Terror Tract

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Trouver un logement qui vous convient n’est guère aisé et fait partie de ces petites guerres du quotidien que tout un chacun est un jour obligé de mener. Histoire de faciliter la tâche de deux jeunes gens fraichement enchainés l’un à l’autre, le regretté John Ritter fait visiter trois bicoques diaboliques dans lesquelles il n’est pas bon de traîner…

 

 

La mode, soit on arrive à temps pour l’embrasser goulument et faire parler de soi, soit on déboule trop tôt ou trop tard et le rencard est bien loupé. Terror Tract aura loupé le sien, celui de la mode des anthologies, qui tient encore vaguement le coup de nos jours mais commence à faiblir peu à peu. Sorti en l’an 2000, cette Série B aura effectivement loupé le coche en arrivant trop vite pour bénéficier de l’effet des The Theatre Bizarre et autres Chillerama et bien évidemment beaucoup trop tardivement pour surfer sur la petite vague du film à sketchs lancée dans les années 80 par le grand Creepshow. Si l’on en trouvait encore quelques-uns dans les années 90 (citons Necronomicon ou encore Body Bags, par exemple), ce style constitué de petites histoires avait dans tous les cas moins la cote au début des années 2000 et nul doute que Terror Tract, un peu oublié de nos jours, serait resté dans plus de mémoires s’il avait été démoulé quelques années auparavant. Cela n’empêchera pas le film de se faire remarquer par chez nous, notamment au Festival du Film Fantastique de Bruxelles de 2001, d’où il ressortira avec le Grand Prix du Public dans les poches. Découvert pour ma part lors des débuts de mon adolescence sur Canal +, cette petite bande sans prétention m’avait fortement branché, tant et si bien qu’elle tourna pas mal dans le magnétoscope, toute la famille Mordo en gardant de bons souvenirs. Mais quinze ans plus tard, que vaut cette anthologie ? Premièrement, elle permet de revoir le sympathique John Ritter, acteur désormais décédé, que vous, goreux, avez tous vu dans La Fiancée de Chucky ou dans Ca, Il est revenu. Voire même quelques franches comédies comme le très cool Bad Santa (son dernier film) ou les Junior, le Terrible, gros délires aussi gras que cultes, très portés sur les gags avec des chiens qui chient des montagnes de merde, des cafards dans la salade, des pets odorants, des Chinois qui cabotinent et, surtout, une légendaire scène de vomi dans un parc d’attraction, avec toute une ribambelle de gamins qui dégueulent dans tous les sens. Sans conteste l’une des scènes les plus immondes du cinéma, pourtant trouvable dans une petite Série B à destination des marmots. Et oui, le bis cradingue, on le trouve parfois dans les VHS pour les chiards… Je m’égare, je le sais, mais c’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de parler de ces bandes à l’humour déviant que sont les Junior, le Terrible… Mais retour sur Terror Tract pour l’heure, qui va passer dans nos assiettes et subir notre dissection, histoire de vérifier si sa chair est toujours tendre…

 

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Terror Tract, c’est quatre segments dont l’un est en fait le moyen de lier les trois autres, ce qui fait qu’il est donc divisé en plusieurs parties et revient donc entre chaque histoires. Pour mettre en images tout cela, deux réalisateurs : Lance W. Dreesen et Clint Hutchison, dont ce film sera pour ainsi dire le classique compte tenu du fait que les deux gaillards n’ont pas fait grand-chose depuis, le premier réalisant Big Bad Wolf en 2006 et le second Conjurer en 2008. Tandis que Dreesen s’occupera de « Make me an Offer » qui est le segment reliant le tout et de « Bobo », deuxième segment, Hutchison s’occupera de « Nightmare » et « Come To Granny », le premier et le dernier segments. Autant débuter par le commencement, donc par « Make Me an offer », dans lequel John Ritter intervient en faisant visiter quelques baraques à deux jeunes mariés. Seulement voilà, lorsque l’on lui demande quelle est l’histoire d’une maison, Ritter est obligé de dire la vérité et expliquer les malheurs survenus dans la bicoque. Et pas de bol pour lui, dans le quartier, chaque baraque semble avoir son passé sombre, sa tragédie, son drame sanglant. Le film se structure donc comme suit : Ritter fait visiter une maison, explique l’histoire, nous passons au sketch lié au récit en question, une fois terminé nous revenons à Ritter et ses clients qui, forcément, ne veulent plus vivre dans ce théâtre de l’horreur, Ritter les fait passer à une autre maison et ainsi de suite jusqu’à une conclusion qui apportera la petite touche d’humour noir. Ce qui nous rappellera bien évidemment les Tales from the Crypt, sous forme de BD ou de série, et les deux films Creepshow, influences évidentes et obligatoire de Terror Tract. Une filiation trop lourde pour une petite Série B du style ? On se rendra compte plus loin que oui, la comparaison ne se fait pas en la faveur du film de Dreesen et Hutchison, mais il n’empêche que le film rassure d’emblée côté réalisation. La photographie est belle, les coups de caméra bien portés, la musique de Brian Tyler (alors à ses débuts et sans doute bien loin d’imaginer qu’il allait orchestrer la zik des Marvel) est efficace et les acteurs, sans êtres oscarisables (ce qui est plutôt bon signe pour le bisseux, remarquez) font le taff. Dans la forme et l’exécution, pas grand-chose à redire donc, Terror Tract s’en sort avec les honneurs et fournira même quelques belles images… Là où cela se corsera, c’est au niveau du fond, de l’écriture…

 

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Cela débute d’ailleurs assez mal avec le premier sketch, « Nightmare ». Dans celui-ci, on s’attache (enfin, façon de parler) au destin d’un couple pratiquant l’adultère, ce qui entraine bien sûr le courroux de l’époux de la demoiselle infidèle. Prenant en flagrant délit les deux amants, l’époux en question décide de les assassiner, tentant de pendre sa femme tout en tirant un coup de carabine dans la tronche du jeune homme qui venait souiller ses draps de lit. Mais rien ne se passe comme prévu et les deux victimes se retournent contre leur assassin, qui passe de vie à trépas et finira balancé au fond d’un lac par celui qui besognait sa nana. Mais voilà, cette dernière commence à perdre la boule, persuadée que le flic qui était le meilleur ami de son mari suspecte quelque-chose. Et pour ne rien arranger, elle commence à être prise de terribles cauchemars dans lesquels son ancien amoureux noyé revient la hanter, laissant des traces de pas humides dans la maison. Autant dire que l’on tient là du déjà-vu, qui rappelle fortement le sketch avec Leslie Nielsen dans Creepshow, dans lequel il tuait sa femme et l’amant de celle-ci en les enterrant dans la sable pour que la marée leur règle leur compte. Alors même si les rôles sont ici inversés, la conclusion, par ailleurs sympathique, reste très similaire tandis que le déroulement des opérations est bien trop banal pour recevoir des fleurs de notre part. On se consolera avec quelques éclairages pas trop mauvais, les apparitions du mari décédé s’accompagnant de lueurs verdâtres. Pas de quoi se réveiller la nuit avec ce « Nightmare », en tout cas, qui débute le film de manière mollassonne… Pour ne rien arranger, le tout est assez long, tenant tout de même 29 minutes. Terror Tract ne commence donc pas sur les chapeaux de roue mais il reste toujours deux histoires pour améliorer le goût de la sauce, non ?

 

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Le deuxième segment se veut beaucoup plus animalier avec « Bobo », qui nous conte la rencontre entre une petite fille à son papa et le fameux Bobo, un petit singe échappé d’un cirque qui vient passer du bon temps dans le jardin de la gosse. Bien sûr, celle-ci se prend d’emblée de passion pour le macaque, ce qui ne plait guère au père (Brian Cranston de Breaking Bad), qui était jadis vu comme un héros par la petite mais qui n’est désormais plus rien, effacé par le poilu Bobo. Là où les choses se corsent, c’est lorsque le capucin commence à montrer des tendances meurtrières, forçant le père à prendre les armes pour tenter d’éliminer cette sale bête… D’emblée, signalons que cette seconde partie est nettement plus agréable à la vision que la première, le rythme y étant plus soutenu et la menace un peu plus tangible. C’est que le petit Bobo, tout mignon qu’il soit, est aussi un enfoiré de première qui fait bien stresser le spectateur puisqu’il manie fort bien le couteau et que sa petite taille et son agilité en font un adversaire particulièrement difficile à saisir. Une sorte de ninja miniature, le Bobo, le genre qui peut se planquer n’importe où et sera bien difficile à stopper. Mais soyons honnêtes, ce segment a beau être plaisant, il n’en est pas moins un décalque du très bon Incidents de Parcours de Romero, dans lequel un paraplégique obtenait un singe en guise d’aide, singe qui se transformait au fil du film en un impitoyable meurtrier. Notons d’ailleurs que la figure fantastique du gentil animal apprécié des enfants mais qui se trouve être un véritable monstre n’est pas neuve, le principe du « mignon devant, atroce derrière » étant même un grand classique des dessins-animés qui y ont recours très souvent… En outre, Incidents de Parcours est nettement plus réussi que ce « Bobo » qui se laisse voir mais qui n’est jamais qu’une version moins prenante d’un film (relativement connu, en prime) et qui a la mauvaise idée de n’apporter aucune nouvelle idée. Terror Tract singe le boulot de Romero en somme… Heureusement, le troisième et dernier sketch remonte sérieusement la pente…

 

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Sans contestation possible, « Come To Granny » est le meilleur des segments ici proposés. N’espérez par contre pas trouver ici un monstre d’originalité puisque l’on tient là un slasher un brin surnaturel comme on en a vu d’autres. On découvre ici les malheurs d’un jeune homme qui est pris de visions lors desquelles il voit les agissements de Granny, un tueur en série sévissant dans la région et qui a la particularité de porter un masque de grand-mère. Un vrai secret pour notre héros, qui ne peut en parler à personne sous peine d’être pris pour un fou, voire pour Granny lui-même, ce que commence à supposer la psychiatre à qui il raconte toute son histoire… Le coup du héros qui se tape des flashs prémonitoires n’est pas neuf et là encore Terror Tract loupe le coche de l’originalité, mais on ne lui en tiendra pas rigueur cette fois, même si les scénaristes sont allés piquer l’idée à un slasher sorti l’année précédente et nommé… Granny ! Mais voilà, ce dernier conte macabre est si réussi que l’on décidera d’oublier ce petit plagiat éhonté, d’autant que le Granny sorti en 1999 est loin d’afficher la maîtrise trouvable ici. Hutchison torche en effet un petit épisode (c’est le plus court du lot, durant 18 minutes) qui fait un effet du tonnerre, jouissant de la meilleure mise-en-scène montrée jusqu’alors et bénéficiant d’un montage particulièrement efficace. En prime, l’ambiance est bien plus lourde que dans les précédentes parties et la menace représentée par Granny semble tangible et sérieuse. C’est d’ailleurs bien simple, on tient ici l’un des meilleurs tueurs de slasher vu sur un écran, le maniaque derrière le masque (en fait le réalisateur Lance Dreesen) étant le malsain dans toute sa splendeur. Masque flippant, voix très réussie (même en VF), hachoir efficace et, surtout, un sens de l’humour très noir et glauque. Ainsi, lorsque Granny s’attaque à une demoiselle, forcément terrifiée, il lui lance un beau « N’aie pas peur voyons ! Ce n’est que Granny ! » avant d’éclater d’un rire dément et démembrer sa cible. Ca fait son petit effet ! On reconnait d’ailleurs l’amour d’Huchitson pour les lumières vertes puisque Granny en est parfois accompagné, ce qui par ailleurs apporte un petit côté giallesque à l’ensemble. Clairement, si vous devez posséder Terror Tract, c’est pour cette excellente vingtaine de minutes, dont on pardonne même le fait qu’elle est un poil hors-sujet avec le reste de l’œuvre puisque ne se déroulant même pas dans la maison visitée par le couple fraichement marié…

 

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Le constat est donc assez mitigé pour cette anthologie qui souffle le chaud et le froid et est sauvée in extremis par son formidable dernier sketch. Mais l’arrière-goût reste dérangeant et l’on se demande un peu ce qui est passé derrière la tête des scénaristes… D’ordinaire, le film à sketchs est l’occasion de placer des histoires courtes, qui s’accommodent mal à une version longue et qui trouvent donc toute leur efficacité dans le format du film omnibus, qui peuvent s’épanouir sans avoir à s’étirer plus que de raison, histoire de garder leur nature intacte. Dans Terror Tract, on a la sensation que l’équipe est allée chercher des longs-métrages sortis auparavant et les ont rétrécis pour les faire rentrer dans un canevas prédéfini. Alors que le film omnibus est le moyen pour bon nombre de cinéastes de se permettre de coucher leurs idées les moins commerciales et les plus originales sur pellicule, le duo Dreesen/Huchitson se contente d’aligner les clichés et les scènes vues et revues. Pas de quoi les excommunier, d’autant qu’ils livrent un travail soigné et efficace, mais il y a tout de même de quoi se poser des questions… A réserver principalement aux jeunes bisseux, qui n’en ont pas encore trop vu, donc…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Lance W. Dreesen et Clint Huchitson
  • Scénarisation: Clint Huchitson
  • Producteurs: Gregg L. Daniel et Lance W. Dreesen
  • Pays: USA
  • Acteurs: John Ritter, Will Estes, Bryan Cranston, Rachel York
  • Année: 2000

2 comments to Terror Tract

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Junior le Terrible c’est trash et génial (c’te scène du manège dans le 2, je m’en souviendrai toute ma vie) et Ritter était génial. Effectivement une des attractions du film.

    Après je devrais faire comme toi, le revoir pour le juger un peu au goût du jour, car pas revu depuis X années, probablement vers sa sortie. J’en garde un bon souvenir, mais j’ai peur que ça soit surtout à cause de sa scène finale totalement folle et géniale plutôt que pour les histoires en elles-mêmes (je crois même m’être fait un peu chier pour une… mais alors laquelle ?).

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