Trash Times Redux 15 et Hammer Forever 39

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Vous reprendrez bien une louchée de fanzines, non ? J’espère bien que oui car avec ou sans vous, je fonce en direction de Trash Times et Hammer Forever, deux publications qui sortent de la tombe pour venir hanter les lecteurs avertis. Welcome home !

 

 

Si nous avons tous (ou presque, certains tristes sires s’en étant réjoui) été attristés par la disparition du magazine Metaluna, il faut tout de même souligner un effet bénéfique à cette mort prématurée. En effet, qui nous dit que sans l’explosion de la planète des mutants de Metaluna nous aurions pu fêter le retour de Trash Times, fanzine d’un Guillaume Richard qui a collaboré à bien des choses (blogs, magazines, livrets de DVD). Son zine, Richard le lance en 1996 avec la ferme intention de traiter de toute la culture méconnue, mais néanmoins populaire. Ainsi, au fil des numéros (aux couvertures superbes, parmi les plus belles du fanzinat) nous croisons la bande à Toxie de chez Troma, cette démone d’Ilsa, ce boucher d’Herschell Gordon Lewis, ce bon vieux Blacula ou encore Tor Johnson, le catcheur chauve d’Ed Wood. Richard se lance dans une publication très pop dans l’esprit, colorée, très festive, ce qui n’étonnera pas de la part de quelqu’un qui collabora à Metaluna. On retrouve d’ailleurs le même esprit, pour le pire et pour le meilleur diront certains, que dans la revue éditée par Jean-Pierre Putters et Rurik Sallé, le même ton et la même liberté. Reste qu’à partir de 2005, Trash Times s’arrête, histoire de mieux renaître dix ans plus tard dans une version dite « Redux », de 35 pages couleurs. Alors cela fait peu de feuillets à avaler, cela se fait d’ailleurs vite, c’est certain, mais vu que Guillaume Richard promet de revenir rapidement avec une nouvelle livraison, cela se pardonne aisément… Mais pour l’heure, place au quinzième numéro !

 

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D’entrée de jeu, on a les pupilles qui fondent devant la beauté de la couv’, qui se la joue psychédélique pour notre plus grand bonheur. Il y a dans Trash Times une volonté de rendre hommage aux premiers Monster Magazines (dont il est d’ailleurs question dans ce numéro), cela se sent clairement et il est évident que l’influence principale de Richard vient d’Amérique, l’âme de Forrest Ackerman planant dans le coin. Le papier a également ce côté ancien, cette odeur qui nous laisse imaginer que l’on tient entre nos petites pattes de loups garous une revue des années 50 qui n’aurait trouvé son chemin jusqu’à nous que très tardivement. Visuellement, c’est très généreux également, avec des images dans tous les sens, des couvertures de vieux magazines, de jolis bouquins, des affiches de films dingos,… On en prend clairement plein les yeux et il faut clairement féliciter Richard pour la tenue formelle de son zine, qui est à ranger parmi les plus beaux objets de votre collection. Rien à redire à ce niveau, donc, un simple coup d’œil suffisant à être téléporté dans un univers fait de catcheurs, de groupes de rock, de jolies donzelles et, bien sûr, de créatures gluantes ! Mais si la forme est belle, que vaut le fond ? Et bien c’est là encore du fun, et du fun informatif, s’il vous plaît ! Après quelques pages de brèves fantastiques (quelques news, une interview d’un rockeur qui se déguise en homme-loup, des chroniques de bandes-dessinées et de livres), Guillaume entame le gros dossier de son zine dès la huitième page, un long article consacré à Something Weird Video. Un label plutôt méconnu par chez nous mais qui fit le bonheur de bien des Américains bouffeurs de cinoche d’exploitation. Une dizaine de pages sont ainsi consacrées à cet éditeur mythique, son histoire est retracée, ses ouvriers et collaborateurs de son créateur Mike Vraney sont interviewés, y compris le culte Frank Henenlotter (Brain Damage, Basket Case, Frankenhooker). Ca se lit hyper facilement, c’est sympa comme tout et il y a le petit ajout qui va bien : des petits top 10 ou 20 des bandes les plus mémorables du label. C’est bien simple, c’est si cool qu’on aurait aimé dix pages supplémentaires, tiens…

 

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Suit enfin le fameux aspect « Metaluna » dont je parlais plus haut, à savoir cette propension à sauter d’un sujet à l’autre, quand bien même les liens les unissant sont de prime abord assez maigres. Cela en gênera probablement certains, ne nous voilons pas la face, puisque de toute évidence on ne peut se passionner pour tous ces représentants tous très différents d’une culture déjantée. Ainsi je n’ai pas été captivé par cette interview de Jack Grisham du groupe TSOL, dont la musique ne m’intéresse guère je dois bien l’avouer. Heureusement, Richard fait le lien avec Something Weird Video et place quelques questions sur le sujet, comme il le fera lors de l’interview de Tony Adolescent, autre punk appréciant la série B. On suit avec du catch, visiblement l’un des centres d’intérêt de Guillaume Richard, qui en reparlera encore plus loin, avec la belle histoire de Maurice Tillet, l’ogre des rings qui inspira le personnage des Shrek. Un récit qui se suit sans heurt, très touchant, même pour quelqu’un qui, comme moi, n’a pas grand-chose à faire de ce sport de lutte. La chaleur remonte ensuite avec un bel hommage à Haji, actrice de charme dans les films de Russ Meyer. Sa carrière est ici retracée, on en apprend forcément, ce qui ravit les amateurs de belles femmes. Mais pas autant que de retrouver les Monster Magazines et leurs cover à tomber par terre, Richard profitant de la publication des Creepy ou Eerie chez Delirium pour interviewer l’éditeur sur ses projets et sur son amour de ces histoires effroyables. Très intéressant est également l’entretien avec Rich Sala, un mec nostalgique qui a un jour décidé de publier son propre recueil d’histoires macabres, avec quelques autres auteurs, comme au bon vieux temps. The Creeps que ça s’appelle et autant dire que ça donne envie… On termine avec trois articles plus courts, un très chouette sur Bettie Page et ses histoires troubles, un autre en plusieurs parties sur l’histoire du catch mexicain (ça m’a déjà moins passionné, même si ça se lit très facilement car il y a un aspect romancé appréciable) et enfin une dernière page sur une exposition sur les Tiki, ces sympathiques petits totems. Vous l’aurez bien compris, on tient avec Trash Times une revue des plus récréatives, qui n’a par ailleurs pas d’autre but que de vous vider la tronche le temps de la lecture. C’est sincère, modeste dans le bon sens du terme, et cela permet de passer outre les fautes d’orthographe (mais je suis mal placé pour faire ce reproche aux autres, pwisque j’en fé moi meme tro souvan). Ca part certes dans tous les sens, mais c’est aussi ce qui en fait le charme au final, d’autant que cela permet d’élargir la culture des petits monstres que nous sommes ! Vivement le prochain, définitivement !

 

On continue dans les retours attendus et qui foutent la banane avec Hammer Forever, de l’infatigable Didier Lefèvre. Après tout, pourquoi se contenter de l’énorme Médusa lorsque l’on a l’envie d’aller parcourir à nouveau les bâtisses abandonnées de la Hammer ? Et puis, vu que cette dernière fait un come-back remarqué, il est bien normal que le fanzine qui lui est consacré sorte de la tombe à son tour et vienne hanter quelques lecteurs avertis… Les bisseux des années 90 se souviennent en tout cas de la première incarnation de la revue, débutée en 1997 et endormie en 2000. Une courte vie qui n’empêcha pas Didier de sortir 38 numéros à un rythme que vous imaginez effréné ! Au point que son concepteur, qui gérait en parralèlle Médusa Fanzine, finira par s’effondrer de fatigue, en même temps que son complice Romain Hermant. Un autre excité du fanzinat, le Romain, puisqu’il gérait le zine Movie Burger, qui traitait de tous types de cinéma mais avait bien évidemment une préférence pour le fantastique. Là encore une revue ambitieuse puisque sortant mensuellement, ce qui permit à la publication d’amasser 48 numéro entre 1993 et 1998. Beau score pour un fanzine qui comptait dans ses rangs… Didier Lefèvre ! C’est que les éditeurs copulaient pas mal entre eux à l’époque, comme ils le font encore de nos jours d’ailleurs, et il y a de fortes chances que naissent un jour de ces unions maléfiques des bisseux qui auront des taches de naissance aux formes de Christopher Lee et Peter Cushing ! Reste que le duo derrière Hammer Forever s’est reformé suite à la sortie du Médusa 26, qui a visiblement réveillé l’envie de parcourir la filmographie de la firme la plus gothique du monde chez Romain Hermant. Et six mois plus tard, nous voilà avec le Hammer Forever 39 entre les doigts ! Mais de quoi l’ami Didier peut-il bien causer dans cette renaissance ? C’est que les 38 numéros précédents épluchaient déjà la majorité des œuvres de la firme, sans oublier que quelques numéros de Médusa (les 20, 21 et 22) contenaient une rubrique justement nommée Hammer Forever, qui continuait l’entreprise et faisait donc durer le plaisir. Une fois les Dracula, les Frankenstein, les films de momies et tous les autres monstres traités, que reste-t-il à Didier et Romain ? Beaucoup de choses, soyez rassurés !

 

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Hammer Forever débute sur quelques pages que l’on peut rapprocher des premières notes chantées par la méduse dans son fanzine, à savoir quelques articles en vrac, sur des sujets se rapportant à la Hammer. Didier débute les hostilités avec son compte-rendu du festival Extrême Cinéma de Toulouse, tenu par Eric Lubet et le Professeur Thibault, que vous connaissez sans doute pour ses papiers dans Mad Movies. Lefèvre nous fait donc part de ses impressions lors des nouvelles visions de quelques classiques de la firme (Le Cauchemar de Dracula, Le Peuple des Abîmes et La Légende des 7 Vampires d’Or), bien sûr projetés sur un grand écran, ce qui a réjouit le Médusien. Mon compatriote Jacques Coupienne revient ensuite sur la sortie de l’intégrale Midi-Minuit Fantastique, qui contient son lot de plaisirs british, et énonce pour l’Hammerophile (et les autres) tout ce que contient ce gros et beau pavé. Yohan Chanoir prend le relais et revient sur le livre Peter Cushing, la star de la Hammer Films écrit par Eric Escoffier, n’hésitant pas à dire tout le mal qu’il pense de l’ouvrage, selon lui mal formé… Après un petit encard dans lequel Didier nous informe un peu en citant quelques blogs, sites ou fanzines qui causent de la Hammer, on passe au premier gros morceau du zine avec un dossier sur les films Robin des Bois. Lefèvre revient sur les trois films produits par Carreras et ajoute un moyen-métrage qui n’est pas réellement un film de la Hammer mais qui a des points communs avec la firme. Belle idée que de se lancer dans une rétrospective de cette saga, bien sûr moins connue que celles versant dans l’épouvante. N’ayant vu aucun de ces films (et n’en ressentant pas spécialement le besoin pour être franc), j’ai acceuilli avec joie ce dossier qui me permet de me familiariser avec cet univers méconnu du studio. Après une lettre d’amour dédiée à la Hammer de Tom Gillepsie, on passe au deuxième dossier, rédigé par Romain Hermant, qui revient sur la série La Maison de tous les Cauchemars et ses treize épisodes. Chaque histoire est analysée, sincèrement, Hermant n’hésitant pas à en porter certains sur un piedestal et à en descendre d’autres, la série étant visiblement inégale même si notre chroniqueur en est ressorti ravi ! De bien bonnes pages là encore, qui s’attardent sur une autre période méconnue de la Hammer, donc on prend avec le sourire, forcément ! On attaque ensuite avec « Les châteaux de la Hammer », dossier de Yohan Chanoir, qui connait son sujet puisqu’il a rédigé une thèse sur les châteaux dans le cinoche ! Notre fier rédacteur, qui écrit d’ailleurs dans Médusa et y est selon moi indispensable puisqu’il y apporte de belles chroniques de films asiatiques, semble d’ailleurs hésiter un peu sur le ton à adopter ici. Cohabitent en effet quelques vannes (qui font effet, d’ailleurs) et des phrases qui semblent, justement, sorties d’une thèse. Ca rend le dossier un peu particulier, il faut bien l’avouer, et on a la sensation que le rédacteur a jugé son dossier un peu trop sérieux pour la revue et a rajouté quelques gags ici et là. Si tel est le cas, il n’a pas tout à fait tort, car si le tout est rédigé avec talent et de fortes connaissances, et est donc solide, il semble un peu à part dans la revue. Rien de bien grave cependant, cela se lit tout de même avec plaisir. On termine enfin sur les chroniques des deux La Dame en Noir, avec lesquelles je suis en parfait accord : le premier est superbe, le deuxième est banal !

 

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Hammer Forever signe donc un beau et grand retour, et peut se vanter d’avoir une forme d’enfer. C’est en effet le très doué Chris Steadyblog (du Steady Zine) qui se charge d’une bonne partie de la mise en page (Didier se chargeant avec efficacité du reste), couchant sur papier l’aspect ancien des films de la Hammer. On a la sensation de tenir un vieux grimoire, aux pages abimées, et cela rend la lecture plus agréable encore ! Autant dire que l’on tient là deux retours qui font plaisir, tant Trash Times comme Hammer Forever distillent le plaisir à leur lectorat. De toute évidence, on attend qu’ils nous reviennent très vite, ce qui semble être dans les plans de Guillaume Richard et Didier Lefèvre. On ne s’en plaindra pas !

Rigs Mordo

 

La plupart des photos de cet article ont été piquées au Fanzinophile, alors allez sur son site pour compenser cet odieux vol!

4 comments to Trash Times Redux 15 et Hammer Forever 39

  • Trash Times  says:

    Un grand merci, Rigs, pour cette critique élogieuse! Comme tu sembles découvrir le fanzine avec ce numéro, permets moi juste d’apporter quelques précisions sur certains points. Tout d’abord, sur les anciens numéros (1996-2005). Avant, Trash Times ne parlait pas de « toute la culture méconnue », mais uniquement de « films méconnus » (même pour certains carrément inconnus à l’époque en France). D’ailleurs la tagline était « le fanzine des films obscurs ». Aujourd’hui Trash Times revient mais dans une nouvelle incarnation qui couvre tous les domaines qui me passionnent : films (d’exploitation, toujours et encore, ça n’a pas changé), mais aussi musique (dans les sphères Punk, Garage, Hardcore, Oldies…), bandes-dessinées (plutôt comics)… ce que j’appelle la « sous-culture », francisation du terme anglais « subculture ». Le « lien », le fil rouge qui lie tous les articles – que tu n’as pas trouvé comme tu dis – tient dans ces mots « sous-culture » et « vintage ». Trash Times (ou « l’époque des ordures » – et par « ordures » j’entends « choses dignes de peu d’intérêt pour la majorité ») parle de choses d’une époque révolue, toujours replacées dans leur contexte. C’est la ligne éditoriale, que l’on retrouve à la fois dans le titre du zine et dans son accroche – « le fanzine des profanateurs de sous-culture ». D’où ce côté « qui part dans tous les sens », forcément déstabilisant, je te l’accorde, si tu t’attendais à un fanzine de plus sur le Bis. Par exemple, le dénominateur commun entre le dossier Something Weird Video et les interviews de Jack « TSOL » Grisham ou Tony des Adolescents, ben c’est Mike Vraney, le fondateur de Something Weird, qui était leur manager dans sa jeunesse. Ça me semblait pourtant évident, avec en préambule de ces entretiens, le titre « Mike Vraney et la scène Hardcore californienne des 80’s ». Ensuite, l’univers du catch rétro me fascine tout autant que d’autres divertissements populaires comme le cirque, c’est indéniable. Cependant, si la discipline est représentée par deux fois, elle sert de simple toile de fond pour raconter l’histoire de deux individus. L’article sur Maurice Tillet entre dans le cadre d’une rubrique régulière sur les « freaks et autres phénomènes de la nature ». L’article sur El Santo est le premier volet d’un « feuilleton » consacré à l’icône de la lucha libre passée icône de la série B mexicaine. De nombreux fanzines ont parlé de ses films, mais rarement de sa carrière indissociable sur le ring. Enfin tu as raison, 36 pages, c’est peu par rapport à d’autres fanzines grand format, mais je peux t’assurer que c’est énorme à gérer tout seul : textes, entretiens, traductions, iconographie, maquette et mise en page, couverture… Alors c’est vrai, la relecture a été un peu expédiée pour respecter les délais, mais personne n’est parfait. En tout cas tu as bien fait de le relever, méa culpa, s’il y en a autant que ça je tâcherais d’être plus vigilant la prochaine fois. Et comme tu as l’air d’hésiter entre mon nom et mon prénom (c’est pas évident, t’es pas le seul), appelles-moi Guillaume tout simplement. Encore une fois merci, et rendez-vous cet automne pour la suite.

  • VAL le cafard  says:

    Complètement d’accord concernant le graphisme de Trash Times, c’est vraiment ce qui se fait de plus beau actuellement, un superbe boulot original et personnel… Et le contenu est effectivement au diapason, un des zines les plus cool que j’ai lu cette année.

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