Cannibale Fanzine numéro 4

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Ces apôtres du bizarre et du bis que sont Jess Franco, Jean-Jacques Rousseau et Jean-Pierre Putters enfin réunis dans une seule et même publication, c’est possible ? Oui, ça l’est ! Grâce à Cannibale Fanzine, un petit mag’ qui porte mal son nom puisque pour le coup, c’est nous qui le dévorons d’une traite ! Et comme le cinquième numéro vient de paraître, le temps est venu de voir ce que le quatrième a dans le bide !

 

A l’origine de Cannibale Fanzine se trouve Cannibale Peluche, association créée en 2006 et dont le but est tout simplement de promouvoir un cinéma décalé dans la ville du Havre. Et par cinéma décalé, les gaillards derrière ce groupuscule du bis veulent dire « tout et n’importe quoi tant que c’est un minimum étrange et impopulaire auprès du grand public ». Cannibale Peluche s’intéresse donc autant au cinéma expérimental ou à l’animation délurée qu’au cinoche de genre. Pas de racisme cinéphilique chez ces gens-là, qui peuvent aussi bien aller fricoter avec les grands méchants bisseux européens qui salirent nos magnétoscopes et les cinémas de quartiers qu’avec des bandes un chouia auteurisantes mais toujours un peu déviantes. En gros, qu’importe l’étiquette tant que le produit transpire l’anormalité, suinte la fantaisie, sécrète l’inhabituel. Un beau jour, Cannibale Peluche lance donc Cannibale Fanzine, qui leur permet donc de continuer la promotion de l’insolite pelliculé en le couchant sur papier. Cela débuta fort avec le numéro 0 qui, en vrac, proposait de revenir sur des films aussi variés que l’excellent anime Wicked City, Pervert ! et ses gros poumons, le culte L’Horrible Docteur Orlof et d’autres perles de Jess Franco, sur Ichi the Killer et ses débordements gores et d’autres japonaiseries délicieuses comme Hanzo The Razor, sur le drame bis Exposé avec Udo Kier,… Et j’en passe ! Dur de surpasser un tel programme mais les peluches cannibales ne lâchent pas l’affaire avec un numéro 1 qui, en vrac, passe par Amer, Dementia, Le Bras de la Vengeance, Enter the Void, le livre Dans les Griffes de la Hammer ou encore Virgins from Hell. Toujours plus fort, toujours plus loin dans le bizzaroïde, le numéro 2 se penche sur le cas de ce regretté doux-dingue qu’était Jean-Jacques Rousseau (qui reviendra dans le numéro 4, on en reparle plus bas) via un dossier tandis que Christophe Lemaire a droit à une interview. Gros dossier toujours dans le numéro 3 qui revient pour sa part sur Daniel Daërt, qui revient sur sa carrière via un entretien fleuve. Vous l’aurez compris, Cannibale Fanzine est un projecteur sur le cinéma « autre », sur le singulier et le saugrenu et s’attache à nous faire découvrir de nouvelles choses. Ce qui est plus vrai que jamais avec le numéro 4…

 

cannib1Le numéro 3.

 

Qu’est-ce qu’on trouve de bon dans cette quatrième livraison, alors ? Du lourd, Mesdames et Messieurs ! Cela commence tout d’abord assez calmement, pour mettre en appétit et conditionner le lecteur, via un bel édito et un retour sur la saison 6 comme ils l’appellent, c’est-à-dire un retour sur leurs activités dans leur fieff et sur les belles péloches qui furent diffusées par leur collectif, tout en reproduisant les beaux flyers créés pour l’occasion. Pour cette saison, on trouve donc Tokyo Gore Police, El Topo, Bloody Mama, des films de Jean-Jacques Rousseau ou encore Silip – Daughters of Eve. Notez en passant que le dos du fanzine reproduit d’autres flyers, datant de 2013, année de publication du fanzine (sorti en septembre), comme ceux engendrés pour les diffusions de Django ou Zombie Ass. Après cette petite mise-en-bouche, il est temps de passer au gros morceau du fanzine, titré « Le Labyrinthe de Jess », qui porte bien son nom puisqu’on en trouve difficilement la sortie lors de la lecture. Car ce retour sur l’ami Franco est long, très long, très très long. Plus c’est long, plus c’est bon ? Carrément et les fans du réalisateur de La Comtesse Perverse risquent fort d’avoir l’orgasme de leur vie en se perdant dans ce délicieux dédale qu’est l’entretien de plus de 20 pages accordé par Alain Petit, spécialiste du réalisateur, que vous connaissez bien pour ses fanzines sur le bonhomme mais également pour ses nombreuses interventions sur les DVD édités chez Artus. C’est bien simple, cet amoureux du cinéma populaire va retracer pour nous ses expériences, nombreuses, pour le Jesús. Le sympathique Alain revient en effet avec détails sur les scénarios qu’il écrivit pour Franco, sur les apparitions ou rôles tenus dans ses films, sur les différentes affaires liées à l’Espagnol culte, sur les différents montages de ses œuvres, sur les éditions DVD sorties chez Artus. Sur tout ou presque, en somme, et qui aime Franco ou veut s’intéresser à son parcours y trouvera clairement son compte et plus encore. Le lecteur, forcément séduit, débordera d’informations, souvent incroyables, principalement sur Eurociné, dont les tournages semblaient aussi épiques que dangereux… Enfin, Petit revient sur l’expérience Ogroff, Mad Mutilator, tourné par Norbert Moutier, ce qui là encore ravira les amoureux du Z à la française ! Inutile de tourner autour du pot : on tient ici l’un des meilleurs entretiens jamais organisé et couché sur papier, un océan de donnée sur tout un pan du cinoche bis qui claque, océan dans lequel on se noie bien volontiers, boire la tasse ne suffisant clairement pas. Rien que pour cette interview géniale, l’acquisition de Cannibale Fanzine numéro 4 est indispensable, et c’est rien de le dire…

 

cannib2Le numéro 4.

 

Après tant de bonheurs, souvent érotiques, un peu d’aventure ne fait jamais de mal et nous quittons l’Espagne pour le Mexique et ses héros qui font du catch le jour et éradiquent le mal la nuit. Les peluches aux dents crochues profitaient en effet en 2013 de la sortie de quelques perles bis mexicaines chez Bach Films pour les chroniquer, ce qui nous permet d’avoir des textes sur Santo contre l’esprit du mal, Blue Demon contre le pouvoir satanique, La Llorona et L’Incroyable Professeur Zovek. Histoire de rester dans cette bonne odeur épicée, le zine s’offre un entretien avec Jorge Grajales, collectionneur de bandes mexicaines bien bis et organisateur de soirées à Mexico où ils les diffusent. Là encore un entretien fort intéressant, qui fait le point sur la manière dont sont perçus ces films de catcheurs héroïques dans leur propre pays, Grajales revenant également sur les quelques films de genre intéressants sortis ces dernières années, quand bien même il déplore le manque d’intérêt généralisé pour ce cinéma particulier, mal vu au Mexique, démoli par la critique et incompris par la jeunesse. Dans un même genre mais d’une autre nationalité, on a droit à un retour sur Django, prépare ton cercueil, histoire de combler les amoureux de la Série B ritale. Après deux reports de festivals, le Motel X tenu à Lisbonne (qui passait, entre autres belles choses, Invasion of Alien Bikini, Livide ou The Raid : Redemption) et l’Absurde Séance de Nantes (qui se lançait à l’époque dans le vomitif avec des œuvres très trash), on repart dans l’univers déjanté de Jean-Jacques Rousseau, qui organisa une soirée de son culte et quasiment invisible Le Diabolique Docteur Flak pour remercier ses fans qui l’aidèrent à s’acheter une nouvelle caméra. L’occasion de revenir sur cet évènement belge et sur le film en question, bien évidemment suivi d’un entretien avec son auteur, une personnalité comme on n’en fait plus. Le Rousseau est en effet parfois difficile à suivre, saute d’un sujet à un autre sans crier gare et revient sur sa carrière, là encore au détour d’un bel entretien. Le fanzine nous convie à un peu de lecture avec quelques belles publications, comme celles des éditions TRASH, les aventures de Green Tiburon et autres joyeusetés comme la Bibliographie Seignolle. Bouquins toujours avec un entretien de Jean-Pierre Putters, interviewé pour la sortie de Mad… Ma vie !, alors que la revue Metaluna n’était encore qu’un fanzine en voie de professionnalisation. Une discussion principalement axée sur l’enfance de Putters, sur ses difficulté avec son entourage, en particulier une grand-mère très stricte, mais aussi sur quelques personnages importants de la bissosphère, comme Pierre Pattin. Le zine conclut ensuite sur son courrier des lecteurs des plus allumés, ce qui colle d’enfer avec le reste de la revue.

 

cannib5Le numéro 5, tout frais!

 

Au niveau de l’objet, signalons que c’est de l’excellent travail. Couverture couleur avec une grosse tête de Jess Franco en son centre, des silhouettes féminines et une araignée à la toile dorée qui s’attaque à l’une de ces demoiselles, ce qui rappelle sérieusement certaines pochettes un peu psychédéliques et « clichées » (ce qui est un compliment lorsque c’est sorti de mon clavier). Le papier est particulièrement agréable au toucher et fait nettement plus luxueux que celui de nombre de publications pro (suivez mon regard…) tandis que la maquette de Thomas Carpentier parvient à être claire tout en étant généreuse en images. Parfaite, elle allie efficacité et aspect Grindhouse, les gars assumant l’univers dans lequel ils baignent. S’arracher les yeux dans Cannibale Fanzine est donc un réel plaisir, d’autant que les textes sont finement ciselés, accordant une haute importance au style, très travaillé, tout en gardant de cet esprit frondeur qui colle bien avec le bis. Le Fanzinophile m’avait dit que ce fanzine faisait clairement partie du haut du panier, le bougre n’avait pas menti et vous aurez donc compris que je vous invite fortement à aller voir ce qu’il se passe dans la bande à Hyacinthe Cannibale, Cunégonde Peluche, Ludovic Lecomte, Thierry Barriaux, Thomas Carpentier, Tristan Delamotte, Emmanuel Héron, Jérôme Romain, Marc Georges et Sirou. On n’y trouve que du bon et cela donne clairement envie d’ouvrir leur petit dernier…

Rigs Mordo

 

Grand merci au Fanzinophile sans qui cette chronique n’aurait peut-être pas vu le jour !

N’hésitez pas à vous rendre sur la page Facebook du fanzine pour plus d’infos!

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