Amusement

Category: Films Comments: 4 comments

amusementeaser

Faites attention à la manière dont vous traitez vos petits camarades à la maternelle, ils pourraient bien vous en vouloir sérieusement en cas de moqueries. Et s’ils ne vous oublient pas, ils risquent même de venir frapper à votre porte vingt ans plus tard avec un bouquet de mauvaises intentions…

 

 

Il y a des films qui ont autant de chances que les malheureuses victimes qu’ils illustrent. Amusement est de ceux-là, lui qui en a chié pour être ne serait-ce que visible. Imaginez un peu que le bousin devait sortir dans les cinémas américains en janvier 2008 et n’a cessé d’être repoussé pour finalement débarquer un an plus tard en DVD, en catimini qui plus est. Difficile de briller dans ces conditions, d’autant que la boite qui vous produit commence à mourir, dans ce cas-ci Picturehouse (à qui l’on doit Le Labyrinthe de Pan). Une malchance qui poursuit le film à travers le monde, telle une malédiction ancestrale, puisque s’il est bel et bien sortis dans nos contrées, le film de John Simpson (aucun lien de parenté avec Homer Simpsons) ne s’est pas franchement fait remarquer par les amoureux de la Série B. Et pour en rajouter une couche, lorsque certains ont décidé de le mettre dans leur caddie et passer à la caisse, c’est pour se retrouver avec une galette avec des défauts. Et par « certains », je veux dire moi, bien entendu… Certes, c’est un DVD belge (et les DVD belges c’était souvent de la merde, disons-le franchement), ce qui explique les parasites sur cette image qui se gèle parfois ou même le saut de certaines parties du film, comme si nous passions certains chapitres au hasard. Bien sûr, cela ne concerne que mon DVD et je suppose, j’espère, que les autres frisbees pressés en Belgique n’ont pas ce problème. Reste que c’est assez révélateur de la guigne que se trimballe cette pauvre petite série B qui n’a jamais rien demandé à personne. Une telle gifle que son réalisateur ne s’en remettra pas vraiment et semble avoir mis sa carrière en pause depuis, se concentrant plutôt sur l’écriture… Son scénariste, Jake Wade Wall, aura tout de même réussi à contourner la damnation puisqu’il a récemment bossé sur Cabin Fever: Patient Zero. Est-il si difficile de survivre à Amusement ? Nous allons voir ça tout de suite.

 

amusement2

 

A quel genre appartient Amusement ? A celui du film à sketchs, ma bonne dame. Oui, vous avez bien lu, c’est une anthologie sortie en 2009, soit juste avant que le genre ne redevienne à la mode avec les V/H/S, The Theatre Bizarre, Chillerama et autres Scream Show. Autant dire que nous avons là une preuve supplémentaire de la poisse subie par le film, qui sera sorti trop tôt pour profiter de l’engouement vécu par des trucs pas forcément méritants comme ABC’s of Death. Dans le petit monde du cinéma, savoir prendre le bon train en marche est tout un art et mal barrés sont ceux qui resteront le cul sur le quai… Amusement avait pourtant un élément original: tous ses segments se regroupent et finissent par ne faire qu’un lors du dernier acte. Les trois parties précédentes se concentrent sur les déboires de trois jeunes (et jolies) demoiselles qui sont toutes attaquées par un psychopathe, un gamin dont elles se sont un peu moquées dans leur enfance. Il faut dire que ce Junior le Terrible du gore n’attirait pas la sympathie puisqu’il torturait une souris, au nom de l’art et des devoirs de primaire. Devenu un grand gaillard, il va tout mettre en œuvre pour faire passer de sales moments à ces trois nanas, qui ont par ailleurs toutes été à un moment ou un autre de leur carrière dans un film d’horreur. Les admirateurs de gore et de jolies filles auront donc reconnu Katherine Winnick (le très sympa Au Service de Satan, Hellraiser: Hellworld), Laura Breckenridge (le pas terrible Hit and Run) et Jessica Lucas (Evil Dead version 2013). Au moins, même si le film est nul, il y aura de jolies filles à regarder, n’est-ce pas les gars ? Le premier sketch commence en tout cas de manière assez classique et va d’ailleurs continuer dans cette voie puisqu’il rappelle d’autres séries B comme Duel, Joy Ride ou Hush. Vous l’aurez compris, nous avons affaire à une histoire de camion derrière lequel l’héroïne du segment, Shelby (Laura Breckenbridge) et son petit copain se placent pour faire convoi, une autre voiture avec une sorte de Ned Flanders les suivant (décidément, on est dans les Simpson jusqu’au cou). Rapidement, ils se rendent compte qu’une jeune fille semble être prisonnière du camionneur, cette dernière décidant même de sauter sur le capot de la pauvre Shelby, dans un geste désespéré. Que dire de cette première histoire si ce n’est qu’elle n’est clairement pas la plus marquante du lot car ne sortant jamais des sentiers battus. Nous avons vu le coup du camionneur maléfique des dizaines de fois et ce n’est pas le petit twist final qui va changer notre intérêt pour le segment, qui manque un peu d’explications par ailleurs. C’est tout de même l’occasion de se rendre compte que le réalisateur John Simpson sait tenir une caméra et que le film jouit d’une très belle photographie. Pour une petite série B sortie de nulle part, on peut dire que le métrage s’offre un cachet des plus agréables…

 

amusement1

 

Les choses s’arrangent avec le deuxième récit, qui met cette fois en scène la pauvre Tabitha (Winnick), qui est venue faire du baby-sitting chez ses neveux et est obligée de dormir dans une chambre remplie de clowns. Dont un à taille humaine, assis dans un fauteuil et affublé d’un masque des plus effrayants… La question se pose tout de suite: est-ce qu’il y a quelqu’un dans le costume ? Nous sommes là face au plus mémorable des sketchs, qui donne même au film son affiche, ce qui n’est pas très étonnant puisque ces foutus clowns ont toujours exercés un pouvoir de fascination sur les gens, qui voient en eux des êtres flippants plutôt que de grands comiques. Normal que le cinéma horrifique se soit emparé de ces rois du cirque pour les faire sombrer dans le glauque. Celui-ci est particulièrement réussi et fait monter la pression du long de ces vingt minutes, très old-school dans leur traitement. Simpson prend son temps et semble avoir pris pour exemple le Halloween de Carpenter, jouant plus sur l’atmosphère que sur l’hécatombe. Un joli moment, celui que tout le monde retient du film et qui sonne terriblement eighties. C’est dire si c’est sympa ! La troisième partie s’aventure dans des terres plus originales (après tout, même si c’est le meilleur, le deuxième segment n’a rien d’inédit à proposer) puisque la pauvre Lisa (Lucas) va tout faire pour retrouver sa meilleure amie, visiblement perdue dans une pension de repos. Ce n’est pas ici le scénario qui va apporter de l’audace mais plutôt le rendu visuel. Automnal, ce sketch presque gothique se permet quelques bizarreries, comme un lecteur de musique piégé ou des femmes emprisonnées dans des matelas. Un délire graphique plutôt bien senti, qui là encore prend bien le temps de poser son ambiance et de faire monter la tension petit à petit, sans se presser. Tout le contraire de la dernière partie, qui réunit les trois filles dans des décors plus orientés Torture-Porn pour une course-poursuite plus rythmée et gore. Pas vraiment le meilleur du film mais c’est tout de même l’occasion de se mettre sous l’œil quelques passages remarquables, comme ces jeunes filles qui ont le ventre à l’air mais sont toujours vivantes, exposées comme dans un musée macabre.

 

amusement3

 

Il est finalement assez surprenant de voir le mépris auquel doit faire face Amusement qui est au final un film plus que solide. Techniquement tout d’abord, Simpson faisant de l’excellent travail et se glisse sans trop de problème dans le haut du panier des réalisateurs de petites productions apparus ces dix dernières années. Il est bien dommage qu’il n’ait plus rien fait depuis car ce n’était certainement pas celui que l’on était les plus pressés de voir raccrocher les gants, surtout après seulement deux films et un court… Bon, il est vrai que les comédiens ne sont pas toujours au top… Katherine Winnick, notamment, la jolie jeune fille (enfin, elle approche tout de même de la quarantaine notre jeune fille…) n’étant pas toujours très convaincante. Mais ce n’est rien face au numéro de grimace que nous offre Keir O’Donnel, le psychopathe en chef, qui n’hésite pas à en faire des tonnes, comme si sa vie en dépendait. Pas étonnant vu que le bonhomme est un habitué des comédies et pas forcément les plus finaudes (il a, depuis, joué dans le American Sniper de Clint)… Mais il n’y a clairement pas de quoi crier au scandale après avoir vu Amusement, qui n’est certes pas le chef d’œuvre des années 2000 mais constitue une petite série B fort bien troussée qui aurait mérité un poil plus d’exposition… Donnez-lui sa chance un jour où vous n’avez aucune idée en tête, l’expérience ne devrait pas vous être trop désagréable.

Rigs Mordo

 

amusementposter

 

 

  • Réalisation: John Simpson
  • Scénarisation: Jake Wade Wall
  • Producteurs: Mike Macari, Neal Edelstein
  • Pays: USA
  • Acteurs: Katheryn Winnick, Jessica Lucas, Laura Breckenbridge, Keir O’Donnell
  • Année: 2008

4 comments to Amusement

  • Roggy  says:

    Décidément, les clowns sont une source inépuisable de terreur comme en témoigne le récent film irlandais « Stitches » (pas vu d’ailleurs. Et, même si je ne suis pas un amateur de ces petits slasher gores récents, tu vends bien la chose pour qu’il mérite une petite vision 🙂

  • Dirty Max 666  says:

    Je ne l’ai pas encore vu celui-là, mais tu m’as convaincu de chopper la galette (ou le frisbee comme tu dis) de cette péloche à sketchs. Bon, je ne te cache pas que la présence de Katheryn Winnick y est aussi pour beaucoup, mais quoi qu’il en soit, quand tu conseilles un film, je ne suis jamais déçu !

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>