Pyromaniac (Don’t Go in the House)

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L’amour, ça réchauffe ! Surtout lorsque le séducteur est Donny Kohler, héros de la légendaire VHS Pyromaniac, un bonhomme qui ramène les filles chez lui pour leur montrer quel chaud lapin il est. Et ce grâce à un lance-flammes qui rendra les corps ardents !

 

 

Les années 70 ont été pour le cinéma d’horreur une véritable montée en puissance dans la violence, troquant peu à peu les vieux cimetières et les manoirs poussiéreux pour la réalité dans tout ce qu’elle a de plus crasseux. Ruelles sombres pour tueurs crédibles et sévices tangibles devenaient peu à peu une norme plus virulente, plus provocatrice. Y compris dans la promotion de cette forme d’art corrosif, qui ne cessait de demander au chaland s’il en avait suffisamment dans le froc pour aller se torturer les pupilles dans les salles obscures. « Oserez-vous voir tel film sans vomir ? ». « Parviendrez-vous à ne pas vous pisser dessus durant celui-ci ? ». Le courage du chalant était sans cesse remis en question, y compris par les films avec « Don’t » dans le titre, tels Don’t Go in the Woods, Don’t Answer the Phone ou encore Don’t Look in the Basement. Fins psychologues que les créateurs de ces beaux blases, qui laissaient penser que ces forêts ou caves contenaient des horreurs trop insupportables pour le pékin moyen. Ce qui donnait bien évidemment à ce dernier l’envie de tenter l’expérience, pour se prouver qu’il pouvait le faire et qu’il n’était pas de ces chochottes qui restaient sur le trottoir ou allaient s’enquiller une romance pleine de fraises tagada ! Il n’y en a d’ailleurs pas dans Don’t Go in The House, pas plus que de cerises Haribo, cette petite production ricaine qui, comme vous le voyez, surfait elle aussi sur ces titres qui préfèrent prévenir que guérir. Film par ailleurs plus connu chez nous sous le nom Pyromaniac, titre qui fut utilisé pour la vidéo jadis éditée par Scherzo, qui affichait la couleur chaude avec un bel artwork de Melki montrant un mec en combinaison manier le lance-flammes. Malheureusement, la bande tombe peu à peu dans l’oubli par chez nous, faute d’une sortie en DVD sur les terres de Napoléon, forçant les bisseux en quête de sensations fortes à se rabattre sur l’Angleterre. Car, bien évidemment, les gars de chez Arrow se sont fendus d’une sortie, qui ne contient aucun réel bonus mais a au moins le beau mérite d’exister et de pouvoir faire découvrir la bête à ceux qui n’ont pas eu la chance de posséder la cassette à l’époque.

 

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L’histoire suit de manière quasi-exclusive Donny Kohler (Dani Grimaldi dans son premier rôle), un mec en apparence transparent mais qui souffre de sérieux problèmes psychologiques. Nous faisons sa connaissance sur son lieu de travail, alors que l’un de ses collègues prend feu sous ses yeux. Mais plutôt que d’aider son compère à éteindre le feu qui le transforme en gratin dauphinois, Donny observe sans bouger, comme passionné par la scène. Bien sûr, lorsque son patron découvre la scène, il se fait copieusement engueuler, sans répondre, sans s’excuser. Le personnage est planté : Donny est un faible, un faible qui est même écrasé par sa mère, que le spectateur n’a pas encore rencontrée à ce moment-là mais qu’il devine difficile puisque Donny ne peut accepter la proposition de son collègue d’aller boire un coup par sa faute. Maman Kohler semble donc être particulièrement sévère, ce qui se confirme quelques minutes plus tard lors d’un flashback au cours duquel nous voyons le pauvre Donny, alors enfant, se faire réprimander par sa reum, et pas avec une simple fessée puisqu’elle le force à garder ses bras au-dessus de la flamme d’une cuisinière… Donny a donc toutes les raisons du monde d’être un faiblard mais qu’il se rassure, cela ne va pas durer. En effet, dès son retour du travail, il découvre sa daronne inanimée, raide morte, la vieillesse l’ayant emportée. La libération pour le fiston, qui peut dès lors jouir de toute la liberté imaginable et, enfin, être lui-même. Le problème, c’est que le vrai Donny n’est pas des plus présentables puisque son truc à lui, c’est de ramener des jolies dames dans une pièce aux murs d’acier pour les cramer à l’aide de son lance-flamme… Tout en gardant le cadavre de sa mère dans son salon !

 

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S’il fut quelques fois vendu comme un slasher, sans doute parce qu’il sortit en 1979 et déboula dans les bacs vidéos dans les années 80, Don’t Go in the House est plutôt un gros psychokiller, un pur et dur même. Contrairement au slasher dont le propre est de suivre une structure préétablie, le psychokiller movie colle aux basques de son assassin, qui a généralement une psychologie chaotique qui influe sur le rythme du film. Ca ne loupe pas ici, cette bande réalisée par Joseph Ellison (qui n’ira pas beaucoup plus loin par la suite) ressemblant à une collection de vignettes, à des tranches de la vie de Donny, un peu comme Lustig l’a fait avec son cultissime Maniac. Pyromaniac (tiens ! tiens !) aurait-il copié l’œuvre du gros Bill ? Aucune chance, Ellison ayant sorti sa pelloche avant que ne soient visibles les mésaventures de Frank Zito, qui a de nombreux points communs avec le Donny, comme ces soucis avec la figure maternelle qui se transforment en de l’ultraviolence dirigée vers la gente féminine. Car Kohler ne s’attaque qu’aux demoiselles, jolies de préférence, se débrouillant plus ou moins finement pour les ramener dans son antre, dont elles ne ressortiront jamais, si ce n’est s’il se décide à vider son cendrier… Inutile de préciser que l’on tient ici un métrage particulièrement rude, qui se permet même une scène assez terrible, qui lui vaudra d’ailleurs des emmerdes en Angleterre puisqu’il sera classé parmi les Video Nasties et sera donc balancé dans des fours crématoires. Sacrée ironie puisque ce qui valut à Pyromaniac de finir sur le bûcher est justement le premier meurtre durant lequel Donny dénude sa captive et l’attache au plafond via une chaîne avant de revenir la brûler vive avec son infernal arsenal. Et vu que l’effet spécial fonctionne toujours du tonnerre plus de trente années après la sortie du bouzin, je vous laisser imaginer la réaction des enfants de cœur de la commission de classification des films, qui ont sans doute sué un peu… Survenant à la vingt-septième minute d’un métrage qui jusque-là n’était pas très graphique, cette séquence fait l’effet d’un électrochoc et restera sans doute dans les annales du genre, Ellison la construisant peu à peu et parfaitement…

 

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De toute évidence, le réalisateur à le regard braqué sur le Psychose du roi Alfred, largement plus que sur les premiers slasher qui faisaient leur apparition à l’époque de la sortie de Pyromaniac. Si quelques emprunts thématiques sont évidents (la mère castratrice, le fait qu’il garde le cadavre avec lui, la vieille maison glauque dans laquelle ils vivent) et ne nécessitent pas d’être rappelés, la gestion du suspense selon Ellison mérite que l’on freine un peu pour s’attarder sur son cas. On retrouve en effet ici une autre influence qui semble provenir du Bates Motel puisque, tout comme dans le classique d’Hitchcock, la scène du premier meurtre est très longue, constituant une lente ascension vers l’horreur. Donny, alias Donald, se rend chez une fleuriste qui vient tout juste de fermer boutique et s’apprête à rentrer chez elle. Celle-ci accepte malgré tout de laisser notre protagoniste acheter une fleur puisqu’il s’est montré persuasif, expliquant que sa mère est très malade et qu’un joli bouquet la réconfortera. Comment refuser pareille demande désespérée ? La belle va pourtant le regretter et met le doigt dans l’engrenage… Donny lui fait d’ailleurs perdre un temps précieux puisqu’une fois la transaction terminée, la dame se rend compte qu’elle vient de rater son bus et qu’elle est donc livrée à elle-même dans un quartier peu fréquentable. Notre maniaque qui aimait les allumettes saute sur l’occasion et lui propose de la ramener chez elle, demandant juste si elle peut patienter quelques minutes pendant qu’il porte le bouquet à sa mère. Evidemment, il se débrouille pour que la fleuriste passe le pas de sa porte et la laisse seule. Un passage assez long et étouffant, durant lequel on ne sait pas encore ce dont est capable Donny (contrairement au titre et la jaquette française, qui en dévoilent un peu trop, les visuels d’origine ne sous-entendent pas ses manies meurtrières), même si l’on devine qu’il n’a pas que de belles intentions. La chute n’en est que plus dure, forcément, et la scène garde toute sa force, mettant mal à l’aise… Au point qu’aucun passage suivant ne parviendra à retrouver cette puissance !

 

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N’allez cependant pas croire que l’on s’emmerde sacrément durant le restant du film, vous ne pourriez avoir plus tort ! Don’t Go in the House est en effet plutôt bien rythmé, ou disons plutôt qu’il ne souffre d’aucun moment faiblard. Le récit n’est d’ailleurs pas spécialement intéressant, il n’y a pas de progression dramatique clairement établie et c’est le glauque quotidien d’un esprit malade que nous suivons, dans quasiment toutes ses phases. Ellison a visiblement tenté d’être réaliste, ne se refusant pas quelques passages un peu plus légers, comme cette chasse au joli costume que fait Donald, qui est invité à aller passer une soirée disco par son meilleur ami. Mais de manière vicieuse, le film nous endort continuellement pour mieux frapper après, le côté plus cool de la boîte de nuit et sa musique pop gentillette ne nous préparant pas au sursaut de violence qui suit, Donny écrasant une bougie sur la face d’une malheureuse, qui finira défigurée… Ellison s’amuse à jouer avec nos prédictions de spectateur, nous envoyant un coup de poing lorsque l’on se repose et sautant des scènes auxquelles nous pensions avoir droit, comme de nouveau meurtres au chalumeau. En effet, après la première victime, le montage se passera d’autres séquences où ça allume le barbecue, se contentant de nous montrer Donny en train de ramener les nanas avant de faire une ellipse pour mieux revenir sur les corps calcinés par la suite. Une manière de surprendre mais aussi de montrer qu’au final cet enchainement meurtrier, cette méthodologie meurtrière devient le quotidien de Donny et que ces filles ne représentent plus grand-chose pour lui si ce n’est une habitude… La caméra n’a dès lors plus aucune envie de s’y intéresser elle non plus puisqu’elle ne capte que les moments forts de son existence… Et nous aussi, par la même occasion !

 

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On ne parlera pas d’identification avec le Kohler pour autant, la réalisation gardant malgré tout une certaine distance avec le personnage. D’autant qu’il n’est pas particulièrement sympathique, le bonhomme, nettement moins que Zito pour qui on éprouvait un peu de compassion malgré tout. Donny souffre pourtant, lui aussi, et semble dirigé par d’inquiètantes voix féminines qui le poussent à agir en meurtrier. Ce qui entraine quelques remords, l’homme faisant d’atroces cauchemars lors desquels ses victimes qui sentent la patate cramée s’en prennent à lui, cauchemars qui s’infiltrent dans le réel puisque des hallucinations ramènent ces femmes qui fument devant ses yeux. Ce qui lui fait perdre pied, encore un peu plus… Ce n’est pas l’écriture du personnage qui pose problème, par ailleurs, puisque sur le papier le gaillard est intéressant et parfois touchant, comme lorsqu’il réagit comme l’adolescent qu’il n’a jamais été à la mort de sa mère, sautant sur les divans et mettant sa musique à fond. Le problème de ce grand enfant, c’est son interprète, Dan Grimaldi. Ou plutôt sa voix, car le comédien n’est pas mauvais en lui-même et est même crédible… En effet, une grande majorité des dialogues a été placée via la post-synchro, forçant donc chaque acteur à venir causer par-dessus son image. Et là, ça bloque, et pour tout le monde. Mis à part l’ami de Donny, tous les personnages présents à l’écran se tapent un ton dénué de tout naturel qui vient diminuer la puissance de nombreuses scènes et ruine même les jeux d’acteurs. Un sacré menhir dans la sandalette, qui vient donner une dimension cheesy, ringarde, à un film d’un sérieux absolu qui n’avait bien sûr pas besoin de cela. C’est d’ailleurs le seul défaut de Pyromaniac, mais il est malheureusement de taille et crée une distance entre le public et ce qu’il voit, les aspects réalistes du métrage ne souffrant pas qu’un peu de ces déclamations sorties des pires séries Z. Dire que c’est dommage est bien en-dessous de la vérité…

 

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Car sans cela, on tiendrait le psychokiller parfait, qui pourrait siéger avec Maniac sur le trône. Il y a en effet tout dans Don’t Go in the House : des scènes chocs, un script qui se suit facilement, des bons effets spéciaux et même une bonne réalisation. Ellison se montre effectivement fort compétent et signe quelques clichés forts réussis, comme l’apparition du corps de la mère Kohler dans les escaliers. Félicitons également la photographie, créée par Oliver Wood (qui bossera sur la saga des Bourne), qui joue sur le contraste entre la froideur ambiante (les rues noires, la pièce d’un bleu d’acier que construit Donny) et la chaleur des flammes qui semblent hypnotiser notre maniaque. Le scénario se réserve même un petit discours, expliquant que la violence ne peut entraîner que la violence en une chaîne sans fin, en témoigne le fait que lorsque Donny défigure la nana dans la boîte de nuit, le frère de celle-ci le tabasse et tente de le tuer. De même, le film se conclut sur une scène de violence domestique, la mère du meilleur pote de Donny giflant méchamment son fils, qui se met à entendre des voix qui lui promettent de l’aider… Le message est clair et dur : la brutalité envers les enfants n’est pas prête de finir, concluant le film sur une note très amère… Avant que le générique de fin à la musique disco ne vienne encore une fois nous faire changer d’ambiance ! Après tout, Pyromaniac est un film qui suit l’esprit désorganisé de son héros, il est donc normal qu’il épouse un certain chaos… Quel dommage en tout cas que les acteurs aient tant loupé la post-synchro, leurs dires abaissant un peu cet embrasé spectacle, qui mérite néanmoins toute votre attention.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Joseph Ellison
  • Scénarisation: Joseph Ellison et Ellen Hammill
  • Titre original: Don’t Go in the House
  • Producteurs: Ellen Hammill, Matthew Mallinson, Edward L. Montoro et Dennis Stephenson
  • Pays: USA
  • Acteurs: Dan Grimaldi, Robert Osth, Ruth Dardick, Charles Bonet
  • Année: 1979

8 comments to Pyromaniac (Don’t Go in the House)

  • ingloriuscritik  says:

    Bon ben comme on en parlait ensemble il y a peu, force est de reconnaitre que mes souvenirs étaient beaucoup trop fugaces (et très lointain) pour me remémorer avec autant de détails que tu ne le fait dans ton croustillant papier ,ce l’histoire de ce réchauffeur de foufounes .Je révise volontiers mon point de vue , et me laisserai tenter…quand il fera moins chaud !

  • Roggy  says:

    Belle chronique pour ce film que je ne connaissais pas et qui semble chauffer fort. Tu m’as donné envie de le voir en tout cas, surtout avec son tueur qui m’a fait penser à celui de « The exterminator » de James Glickenhaus.

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Je cherche encore pourquoi beaucoup considère cette pelloche comme un nanar. En revient souvent la réplique « stop laughing » qui en mon sens était plutôt glauque et témoignait de « l’impuissance » du personnage principal quant à sa psychose. Quoiqu’il en soit, ces problèmes de post-synchro doivent en être à l’origine car je me souviens d’un film froid, sombre et très glauque.

    A vrai dire j’étais déjà très heureux de découvrir que la VHS sortie chez nous ne possédais pas de doublages français, mais était en VO sous-titré. Une aubaine. J’ai peur de redécouvrir à cause de ce soucis d’audio, mais j’ai vraiment envie de me remettre à ce Pyromaniac, dont le titre convient quand même vachement bien au film.

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