Altitude

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Vu la chaleur à faire suer un chameau qu’on s’est tapé dernièrement, il est plus que nécessaire de prendre l’air ! Altitude semble être la Série B la mieux placée pour permettre au bisseux de prendre un bel envol vers les fraicheurs célestes, malheureusement elle constitue en un terrible crash qui ne laisse que peu de survivants…

 

Tout vient à point à qui sait attendre et ce vieux proverbe qu’on vous ressortait pour vous signifier que vous étiez un peu trop impatients et chiants, Kaare Andrews sait qu’il est finalement assez juste. Car après une dizaine d’années à enchainer les courts-métrages comme un forcené, ce Canadien qui a aussi bossé dans les comics (on lui doit des covers pour Hulk, Iron Man, Iron Fist et le reste de la bande) finira en effet par devenir un réalisateur remarqué dans le milieu. Après tout, il fera partie du groupe de metteurs en scène retenus pour le premier ABC’s of Death qui, comme vous le savez, permettait à plusieurs réals (Ti West, Xavier Gens, Jake West, Noboru Iguchi,…) de se lâcher autour d’une lettre de l’alphabet, et on lui confiera même la franchise Cabin Fever, dont il signe le troisième opus, nommé Patient Zero. Alors certes, il n’y a pas vraiment de quoi pavaner, et sa carrière dans les comics est plus impressionnante que celle qu’il a dans le cinéma, mais il n’empêche que le Kaare est parvenu à ses fins et s’est tracé un chemin de pellicule. Et cette route, il l’a débutée avec Altitude, téléfilm/DTV dont l’affiche promet plutôt puisque montrant un avion perdu dans de ténébreux nuages tandis qu’un énorme tentacule très Lovecraftien dans l’esprit (en même temps, on associe toujours Lovecraft aux poulpes, ce qui fait qu’une pizza aux fruits de mers peut être considérée comme Lovecraftienne elle aussi !) tente d’attraper l’appareil. Ca vend forcément du rêve, c’est même la promesse d’images dantesques, voire même d’un principe plutôt peu vu. C’est que les coucous d’acier attaqués par des cousins de Yog-Sothoth, on n’en enfourne pas tous les jours dans nos lecteurs. La réception du film ne fut pourtant pas particulièrement chaude, car si certains louaient le fait que le réalisateur ne se fout pas de son public, d’autres établissaient une liste de défauts plutôt embarrassants… Et bel et bien présents, malheureusement !

 

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Débutons tout de même par l’évident atout d’Altitude : c’est formellement très soigné. Il n’y a en effet aucun reproche à faire à la réalisation d’Andrews, qui sait visiblement y faire et fournit ici une belle Série B qui aurait presque mérité une sortie en salle tant elle a de belles courbes. La photographie, signée Norm Li (qui a plusieurs séries B à son actif, dont le dernier Cabin Fever d’ailleurs), est franchement belle et se marrie bien aux effets spéciaux, eux aussi de premier choix. La fameuse bestiole qui se planque dans les cumulus n’est pas un craignos monsters, autant le dire d’emblée, elle assure même le spectacle lors des plans dans lesquels elle pointe le bout de ses tentacules. Ils ne sont pas très nombreux, c’est le problème, mais aux moins ils sont beaux et ravissent le bisseux qui a finalement bel et bien droit à sa dose de gloumoute à la mode Lovecraft. Voir la créature étendre son emprise sur l’avion ou assister à l’ouverture de son imposante mâchoire comme si nous étions dans le cockpit constitue malheureusement le seul intérêt du film, dont la tenue formelle est la seule qualité. Car tout le reste est mauvais, exception faite d’acteurs qui semblent impliqués et sonnent plutôt justes. L’ennui, c’est que leurs honorables prestations seront vite noyées dans un script qui envoie en chute libre tout le monde, et sans parachute ! Il faut dire que le scénariste n’est pas nécessairement un ténor de la machine à écrire, sa filmographie contenant plus de séries Z ou téléfilms Syfy (Ghost Shark, Alien Tornado, Arachnoquake ou Ghostquake avec Danny Trejo, je pense que ces titres vous montrent où vous foutez les pieds) que de grands films. Le pire est qu’il n’est pas improbable que le scénario d’Altitude soit celui dont il est le plus fier car de toute évidence, il y a une certaine ambition dans ce vol plané qui retombe mal et se pète les os du cul.

 

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L’histoire débute comme tout teen movie qui se respecte : avec un groupe de jeunes bien évidemment sortis d’une pub pour du shampoing qui s’apprêtent à aller faire des activités alcoolisées et sexuelles. Ici, c’est à un concert de Coldplay que la petite troupe se rend, utilisant pour l’occasion un petit avion qu’ils louent. Et la pilote, c’est Sara (Jessica Lowndes, que vous avez pu voir dans la dernière série Beverly Hills ou, et cela me semble préférable, dans Autopsy), qui a justement passé des examens pour pouvoir prendre les commandes de ces faucons métalliques. Sara a d’ailleurs des choses à se prouver, sa mère ayant été pilote elle aussi, ce qui a causé sa perte puisque l’avion qu’elle contrôlait a été heurté de plein fouet par un appareil non-identifié, ce qui entraîna également la mort d’une petite famille qui avait un gamin qui lisait des bandes-dessinées d’horreur, façon Tales from the Crypt ou Creepy. Pauvre gosse, fauché alors qu’il avait de si saines lectures ! Cela ne fait en tout cas pas froid aux yeux de Sara ni de ses amis, qui montent dans l’appareil sans broncher. Le seul à s’inquiéter, et pas qu’un peu, est Bruce, le mec de Sara, qui hésite à prendre place dans l’engin… A raison car après quelques minutes de vol, les premiers soucis techniques arrivent et le petit jet ne fait que monter, encore et encore. Au point qu’il rentre dans une zone orageuse seulement décorée de nuages noirs comme la suie et visiblement peuplés par une grosse pieuvre volante qui tourne autour de nos héros… Une nouvelle dimension ? Le script se plait à nous le laisser penser et il est évident que la série La Quatrième Dimension a servi de modèle ici, Altitude aurait même pu être un épisode du célèbre feuilleton. S’il avait été mieux foutu, du moins !

 

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Le premier gros problème du film est de ne jamais s’affranchir de son rôle de teen movie. En effet, on a la sensation que ce qui prime ici est moins la bêbête cachée dans les ténèbres que les relations entre les personnages, qui profitent de cette situation désespérée (on voit en effet assez mal comment ils pourraient survivre) pour régler leurs comptes et jouer aux jeux des sept vérités. Car il y a des liaisons amoureuses compliquées dans le coin, avec une Sara qui sort avec Bruce (Landon Liboiron, The Howling Reborn) mais en fait elle ne l’aime pas vraiment et serait plutôt sortie avec lui pour son blé. D’ailleurs, Bruce est en fait le petit garçon qui lisait des BD d’horreur, qui a survécu au crash de l’avion de la reum de Sara et s’est donc rapproché d’elle car il est persuadé que leurs destins sont liés (un peu psychopathe le mec, je vous l’accorde). Les trois autres passagers ne sont pas mal lotis eux non plus, la belle Mel (Julianna Guill, dont vous avez pu voir les atouts dans le remake de Vendredi 13 de Nispel) sortant avec le rustre Sal (Jake Weary, vu dans It Follows et Zombeaver) tout en étant un peu attirée par Cory (Ryan Donowho, qui retrouvera le réal dans Cabin Fever : Patient Zero) qui, ça tombe bien, a justement des vues sur elle. Ce qui bien sûr ne plait pas à Sal ! Tout ce petit monde ne cesse donc de s’engueuler, ces cons étant plus intéressés par leurs histoires de cœurs brisés que par l’immonde monstre qui aimerait bien les becter. Et ça tombe mal parce nous, bisseux, c’est justement ce dernier qui nous intéresse ! Inutile de préciser qu’on s’emmerde pas mal quand il n’est pas là (ce qui représente 95% du film, tout de même), remplacé qu’il est par des monologues dignes de Calimero. En cela, le film rappelle le moins friqué mais tout de même bien meilleur Beneath (sur lequel j’émettais déjà des réserves), qui s’amusait lui aussi à envoyer quelques amis hypocrites sur une barque bientôt attaquée par un gros poisson préhistorique. Mais dans Beneath, rendre les personnages détestables était une vraie volonté, c’était fait exprès et cela mettait du peps à l’ensemble, alors que dans Altitude cela est involontaire…

 

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Autant vous prévenir : vous allez détester la jeunesse ici présente. Si le brave Cory s’en sort encore assez bien et que Mel n’est pas trop dérangeante malgré une fâcheuse tendance à filmer tout et n’importe quoi, y compris lorsque le danger est palpable (Beneath possède d’ailleurs un perso similaire et on notera que la miss Julianna avait déjà une caméra collée dans la main durant une bonne partie de Vendredi 13 version 2009 !), les trois autres clampins sont nettement plus désagréables. Sara tout d’abord, brave héroïne qui tente de ne pas se laisser démonter mais qui agace de plus en plus au fil du film, tout d’abord lorsque l’on comprend qu’elle est une pilote débutante qui n’a pas hésité à mettre en danger ses potes. Et oui, visiblement elle a encore des progrès à faire et ne vérifie même pas que l’avion a fait le plein en avant de partir, ce qui va bien évidemment faire stresser tout ce beau monde. En outre, elle est une petite amie assez peu désirable puisqu’elle n’est pas très claire avec son Bruce de petit-ami, se montrant ambigüe avec lui. Cela dit, on peut la comprendre compte tenu du fait que celui-ci, en plus de ses aspects un peu maniaques déjà cités, est également un lourdingue de première catégorie, un peureux maladif qui passe tout le film à retapisser son calbute. Il fera même quelques fois empirer les choses, tentant de prendre les commandes de l’appareil alors qu’il n’y connait rien, totalement dépassé par la panique. Enfin, nous avons Sal, qui est indéniablement le grand gagnant du jour, le roi des connards, le prince des trous du cul, le maître des enfoirés. Des comme lui, on n’en croise pas tous les films et c’est tant mieux dans un sens. Le mec ne se refuse rien : il fait des vannes sur la mort de la mère de Sara devant celle-ci, déchire la bande-dessinée de Bruce parce qu’il juge qu’il n’a plus l’âge de lire ces publications, violente les uns et les autres quand il ne les insulte pas (y compris sa copine, qui a bien de la chance…) et éprouve à peine des remords lorsqu’il décide de trahir un ami pour sauver sa propre vie. Une véritable ordure, une pure, une dure, qui parvient presque à rendre les autres crétins sympathiques, c’est dire ! Avec pareille équipe, essayez donc de stresser pour les uns ou les autres : c’est tout bonnement impossible et lorsqu’ils meurent, c’est une vraie délivrance. Reste que cela pose un gros problème de suspense, anéanti puisqu’il n’y a aucune implication de la part d’un spectateur qui ne souhaite que du mal aux protagonistes.

 

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Histoire d’en rajouter une couche, Altitude explique l’apparition du monstre d’une manière qui devrait faire… polémique. Je vous préviens, ça va spoiler, et pas qu’un peu puisque tout le final va y passer, donc si vous voulez vous préserver pour une possible vision (que je ne vous recommande pas franchement), et bien sautez jusqu’au prochain paragraphe… Tout le monde est parti ? Bien ! L’arrivée de ce poulpe venu du ciel s’explique de la manière qui suit : Bruce a visiblement des pouvoirs, ou serait en fait maudit (on ne sait pas trop). En fait, lorsqu’il a la pétoche, ses peurs se matérialisent, son imagination allant puiser dans les bandes-dessinées qu’il lit. Ainsi, lorsqu’il était petit, il lisait une BD dans laquelle un avion sorti de nulle part venait faire un free hugs mortel à un autre, ce qui déclencha donc la mort de ses parents et celle de la mère de Sara. Pour l’heure, notre dangereux pétochard lisait une histoire montrant un monstre tentaculaire s’en prenant à un sous-marin, ce qui explique donc l’existence de ce Paul le poulpe gigantesque. Vous n’y aviez pas pensé, avouez ! Et pour cause, cela ne s’associe pas du tout avec le reste du film, qui ne dirigeait pas du tout vers ce genre de délires improbables. Soyons clairs : l’idée n’est pas mal et pourrait même donner un très bon film (cela a même donné quelques bons épisodes de dessins-animés, voir Adventure Time pour s’en convaincre), à condition que cet élément soit bien utilisé et ce tout du long du métrage. Là, relégué en fin de parcours, à dix minutes de la fin, cela ne marche tout simplement pas, cela fait trop, et trop d’un coup qui plus est. On n’y croit dès lors absolument pas, et encore moins à cet ultime twist final qui s’amuse à jouer avec les paradoxes temporels. Car je vous le donne en mille, l’avion de Sara est aussi celui qui s’est crashé sur celui de sa mère dix ans plus tôt ! N’en jetez plus, la coupe est pleine, c’est la cerise pourrie sur un gâteau dont la crème a tourné, le si sobre Altitude nous balançant dans ses ultimes minutes toutes ses idées folles. Pourquoi ne pas avoir entamé tout cela 40 minutes plus tôt ? Pourquoi avoir laissé des intrigues amoureuses foireuses alors qu’il y avait moyen de faire un film sympathique avec ces idées si celles-ci avaient été mieux employées, et surtout mises en avant ? Mystère !

 

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De toute évidence, le réalisateur canadien a tenté de mélanger Stephen King, Lovecraft et La Quatrième Dimension. Mais ce qui marche à l’écrit ou sur le format court d’un épisode ne sera pas forcément aussi heureux dans un long-métrage. Et Altitude le prouve, rappelant aussi qu’une bonne réalisation ne peut pas pousser bien loin un script médiocre. Rien, outre le formel, n’est réellement bon dans cette grosse série B et si l’on s’en souviendra, ce n’est certainement pas pour des raisons très valorisantes. Car de toute évidence, nous n’avons pas été installés en première classe lors de ce vol calamiteux…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Kaare Andrews
  • Scénarisation: Paul A. Birkett
  • Producteurs: Ian Birkett
  • Pays: Canada
  • Acteurs: Jessica Lowndes, Julianna Guill, Jake Weary, Ryan Donowho
  • Année: 2010

4 comments to Altitude

  • Roggy  says:

    Je suis globalement d’accord avec ton avis. Le film est très bancal sur le fond (la forme, passe encore). Un épisode de « La quatrième dimension » étiré qui a du mal à tenir son cap sur 1h30 (en y repensant comment ai-je pu lui mettre 3 ? le mal de l’air sans doute):)

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Ouvrir une poissonnerie et l’appeler « Chez Lovecraft » ! Voilà quelque chose qui a l’air plus marrant à faire que de regarder ce film 😀

    Sinon, le twist m’évoque beaucoup Sphere, film comme livre, où il est question d’une créature extraterrestre aux pouvoirs psychiques qui peut matérialiser les peurs des humains se trouvant à proximité. L’un d’eux a toujours eu peur de l’attaque des pieuvres dans 20.000 Lieues sous la Mer et par conséquent, les héros sont menacés par un poulpe géant vers la fin du film, exactement à la manière d’Altitude…

    Quoiqu’il en soit, l’idée est bien mais semble totalement hors sujet avec l’idée d’un monstre d’une autre dimension croisé dans les cieux. Encore plus con est cette histoire de boucle temporelle… A cause de quoi ? Le voyage dans le temps était aussi une des paniques du personnage ? Ça n’a aucun sens…

    (moi qui avait toujours pensait que le film aurait en fait une bonne histoire mais un budget de merde venant tout gâcher… Je pensais même pas qu’on verrait autre chose que les tentacules de la bestiole en fait !)

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