Apocalypse dans l’Océan Rouge

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La canicule était là il y a peu et aura fait de nous des cousins à peine éloignés du Monstre qui vient de l’Espace, bien connu pour fondre à vue d’œil en dégueulassant tout sur son passage. Il était donc bien nécessaire de se rafraîchir, ne serait-ce que les idées, avec un Apocalypse dans l’Océan Rouge qui, quoiqu’en on dise, n’est pas forcément une baignade interdite.

 

Lamberto Bava, c’est un peu le malchanceux du bis transalpin de la grande époque. La faute à son blase, bien sûr, qui attire sur lui tous les projecteurs et des regards remplis d’attentes. Et il est difficile de prendre la relève du super Mario Bava, sans conteste l’un des plus grands réalisateurs ayant œuvré dans le cinoche d’épouvante et dont le gigantisme écrase un peu sa pauvre progéniture. Lamberto est donc jugé comme le fils indigne, celui qui salit un nom de légende en enchainant les téléfilms ou séries Z peu valorisants, une sentence par ailleurs un brin injuste. Car au fond, le fiston n’a pas franchement travaillé à la même période que son fier papa, se lançant dans l’industrie horrifique italienne en tant que réalisateur au moment même où celle-ci entamait, doucement mais sûrement, sa chute. Le contexte n’était donc plus du tout le même par rapport aux années 60 durant lesquelles le sénior enchainait les perles, le junior ne disposant plus franchement des conditions de tournage que celles dont pu jouir son aîné. Si Mario devait se débrouiller avec de petits budgets, Lamberto était pour sa part parfois empêtré dans une certaine misère. C’est le cas dans Apocalypse dans l’Océan Rouge, projet d’abord passé dans les mains de Sergio Martino avant d’atterir dans les poches de Bava Jr. et réputé pour être fauché de chez fauché. Au point que l’ami Lamberto (qui a pris le pseudo John Old Jr. en hommage à son père qui se faisait quelques fois nommer John M. Old) n’apprécie pas trop son œuvre, dont il ne parle pas volontiers et rarement avec la bouche en cœur. Il regrette particulièrement le monstre du film, qui subit des moqueries depuis trois décennies et qui fut une terrible déception pour les bisseux ayant découvert le film en VHS. Il faut bien dire que la cassette en question était dotée d’une jaquette à faire rêver le plus blasé des fantasticophiles, dévoilant un énorme monstre tentaculaire s’en prenant à un bateau et ses plaisanciers. Le film semblait bien porter son nom, l’apocalypse se déchaînant en effet dans un océan de grenadine. Bien évidemment, le retour à la réalité n’en fut que plus dur, ce Shark – Rosso nell’oceano n’étant pas franchement à la hauteur des espérances placées en lui…

 

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Le récit débute avec la découverte d’un cadavre dans la mer, cadavre dont la particularité est qu’il n’a plus de guiboles. Un vilain requin l’aurait raccourci pendant la trempette ? C’est en tout cas ce que pense tout le monde sauf quelques chercheurs spécialisé dans la poiscaille, qui trouvent bien étrange que leurs dauphins s’agitent comme des tarés, preuve que quelque-chose d’inhabituel se déroule au royaume des moules. Et au fil de l’enquête, assez longue il faut bien le dire, tout ce beau monde découvrira qu’ils ont face à eux un véritable fossile qui a été retravaillé par quelques savants fous. Et oui, deux laborantins désireux de devenir les maîtres du monde (rien que ça !) ont mis au point un monstre génétiquement modifié et particulièrement difficile à éliminer. Mais ces agités du tube à essai ont vite perdu le contrôle de leur craignos monster, parti nager plus loin pour voir si les algues y sont plus vertes et becter tout ce qui se prélasse dans l’eau… Pas le script du siècle, on est d’accord, vu que nous tenons avec Apocalypse dans l’Océan Rouge une version supplémentaire des Dents de la Mer qui se permet juste d’aller fricoter avec la science la plus tarée, histoire de souligner qu’elle sait se montrer dangereuse. Pourtant, du monde, et du beau, sera passé derrière la machine à écrire : Luigi Contamination Cozzi (qui a nommé le personnage féminin Stella, comme il l’a fait à plusieurs reprises au cours de sa carrière), Sergio Torso Martino, Dardano Sachetti (scénariste attitré de Fulci lors de la grande époque), Gianfranco Cannibal Holocaust Clerici, Hervé Les Rats de Manhattan Piccini et, enfin, Lamberto Bava lui-même pour quelques corrections et ajouts. Pas des débutants du bis rital, donc, et l’on se demande bien pourquoi il a fallu tant de monde dans le plumier au vu du résultat, des plus simplistes. Les personnages ne sont pas des plus travaillés, les situations sont convenues et les dialogues plutôt banals, prouvant que l’addition des talents ne débouche pas toujours sur des œuvres inoubliables… Toujours au niveau d’une fiche technique toujours bien remplie, notons quelques acteurs qui n’en sont pas à leur première baignade dans les eaux crasseuses du bis, comme Gianni Garko (Sartana, Le Jour de la Haine, L’Emmurée Vivante), qui délaisse son costume de cowboy pour celui de sheriff. Il est en effet l’homme de loi qui va tenter de stopper la créature, quand bien même il n’est pas le héros de l’affaire, ce rôle tombant plutôt sur Michael Sopkiw. La star du Blastfighter du même Lamberto Bava incarne ici un mécano bellâtre qui va aider deux amis à dénicher le monstre, deux amis qui ne sont autres que la Française Valentine Monnier (2019 après la Chute de New York) et William Berger (Keoma), qui incarne plus ou moins le vieux loup de mer un peu rude. D’autres trognes reconnaissables viennent également se laver la raie dans le fameux océan rouge, comme Dagmar Lassander (Une Hache pour la Lune de Miel, La Maison près du Cimetière), Iris Peynado (Les Nouveaux Barbares) ou Cinzia de Ponti (Manhattan Baby et L’Eventreur de New York). Le labyrinthe du bis transalpin a donc encore frappé et le spectateur sera heureux de croiser ces habitués de ce dédale pelliculé, qui renferme un autre nom intéressant : Max Pécas. Et oui, le roi de la comédie sexy à la française est producteur d’Apocalypse dans l’Océan Rouge, le frenchie ayant visiblement été intéressé par le genre italien durant une petite période…

 

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Bien sûr, lorsque le bisseux se met à jouer à « qui est-ce ? » avec les comédiens, c’est généralement que le film n’est pas aussi prenant qu’il le voudrait. Et il faut bien dire qu’on a tout le temps nécessaire pour se remémorer dans quelle autre bobine on a vu telle ou telle frimousse vu que le film de Lamberto Bava est parfois un peu lent. Visiblement à l’aise dans la flotte, le metteur en scène fait quelques longueurs et s’autorise quelques séquences un peu pénibles. Comme ce passage, interminable, voyant nos héros scruter un écran montrant le monstre, symbolisé par un gros pixel jaune, s’approcher de leur bateau. Observer ce téléviseur en train d’afficher un mauvais jeu Atari 2600 durant autant de temps n’est en rien motivant et énerve même lorsque l’on se rend compte que tout cela ne débouche sur rien, la bestiole faisant demi-tour au moment même où elle arrivait sur les protagonistes. Les choses sont claires : Bava Jr. déteste le monstre qui a été créé pour les besoins de son tournage et tente donc de le montrer aussi peu que possible. A sa décharge, il est vrai que le fossile génétiquement modifié ressemble à la fusion entre une étoile de mer et une couille, et nous comprenons donc qu’il fut décidé de laisser cette grosse boulette à tentacules sous la flotte. Du coup, Lamberto est forcé de filmer ses acteurs déambuler à gauche ou à droite, tentant de découvrir quels mystères cachent ces attaques. Pour pimenter le tout, il décide d’offrir à ses méchants des hommes de main qui vont aller assassiner tous ceux qui en savent trop ou s’approchent dangereusement de la vérité. Ce qui donne au tout un petit côté film d’aventure pas déplaisant et qui fait patienter entre deux attaques furtives du gros poulpe, dont on ne voit généralement que les dents ou les tentacules. Nous ne sommes parfois pas très loin de la pieuvre du Bride of the Monster d’Ed Wood, ce qui a son charme cela dit. En effet, en bons amoureux des monstres que je suis, j’ai su apprécier celui promit par l’affiche, même si le passage du papier à la réalité ne s’est pas fait sans mal… Dommage dès lors que Lamberto ne le montre pas plus : certes, le film aurait été plus ridicule qu’il ne l’est, mais il aurait sans doute été bien plus fun et attachant.

 

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On doit donc se contenter de peu : quelques rapides plans sur son anatomie et ses tentacules qui sortent de l’eau pour attraper les vacanciers. Heureusement que Lamberto nous réserve quelques images gore, comme la découverte d’un barbu sans bras ou le fameux corps sans jambes, sinon on baillerait presque… Il n’est cependant pas nécessaire de balancer le tout aux oubliettes trop rapidement, Apocalypse dans l’Océan Rouge détenant tout de même des qualités qui en font une Série B regardable. La maîtrise technique du réalisateur, tout d’abord, qui torche un film formellement correct, qui ne dispose pas de plans géniaux mais n’est pas mal foutu dans le domaine non plus. La photographie est même plutôt bonne, quoique très classique. Ensuite, lors des bouillantes nuits de canicule, s’envoyer cette bande peut rafraichir, elle qui empile les jolis décors (très chouette laboratoire aquatique) et distille donc une bonne aura de vacance. Ca rafraichit donc un peu et on ne va certainement pas venir s’en plaindre ! Alors oui, ça fait finalement peu de qualités à mettre en avant et il est indéniable que seuls les bisseux les plus tolérants trouveront le spectacle appréciable. Mieux vaut être pourvu de toute sa bonne humeur, voire de sa plus haute tolérance, avant d’aller faire le grand plongeon dans l’océan rouge. Chez nous, le film existe dans une galette inégale, sortie jadis chez Alexx Prod, depuis devenu Crocofilm. Le DVD proposé ici affiche en effet une copie de très bonne qualité mais qui ne dispose pas de sous-titre sur la version anglaise, ce qui en forcera pas mal à se rabattre sur une VF pas bien terrible (mais rigolote). En bonus, une présentation de l’ami Claude Gaillard, la fine plume de chez Ecranbis, qui revient pour nous sur les coulisses du film, ce qui est très plaisant mais malheureusement, et comme toujours quand c’est du bon, un peu court. Notez que cette édition est illégale, l’éditeur n’ayant jamais acquis les droits du film de Bava Jr., ce qui risque fort de faire de l’objet un petit collector dans quelques temps… Le principal est de toute façon dans l’affiche, bien présente en jaquette et qui décorera parfaitement vos étagères. Notez que l’éditeur s’est un peu mélangé dans les différents titres de la bisserie (pour rappel : Apocalypse dans l’Océan Rouge et Le Monstre de l’Océan Rouge chez nous et Shark – Rosso nell’oceano en Italie) puisque nommée ici Shark, le Monstre de l’Apocalypse. Bel esprit de synthèse ! Une œuvre à se procurer d’urgence ? Non, car il y a clairement des défauts bien dérangeants. Un sale truc à fuir à la brasse ? Non plus puisque cette bande finalement assez complète (du gore, du cul, de la bagarre, de l’exotisme) se regarde assez facilement tout de même, d’autant que cela permet de voir qu’au final le brave Lamberto était un visionnaire. Et oui, avec quasiment trente ans d’avance, il créait sans le savoir le fameux Sharktopus sur lequel Roger Corman et la chaîne Syfy se reposent tant depuis un bon moment… C’est déjà ça !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Lamberto Bava
  • Scénarisation: Lamberto Bava, Gianfranco Clerici, Hervé Piccini, Dardano Sachetti, Luigi Cozzi, Sergio Martino
  • Producteurs: Mino Loy, Max Pécas
  • Titre original: Shark – Rosso nell’oceano
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Michael Sopkiw, Valentine Monnier, Gianni Garko, William Berger
  • Année: 1984

 

 

Et n’hésitez pas à aller voir ce que raconte l’Oncle Jack sur le sujet, fan de Lamberto Bava s’il en est, qui est revenu sur le film avec l’humour qu’on lui connait! A lire en cliquant ici!

9 comments to Apocalypse dans l’Océan Rouge

  • Nola Carveth  says:

    Si je tombe dessus, pourquoi pas, mais ça fait quand même pas rêver^^ Ha, ce brave Lamberto. J’ai revu un épisode de La Caverne de la Rose d’Or l’hiver dernier. J’aurais peut-être dû me contenter des souvenirs… et en même temps j’ai quand même envie de le revoir…

  • Dirty Max  says:

    Le film est bien moins efficace que La mort au large mais reste malgré tout attachant. Ça fait plaisir d’en lire un papier, à l’heure où Sharknado bénéficie d’une hype nanardeuse et que Jurassic world brasse des montagnes de dollars… Le film de gloumoute à l’italienne, c’était pas si mal finalement… Sinon, l’affiche du Bava Jr que tu as publié juste au dessus là, est très classe!

  • Roggy  says:

    Bonne analyse pour cette petite série B fort sympathique malgré (grâce à ?) son monstre si « particulier » 🙂 Comme Max, je trouve aussi l’affiche très réussie.

  • dr frankNfurter  says:

    Un film où il y a William Berger, c’est un peu comme avec Mel Ferrer, c’est à voir (d’ailleurs dans le même genre sous-Jaws, l’ancien mari de Audrey Hepburn a joué dans Alligator ou Crocodile avec Barbara Bach fin 70’s )
    Par contre je ne sais pas quelle version j’ai vu ou tombé du camion, mais dans la version vue… le monstre est quasi invisible. Beuh ! Grosse déception donc 😀

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