Evil Aliens

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Les envahisseurs attaquent et ils viennent des cieux ! Mais n’imaginez pas que les aliens imaginés par le très punk Jake West sont des anges… Au contraire, ces bâtards from outer space ne sont pas loin d’être aussi maléfiques que des candidats de télé-réalité… C’est dire !

 

 

Venu signer quelques autographes, présenter son film Doghouse et, surtout, boire des bières avec les bisseux au Bloody Week-End, Jake West a confirmé l’image de mec extrêmement sympa que l’on lui prêtait auparavant. On la lui donne carrément désormais tant ce mec, qui ressemble plus à membre des Sex Pistols qu’à un réalisateur tel qu’on a tendance à l’imaginer, transpire la joie de vivre. Un vrai fan du cinéma de genre qui est toujours heureux d’en croiser d’autres, le mec, et une personnalité définitivement attachante qui mériterait un peu plus de renommée par chez nous. Malheureusement, et malgré la sortie en DVD de la plupart de ses pelloches (mais pas toutes, nous le verrons tout à l’heure), l’Anglais n’est guère cité par les bisseux français, un peu oublié au profit de metteurs en scène qui étaient pourtant encore en culottes courtes lorsqu’il prenait déjà sa caméra pour filmer des séquences gore, une entreprise débutée dès 1994 avec un premier court nommé Club Death. On peut dire que le ton était donné dès la ligne de départ avec un nom pareil ! Quatre ans plus tard, West récidive avec Razor Blade Smile, tentative quasi-amateur de mélanger le mythe vampirique avec une imagerie qui doit autant à la scène gothique qu’à certains mangas. Pas nécessairement un chef d’œuvre, les baisses de rythme étant trop fréquentes pour séduire totalement, mais bien suffisant pour que son auteur se fasse remarquer par le milieu, pour lequel il se met à tourner quelques documentaires pour le bien d’éditions DVD. Evil Dead, Hellraiser, Bubba Ho-Tep,… Quasiment des petits boulots mais qui permettent certainement de se faire la main et, surtout, quelques contacts. Mais le temps passe et devient long, sept années séparant tout de même le premier long aux dents pointues réalisé par West de son second, le bel Evil Aliens qui nous branche aujourd’hui. Une vraie Série B à petit budget qui donnera un petit coup de boost à la carrière du Jake, qui sera courtisé par les Ricains dès 2006, soit quelques mois après l’invasion alienesque. Une alliance avec les Amerloques qui permettra le retour de la créature de Pumpkinhead, via le plutôt sympathique DTV Ashes to Ashes, et qui donnera à West l’envie de battre le fer tant qu’il est chaud. Nous n’avons donc pas attendu bien longtemps avant de le retrouver dans le siège de réalisateur via Doghouse, comédie horrifique sortie en 2009 et qui reste à ce jour son œuvre la plus connue. Et pour cause, West n’a plus fait de films depuis ! Et oui, l’Anglais est clairement retombé dans l’univers des documentaires horrifiques, univers dont il ne sort qu’à l’occasion du film à sketchs The ABC’s of Death et d’un court-métrage hommage à New York 1997 qu’il nomme Escape from London. Le reste du temps, c’est donc dans les docus que plonge Jake West, qui nous en livre par ailleurs deux fabuleux : Video Nasties : Moral Panic, Censorship & Videotape et sa suite Video Nasties : Draconian Days, qui reviennent comme leurs noms l’indiquent sur la sévère censure anglaise…

 

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Car le britannique a fondé son identité d’artiste via les VHS qui furent saisies et détruites par quelques tristes catholiques qui n’aimaient guère l’idée que de jeunes gens puissent s’éclater devant Driller Killer ou Anthropophagous. Rien de très étonnant dans le fait que West tape donc dans l’horreur, et encore moins qu’il le fasse fort ! Sans doute un peu frustré d’avoir eu tant de mal à visionner ses cassettes sanglantes dans leurs versions intégrales (pour rappel, l’Angleterre disposait de l’un des comités de censure les plus stricts au monde), Jake va mettre le paquet dans son Evil Aliens. Si Razor Blade Smile préférait jouer la carte de l’érotisme et de l’action, sans doute parce que la faiblesse du budget ne permettait pas l’utilisation d’effets bien dégueulasses, cette invasion extra-terrestre par ailleurs toujours inédite chez nous en DVD n’hésitera pas à verser dans le gore pur et dur. Le scénario, écrit par West en personne, s’y prête d’ailleurs bien, contant le carnage d’une équipe télé spécialisée dans les émissions sur le paranormal. Vous savez, ces petits docus à la con durant entre 40 et 60 minutes et dans lesquels quelques prétendus experts vont dans les champs filmer le ciel à la caméra infra-rouge pour au final s’extasier sur un pigeon constipé, qui sera passé à toute vitesse vingt mètres plus loin mais qu’ils prendront pour une soucoupe volante. C’est ce genre de crétins qui sont les héros d’Evil Aliens, des cyniques sachant fort bien qu’ils font de la merde et se moquent de leur public mais qui s’en foutent totalement tant que la paye tombe chaque mois. Venus faire un reportage sur une fille prétendument violée par des petits hommes verts sur une île isolée, nos glandus du petit écran croiseront bel et bien des énervés d’une autre galaxie, venus passer le temps chez nous en foutant le bordel dans les champs. Un script simple mais bien entendu efficace et largement suffisant pour une Série B dont l’intention est de marcher sur les traces de Peter Jackson, Bad Taste et Braindead n’étant jamais bien éloignés… Autant dire qu’humour et cervelles écrasées seront au rendez-vous et que ce n’est pas sur Toxic Crypt qu’on va s’en plaindre ! Surtout lorsque l’on voit les efforts déployés pour en mettre plein la vie, les meurtres sanglants s’enchainant sans temps mort, le film débutant même sur le sort peu enviable d’un gaillard kidnappé par les aliens. Allongé sur le ventre sur une table, le pauvre homme se fera vriller le cul par une espèce de godemichet en acier, denté et qui tourne comme une perceuse ! Un point de départ qui ne laisse que peu de doute sur la teneur du spectacle à venir…

 

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West connait bien son public et, étant lui-même un fan hardcore du cinéma d’horreur, sait fort bien que les bisseux n’ont jamais trop de gore à se caler dans la panse. Dans Evil Aliens, les bras et les jambes volent tandis que les plaies crachent des litres d’hémoglobine, les têtes et colonnes vertébrales sont arrachées, les tronches sont trouées et les bides finissent transpercés. L’ami Jake n’hésite jamais à citer ses ainés et se permet même quelques séquences qui n’auraient pas dépareillées dans un Evil Dead, comme cette rencontre musclée entre les aliens et des paysans mécontents du sort réservé à leur bétail, réduit en filet américain. Un extra-terrestre se faufile derrière l’un des hommes et lui transperce le ventre avec l’étrange lame qui lui sert d’arme, libérant les intestins du malheureux avant de lui trancher les bras. Et comme si cela ne suffisait pas, notre cousin éloigné de Roswell décapite sa proie et lui transperce la boîte crânienne avec les doigts, faisant sauter les globes oculaires de ce fermier décidément fort maltraité. Et où atterrissent ces yeux ? Dans les bouches des compagnons du gaillard, bien sûr ! Et le carnage de continuer de plus belle par la suite, dans la joie et la bonne humeur, dans un esprit mélangeant le slapstick et le splatter. West reprend quelques idées de ses illustres aînés pour les remanier à la sauce comique, parfois avec une bonne dose de provocation, comme lorsqu’un personnage homosexuel se fait empaler par une grande croix christique, qui lui rentre dans le fion et ressort par sa bouche. Ruggero es-tu là ? Si notre réalisateur cite autant le cinéma américain que le bis rital, il n’oublie tout de même pas qu’il est un bon Anglais et se réfère donc à quelques classiques du Royaume-Uni. Il y a en effet un peu de l’Inseminoid de Norman J. Warren dans Evil Aliens, qui récupère l’idée des aliens qui insèrent volontairement des fœtus dans les ventres des Terriennes. Chez Warren, la scène était plutôt portée sur une ambiance cauchemardesque, incertaine, avec une certaine finesse. Chez West, c’est une toute autre histoire puisque le suggéré n’a pas sa place, la caméra s’attardant sur l’opération performée par les enfoirés venus d’ailleurs, qui ouvrent le bidou d’une pauvre demoiselle pour y placer un bébé alien qui ne risque pas d’être accepté dans beaucoup de garderies… Et lorsque le petit deviendra grand, il ne se contentera pas de sortir du nombril comme dans Alien et ses nombreux avatars, préférant croître dans le corps de son hôte jusqu’à le déchirer. Réjouissant au possible !

 

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Niveau gore, il n’y a donc pas à se plaindre, c’est une évidence. D’autant que Jake West a décidé d’utiliser des effets à l’ancienne aussi fréquemment que possible, quand bien même son film contient dans les 140 plans truqués. Des effets numériques utilisés seulement lorsque le besoin s’en fait ressentir, les trucages pratiques passant toujours en premier. Mais difficile de constituer deux vaisseaux spatiaux (que l’on pilote en malaxant un cerveau!) et les faire voler pour seulement un ou deux millions de piécettes, vous en conviendrez, le recours aux ordinateurs étant dès lors obligatoire. Notons d’ailleurs que l’informatique s’est montrée assez efficace pour l’occasion, permettant quelques séquences ambitieuses comme le crash d’un vaisseau dans une ferme ou encore la perforation de ce même vaisseau par des rochers propulsés dans le ciel (!!). Des CGI qui ne peuvent bien évidemment pas tenir la comparaison avec ceux des blockbusters inondant les cinémas mais qui font tout de même le boulot, voire même la nique à la plupart des productions Syfy actuelles, pourtant plus jeunes qu’Evil Aliens d’une bonne dizaine d’années. Tourné en indépendant via une structure créée pour l’occasion, les infographistes derrière ce beau boulot ont eu tout le temps nécessaire pour parfaire et choyer leur travail. Il y a clairement de l’amour et une volonté de bien faire qui transpire à chaque instant, y compris dans les costumes des aliens, qui ont un look plutôt original. Dans l’incapacité de respirer sur notre belle planète bleue, ces monstruosités sont forcées de porter des casques dotés de grands tubes noirs qui ressemblent à des cornes. On a donc la sensation que ces êtres d’un autre monde sortent en fait des enfers puisqu’ils ont clairement des gueules de démons, sentiment renforcé par quelques détails comme ces pentagrammes dessinés sur leurs casques! D’ailleurs, les versions féminines de ces monstres disposent de cornes… sur les tétons ! Si ça c’est pas diabolique, je ne sais pas ce que c’est ! Une touche d’humour qui n’est, vous l’aurez compris, pas un acte isolé dans un métrage qui regorge de vannes en tous genres. Qui ne sont pas toujours très heureuses, bien sûr, quelques gags tombant à plat, surtout au début, lorsque nous ne sommes pas encore familiarisés avec l’ambiance générale. Pas encore rentrés dans le délire, nous percevons comme un peu forcées, voire ringardes, certaines touches d’humour qui contribuent tout de même à la bonne humeur de l’ensemble. Et puis, peu à peu, le bisseux s’y fait et se prend au jeu, souriant ou riant de bon cœur à quelques idées sympathiques, comme une scène de sexe violente et très fun entre un geek puceau et une alien, qui éjacule sur son visage ! Alors ce n’est pas très fin, c’est sûr, et l’on tombe souvent dans un humour puéril qui ne plaira pas à tout le monde (boutons d’acné percés en gros plan, pets et autres gags un peu scato sont plus que présents) mais cela a le mérite de mettre du rythme et de présenter les persos, plutôt attachants.

 

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Sans aller jusqu’à dire que West a créé une petite troupe inoubliable, force est de constater qu’il sait dessiner des protagonistes agréables à suivre et qui se distinguent les uns des autres. On retrouve donc la présentatrice chaudasse mais qui sait manier les armes (Emily Booth, habituée du bis british vue aussi dans Doghouse et Cradle of Fear), le geek typique (bouton, lunettes, appareils électroniques dans les mains, fan de Star Trek et compagnie), la jolie bimbo qui a un nom pas possible (Candy Vixen), l’homosexuel excentrique, le technicien qui sniffe de la coke durant tout le film ou encore le preneur de son irascible. Sans oublier les fameux fermiers, qui feraient de bons rednecks dans une pelloche américaine, dont l’un d’eux est incarné par un habitué de West, à savoir cette gueule burinée qu’est Chris Adamson, qui ne s’exprime que par des râles ou des sourires flippants. Des bons gars, en somme, dont on ne peut prédire l’ordre d’exécution, ni même lequel va survivre, leurs chances étant égales puisque l’on tient ici un film choral, sans personnage principal clairement établi. Ce qui contribue encore un peu plus à la décontraction générale, qui tranche cependant avec des aspects horrifiques pris au sérieux. Les aliens sataniques ne prêtent en effet pas à rire et leurs forfaits sont plutôt glauques. Demandez donc au corbeau qu’ils ont crucifié ce qu’il en pense ! Et lorsque la jeune fille qui fut capturée par ces apôtres de Satan (qui a décidément des adorateurs partout !) se remémore par flash la torture que lui ont fait subir les boucs de l’espace, le spectateur n’a pas forcément envie de se gausser non plus… West fait certes une comédie-horrifique, mais il sait séparer les deux genres et ne se sert pas de la relaxation ambiante comme d’une excuse pour torcher un gros Z mal branlé. Certes, il n’a pas d’énormes moyens, et il faut bien dire que le tournage en DV nous donne par moment une image plus proche de celle d’un documentaire que d’un film, mais on sent que Jake West a cajolé son bébé et tenté de lui donner tout ce qu’il a dans les tripes.

 

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Quelques séquences sont ainsi mémorables et jouissent d’une très bonne mise en scène, voir pour s’en convaincre cette belle idée de l’aveuglement du preneur de son, qui se repère dès lors grâce à son équipement sonore. West a fait de grands progrès depuis Razor Blade Smile, tant au niveau de la réalisation que celui de la scénarisation, c’est une évidence et cela participe bien sûr à la franche réussite que constitue cet Evil Aliens pas assez cité à mon goût. Nous tenons en effet un vrai petit classique du fantastique moderne et il est tout simplement incompréhensible qu’aucun DVD français ne soit apparu en dix ans. Une erreur qui ferait bien d’être réparée car il se pourrait bien que beaucoup de francophones passent à côté d’une petite tuerie définitivement culte ! Car tout ce qu’on aime se trouve dans Evil Aliens, y compris une mémorable scène de carnage à la moissonneuse… Jake West for president !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Jake West
  • Scénarisation: Jake West
  • Producteurs: Tim Dennison, Quentin Reynolds
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Emily Booth, Jamie Honeybourne, Christopher Adamson, Jodie Shaw
  • Année: 2005

4 comments to Evil Aliens

  • Roggy  says:

    On sent bien en te lisant que le bonhomme est sympathique (il avait l’air vraiment cool lors de sa venue au BWE !). Je ne le connais pas mais j’aime bien ses films comme « Razor blade smile » ou cet « Evil aliens ». De petites prods semi-pro assez réussies dans l’ensemble et des films avec plus de thunes de qualité comme « Doghouse ». Jack West est définitivement un réal à soutenir et à suivre.

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Alors là très heureux de voir que le film est aussi bon que je le fantasme depuis son annonce. Ne reste plus qu’à trouver un moyen de mettre la main dessus… Merci pour la chro en tout cas, ça fait X années que j’essayais de savoir si ça valait le coup (et comme y a Emily Booth, alors ça vaut le coup).

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