Machete Kills

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Si James Bond est revenu claquer du badguy à plus de vingt reprises, il n’y a pas de raison pour que le taciturne Machete n’en fasse pas autant. L’occasion pour Danny Trejo de reprendre sa vieille lame rouillée pour faire sauter quelques tronches…

 

 

Sorti en 2010, Machete premier du nom était une petite blague adressée aux fans des films « Grindhouse » proposés par Quentin Tarantino et Robert Rodriguez. Ce dernier profitait du succès de cette fausse bande-annonce créée pour le projet réunissant l’ultra chiant Boulevard de la Mort et le fun Planète Terreur pour ressortir de vieilles idées et mettre en avant son vieux pote Danny Trejo, qui trouvait là un rôle populaire et connu après des décennies de seconds rôles, de figuration et de caméos éclairs. La consécration pour le papy intimidant de la pub Old El Paso ? Quasiment car le Mexicain est désormais reconnu de tous, est devenu une figure familière sur laquelle il est désormais possible de mettre un nom. S’il continue de barboter dans les productions B et Z qu’il tourne à la chaîne, style Rises of the Zombies ou Ghostquake, il est malgré tout devenu une star, peut-être même la dernière de la production B, le seul acteur de genre à pouvoir encore attirer quelques fans dans ses filets sur son simple blase, collé sur la jaquette au-dessus d’un visuel dégueulasse. Machete n’était pourtant pas un indispensable du genre : quelques longueurs le poussaient à poser un genou à terre et on pouvait douter de la sincérité de l’entreprise, qui semblait hésiter entre la moquerie et l’hommage. Reste que le film fonctionnera suffisamment pour qu’une suite se tente, suite déjà annoncée à la fin du premier volet, qui nous promettait un Machete Kills et un Machete Kills again qui promettait donc une trilogie. Machete Kills sortira bel et bien mais se fera tellement démonter par tout le monde que l’on pouvait sérieusement douter de la naissance des aventures spatiales du vieux Trejo, avant que celles-ci ne soient finalement confirmée par l’équipe. Car entre le public qui ne s’est pas déplacé dans les salles (il faut dire qu’on tient là une œuvre plus facilement associable au marché de la vidéo…) et la presse, même spécialisée, qui ne s’est pas gênée pour uriner sur la carcasse Mexicaine, le pauvre Machete en a vu des salées… Pas de quoi rassurer le vieux Mordo qui n’était déjà pas spécialement emballé par le premier volet. Surprise, cette séquelle si méprisée est moins mauvaise que prévu et se trouve même être un agréable moment régressif…

 

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Après avoir dessoudé Steven Seagal dans le premier volet (notez que le Saumon Agile vous dirait qu’il s’y est suicidé, ce qui n’est pas totalement faux), Machete est devenu un représentant de l’ordre, distribuant les coups de machette à ceux qui enfreignent la loi, avec l’aide de l’agent Sartana (Jessica Alba), qui l’aida dans le premier film. Mais voilà, alors qu’ils sont en train d’éradiquer un cartel, d’étranges hommes masqués déboulent et leur chef tue la jeune demoiselle d’un coup de rayon laser dans le front. Mais son ami Machete n’aura pas le temps de pleurer sa mort puisqu’il se retrouve bien vite coffré par un shérif antipathique et expéditif avant d’être introduit dans le bureau du président des Etats-Unis (Charlie Sheen, ici crédité sous son véritable nom : Carlos Estevez). Ce dernier a une mission de première importance à lui confier, espérant que le brave Machete pourra l’aider à arrêter et raisonner Mendez (Demian Bichir), un révolutionnaire qui a décidé d’envoyer un suppositoire géant sur la gueule des Amerloques. Mais il n’est pas question de tuer Mendez, ce dernier ayant lié le détonateur envoyant le missile à son propre cœur. Si le gazier meurt, l’Amérique se mange la mandale de sa vie. Machete va donc devoir trouver un moyen de retirer le détonateur du palpitant de son nouveau protégé, un schizophrène qui a placé une prime sur sa propre tête, attirant tous les bounty hunters du coin. Dans son périple, notre moustachu héros découvrira que Mendez n’est pas la seule menace planant sur le monde, un amoureux de la science-fiction du nom de Voz (Mel Gibson) s’amusant à planifier la fin du monde tel que nous le connaissons et à créer une navette spatiale qui pourra accueillir les élus de son choix, qui échapperont donc à l’apocalypse. Pour déjouer ces vils plans et affronter les hordes à ses trousses, Machete aura bien besoin de quelques vieux amis, comme sa pote Luz (Michelle Rordriguez), toujours là quand il s’agit de jouer de la pétoire !

 

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Comme de juste, Machete Kills ressemble bien évidemment beaucoup à Machete, reprenant sa structure, quelques gags ou passages obligés (Machete qui emballe une demoiselle) et cette tendance à gonfler le casting avec autant de personnalités que faire se peut. Après tout, la présence de Robert De Niro, Lindsay Lohan, Steven Seagal et Jessica Alba aida bien le premier volet à se faire connaître et c’est donc sans surprise que l’on voit la liste s’allonger encore avec les venues de Lady Gaga, Antonio Banderas, Cuba Gooding Jr (oui, il vit encore !), William Sadler, Charlie Sheen, Amber Heard et donc Mel Gibson, devenu le guest de luxe pour les pelloches se référant au ciné guerrier de la vieille garde puisqu’également à l’affiche d’Expendables 3. Notons également, et cela IMDB me l’apprend car je ne l’ai pas remarqué dans le film, la présence de Bruce Campbell en figurant! Il y en a donc pour tous les goûts et pour toutes les sensibilités, l’amoureux du cinéma de genre retrouvant Tom Savini (ce qui est une bonne chose vu que son personnage disparaissait sans crier gare du premier volet) tandis que les demoiselles en fleur ne jurant que par la pop moderne seront attirées par la présence de la Gaga. Comme pour le premier film, cette réunion de stars, sans doute venues profiter des barbecues de Rodriguez, réputé pour être doué aux grillades, ressemble moins à une envie de rendre un bel hommage au cinoche d’exploitation qu’à une tentative de rameuter un max de monde dans un projet casse-gueule. On peut toujours y voir un aveu de faiblesse, un manque de confiance dans une série B qui n’aurait visiblement que peu de chances de se frayer une place sur le haut du podium sans toutes ces tronches connues. Et on peut difficilement le reprocher aux têtes derrière le projet puisque le film s’est viandé en beauté et est l’un des plus beaux bides de 2013. Comme quoi, alignement de personnalités n’est pas synonyme de succès public… Il faut dire que la réalisation de Rodriguez n’invite pas à porter la bobine sur un piédestal, le réalisateur d’Une Nuit en Enfer se montrant ici particulièrement paresseux…

 

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Certes, nous sommes face à un pur produit d’exploitation qui, dès lors, n’a pas pour vocation d’être emballé comme un Kubrick. Pas la peine de choisir un ruban en or, de fignoler l’emballage cadeau et de fournir une petite carte parfumée pour du Machete, projet Grindhouse qui s’accommode donc fort bien d’un tournage à l’arrache comme c’était le cas pour les films visibles dans les cinémas de quartier dans les années 70. Oui mais voilà, tout fauchés étaient ces films, ils essayaient tout de même de proposer (du moins pour certains) quelques idées, de fournir quelques plans mémorables, de contourner l’étroitesse de leur budget par une inventivité visuelle. Soit tout ce qui fait cruellement défaut à Machete Kills, qui se contente du strict minimum sur le plan de la mise en scène. Rodriguez fait sa feignasse et se dit sans doute que l’aspect « gagesque » de la chose suffira bien à faire passer la pilule, que les films auxquels il se réfère étaient de toute façons mal branlés et qu’il ne lui est donc pas nécessaire de se fouler. Grossière erreur puisque c’est la réalisation qui est le principal problème ici : rien n’attrape l’œil, rien n’est beau, rien n’est travaillé. On a posé la caméra et on s’est baladé devant. Si cela passe encore lors des passages où ça se bastonne et verse dans le gore, parce que notre esprit ne s’amuse plus à analyser la tenue visuelle de l’ensemble pour se concentrer sur l’action délirante, cela enterre aussi et de manière définitive les séquences de blabla, particulièrement chiantes par ailleurs. Déjà que ce n’est pas toujours très palpitant lorsque ça mitraille et que ça joue de la lame, la faute à un coté empâté et un manque de chorégraphie (il faut voir la très mauvaise scène où Michelle Rodriguez et Amber Heard se tirent dessus avec leurs mitraillettes pour se rendre compte de la fainéantise de l’entreprise à ce sujet), imaginez un peu l’ennui que procurent les scènes d’exposition et de parlotte… C’est d’autant plus dommage qu’avec le budget dont il bénéficiait, Rodriguez était en mesure de soigner son boulot, d’autant que certains font bien mieux que ça avec un portefeuille largement plus vide…

 

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Machete Kills ne manque pas de défauts, nottament un sang numérique guère éloigné de la chiasse de Sonic dans un jeu Mégadrive, et l’on pourra également rajouter à la liste la vieillesse de Danny Trejo, toujours aussi sympathique mais aussi piètre acteur, qui a désormais bien du mal à bouger convenablement. Ce n’est pas un hasard si une doublure prend le relais dès que possible, forçant notre héros à se fritter de dos, sans quoi le combat ressemblerait à du catch entre Ozzy Osbourne et Bob Dylan… Mais pourtant, sans être réellement meilleur, Machete Kills n’en est pas moins plus sympathique que le premier volet. S’il a décidé de ne plus en foutre une rame, le Robert fut aussi pris de l’envie de verser dans le délire jusqu’au bout, d’assumer pleinement la folie ambiante du sujet, alors que le premier volet tentait malgré tout de rester un peu respectable, notamment avec ses velléités politiques quant au traitement des immigrés, ici un peu en sourdine. C’est bien simple : pour peu que vous ayez gardé votre âme d’enfant et que vous avez un jour inventé des histoires en faisant s’affronter vos figurines des Tortues Ninja et des Maîtres de l’Univers, cette suite des aventures du roi des fajitas devrait vous apporter un petit pincement au cœur. Car comment ne pas imaginer ici un gamin qui se filmerait en train de déconner avec ses jouets à l’effigie de Machete, Voz, Luz et compagnie ? Impossible tant cela semble imprégner tout le film, qui ressemble à une adaptation live d’une série animée des années 80 ou 90, ces cartoons typés action, très bas du front, genre G.I. Joe ou Rambo, la série animée, avec sa galerie de personnages qui pourraient tous êtres des super-vilains de leurs propres épisodes, son héros qui parvient à esquiver toutes les balles et ne meurt jamais, ses coéquipiers sympas qui l’assistent dans sa lutte contre le mal. Luz et son cache-œil, demoiselle servant des tacos le jour et jouant de la mitraillette le soir et Osiris (Tom Savini) l’ancien tueur à gage devenu prêtre expert en explosif pourraient en effet être des sidekicks d’un bon dessin-animé à la con ! Et je ne parle même pas de la file de méchants ! Voz qui est doté de pouvoirs lui permettant de voir dans le futur et porte un masque d’acier sur le crâne en fin de film, ainsi qu’une cape, Miss San Antonio qui est comme son patronyme l’indique une Miss qui ne crache pas sur quelques meurtres pour passer le temps, le Chaméléon qui est un chasseur de prime qui change de visage comme vous changez de slip, Mendez qui est un véritable psychopathe fou mais contient une part de bonté en lui, Desdemona la prostituée au corsage de fer capable de sulfater tout ce qui bouge, Zaror le clone indestructible, Sheriff Doakes le représentant de la loi qui éradique ceux qui passent dans son commissariat,… Une vraie bande de malotrus qui n’a rien à envier aux troupes de Cobra Commander ou aux ennemis du Captain Planet !

 

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On a donc la sensation, très agréable il faut bien le dire, d’assister au jeu d’un marmot qui aurait pris ses figurines préférées et inventerait une histoire qui les mettraient toutes à l’œuvre. Alors oui, c’est bordélique, ça n’a pas beaucoup de sens et c’est mal branlé, mais vu sous cet angle cela passe comme papa dans maman. De plus, Rodriguez invente plein de gadgets (piles vendues séparément) comme le flingue qui balance des espèces de trous noirs qui aspirent les victimes en eux-mêmes (pratique pour montrer un peu de gore fun), les armes utilisées par Voz (dont une grande lame qui rappellent les ustensiles vendus avec vos Tortues Ninjas) et même les véhicules, comme une ridicule voiture qui semble échappée d’un sous-Star Wars. Il est donc nécessaire de prendre tout cela avec l’envie de rire un peu, d’assister à des effets gores généreux mais très visibles (il y a des fausses têtes coupées en caoutchouc qui bondissent régulièrement et des intestins en plastoc qui salissent le sol) et d’accepter ce délire difficile à prendre au sérieux (Machete s’accroche aux pales d’un hélicoptère pour tournoyer et trancher ses ennemis avec sa machette). Certains ont tout de même réussi à prendre tout cela pour autre-chose qu’une petite blague rigolote puisque certains avis lus sur le net font état de la stupidité de la chose et de certains gags. Ben oui les mecs, c’est pour de rire ! Signalons tout de même que bien que plus agréable et fun que le premier film, Machete Kills n’en est pas moins une série B largement perfectible et ne pisse jamais bien loin. Mais si l’on est dans les bonnes conditions, cela fait passer un moment léger et plaisant qui ferait presque espérer que le Machete Kills again… in space ! se fasse vraiment (car on a beau avoir obtenu des annonces rassurantes, rien n’est fait pour autant), le faux trailer accompagnant ce deuxième volet promettant un délire encore plus fou. Car voir Danny Trejo dans une tenue de cosmonaute qui le ridiculise forcément, ça vaut le coup !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Robert Rodriguez
  • Scénarisation: Kyle Ward
  • Producteurs: Aaron Kaufman, Robert Rodriguez,…
  • Pays: USA
  • Acteurs: Danny Trejo, Michelle Rodriguez, Mel Gibson, Sofia Vergara, Amber Heard, Lady Gaga, Tom Savini
  • Année: 2013

10 comments to Machete Kills

  • Oncle Jack  says:

    Encore une excellente chronique d’un film qui, même si je reconnais ne pas l’avoir vu, s’est complètement fait démonter par la presse spécialisée habituelle. On aurait versé de la soude caustique sur les yeux de ces journalistes pendant la projection que ça aurait été pareil tellement leurs propos étaient pleins de haine. Au final ce métrage n’a pas l’air donc si irregardable que cela.

  • VAL le cafard  says:

    Perso, pour une fois j’étais d’accord avec la presse spécialisée, le premier film était déjà daubé, celui-là n’est même plus vraiment un film. Pas de mise en scène, pas d’histoire, et surtout, pas de respect pour les péloches que Rodriguez est sensé « honoré. J’ai trouvé ça presque insultant pour ce type de cinoch’. C’est pas parce qu’on parodie les films d’exploitation qu’on doit en pondre un mauvais. L’équation est fausse. Je suis pourtant bon public, et j’adore Roberto, mais son projet de trilogie puait vraiment l’opportunisme. Machete aurait du rester une bande annonce, qui pour le coup, était hilarante !

  • VAL le cafard  says:

    Mais de rien Mister Mordo, ton site est diablement cool, et je viens régulièrement te lire. En fait, ce qui m’a énervé sur ces deux films, c’est que Rodriguez avait toutes les cartes en main pour faire de sacrées péloches barrées mais qu’il foire tout, je sais pas trop pourquoi d’ailleurs… Dans le même délire, Planet Terreur avait quand même vraiment plus de gueule, et il joue pourtant sur le même terrain boueux. Mais c’est vrai que tout n’est pas à jeter aux orties, dont cet aspect carrément what the fuck de l’ensemble, et sa bêtise sans nom (j’ai quand même rigolé comme un pingouin plus d’un fois !) mais bon…

  • Dirty Max  says:

    Le premier Machete était déjà assez inégal(bien que très sympa), mais ce Machete Kills est encore plus nawakesque ! C’est cheapos, mal branlé, très bâclé, mais le film est empreint d’une folie bisseuse qui finit par devenir communicative ! Le casting y est aussi pour beaucoup (mention spéciale à Mel Gibson, qui nous fait là un joli come back).

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Je crois que tu es totalement dans le vrai lorsque tu évoques le côté cartoon improbable du film, notamment via à travers les éléments « jouets ». Voilà un film dont la haine qui l’entoure m’a toujours un peu agacé, mais pas surpris. Moi, un film avec Trejo, je le prends pour ce que c’est, mais bon. Peut-être que s’il s’était appelé Mad Max Kills, ça aurait mieux fonctionné…

    Toutefois hormis l’aspect cartoonesque délirant et rigolo, je suis d’accord pour reconnaitre tout ces défauts. Finalement tant dans l’écriture (malgré son délire, l’original traitait tout de même de sujet assez sérieux sur le rapport Mexicain/Américain à la frontière) que dans la pitoyable réalisation. C’est un fait, c’est indéniable, je comprends parfaitement les réactions à ce niveau là (mais c’est de l’hypocrisie en mon sens, puisqu’avec plus de thune et un label connu, on cri au génie).

    Cela étant dit, Michelle Rodriguez est toujours aussi séduisante et la scène de la pendaison avec Saddler justifie à elle seule le film. Donc voili voilo. Vivement que Justin Bieber ce fasse défoncer la gueule dans le 3ème.

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