Rampage

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Même quand Uwe Boll n’adapte pas un jeu-vidéo et nous balance un projet perso, il se débrouille pour lui donner un nom de jeu quand même ! Bien vu, Uwe !

 

Est-il encore nécessaire de présenter Uwe Boll? Il y a tant d’histoires sur lui qu’un livre sortira probablement un jour pour retracer son parcours, plus cinégénique que les films qu’il réalise. Et d’ailleurs, pourquoi pas un long-métrage sur ce sujet? Pas maintenant, la haine qui lui est portée est toujours aussi vivace, mais une fois qu’il aura passé l’arme à gauche, par exemple. Comme Ed Wood, méprisé de son vivant, maintenant regardé avec une certaine tendresse, grâce à Tim Burton qui lui offrit un resplendissant hommage, signant du même coup un de ses meilleurs films, si ce n’est le meilleur. Et n’appelle-t-on pas Uwe Boll le « Ed Wood allemand »? Il faut dire que les similitudes ne sont pas difficiles à trouver, les deux étant des roublards quand il s’agit de financer leurs films ou utilisant des stars sur le déclin pour faciliter les financements (Bela Lugosi pour Wood, Ben Kingsley et Ray Liotta pour Boll). Bon, Ed Wood n’a jamais cassé la gueule de ses critiques sur un ring de boxe et je doute que Boll se déguise en femme quand il est tout seul, mais l’un comme l’autre ont été considéré comme les pires réalisateurs de leurs époques respectives. Au point que le pauvre Boll subit des pétitions bien remplies pour qu’il arrête de tourner… Pas de bol, Uwe.

 

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S’il y a bien un public qui n’aime pas qu’on fasse de la merde avec ce qu’il aime, c’est celui constitué de geeks. Et Boll a fait très fort en ratant largement ses adaptations de House of the Dead, Alone in the Dark, ou encore Bloodrayne, ce qui ne l’empêchera pas de tirer plusieurs suites de certains. Impardonnable aux yeux de beaucoup, Boll ramasse et pas qu’un peu. Sa réputation est telle que les gars de Konami démentent formellement son implication sur un éventuel film tiré de Metal Gear Solid et que la société Blizzard lui signifie fermement qu’elle ne donnera jamais les droits d’adaptation de World of Warcraft. Ca aurait pourtant été rigolo dans les deux cas. Mais toutes ces critiques coupantes comme des lames de rasoir n’arrêtent pas notre montagne germanique, qui n’est pas du genre à se laisser abattre. Peut-on tout juste s’étonner de ne rien voir de lui en 2012, mais il est vrai que 2011 était bien rempli avec trois films et qu’il en a prévu quatre pour 2013. Il a bien le droit de souffler, lui aussi. Et puis entre deux adaptations faites pour gagner de l’argent sans trop se fouler, Uwe Boll est bien content de se lancer dans des projets qui lui tiennent à cœur, des trucs moins commerciaux, qu’il a envie de faire. Il avoue à demi-mot faire des Far Cry ou In The Name of the King dans le but de pouvoir faire par la suite des Auschwitz ou Darfur. Et peut-être bien Rampage, aussi. Car oui, il n’est pas question ici du jeu-vidéo sorti sur Master-System et mettant en scène trois monstres gigantesques qui détruisent des villes mais bel et bien un drame violent. Bon, les trois Giant Monsters ça aurait été cool aussi…

 

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Bill n’est pas très heureux. Sa vie est morne, ses parents commencent à en avoir marre de l’avoir à la maison, son patron lui refuse son augmentation, son meilleur ami l’ennuie avec ses idées de révolution et personne ne le prend au sérieux, serveurs et serveuses le prenant même de haut. Il faut dire qu’il n’est pas du genre à en imposer, comme en témoigne cette scène dans une cafétéria où le mec qui lui prépare son café semble se foutre complètement de la commande du pauvre Bill. Cela commence à bien faire et il est temps de réagir, ce que fait notre protagoniste principal en se confectionnant une armure et en achetant armes et munitions sur le net. C’est parti pour le grand nettoyage, une vengeance froide qui lui permettra enfin de se faire remarquer un peu. Envoi d’un van rempli d’explosifs dans un commissariat et massacre de tous les innocents qui croiseront sa route sera le programme de la journée bien remplie de Bill. D’ailleurs, disons tout de suite que le DVD français se fout un peu de notre gueule puisqu’il sous-titre le film par « Sniper en liberté » alors que Bill n’utilise jamais pareil engin. Mais bon, on n’en est plus à ça depuis longtemps…

 

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Uwe Boll est maintenant un habitué des films d’action, qu’il les réussisse ou non. Far Cry, Bloodrayne et compagnie sont des films où ça se combat, des films de brute, du coup on peut imaginer que Rampage sera du même tonneau. Oui et non. Si ça mitraille sec, on ne peut pas réellement appeler ça de l’action. Uwe Boll capte le massacre de la manière la plus sèche possible, presque comme un documentaire, sans donner une facture « ciné » aux agissements de Bill. La tuerie n’est pas là pour amuser mais pour choquer, pour être aussi réelle que possible. Une envie de sonner « vrai » qui se poursuit dans les dialogues et la longue mise en place du film. Les trente première minutes suivent effectivement le morne quotidien de Bill, la tristesse de sa vie et tente de nous faire comprendre ce qui pousse quelqu’un à agir ainsi. Les discussions avec sa famille ou son ami tentent de sonner aussi crédibles que possibles, les acteurs donnant par ailleurs des prestations plutôt convaincantes. Minutieux dans la description de la journée de Bill, Boll adopte une réalisation vérité, caméra à l’épaule et image terne à l’appui. Cela colle au propos mais cela à tendance à fatiguer également…

 

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Le problème c’est qu’il est assez difficile de réellement comprendre les agissements de Bill. Certes, ses parents ne le poussent pas à la porte avec le plus grand tact, certes le gars de la cafétéria n’a pas été réglo, certes cette serveuse qui lui renverse tout un plateau dessus s’excuse à peine, certes son patron lui refuse son augmentation et certes son ami semble un peu lourd. Mais franchement, tout cela ferait-il vraiment passer à l’acte? Il ne semble pas réellement meilleur que ceux qui doivent l’agacer, il semble juste aspirer à quelque-chose d’autre, quelque-chose qui ne semble pas très clair. Mais nous comprenons vers la fin quel est son but… Plus que la colère, il semblerait que c’est l’argent qui était la motivation principale de Bill, qui profite de son massacre pour braquer une banque et partir avec le butin. Mais alors qu’on le pensait plus intéressé que prévu et que ce carnage n’était qu’un prétexte, une vidéo de Bill postée sur internet envoie le personnage dans une nouvelle direction, celle d’un malade qui ne désire que tuer. Le protagoniste principal devient alors assez difficile à suivre, comme coincé entre une folie irraisonnée et un coté machiavélique minutieusement préparé. Uwe Boll brouille les pistes et soulève quelques questions, dont celle sur ses motivations n’est pas la moindre… Parlant de toute évidence des tueries qui frappent le monde depuis quelques années, l’allemand se garde bien de nous donner un avis clair sur la chose…

 

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Niveau casting, Raging Boll va chercher des seconds couteaux, comme à son habitude. Pas de grosses stars au casting cette fois, juste quelques habitués des séries B. Dans le rôle du sheriff, on retrouve son éternel comparse Michael Paré, qui a joué dans la plupart des films de l’allemand. Bill est de son coté interprété par Brendan Fletcher, là encore un habitué de l’allemand, également connu pour être la seule victime de Krueger dans Freddy contre Jason. Son meilleur ami est joué par Shaun Sipos, beau gosse de la très bonne série Les Sauvages et acteur occasionnel de l’horreur (Destination Finale 2, The Grudge 2). Et si vous regardez bien le générique (car dans le film c’est pas évident), vous découvrirez peut-être un nom qui ne vous sera sans doute pas inconnu. Car oui, Katharine Isabelle, la louve-garou des Ginger Snaps est au casting mais il faut la remarquer. Un rôle furtif, celui d’une des victimes de Bill dans un salon de beauté. Même si elle n’a jamais percé, c’est étonnant de la retrouver dans un rôle aussi mineur, qui tient presque de la figuration. Sa carrière ne semble pas prendre un tour particulièrement prometteur…

 

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Finalement, tenons-nous là un bon film d’Uwe Boll? Oui, trois fois oui. Pas un grand film, ni même un très bon film, mais juste un bon film. Cela surprit d’ailleurs quelques critiques qui n’en revenaient pas d’avoir face à eux quelque-chose de correct à se mettre sous la dent estampillé « Boll ». Car en dépit d’une réalisation certes adaptée mais vite fatigante (la caméra à l’épaule c’est vite chiant, faut avouer) et d’un manque de moyens handicapant (la course-poursuite en bagnole est molle à en mourir), le cogneur s’en tire bien. Son Rampage maintient l’intérêt, son carnage n’est pas trop lassant (c’était un peu le risque) et il s’autorise quelques scènes plus humoristiques bienvenues, comme celle très réussie du bingo, aussi amusante qu’elle est tendue. C’est bien Uwe, tu remontes un peu dans notre estime, mais va falloir continuer comme ça hein, car je vois que t’as déjà programmé un In the Name of the King 3 et ça, ça rassure pas des masses…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Uwe Boll
  • Scénario: Uwe Boll
  • Production: Uwe Boll
  • Pays: Allemagne, Canada
  • Acteurs: Brendan Fletcher, Shaun Sipos, Michael Paré
  • Année: 2009

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