film, quelques découvertes de cadavres mutilés permettant de garder les yeux ouverts…

 

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Vous l’avez compris, Dinoshark n’est pas franchement ce que j’ai vu de mieux dernièrement. Reste que si vous êtes un inconditionnel de la sharksploitation, voire des dinosaures, et que si vous vous foutez de voir pour la 186eme fois le même film (ou alors que vous n’avez pas encore tâté du genre, sait-on jamais !), le film d’O’Neill n’est pas ce qui se fait de plus naze dans le genre et devrait faire l’affaire. Pour les autres, vous pouvez circuler, il n’y a rien à voir. Notez que si l’envie de vous laisser bouffer par ce gros dino vous prend tout de même, la chose est plus connue par chez nous sous le titre Bloody Waters, Eaux Sanglantes, ce qui est un titre doublement con. Doublement car premièrement il doit y avoir au moins 60 films qui utilisent les termes « Bloody » et « Waters » pour insinuer la présence de je ne sais quel esturgeon maléfique dans la flotte et deuxièmement on nous colle encore derrière une traduction pour les deux cons du fond qui auraient du mal à faire la traduction. En plus, ça fout à la poubelle le titre original, qui était quand même un peu plus accrocheur, moins pompeux, et permettait donc de comprendre d’emblée que l’on allait bouffer du Saupiquet périmé…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Kevin O’Neill
  • Scénarisation: Frances Doel, Guy Prevost
  • Titres: Dinoshark (USA)
  • Producteurs: Roger Corman, Julie Corman
  • Pays: USA
  • Acteurs: Eric Balfour, Iva Hasperger, Roger Corman, Dan Golden
  • Année: 2010

7 comments to Dinoshark (Bloody Waters, Eaux Sanglantes)

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Yep, comme tu le soulignes, ce Dinoshark est vraiment fade et pas très palpitant.
    Le fait est que oui, ces CGI monster movies sont loin de valoir les anciens en latex, d’autant plus que le fait de pouvoir rajouter la créature « après » le tournage permet d’emballer la chose avec encore plus de vitesse et moins de soin qu’autrefois. Et oui, les monstres finissent par se ressembler au point qu’il est parfois difficile de dire qui est qui (alors qu’il est très aisé de distinguer le Boogen du Ghoulie).

    Dans le genre, Dinoshark est vraiment l’un des plus mauvais, et pas nécessairement celui par lequel il faut tenter l’aventure CGI. Heureusement quelques uns sortent quand même leur épingles du lot, gardant l’esprit B intact. Mais ça fait un peu pochette surprise…

  • Roggy  says:

    Excellente chronique en rapport de ce film pas très bon, dont je suis bien incapable de me souvenir si je l’ai vu au final. Entre les dinosaures, les requins et les anacondas, on se perd soi-même 🙂

  • VAL le cafard  says:

    Mais que vient foutre Baflour dans ce merdier ??

  • VAL le cafard  says:

    Hé hé…

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