La Déesse des Sables

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Khaled chantait « Aichaaa, Aichaaa », la Hammer hurle « Ayeshaaa, Ayeshaaaa ». C’est que ce n’est pas facile d’attirer l’attention d’une déesse des sables. Et encore plus dur de ne pas perdre celle du spectateur…

 

Tout le monde sait que la Hammer Films aura sorti son lot de films de vampires, de barons Frankenstein et de monstres divers et variés. Ce que l’on sait moins, c’est que les britanniques se sont essayés à d’autres genres, comme la science-fiction, le thriller ou le film d’aventure. C’est avec La Déesse de Feu qu’ils abordèrent ce dernier style, une adaptation d’un roman populaire, Elle ou la source de feu. Dirigé par Robert Day, qui réalisa tout une flopée de Tarzan, le film (peut-être plus connu sons titre original She) avait pour lui un casting qui réunissait tout le gratin de la Hammer et du cinéma anglais en général. Les obligatoires Peter Cushing et Christopher Lee, bien sûr, mais également la James Bond Girl Urusla Andress et quelques seconds rôles habituels de la production bis de l’époque comme André Morell (le Watson du Chien des Baskervilles) ou John Richardson (Le Masque du Démon). Ces deux derniers seront par ailleurs les seuls acteurs à revenir dans la suite, bien que ce ne soit pas dans les mêmes rôles. Car suite il y a bien eu: The Vengeance of She, alias La Déesse des Sables. La Hammer n’allait pas se priver, le premier ayant particulièrement bien marché…

 

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Comprendre la distribution française des DVD est parfois compliquée. Prenons Seven7, par exemple, un éditeur précieux puisqu’il nous aura refourgué une bonne brouette de films de la Hammer. Ils décidèrent même d’en réunir certains dans deux coffrets de cinq DVD chacun. Le premier se concentrait autour de Christopher Lee, contenant trois de ses films (Dracula, Prince des Ténèbres, Raspoutine le moine fou, Les Vierges de Satan) et deux autres péloches horrifiques (l’excellent La Femme Reptile et le pas mal Les Sorcières). Pour le deuxième, l’accent fut mis sur Peter Cushing avec deux Frankenstein (Frankenstein créa la femme et Frankenstein et le monstre de l’enfer) et Le Redoutable Homme des Neiges. Histoire de les accompagner, on ajouta le pas top Dans les Griffes de la Momie et La Déesse des Sables. Et c’est ce choix qui laisse sceptique. Pourquoi avoir été placer un film d’aventure dans des coffrets placés sous le signe de l’épouvante ? Seven7 avait pourtant dans son catalogue L’Invasion des Morts-Vivants ou Capitaine Kronos, tueur de vampires, des films plus adaptés… Mais voilà, on se retrouve donc avec ce petit film d’aventure, visiblement plus difficile à vendre à l’unité que les autres. Cela peut se comprendre, le film n’étant pas particulièrement réussi…

 

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Le film débute avec la marche de Carol (Olga Schoberova, qui remplace Ursula Andress), le long d’une route, visiblement un peu perdue, sur un air jazzy. Un automobiliste accepte de la prendre en stop, visiblement attiré par les jolies blondes sans défenses, et commence à se montrer un peu trop entreprenant. Mais par chance, le violeur se faisant écraser par sa propre camionnette, permettant à notre héroïne d’aller passer une belle journée à la plage. Mais, sans trop qu’elle sache pourquoi, cette décidément bien mystérieuse demoiselle monte à bord d’un bateau qui part en direction de l’Afrique. La vérité vraie, c’est que la pauvre fille est en fait attirée par les pouvoirs d’un mage oriental agissant pour le compte de Kilikrates (John Richardson), un être immortel persuadé que Carol est la réincarnation de sa bien aimée Ayesha. La pauvre fille est donc attirée comme un aimant vers les emmerdes et, comme elle est sans défense et surtout très jolie, le psychiatre Phillip (Edward Judd, L’Ile de la Terreur) tient à l’accompagner sur cette route pavée de dangers. Car des dangers, la pauvre Carol va en rencontrer, tantôt en plongeant dans l’océan, tantôt en se faisant kidnapper par un marchand d’esclaves. La reine des emmerdes, en un sens. Mais celui qui s’emmerde le plus, c’est le spectateur, la Déesse des Sables se changeant progressivement en marchande de sable…

 

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Soyons honnêtes, le film n’est pas mauvais. Il dispose même de quelques atouts, à l’instar de magnifiques décors, comme la Hammer nous y a habitués. Vallée légendaire, grottes qui servent de temples pour des messes occultes, désert sans fin, chambres dignes des empereurs romains, il n’y a pas à dire, nous sommes dépaysés. Et l’ambiance du film est soignée, en particulier lors des scènes se passant à Kuma, capitale des mages et de l’immortel Kilikrates. Nous assistons même à un duel à distance entre deux mages: Kassim le protecteur qui arrive dans le film aussi vite qu’il en repart (et joué par Morell) et l’hypnotisant Men-Hari (Derek Godfrey, qui retrouvera la Hammer pour le très bon La Fille de Jack l’Eventreur). Un combat peu impressionnant (trois nuages qui bougent, emballez c’est pesé) mais à l’ambiance rituelle réussie. Mais si ce n’est ça ? Et bien il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent, ma bonne dame, la trame se déroulant mollement, sans passion. Il faut dire que si les décors de Kuma sont séduisants, les dialogues qui y prennent place sont particulièrement assoupissants, les mages discutant de trucs astraux et de machins de la destinée auxquels on ne bite rien à moins d’avoir fait occultisme première langue. Le casting ne se hisse pas non plus à la hauteur du premier film, qui disposait de la classe incarnée, j’ai nommé Peter Cushing. Non pas que les interprètes de La Déesse des Sables soient mauvais, loin s’en faut, il se trouve juste qu’ils n’accrochent guère le spectateur. Et ne parlons pas de la star en personne…

 

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Car Olga Schoberova n’a aucun, mais alors aucun, charisme. Rien, nada. Elle n’est qu’une belle plante plantée au milieu du script, se contentant d’avancer ou de geindre selon les souhaits des scénaristes. On se demande comment le psy a pu s’amouracher de pareille idiote tant elle sent les ennuis à des kilomètres. Notons également que chacune de ses apparitions est ponctuée de la petite musique jazzy précédemment citée. Si cela peut passer au début, cela devient carrément lourdingue après trente minutes, le gimmick devenant plus ridicule qu’autre-chose. Par chance, le film est bien réalisé, Cliff Owen sachant tenir sa caméra et mettre ses décors en valeur. Mais est-ce que cela suffit ? Certes le film a un joli cachet et peut plaire aux amateurs d’aventures à l’ancienne, mais il y a de fortes chances pour que la grande majorité baille à s’en arracher la gueule devant La Déesse des Sables. D’autant que pour une fois, le film est assez long (1h40) alors que les productions Hammer tournaient en général autour des 80 minutes… Un film à voir comme une curiosité, histoire de se rendre compte que la Hammer savait faire autre choses que des films de vampires. A réserver aux fans hardcore de la firme, les autres peuvent passer leur chemin sans sourciller.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Cliff Owen
  • Scénario: Peter O’Donnel
  • Production: Hammer Film Production
  • Titre original: The Vengeance of She (ENG)
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Olga Schorebova, Edward Judd, Derek Godfrey, John Richardson
  • Année: 1968

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