Flic ou Zombie

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Et si Mel Gibson et Danny Glover avaient été grimés en zombies dans les L’Arme Fatale ? Question hautement philosophique s’il en est, que tout un chacun s’est déjà posée au moins une fois. La réponse, on la trouve dans une petite série B mémorable mais peu mémorisée des eighties, nommée Flic ou Zombie.

 

 

Dans le genre « monteur qu’on adore », Mark Goldblatt se pose là. Il faut dire que le bonhomme ne peut que nous être sympathique car, outre quelques blockbusters dont on se fout un peu (X-Men: l’affrontement final, Bad Boys 2, Pearl Harbor), on lui doit le rythme de quelques films de gros bourrins (Rambo 2, Commando, Le Dernier Samaritain) et, surtout, quelques pépites de la SF (les deux premiers Terminator, Predator 2, Starship Troopers) ou de quelques bonnes pelloches horrifiques (Halloween 2, Piranhas, Hurlements). Autant dire que la blatte dorée (cette vanne ne vous sera pas facturée, stressez pas) a un CV à vous trouer le parquet et que c’est tout naturellement qu’on attendait beaucoup de lui au poste de réalisateur. Malheureusement, sa carrière de metteur en scène sera courte et seulement constituée de deux longs-métrages, d’un court et d’un épisode de la série mettant en scène Indiana Jones lors de ses jeunes années. Il restera donc pour beaucoup le monteur des Terminator, quand bien même les fans de Dolph Lundgren se souviendront de lui pour son adaptation de The Punisher avec le Suédois, qui ne tardera plus à sortir en DVD chez The Ecstasy of Films. De leur côté, les bisseux purs et durs se souviendront avec émotion de leur VHS de Flic ou Zombie, alias Dead Heat, buddy movie horrifique un peu oublié bien que culte pour certains amateurs de chair morte. Pour un premier long, le jeune réalisateur pourra par ailleurs compter sur la présence d’une légende, à savoir Vincent Price himself, qui signera ici l’une de ses dernières apparitions. De quoi susciter l’intérêt et ramener dans les salles de cinéma (ou devant vos magnétoscopes et lecteurs DVD, le film étant ressorti en galette chez nous) ceux qui jugent que Treat Williams (Un Cri dans l’Océan, les The Substitute à partir du deuxième) et Joe Piscopo (Mafia Salad de Brian de Palma) ne méritent pas le voyage à eux seuls.

 

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Sorti en 1988, Flic ou Zombie décide de surfer sur la vague des buddy movies popularisée par L’Arme Fatale et 48 Heures. Pas de Nick Nolte et d’Eddy Murphy ici, mais Treat Williams et Joe Piscopo donc, qui incarnent les détectives Roger Mortis et Doug Bigelow, de bons flics qui ont la fâcheuse tendance à tout démolir sur leur passage. Ainsi, lorsqu’ils tentent d’empêcher deux malfrats de repartir avec toute la joaillerie d’une bijouterie, ils démolissent plusieurs voitures et font exploser des grenades. Le coup classique, qui entraine la tout aussi classique engueulade avec leur supérieur, black comme bien souvent. Du banal, quoi. Sauf lorsque nos deux policiers découvrent que les braqueurs qu’ils viennent de refroidir n’en sont pas à leur premier passage à la morgue, les deux hommes étant notés comme décédés et leurs corps dévoilant toujours les cicatrises d’autopsie passées. Des morts-vivants ? Cela expliquerait le fait que leur tirer une cinquantaine de balles dans le buffet ne les faisait même pas reculer. Voilà qui demande une enquête approfondie, Roger et Doug se rendant bien vite compte qu’ils sont face à un vrai complot mettant en scène une drôle d’entreprise qui crée des zombies, pour commettre des braquages mais également pour percer le secret de l’immortalité. Scénarisé par Terry Black, auteur de plusieurs épisodes des Contes de la Crypte et travaillant désormais dans le jeu-vidéo, Dead Heat peut se vanter d’avoir un point de départ génial. Comment, effectivement, ne pas être emballé à l’idée d’assister à un film de zombie piquant les codes des films d’actions du moment (« du moment » quand on était en 88, on se comprend) ? Impossible! Terry Black parvient d’ailleurs à structurer son film comme si c’était un vrai Lethal Weapon, prenant lui aussi pour références quelques films noirs d’antan. On se retrouve donc avec une vulgaire histoire de braquage qui va glisser peu à peu vers une vraie conspiration créée par des puissants.

 

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Le script pousse même le vice jusqu’à piquer certaines séquences aux aventures de Rigs et Murtaugh, comme une fusillade dans une villa de rêve qui se termine dans une piscine. On s’y croirait, donc, même si nos deux protagonistes principaux lorgnent plus du coté un peu cheesy de Tango et Cash que vers leurs glorieux modèles incarnés par Gibson et Glover. Car Williams et surtout Piscopo n’ont pas franchement des têtes de stars, si ce n’est des vidéoclubs, et leurs jeux d’acteurs ne sont pas emprunts d’une grande finesse. Ce qui colle finalement bien avec l’ambiance de série B que développe peu à peu Flic ou Zombie qui, s’il a beau se référer aux films d’action eighties, n’oublie pas non plus ses racines fantastiques. Nous voilà donc bien vite catapultés dans un univers de comics, avec une horreur cartoonesque qui n’a finalement pas grand-chose à envier à Evil Dead 2, où les zombies sont moches (mais les maquillages sont magnifiques) et originaux et où les animaux morts se réveillent dans une boucherie chinoise, ce qui poussera nos deux héros à affronter carcasses de cochons et poulets cuits! Le sérieux n’est donc pas de mise, ou en tout cas pas totalement, car si Dead Heat se veut une comédie horrifique et d’action, le récit n’hésite pas à tomber dans une certaine noirceur. En effet, le pauvre Roger meurt assez rapidement, pour être réanimé tout aussi vite, mais sa condition d’être vivant se trouve être assez précaire et son corps finit par se détériorer. Et il n’est pas le seul dans le cas, une autre demoiselle subissant le même sort, ce qui nous permet d’assister à une magnifique scène de décomposition accélérée créée par le génial Steve Johnson. Mais si ces états zombifiés des personnages permettent des effets spéciaux gores qui foutront la trique à tous les bisseux normalement constitués, cela permet également à Goldblatt de calmer un peu le coté fun de son film.

 

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Car s’il y a une ambiance décontractée (pas mal de vannes, le coté solaire de la photographie) qui nous rappelle un peu les productions Troma dans leur mauvais goût assumé, il y a aussi des ténèbres dans Dead Heat. D’une part parce que les heures de Roger sont comptées et que le pauvre se sent pourrir au fil du récit, d’une autre car l’on sent bien un certain pessimisme, qui finit de rendre le film hybride. Le personnage de Vincent Price, par exemple, ne semble pas vraiment s’aligner sur le coté humoristique de Flic ou Zombie et, une fois le film terminé, on se souvient plus facilement des zones d’ombres que de la gaudriole. Il faut bien admettre que le fait que les gags ne sont pas franchement tordants (les dialogues ne sont pas très percutants) n’aide pas à souligner la drôlerie du film, qui se résume plutôt à une certaine décontraction, tandis que la petite mélancolie nous saute au visage. Le tout donne donc une sorte de gloubi-boulga mélangeant action, horreur et humour mais qui, par miracle, ne sonne jamais forcé. Tout coule effectivement de source, à notre grande surprise, et les différents éléments se marient tous assez bien et l’on accepte finalement assez facilement cette tendance à partir dans tous les sens. Bien entendu, tout n’est pas rose, et on pourra par exemple regretter une réalisation assez fonctionnelle (pas de plan spécialement mémorable, sauf peut-être l’avancée de la carcasse ou la décomposition, mais c’est plutôt grâce aux effets spéciaux) et une place trop importante de Treat Williams par rapport à son confrère Piscopo. Car c’est Roger qui est mis en avant durant la majeure partie du récit, Doug disparaissant pendant vingt bonnes minutes du film. On aurait volontiers fait l’échange, non pas que l’on n’aime pas Treat Williams, mais disons que pour le coup Piscopo attire plus facilement la sympathie. Son air un peu simiesque, un peu crétin, en fait un héros plus attachant que le trop sage Williams, qui se déride seulement vers la fin du film, une fois devenu un véritable zombie, au look très glam-rock.

 

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De petits défauts que l’on avale sans que cela ne nous enroue trop la gorge malgré tout, le principe étant suffisamment séduisant et fun pour que l’on fasse l’impasse sur ces quelques légers soucis. Les effets sont à l’ancienne et très réussis, il y a une ambiance sucrée-salée originale, une vraie dévotion à la SF et au fantastique et de l’action musclée. Que demander de plus ? Flic ou Zombie n’est pas un classique, et parait un peu inabouti (le film est tout de même bien court, ne durant que 75 minutes), mais c’est un divertissement agréable et attachant qui nous fait dire qu’il est bien dommage que la carrière de réalisateur de Goldblatt ne soit pas allée beaucoup plus loin.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Mark Goldblatt
  • Scénarisation: Terry Black
  • Titre original: Dead Heat (USA)
  • Producteurs: David Helpern, Michael L. Meltzer
  • Pays: USA
  • Acteurs: Treat Williams, Joe Piscopo, Vincent Price, Lindsay Frost
  • Année: 1988

6 comments to Flic ou Zombie

  • Roggy  says:

    Merci Rigs pour ce retour en arrière dans mon enfance pour un film qu’il me semble avoir vu au cinéma (quand les petites séries B fréquentaient encore les écrans…). J’en garde un plutôt bon souvenir même je suppose qu’il a un peu vieilli. Et, je me demande encore le rapport avec la traduction française, même si elle est assez sympa (Flic ou voyou ?). Tiens, bien que ça n’ait pas grand chose à voir, le film me fait penser à une autre série B de l’époque en 1987, « Hidden » de Jack Sholder. Un peu oubliée aussi…

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Amusant que tu évoques L’Arme Fatale. Tu savais sûrement que Terry Black est le frère de Shane Black, le scénariste de L’Arme 1 & 2 ?

    En tout ravi de lire ça car je partage parfaitement ton avis. De l’humour ou sérieux que cumule le scénario, Piscopo qui est excellent, et les séances nawak comme la carcasse de porc réanimé et les têtes de canards, je suis évidemment totalement fan.

    (sinon Roggy, Hidden très très bon. Mais si il est vraiment oublié alors ça me fait mal tant il est superbe)

  • dr frankNfurter  says:

    J’avais avoir été plutôt dur quand je l’ai chroniqué il y a déjà bientôt <a href="http://www.therockyhorrorcriticshow.com/2013/10/dead-heat-flic-ou-zombie-mark-goldblatt.html&quot; title="deux ans" (le temps passe vite…)
    Bon faut dire que l'humour de Joe Piscopo n'est pas passé 😀

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