Super Inframan

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Aux vestiaires, les Bioman ! Au repos, X-Or ! Au lit, Kamen Rider ! A la retraite, Ultraman ! Car la Terre a depuis 1975 un héros made in Hong Kong et si l’on peut lui reprocher d’être une contrefaçon, on ne pourra pas dire qu’elle est vulgaire ! Super Inframan, go go go !

 

 

Qui ne connait pas la Shaw Brothers, légendaire firme asiatique qui livra aux seventies parmi ses plus belles techniques de kung-fu ? Un studio bien évidemment basé à Hong Kong mais qui n’avait pas le regard de l’Orient (comme le disait si élégamment Christopher Lee) seulement porté sur la production du pays. On sait par exemple que ces nababs du cinoche qui savate avaient vu des Hammer Films puisqu’ils furent les alliés des gothiques Anglais le temps d’un mémorable La Légende des 7 Vampires d’Or qui mélangeait épouvante old-school et arts-martiaux. Mais la Shaw avait également une longue vue dirigée vers le Japon, là où quelques mectons déguisés en héros collaient des gnons sur la gueule de collègues qui étaient pour leur part parés de costumes de gloumoutes improbables. On appelle ça le sentaï, genre extrêmement populaire au pays du soleil levant et montrant donc un héros (ou un groupe de héros) combattre les forces du mal à l’aide de gadgets en tous genre, et quelques-fois d’un robot. Nous ne sommes jamais très loin de l’esprit du kaiju-eiga puisque là encore les mecs costumés en monstres finissent assez régulièrement (mais pas systématiquement) par grandir. Chez nous, le genre à bien sûr été popularisé par l’amie Dorothée et les diffusions de Bioman ou X-Or, dont les trentenaires et quarantenaires se souviennent encore avec une larmichette salée au coin de l’œil, avant de connaître un second souffle dans les nineties avec les Power Rangers, personnages colorés avec lesquels vos mioches jouent encore aujourd’hui, la saga continuant encore et encore. En fait, elle n’est jamais qu’une adaptation à l’américaine des séries japonaises, remplaçant les acteurs d’origine par de bons petits yankees et ne gardant donc que les séquences de baston… Mais retour en 1975, lorsque les frères Shaw décident de surfer sur le succès de Kamen Rider et Ultraman, parmi les premiers feuilletons du genre. De cette idée naîtra Super Inframan, œuvre désormais culte, autant par chez nous qu’aux USA, où le film sortit par ailleurs dans une VHS au boîtier démesuré pour les standards ricains de l’époque ! En France comme aux States, il est en tout cas bien rare de ne pas voir le film perçu comme une pelloche excentrique, ridicule et donc très drôle. Et pour le coup, il faut bien dire que c’est assez vrai…

 

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Ca va mal pour nos tronches, et pas qu’un peu ! De terribles cataclysmes commencent à ravager la planète, des séismes nous faisant zouker tandis que les flammes passent sur les villes pour réchauffer les foules. Le Professeur Liu a d’ailleurs une bonne idée de la cause de ces tragiques événements et elle provient sans doute de la Montagne du Démon. Et en effet, nous découvrons bien vite que le mont en question renferme dans ses entrailles rocailleuses des monstres habitués au froid qui ont décidé de devenir les maîtres du monde. Commandés par une princesse diabolique, ils commencent donc à s’en prendre à l’humanité, qui est du coup obligée de dégainer son arme secrète : Inframan ! Comme son nom ne l’indique pas, Inframan est une armure très élaborée qui rend plus fort celui qui la porte, en l’occurrence le jeune Lei Ma (Danny Lee, que vous avez tous vu dans The Killer de John Woo). Désormais armé comme un tank, Lei Ma/Inframan va pouvoir lessiver la gueule des immondes créatures qui menacent l’être humain… Bien entendu, le script ne pisse pas beaucoup plus loin que ça, se contentant de reprendre la recette des sentaï, pas franchement connus pour être des récits à tiroirs. Un monstre déboule, envoyé par un grand méchant super puissant mais qui ne fait jamais grand-chose, le ou les héros débarquent, rétament le malandrin infernal et on se revoit la semaine prochaine ! Easy as ABC ! Super Inframan se contente donc de cette structure qui a fait ses preuves auprès de la jeunesse asiatique et fait même appel au savoir-faire des Nippons. Seront ainsi appelés quelques décorateurs ou costumiers japonais qui ont bossé sur des sentaï tandis que seront utilisées des musiques déjà présentes dans les séries Ultra Seven ou Mirrorman. Les gars de la Shaw savaient donc qu’il était préférable de s’entourer d’une équipe rompue à l’exercice et de ce côté il faut dire que le film est assez réussi puisque le brave Inframan pourrait très bien parader aux côtés des Spectreman et compagnie sans que cela choque qui que ce soit. Notre super héros venu de l’est a en effet toutes les qualités de ses pairs : il a un casque orné d’yeux d’insectes (les Japonais sont assez branchés sur ces petites bêtes, voir Kamen Rider pour s’en convaincre, il n’est donc pas étonnant que la Shaw Brothers joue cette carte elle aussi), un costume d’une couleur pétante, des armes en tous genre à faire rager un Goldorak et un bon scientifique qui veille sur lui. Ne lui manque au final qu’un robot géant ou des véhicules plus modernes que la moto qu’il utilise dans le civil !

 

La belle et ses princes:

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Les méchants ne sont pas mal dans leur genre, eux non plus, et constituent même le principal intérêt pour des amoureux des monstres comme vous et moi. Il est d’ailleurs assez surprenant de voir que le milieu bis français ne s’intéresse pas plus que cela aux créatures trouvables dans les sentaï, aussi généreux, si ce n’est plus, que le kaiju-eiga en matière de bestioles improbables. On a d’ailleurs un beau défilé de laiderons dans Super Inframan, la démone des glaces étant venue avec ses troupes. Au menu : un monstre-plante bien entendu tout vert et qui ressemble à une vieille racine, un machin bleu qui ne ressemble pas à grand-chose (et nommé Passe-Montagne) équipé d’une foreuse en guise de main, un dragon humanoïde avec de belles moustaches rouges qui crache du feu, un clone du Cousin Machin de La Famille Addams qui a donc de longs cheveux blancs et qui vous balance des rayons lasers grâce à ses cornes, une grosse mite rouge qui enferme les gens dans des cocons et peut grandir, un duo de robots qui possèdent une masse parcourue de pics au bout du bras et qui peuvent également projeter leurs têtes sur l’ennemi et, enfin, une demoiselle avec des yeux dans les paumes de ses mains qui lui permettent d’hypnotiser ses proies. Quant à la boss de tout ce beau monde, la fameuse princesse du frigidaire, c’est en fait une femelle dragonique, qui peut changer son apparence et balancer des lasers. Je vous laisse imaginer la petite famille que ces immondices forment et que le bon Inframan devra affronter dans des combats pour le moins énergiques. Et ce grâce, en grande partie, à un montage et un traitement sonore d’un autre monde… La réalisation n’est en effet pas spécialement notable en elle-même : elle est soignée et dotée d’une image très propre (le DVD édité chez nous par TF1 Vidéo est d’ailleurs très beau). C’est lors de la post-production que les choses ont visiblement viré à la folie la plus totale.

 

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Car lorsque le bon Inframan combat un monstre, cela ne ressemble pas à une lutte entre catcheurs, c’est moi qui vous le dit. Sauts dans tous les sens, saltos dans les nuages, montage totalement branque, rayons lasers qui giclent partout et occasionnent des explosions dans tous les coins, bruitages improbables et répétés jusqu’à plus soif, effets spéciaux ringards qui vous sautent à la gueule,… Super Inframan est le 14 juillet du délire, un film d’action qu’il serait malheureusement impossible à produire de nos jours. Inutile de dire qu’on s’éclate comme des malades lorsque ça se cogne, ce qui arrive bien évidemment assez fréquemment. La dernière demi-heure étant un bel exemple de folie furieuse, Inframan enchaînant les ennemis les uns après les autres, sans faiblir. Tout cela est bien évidemment très drôle, et ce n’est pas volontaire de la part du film, mais qu’importe, le principal étant bien évidemment de s’amuser. Par contre, tout n’est pas tout rose dans la caverne d’Inframan, et il faut bien signaler que les parties sans action ne sont pas très motivantes. Difficile de ne pas soupirer d’ennui devant cette entrevue sans inspiration entre le professeur et sa fille, le premier expliquant à la seconde que le plus beau jour de sa vie est sa naissance. Dans le genre vu et revu, on ne fait pas mieux ! Regrettable également de découvrir que le fameux Inframan met plus de vingt minutes avant d’apparaître, ce qui peut sembler court dit ainsi mais croyez-moi, cela fait assez long une fois devant votre téléviseur. En effet, notre scientifique se lance en diverses explications sur la création de son beau bébé (et qui est créé sur une table d’opération en forme de crucifix, Inframan serait notre messie ? Je le crois volontiers !), ce dont on se fout royalement, avides d’action que nous sommes !

 

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Ces petits problèmes de rythme ou lenteurs de début de métrage ne ternissent cependant pas le plaisir rencontré avec Super Inframan, qui était un peu le film des premières fois (premier film de super-héros en Chine, premier film à utiliser une montgolfière pour sa promotion dans le pays et premier film de la Shaw à avoir recours à un storyboard). Alors certains chercheront à savoir si on s’amuse avec le film ou à ses dépens… Et la réponse est les deux, mon bon monsieur. Car clairement, on se marre un peu des quelques maladresses ici présentes, de ces dialogues dignes de gamins jouant dans la cour de récré, de ces effets spéciaux d’un autre âge ou encore du comportement des monstres, qui se lancent dans de beaux rires sardoniques et ne peuvent s’empêcher de gesticuler, même lorsqu’ils n’ont rien à faire ! Il faut les voir battre des bras, mouliner l’air sans raison apparente, pensant sans doute qu’ils paraîtront plus diaboliques alors qu’ils se ridiculisent en agissant de la sorte ! Mais voilà, si on se marre comme des baleines à quelques reprises, il faut aussi reconnaître que nos âmes de marmots admirent aussi le spectacle, tendrement naïf. Difficile de ne pas retomber à l’époque où nous jouions avec nos Mighty Max (mais siiii, ces petits jouets qu’on ouvrait et qui dévoilaient des univers horrifiques !) lorsque l’on a devant les yeux la Montagne des Démons, qui dispose de crânes géants et de colonnes vertébrales énormes sur lesquelles Inframan combattra les Squelletors, sbires de la princesse des monstres… Super Inframan, ce n’est donc que du fun pour ceux qui gardent encore au chaud leur âme d’enfant, qui sera clairement repue avec ce spectacle totalement bis (même qu’il y a Bruce Le dedans, le clone typé Z de vous-savez-qui), généreux et foldingue. Alors nanar ou pas, peu importe, un film qui apporte du plaisir est un bon film. Super Inframan est donc fort bon !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Shan Hua
  • Scénarisation: Ni Kuang
  • Producteurs: Shaw Brothers
  • Titre original: Jung-Gwok chiu-yan
  • Pays: Hong Kong, Chine
  • Acteurs: Danny Lee, Terry Liu, Hap Wong, Bruce Le
  • Année: 1975

9 comments to Super Inframan

  • Roggy  says:

    Excellent papier et choix de photos qui me replongent en enfance. Ah ! Bioman et X-Or toute ma jeunesse (sans oublier le fameux San Ku Kai) 🙂

  • Princécranoir  says:

    Je trouve à cet Inframan une ressemblance certaine avec un homme-fourmi de rouge vêtu, coiffé d’un bocal et de jolies petites antennes, qui devrait débouler dans les salles la semaine prochaine. Je propose d’ores et déjà que la Marvel travaille sur une confrontation au sommet entre les deux héros, sans oublier l’impeccable galerie de gros insectes ventripotents qui peuplent cette Shaw production ! Et dire qu’un acteur de John Woo avait des super-pouvoirs et je n’en savais rien 😉

  • Alice in Oliver  says:

    Un vrai nanar de compétition, étrangement symapthique, à cause (ou grâce) à sa folie jubilatoire,, ses décors kitschs et ringards, ainsi que ses bruitages qui font « piou piou ». Bref, on en redemande !

  • Alice in Oliver  says:

    Sinon, tu es cordialement invité(e) sur mon blog : http://cinemachoc.canalblog.com/

  • Alice in Oliver  says:

    Un nanar à la sauce kebab qui ne se refuse aucune excentricité ! Mais les nanars et les navets ne sont pas les priorités du blog

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