The Slasher Movie Book

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Méprisé par la critique et pris de haut par de nombreux fantasticophiles qui n’apprécient guère sa redondance et sa simplicité, le slasher n’en est pas moins le sous-genre le plus solide du cinéma bis, un style increvable à l’image des tueurs qu’il met en scène. Il fallait bien un livre pour se pencher sur ce phénomène tranchant comme une lame de rasoir…

 

Alors qu’il subit une petite perte de vitesse toute relative, car sortent toujours des avatars du genre comme See No Evil 2, Butcher/Hatchet 3 ou Stage Fright, le slasher semble revenir en force dans le cœur des nostalgiques. C’est que la morosité du cinéma de genre actuel à tendance à pousser le bisseux à regarder dans le rétroviseur et plus précisément vers les années 70 et 80, période où naquirent ses premiers émois déviants, bien aidés par l’arrivée de la Sainte VHS. Et à l’époque, si l’on trouvait de tout et que les chances de se faire becter par un zombie italien ou se faire inséminer par un extra-terrestre pervers étaient à peu près égales, les tueurs masqués et à l’arme blanche coincée dans la paume de la main pullulaient en plus grande quantité et restaient la menace numéro un. Ils étaient partout : dans les bois, dans les écoles, dans les banlieues américaines, dans les hôpitaux, dans les supermarchés, dans les trains ou sur les îles isolées. Ils frappaient à toutes les périodes de l’année : le 31 octobre, les vendredi 13, les 14 février et même les 24 décembre. Ils usaient de toutes les armes : couteaux, haches, cisailles, serpes ou même de leurs grosses paluches sales. Ils étaient en tout cas impossibles à esquiver, l’après-Halloween nous offrant toute une salve de psychokillers, créant de nouvelles vocations tout en ramenant à la vie de vieilles péloches d’avant-guerre Myers/Loomis, comme La Baie Sanglante ou Black Christmas. Cela n’a pas plus faibli, les Vendredi 13, Le Bal de l’Horreur, Graduation Day, Intruder, Bloody Moon, Bodycount, Madman et autres The Slumber Party Massacre ne cessant d’envahir les vidéoclubs, et donc nos magnétoscopes. De nos jours, si le genre semble perdre peu à peu ses liens avec le grand public suite aux résultats décevants des derniers gros titres comme Scream 4, les fans purs et durs continuent de vouer un culte à la clique difforme et masquée de Jason Voorhees et accueillent avec autant de bienveillance les tentatives Z (Murders loves Killers too, The Night before Easter) que les ressorties en DVD ou Blu-Ray des vieux classiques, même lorsqu’ils ne sont guère glorieux. Une dévotion qui ne faiblit jamais vraiment et qui s’accroit peut-être même avec le temps et qui fait bien plaisir à votre serviteur qui, comme vous le savez sans doute, est un amateur de ces bandes pas bien finaudes mais confortables comme un vieux fauteuil. On en connait déjà la fin, les ficelles sont devenues d’énormes câbles qui n’ont plus de secrets pour nous, chaque nouveau film ne semble être qu’une photocopie de photocopies, mais rien n’y fait : on y retourne toujours avec plaisir !

 

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Bien sûr, cette simplicité, cet aspect bas-du-front aura attiré au genre des ennemis de toutes parts, dans tous les camps. La presse généraliste trouve que tout cela est trop idiot voire réactionnaire, les associations de vieilles frustrées et de catholiques décérébrés reprochent au genre sa débauche, sa misogynie et sa violence tandis que bien des bisseux crient leur lassitude face à cette recette trop utilisée et au final trop efficace pour être honnête. Mais tout cela, le slasher n’en a cure, et réinventer la roue n’a jamais été son but premier, loin s’en faut. Le but du slasher, c’est avant toute chose de ramener quelques biftons dans les caisses sans trop se fouler puisqu’après tout c’est un genre peu coûteux qui ne demande jamais que quelques acteurs amateurs, un lieu unique et d’éventuels effets un peu gores qui ne sont jamais bien complexes à réaliser. Peu de valeur artistique dans la démarche slasheresque, qui est un genre commercial par excellence, et le public le sait fort bien puisqu’il n’y cherchera jamais le nouveau Suspiria ou le nouveau Les Trois Visages de la Peur. Ce qu’on y cherche, c’est des repères, un foyer cinéphilique qui nous permettra de passer un agréable samedi soir avec un bon hamburger qui dégouline autant de ketchup que la lame utilisée par nos tueurs ruisselle de sang, un bon soda ou une bonne bière sur les genoux. Le Slasher est le film d’horreur festif par excellence et certains semblent avoir décidé de s’y intéresser de plus près et leur offrir les ouvrages qu’ils méritent, un nouveau (et français !) étant sorti il n’y a pas si longtemps, nommé A Couteaux Tirés, l’histoire du slasher movie, écrit par Vincent Maia. Mais revenons en arrière pour cette chronique en posant nos pupilles dilatées sur The Slasher Movie Book, livre en anglais écrit par le rosbif J.A. Kerswell et sorti en 2010 au Royaume-Unis sous le titre Teenage Wasteland : The Slasher Movie Uncut. Pourquoi cette différence de titre ? Tout simplement parce que je détiens le pressage américain sorti en 2012 et qui pour des raisons obscures s’est changé en The Slasher Movie Book, probablement pour harponner plus facilement les potentiels lecteurs avec un blase plus accrocheur. Le contenu reste en tout cas le même, à savoir un retour sur les différentes étapes du style, toutes analysées par Kerswell, un gaillard qui connait son sujet puisqu’il est le tenancier du site Hysteria Lives, site référence sur le slasher avec des chroniques à n’en plus finir. Si vous appréciez les fous qui éradiquent de l’ado avec une machette et en portant un masque de clown, ce beau repère est fait pour vous !

 

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Après une introduction expliquant au chaland ce qu’est véritablement un slasher, analysant dès lors ses tenants et aboutissants, Kerswell entre dans le vif du sujet en revenant sur les ancêtres du style. Il a lors une vingtaine de pages pour revenir sur les prémices, partant du théâtre du Grand Guignol en passant par les films gothiques des années 30 usant de tueurs adeptes du canif avant de s’arrêter à Psychose, évident grand-père d’Halloween et compagnie. Après une petite pause en Allemagne de cinq ou six pages pour causer du Krimi, là encore un genre guère éloigné du slasher sur l’arbre généalogique du gore, notre Anglais part pour un séjour de dix pages en Italie pour revenir sur le giallo, que l’on peut considérer comme le père du slasher. Et ce n’est qu’après une bonne dizaine de pages sur les films américains et anglais à avoir quelques accointances avec le genre (Mondwest, Massacre à la Tronçonneuse, The Town that Dreaded Sundown,…) que Kerswell attaque enfin le gros du sujet en débutant les hostilités avec Halloween, ce qui est bien logique. A partir de là, c’est bien simple, ce spécialiste des tordus des pellicules va prendre chaque année séparément et en retirer les films les plus importants ou ceux qui définissent le mieux le parcours du slasher. La naissance progressive du style en 1979 (avec Tourist Trap, Driller Killer ou When a Stranger Calls), l’explosion des maniaques en 1980 (Vendredi 13, Don’t Go in the House, Maniac, Le Bal de l’Horreur,…), le sommet en terme de succès en 1981 (Survivance, Meurtres à la St Valentin, Carnage, Halloween II, Vendredi 13 Part.2, Rosemary’s Killer,…), le côté plus campy de 1982 (The Slumber Party Massacre, Madman, Honeymoon Horror,…), la lancée qui continue de plus belle en 1983 (The House on Sorority House, Psychose II, The Mutilator, Pieces,…) et enfin la fin de l’âge d’or que représente 1984 (Splatter University, Vendredi 13 : Le Chapitre Final, Les Griffes de la Nuit, Silent Madness,…). On sent d’ailleurs que ces quelques années sont selon lui ce que le genre a à offrir de plus beau puisque le reste de la production slasheresque est expédiée plus rapidement, le chapitre suivant ramenant en quelques pages dix années, celles de 1985 à 1995, histoire de noter la baisse de puissance du style via des franchises déclinantes (les Vendredi 13 et Halloween, bien entendu) et la faiblesse des nouveaux arrivants (Blood Cult)… Enfin, durant une quinzaine de pages, Kerswell reviendra sur le retour en grâce des tueurs masqués avec Scream et Souviens toi… l’été dernier et leurs suiveurs comme Urban Legend ou Cherry Falls, puis quelques années plus tard les nouveaux représentants que sont Butcher, Détour Mortel et tous les remakes des grands noms du genre. Ajoutons à cela quelques passages sur les slashers internationaux, qu’ils soient français, australien, suédois, espagnols ou italiens ainsi que quelques pages qui reviennent sur les meilleurs films du genre et leurs plus beaux bodycount, en guise de clôture…

 

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Alors cet ouvrage, un vrai indispensable pour les fans du genre ? Oui et non… Ceux-ci n’apprendront au final peu ou pas grand-chose pour peu qu’ils aient déjà visité le site de Kerswell, forcément plus complet puisque sans limite de pagination, mais ils peuvent définitivement passer à la caisse puisqu’ils auront droit à un très bel objet sur leur sous-genre de prédilection. Là-dessus, rien à redire, le livre est très beau et déborde d’affiches d’époques, parfois rares, et feuilleter quelques pages suffit à nous ramener dans les vieux vidéoclubs mal éclairés des années 80 ! Les pages sont colorées et pour rappeler que nous sommes tombés dans le rayon outils, des ustensiles meurtriers sont placés ici et là, ce qui colle bien évidemment d’enfer avec le sujet ! Niveau style, Kerswell opte pour un phrasé simple, régulièrement humoristique, jamais pompeux ou pompant, et ses mots sont simplement ceux d’un fan qui écrit pour les autres fans. Une bonne chose vu que le livre est bien évidemment en anglais, cette simplicité facilitant la compréhension pour ceux qui ne cause pas very good l’english. Ceux-là auront d’ailleurs une alternative avec le Hors-Série sur les slasher sorti par Mad Movies voilà quelques années qui, c’est une évidence, prend largement ce The Slasher Movie Book pour exemple. Si les textes ne sont bien évidemment pas les mêmes, on y retrouve les mêmes chapitres (slasher international, les célébrités qui ont débuté dans le genre, le tableau du box-office,…). On ne peut d’ailleurs pas réellement dire que les deux sont complémentaires puisqu’ils se ressemblent vachement, donc si vous n’avez pas l’habitude de lire en anglais, optez donc pour ce hors-série. Mais si vous voulez un très beau livre à placer dans votre étagère, dégueulant de posters tous plus affriolants les uns que les autres et qui adopte clairement les codes visuels du style qu’il décrit, le livre de Kerswell est pour vous !

Rigs Mordo

 

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  • Auteur: J.A. Kerswell
  • Pays: Royaume-Uni
  • Année: 2010
Tags:  

2 comments to The Slasher Movie Book

  • Dirty Max  says:

    On n’a jamais assez de lectures sur le slasher, merci pour la référence, Rigs. J’espère que le bouquin sera un jour traduit en français…

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