Scalps

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Si la canicule est une torture permanente pour beaucoup d’entre nous, elle peut quelques fois s’avérer fort utile et mettre dans l’ambiance de quelques bisseries se déroulant sous un soleil brûlant. Profitez donc de la chaleur ambiante pour planter votre tente dans le désert du Scalps de Fred Olen Ray, histoire de faire connaissance avec l’indien Griffe Noire, qui a le sens du spectacle…

 

Fred Olen Ray, c’est un peu le bisseux ultime, le dévoreur de pelloches qui suent le slime par excellence, le gars qui ne vit que pour la Série B. Et par elle, aussi, puisque ce passionné a tout fait pour se faire une place dans le petit monde du bis. Les chances étaient pourtant contre lui aux origines, le Fredo n’étant à la base qu’un amoureux des monstres comme un autre, comme vous et moi, qui n’avait pas fait d’école de cinéma et ne disposait pas d’un carnet d’adresses lui permettant de côtoyer le gratin du Z hollywoodien. Mais il en fallait plus pour que ce bonhomme né dans l’Ohio et élevé en Floride lâche l’affaire, lui qui quittera son nid douillet pour partir avec son frère et son fils en direction de Los Angeles, non sans avoir réalisé chez lui quelques films plus fauchés que les banques grecques. Des The Brain Leeches, Alien Dead ou Halloween Planet tournés avec les moyens du bord et que leur auteur ne porte pas particulièrement en haute estime, avouant même qu’il a affreusement honte du premier cité. C’est donc avec peu d’expérience et 180 dollars en poche que le futur roi des zédards part pour la Californie en ce début des années 80, enchainant les petits boulots jusqu’à ce que son frangin prenne les choses en main et le bouscule un peu, lui apportant l’idée qui servira de base à Scalps. A savoir celle d’un slasher se déroulant dans un désert, théâtre du massacre de quelques jeunes étudiants en archéologie, éradiqués par l’esprit d’un indien patibulaire. Une idée dans l’air du temps, alors que les assassins mastards débitaient de la chair humaine à coups de hachoir dans une véritable brouette de pelloches assassines. Fred et son frérot se lancent dès lors dans la rédaction du script tandis que l’un de leurs potes, T.L. Lankford (qui sera un collaborateur fréquent d’Olen Ray) se charge de réunir le blé, empruntant à gauche et à droite. Il réussira en tout cas à revenir avec 15 000 dollars, ce qui ne permet pas de faire des folies mais sera amplement suffisant pour permettre à ce débrouillard de Fred d’emballer Scalps

 

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En prime, cet attachant personnage de l’univers bis aura obtenu la participation de quelques personnalités du fantastique : Kirk Alyn, qui était l’incarnation de Superman dans le serial des années 40 et qu’Olen Ray avait déjà dirigé dans Halloween Planet mais aussi Forrest J. Ackerman. Le créateur de la légendaire revue Famous Monsters of Filmland, et qui est donc notre père à tous, soutient en effet le jeune réalisateur, acceptant de faire un amusant caméo dans son film (on le voit en effet apparaître, tenant un monster magazine tandis que Kirk Alyn le vanne à ce sujet) et lui présentant Carroll Borland, la vampiresse qui hantait Mark of the Vampire et qui accepte elle aussi de passer devant la caméra, ce qui ne s’était plus produit depuis plus de trente années… Les choses partaient donc plutôt bien et le tournage s’est d’ailleurs déroulé sans soucis majeur, le seul problème à pointer étant la maladie que ramasse l’actrice principale, Jo-Ann Robinson, ralentissant les prises de vue. Les vraies emmerdes, elles débarqueront ensuite, lors du montage tout d’abord, le metteur en scène découvrant que son inexpérimenté directeur de photographie n’a pas fait un boulot des plus propres, les plans flous ou surexposés s’enchainant au grand damn de Fred, qui se sentira obligé de retirer certains plans de son métrage… Et le tout empira encore lorsque 21st Century Distribution entra dans la danse pour piétiner Olen Ray, qui confia la bande au distributeur, qui promettait monts et merveilles mais finit par refaire le montage du film en inversant l’ordre des scènes, ce que le réal regrette bien. De plus, il ne toucha aucun pourcentage sur les recettes et reçut même un courrier du puissant studio qui l’informait qu’il devait 30 000 dollars aux costards cravates… Un coup dur asséné dans les boules, qui pourrait mettre à genoux bien des débutants. Mais Olen Ray n’étant pas comme tout le monde, il continua son chemin, que l’on connait tous (Hollywood Chainsaw Hookers, Evil Toons, Evil Spawn, Beverly Hills Vamp, ça vous parle non ?), tandis que Scalps enchainera les interdictions un peu partout, recevant en passant une belle réputation de film insoutenable. Sorti en vidéo aux USA à plusieurs reprises, dont une édition en double-programme avec le très bon slasher The Slayer, ce premier vrai film pro d’Olen Ray resta longtemps invisible chez nous, ne déboulant en DVD qu’en 2004 (plus de dix ans, donc, ça remonte !) en France sous l’impulsion d’Uncut Movies bien sûr. Et on ne sait quel esprit indien posséda les corps des deux Orléanais derrière ce label bien gorasse et leur souffla l’idée de sortir Sclaps mais une chose est sûre : on ne regrette pas cette belle suggestion !

 

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Précisons d’emblée que Scalps est un film modeste et ce à tous les niveaux, ce que l’on remarque bien vite à la lecture du synopsis, volontairement basique. Le récit se résume en effet à des fouilles archéologiques qui tournent mal, fouilles lancées par le professeur Machen (Kirk Alyn) dans une région désertique jadis habitée par les indiens. Le chercheur espère en effet trouver quelques ustensiles anciens dans la terre et, dans l’incapacité de se rendre lui-même sur le site, envoie six étudiants jouer de la pelle et de la pioche à sa place. Bien sûr, le terrain est plus maudit qu’une salle de concert ayant accueilli Les Enfoirés (encore que…) et l’esprit de l’indien Griffe Noire continue de rôder entre les cactus, n’attendant qu’une chose : un corps à contrôler pour pouvoir commettre une pure boucherie. Ca ne vole donc pas bien haut puisque la fratrie Olen Ray a tout fait pour se faciliter la tâche, ne se lançant pas dans une fresque épique demandant des centaines de figurants et des dizaines de décors. Non, sur le papier Scalps est un slasher pur jus, genre qui se marie bien avec les budgets microscopiques puisque ne demandant que quelques jeunes gens prêts à subir quelques effets gore dans un lieu unique. De plus, en plantant sa caméra dans les rochers brûlants, Olen Ray s’offre un tournage au calme, éloigné de toute circulation et surtout des permis de filmer, qui furent évités pour l’occasion. Vous l’aurez compris, ce n’est pas dans le scénario que l’on trouvera l’intérêt principal de la galette, même si en allant chercher un indien fantômatique pratiquant la magie noire et adepte des massacres, le Fred nous déniche un tueur qui dispose d’une aura de danger, plutôt creepy et même impressionnant. Griffe Noire, s’il avait eu droit à une ou deux suites (ce qui était à la base prévu, cela dit) aurait sans doute eu les honneurs du Valhalla des maniaques puisque niveau charisme, il fout une rouste à bien des confrères… Inutile par ailleurs de préciser qu’il est bien plus marquant que ses victimes, qu’il bousille avec tout son arsenal (arc, poignard et tomahawk, bien sûr). Si ces petits jeunes ne sont pas dérangeants, on ne peut pas dire qu’ils forment une troupe de talentueux comédiens, chacun étant très peu naturel. Ils n’auront d’ailleurs pour la plupart qu’une maigre carrière et principalement placée sous le signe du Z, revenant pour quelques autres bandes pilotées par Ray. Reste que si ce ne sont pas des acteurs dignes du panthéon, leur jeu médiocre s’associe tout de même bien au genre, une bobine fauchée et cheesy ne souffrant jamais de ce genre de détails. Cela participe même au plaisir, d’ailleurs, le spectateur sachant fort bien ce qu’il cherche dans ce genre de film, et des interprètes de bas étage en fait souvent partie !

 

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La réalisation risque par contre de faire faire demi-tour à quelques spectateurs. De toute évidence, on n’a pas affaire ici à une maîtrise technique bluffante et on sent bien que la sommité des petits budgets qu’est Fredo faisait encore ses premiers pas ici. Aux problèmes de photographie, de surexposition et de flou cités plus haut viennent par exemple s’ajouter des cadrages ratés et des mouvements de caméra maladroits. Il n’y a guère de grâce dans Scalps, et les mauvaises langues ou ennemis du Z diront sans doute que le Ray n’a jamais été connu pour être l’égal d’un Carpenter ou d’un Argento. C’est certain mais il n’empêche que toutes limitées soient-elles, les propositions suivantes du réalisateur comme Hollywood Chainsaw Hookers étaient techniquement correctes et professionnelles (dans le domaine de la seconde ou troisième zone, bien entendu !), ce qui n’est pas le cas avec ce Sclaps qui a encore un pied bien enfoncé dans l’amateurisme. C’est grave, docteur ? Non mon petit, non… Car en effet, cette apparence fauchée de chez fauchée et ces formes mal finies entraînent une certaine saleté : il y a du grain, l’image est cradingue comme celle d’une VHS qui aurait trop séjourné au soleil, le montage semble avoir été fait dans une cave avec un hachoir dégueulasse et il arrive que l’on ne distingue pas grand-chose à l’image. Ce qui participe en fait à rendre l’ensemble super malsain et creepy ! Et oui, alors que ce genre de défauts handicapent le premier film venu, Scalps est grandi par ses carences, qui renforcent le climat difficile du film et ajoutent une vieille odeur de charogne à son spectacle déjà rude visuellement, car bien gore. Signalons d’ailleurs la vraie qualité que forment les trucages sanglants, franchement bons et réglés par un trio de mectons qui feront carrière, dans la Série B ou non : Bart Mixon (La Revanche de Freddy, Massacre à la Tronçonneuse 2 mais aussi Les Gardiens de la Galaxiiiieeee), Jon McCallum (Surf Nazi Must Die, Soultaker) et R. Christopher Biggs (Critters, TerrorVision, le cinquième Freddy et, bien plus tard, les effets digitaux sur Spider-Man 2 de Raimi ou Pirates des Caraïbes). Pas étonnant de découvrir le beau chemin parcouru par ces fiers artisans puisque les effets crados qu’ils nous pondent à bas prix pour le film qui nous intéresse sont franchement bons, avec en première ligne le fameux scalp, qui garde de sa force malgré les décennies qui passent !

 

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Même constat pour le maquillage évolutif de Griffe Noire, qui s’infiltre dans le corps d’un gars musclé (je vous rassure, y’a pas eu viol), modifiant peu à peu son apparence pour le rendre de plus en plus monstrueux. Griffe Noire, avec ses cheveux gras et gris, sa vieille peau rocailleuse, ses yeux constamment énervés et sa bouche qui semble ne pouvoir que grogner, fait sensation, bien plus que ce fantôme à tête de lion qui apparait ça et là. L’animal était si merdé que le réalisateur n’avait pas l’intention de le placer dans le produit fini, mais le roi des animaux reviendra rugir de plaisir sous l’impulsion des producteurs, qui lui feront retrouver le chemin du film dans leur montage. Ils s’amuseront aussi à placer de brefs plans de Griffe Noir ou d’une tête de shaman aveugle un peu partout dans le film, y compris quelques images, elles aussi subliminales, des meurtres. Fred estime que cela fout le bazar dans son œuvre mais c’est peut-être un poil exagéré, d’autant que ces ajouts apportent un aspect un peu psychédélique au film. Ils s’accordent en effet bien à la musique, remarquable, lancinante et très présente, et à l’image, qui change constamment de couleur et donne au tout des airs de trip. Alors peut-être qu’il est bad, le trip, mais il n’empêche que cela donne clairement à Scalps une aura particulière et il est évident que c’est cette réalisation tordue qui lui donne tout son sel. S’il avait été « bien » tourné, de manière conventionnelle (c’est-à-dire sans d’incessants sauts entre le jour et la nuit comme c’est le cas ici !), ce quatrième effort d’Olen Ray aurait très certainement été perdu dans la masse, n’aurait été qu’un slasher parmi les slasher, quand bien même il va piocher dans le fantastique via ses esprits revanchards. Bien sûr, on ne tient pas là un petit B Movie fait pour tout le monde, et on a parfois l’impression d’assister à du Z expérimental, mais il n’empêche que l’on ne s’ennuie pas (et ce malgré pas mal de longueurs), tout simplement parce que Scalps sonne comme original. Il n’est donc pas interdit de penser que, finalement, cette tentative se trouve être plus intéressante que la majorité des films suivants de son auteur…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Fred Olen Ray
  • Scénarisation: Fred Olen Ray
  • Producteurs: T.L. Lankford
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jo-Ann Robinson, Richard Hench, Kirk Alyn, Roger Maycock
  • Année: 1983

10 comments to Scalps

  • Roggy  says:

    Ce petit film n’est visiblement pas parfait, mais je me souviens encore de sa belle jaquette qui me faisait de l’oeil à l’époque dans les vidéo-clubs. C’est vrai que je ne l’ai jamais loué non plus… En même temps, avec l’âge je me suis auto-scalpé 🙂

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Ouais, j’aime bien « Sclaps » moi aussi et Griffe Noir avait de quoi faire un bon vilain récurrent sur deux ou trois films. Plus beaucoup de souvenir du film, qui est toutefois pas aussi furieusement gore qu’on veut le faire croire, mais qui reste assez unique malgré tout.

    Pour anecdote pourrie (comme toujours avec moi, désolé), le Scalps II: The Return of D.J. annoncé dans le générique de fin n’existe pas. C’est un gag que Fred Olen Ray aime faire de temps en temps (il le rejoue dans Hybrid, son quasi remake de Creepozoids). Toutefois… La chose existe quand même, pas officiellement, sous la forme d’un court-métrage qu’on peut trouver si on sait un peu foyer sur la Toile.
    Croyez-le ou non, mais si vous pensiez que Scalps n’était pas terrible, cette « suite » vous fera revoir le film sous un autre jour tellement c’est lamentable. Fred Olen Ray est un pape du petit budget, et il a appris sur le tas, mais lui au moins sais rythmer ses films et leur donner des idées folles.

  • Dirty Max 666  says:

    J’ai appris pas mal de choses sur les coulisses de ce slasher de Fred Olen Ray, merci Rigs. Un « Scalps » à ne pas confondre avec le « Scalps » de Bruno Mattei et Claudio Fragasso, western tardif (1987) et gore qui aurait toute sa place dans la Crypte !

  • dr frankNfurter  says:

    Ouh la la comme dirait Dirty, j’ai cru en voyant le titre qu’il s’agissait de celui de l’ami Bruno, qui est d’ailleurs dans ma liste de films à voir très bientôt (oui aïe ! )

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