Horrible

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Puisque sa première incursion dans l’univers du slasher se fit bien remarquer, il était évident pour l’ami Joe D’Amato qu’il devait revenir rapidement aux agissements de maniaques viandards. Mais si Anthropophagous était une réussite qui apportait un peu d’exotisme dans un genre trop codifié, en est-il de même pour Horrible ? Accrochez-vous à vos boyaux, ou à ceux de votre voisin, on va vérifier ça!

 

 

Joe D’Amato a toujours été un bosseur, un type qui vous tourne un film le temps que vous passiez l’aspirateur dans votre salon. Ainsi, entre Anthropophagous, sans doute son film le plus culte, et cet Horrible qui devait en assurer la descendance, le Joe aura pondu au moins six films, et le tout en moins d’un an! Car entre le massacre sur les îles grecques et le film qui nous intéresse aujourd’hui, seule une petite année se sera déroulée, rythmée au fil des tournages, notre réalisateur n’étant pas du genre à se la couler douce plus d’une semaine. Les mauvaises langues crieront sur tous les toits que l’on ne forge pas une œuvre filmographique en tournant tous les week-ends, les fans, eux, seront ravis d’avoir près de 200 bobines dégoulinantes de tous les liquides imaginables, du sang au foutre en passant par le liquide d’embaumement, à ingurgiter au petit-déjeuner. Il est d’ailleurs facile pour une bande de se perdre dans le lot, de n’être qu’un petit film oublié parmi d’autres, totalement ignoré par la masse et même par les bisseux les plus acharnés. Coup de bol pour Horrible, ce n’est pas son cas, ce slasher ayant été à peine moins remarqué que le festin de trippes cuisiné par Eastman sorti quelques mois plus tôt. Elle créa même le scandale, elle aussi, sous le titre Absurd, patronyme choisi pour sa sortie dans les pays causant l’english, ce qui entrainera sa prohibition de la part des autorités anglaises qui, comme vous le savez, se planquaient derrière le terme Video Nasties pour bannir tout ce qui ne leur plaisait pas. Et les films de Peter Newton (pseudo choisi par D’Amato pour l’occasion) et leurs saillies gores, ça ne les faisait pas franchement rigoler, persuadés qu’ils étaient que ces joyeux bordels couchés sur pellicule allaient transformer les petits n’enfants en de furieux démons qui décapitent les vieilles à la sortie de la messe. Comme si c’était quelque-chose de mal! Absurd/Horrible est également « connu » (bon, de vous et moi hein, ma tante Monique ne vous dira pas la même chose, c’est certain) pour faire partie de cette saga bâtarde qu’est celle des Zombie, une série qui changeait de membres en fonction du pays où vous vous trouvez. Et du coup, certaines régions pouvaient avoir leur dose d’horrible absurdité sous le titre Zombie 6: Monster Hunter, qui comme vous l’imaginez bien n’a aucun rapport avec les films de morts-vivants populaires dans les années 70, pas plus avec ceux de Romero qu’avec ceux de Fulci. Et encore moins avec la série de jeux-vidéos Monster Hunter dans lesquels vous pouvez chasser des dragons et autres trucs échappés d’une pochette d’un groupe de heavy metal, mais ça je pense que vous vous en doutiez déjà…

 

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Comme si tout cela n’était pas encore assez complexe ainsi, Horrible est censé être une suite à Anthropophagous. Evacuons le problème d’emblée: ce n’est pas le cas. En dépit, cependant, de quelques similitudes, bien évidemment dans l’équipe créatrice (D’Amato derrière la caméra, George Eastman devant en plus de s’occuper du script) mais également via quelques petits détails, comme la nationalité du méchant garçon qui tue tout le monde, grec lui aussi. En plus, il s’ouvre le bide dès les premières minutes du film, laissant dès lors apparaître ses jolis boyaux, ce qui peut éventuellement faire le lien avec Anthropophagous auprès de quelques spectateurs peu attentifs puisque ce dernier film se finissait justement sur le tueur qui se retrouvait avec le nombril ouvert. Une fausse continuité, peu crédible, qui tient donc plutôt de l’argument de vente, vu que les vacances en Grèce furent un beau succès de vidéoclubs. A vrai dire, si le film doit partager des points communs avec un autre, c’est avec le Halloween de Carpenter, qui a ici servi de modèle. Bon, Eastman et D’Amato ont tenté de masquer les apparences mais c’est raté puisque l’on voit les similitudes entre les deux œuvres comme on repère un fan de Cannibal Corspe lors d’un concert des Jonas Brothers. Si tant est que ces trois petits cons existent toujours. Rien n’est moins sûr. On retrouve en tout cas quelques scènes cultes ou éléments du film de Big John : un marmot qui s’inquiète quant à la présence d’un boogeyman dans les parages (on parle d’un ogre, ici), des baby-sitters qui se font attaquer, un tueur indestructible, le jour de fête (ici, c’est un gros match de football américain, genre Superbowl) et surtout un curé qui pourchasse un maniaque, ce qui fait bien évidemment penser à la relation entre le Docteur Loomis et Michael Myers. Mais qui est le fameux fou qui sévit dans Horrible ? Un certain Nikos, coupable d’être un animateur stupide qui rit aux mauvaises blagues de Nicolas Canteloup. Coupable également d’avoir lancé une foule de chanteuses agaçantes sur les ondes. Oui, c’est horrible, c’est absurde, ça mérite ses titres. Hein ? Qu’est-ce que vous dites, c’est Mikos et pas Nikos ? Attendez, je prends mes fiches… Ah ouais… Mikos Stenopolis… Oui, en effet… Bon ben ça arrive à tout le monde, non ?

 

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Mikos Stenopolis, donc, un maboule, un vrai, un mec qui ne sait pas aligner trois mots, qui est monté comme le Mont Fuji (il est incarné par George Eastman, donc il est plutôt massif le keum) et qui tue le temps en massacrant tout être vivant qui passe à sa portée. Et ce qui le rend particulièrement dangereux c’est que cet enfoiré est impossible à tuer, ou presque, puisque ses cellules parviennent à se recomposer et guérrissent donc notre fier gaillard de manière instantanée. A moins de lui démolir le cerveau ou de lui couper la tête, le meurtrier ne s’arrêtera donc pas. Heureusement que c’était pas Aliagas, d’ailleurs, car dans ce cas il aurait été tout simplement impossible d’atteindre le cerveau… George Eastman est donc ici un cousin éloigné de Wolverine, qui dispose des mêmes pouvoirs mais pas d’un background aussi précis, l’histoire d’Horrible étant comment dire… très simple ? Elle se résume en effet aux déambulations de cette montagne grecque et meurtrière, qui tue encore et encore, pour finir par arriver dans la maison d’une jeune fille paralysée, qui va devoir rivaliser d’ingéniosité pour échapper aux doigts puissants de cette increvable menace. Il y a encore moins d’histoire que chez le premier Vendredi 13 venu, et vous me direz sans doute qu’un slasher n’a pas grand besoin d’un récit en cinq actes. Vous n’avez pas tort mais on regrettera tout de même que le soin apporté aux détails dans Anthropophagous (réactions des personnages plus expliquées, tueur avec un passif, circonstances à peu près crédibles) ne se retrouve pas ici, ce qui laisse penser que le duo D’Amato/Eastman ne s’est pas foulé outre mesure pour l’occasion… Mais le plus gênant arrive: le film s’éternise un peu trop dans des scènes sans intérêt. Que les meurtres tirent en longueur, ce n’est bien évidemment pas un problème, mais devoir supporter quelques minutes qui ne nous montrent que quelques adultes en train de mater du football américain, c’est autre chose…

 

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Car malheureusement, sans doute un peu fainéant, le Mikos traîne entre chaque meurtre, largement plus que le cannibale qui se bouffait lui-même dans Anthropophagous… On baille donc un peu en observant le brave flic qui tente de comprendre ce qu’il se passe ou en voyant la petite famille qui s’inquiète de la présence du monstre, pas pressé d’intervenir. Horrible, alias Rosso Sangue, manque donc de rythme et c’est bien là son principal problème. C’est d’autant plus dommage que les tueries sont assez inspirées, notre Grec ayant de la suite dans les idées, bien décidé à montrer qu’il a du métier. Il commence par prouver un passé de médecin en transperçant le crâne d’une infirmière (qui venait de l’opérer, ingrat le mec!) avec une foreuse chirurgicale, montre qu’il ferait un excellent boucher en fendant le crâne d’un chauve avec une scie sauteuse et signale qu’il est un bon cuisto en mettant Annie Belle la bien-nommée au four pour la cuire durant quelques minutes plutôt éprouvantes. C’est gore, il n’y a pas de doute, que ce soit lorsque les victimes prennent ou quand c’est le bourreau qui ramasse (il se prend un compas dans les yeux, quand même!), et si les effets ne sont pas très spéciaux, petit budget oblige, ils délivrent leur lot de sang bien rouge aux limites du rose comme l’Italie savait si bien le faire gicler. Mais là encore, on peut reprocher au script de nous fournir trop de personnages inutiles, qui n’apparaissent que pour crever deux minutes plus tard, on s’attend dès lors à les voir périr à grands coups de pioche, comme une baby-sitter qui se fait fendre la tronche via cette arme. Malheureusement, la plupart seront sain et sauf, ce qui est bien malheureux vu que cela aurait clairement réglé les soucis de rythme cités plus haut. Pourquoi ne pas arracher la colonne vertébrale du vieux clochard ? Pourquoi ne pas fracasser la tronche du flic ? Pourquoi ne pas dépecer les parents ? Cela aurait clairement emballé la machine et nous aurions préféré assister à ces petites joyeusetés plutôt que de voir l’énervant gamin chialer pour tout et n’importe quoi…

 

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Et la réalisation du copain Joe, pardon Peter Newton, dans tout ça ? Malheureusement, ce réalisateur diablement attachant se tire une balle dans le pied tout en pensant que cela servira la carrière de son film, qui se drape dans une technicité sans doute plus américaine. Cela se ressent clairement dans le choix des plans, sans doute plus classiques que dans ses autres œuvres, histoire de ne pas déstabiliser un public yankee qui n’était pas franchement habitué aux folies visuelles ritales. C’est plus simple, moins fou, peu de zooms, ça ne s’attarde pas autant sur les besoins de créer une atmosphère ou sur des détails cradingues. Même chose niveau décors, qui tentent de faire passer le décor pour une petite bourgade typique de bouffeurs de hamburgers, alors que le tout a bien évidemment été réalisé en Italie (cela se voit à l’architecture de la baraque des héros). Anthropophagous bénéficiait de son coté européen clairement affiché pour permettre à son petit carnage de se distinguer du tout-venant du slasher, genre qui ne s’aventurait guère dans les paysages du Vieux Continent (cela a un peu changé depuis…). Horrible n’aura pas cette chance et sa volonté de passer pour un slasher typiquement américain ne le sert plus de nos jours, nous qui sommes toujours ravis d’assister à de l’horreur spaghetti, avec ses codes, ici malmenés à dessein. La déception est donc permise lorsque l’on parle de Rosso Sangue, qui ne vaut réellement que pour ses quelques passages typiquement italiens, gores, fous et mal élevés, comme ce final (spoiler en vue) montrant la charmante petite gamine arborant un joli sourire en levant la tête arrachée de celui qui voulait la démonter comme un playmobile, histoire de la montrer à ses vieux, éberlués (fin du spoiler). Horrible n’est pas un mauvais film et vaut bien la ribambelle de psychokillers qui attendaient leur tour dans la grande file les menant aux vidéoclubs du monde entier (d’autant que la barbaque de d’Amato a une musique bizarroïde du meilleur effet!), les amateurs du genre y trouveront d’ailleurs sans doute leur compte. Mais il est en tout cas difficile de parler d’indispensable pour un film qui est « juste » très agréable. Certes, de nos jours c’est un luxe, mais vu que c’était plus répandu à l’époque… Niveau DVD, c’est Bach Films qui s’en charge, l’éditeur ayant ramassé quelques critiques pour la qualité discutable de sa galette qui, uncut, montre les scènes coupées (par ailleurs pas bien utiles) dans une qualité digne d’une VHS qui serait restée trop longtemps dans une marmite de soupe à l’oignon. Certes, ce n’est pas la qualité du Blu-Ray des Gardiens de la Galaxie (que je vous recommande, oui j’en profite pour en reparler, mais je fais ce que je veux, c’est ma crypte les mecs), mais bon, un bon film bis italien tout propret comme le cul talqué d’un bébé, est-ce bien nécessaire ? Non, pas vraiment, le genre s’accommodant fort bien de la saleté!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Joe d’Amato
  • Scénarisation: George Eastman
  • Titre original: Rosso Sangue
  • Producteurs: Joe d’Amato, Donella Donati
  • Pays: Italie
  • Acteurs: George Eastman, Annie Belle, Edmund Purdom, Katya Berger, Charles Borromel
  • Année: 1981

6 comments to Horrible

  • Oncle Jack  says:

    Que voilà une chronique qui m’a bien fait rire et avec laquelle je ne peux qu’être d’accord. Et ce à tous points de vue !

  • Roggy  says:

    Chronique effectivement très drôle pour un film qui ne semble pas vraiment être tourné vers la gaudriole. comment ça Tatie Monique ne connaît pas le film ? 🙂

  • dr frankNfurter  says:

    Tiens hasard, je l’avais chroniqué en début d’année celui-ci, avant qu’Artus ne le ressorte (enfin je crois, ou j’ai oublié).

    Sans doute plus charitable, et en dépit des défauts du métrage, j’avais finalement surnoté volontairement Horrible du fait du mauvais goût salvateur de D’Amato 🙂

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