Cinq Pour L’Enfer

Category: Films Comments: 4 comments

Cruel est l’éditeur Artus qui, non content d’avoir déjà envoyé Deux Salopards en Enfer, décide également de convoyer cinq soldats de plus dans ces lieux chauds via Cinq Pour L’Enfer ! Et comme de juste, l’infernal Klaus Kinski rempile, passant cette fois du côté obscur de la force…

 

 

Artus est bien installé dans sa tourelle et semble décidé à envoyer quelques belles bastos dans nos lecteurs DVD puisque déboule, en même temps que le très intéressant Deux Salopards en Enfer, le divertissant Cinq pour l’Enfer. Toujours soucieux de parcourir tous les champs de bataille du cinéma populaire, le petit ours bis repart donc au front avec quelques grenades au ceinturon, histoire de nous les faire péter à la gueule. C’est le réalisateur Gianfranco Parolini qui sera ici récompensé d’une belle médaille avec le DVD de ce film, bien sûr italien, sorti en 1969. Un ancien combattant du bis, qui se sera battu sur bien des terrains, levant le glaive dans Samson contre Hercule ou Les Dix Gladiateurs quand il ne dégainait pas les colts dans la série des Sabata. Pour son film de guerre, il fait appel à deux stars du cinoche de quartier, à savoir Klaus Kinski et Gianni Garko, qu’il avait déjà dirigé dans son western Sartana, et qui seront donc opposés dans la classique lutte du bien contre le mal. Pour parfaire encore un peu un casting déjà alléchant, Parolini fait appel à Salvatore Borghese (La Nuit des Requins), Luciano Rossi (Frayeurs), Aldo Canti (Sabata), la belle anglaise Margaret Lee (The Bloody Judge de Jess Franco) ou encore le costaud Samson Burke (La Vengeance d’Ursus). Un vrai défilé de trognes de comédiens branchés cinéma de quartier, ce dont les bouffeurs de bandes ritales ne se plaindront certainement pas…

 

enfer1

 

Sur le plan scénaristique, Cinq pour L’Enfer est on ne peut plus simple : nous sommes en Italie en 1944 et les Nazis commencent à devenir relous. Histoire d’avoir quelques coups d’avance sur ces germaniques ennemis, les Américains décident d’envoyer une troupe de soldats récupérer les plans d’attaque des Allemands. Les cinq hommes choisis devront donc s’infiltrer dans une villa où rôde le colonel Mueller (Kinski), être impitoyable et cruel s’il en est. Un synopsis plutôt simple pour un divertissement pur et simple, qui n’a d’autre but que de faire passer un agréable moment à celui qui aura l’idée, plutôt bonne, de se l’envoyer dans les gencives. Le film n’est pas banal pour autant et peut se vanter d’avoir une équipe de héros pour le moins originale, on peut même parler de troupe très spéciale. Ainsi le lieutenant Hoffman (incarné par Garko) qui gère cette petite troupe est un spécialiste du baseball dont la capacité première est d’envoyer des balles dures comme du béton dans la tronche des indélicats soldats adverses. Le reste de son petit clan sera formé d’un mastodonte aux coups de poings dévastateurs, d’un spécialiste des coffres forts, d’un expert en explosif et d’un athlète à l’agilité impressionnante, capable de passer outre grillages et murailles à l’aide d’un simple trampoline. Il y a donc un aspect délirant qui n’est pas sans rappeler des séries comme L’Agence Tout Risque, où chaque personnage est doté de sa capacité, de son aptitude qui le rend unique au sein de l’équipe, et donc indispensable. On félicitera d’ailleurs Parolini pour sa faculté à fournir un moment de bravoure à chacun, et un certain Sly devrait en prendre de la graine puisque ses Expendables ne soignent pas aussi bien leurs personnages, pourtant plus iconiques que ceux de Cinq pour l’Enfer. Certes, on ne peut pas dire qu’on s’éprend rapidement de notre petite armée de protagonistes principaux, d’autant que leur présentation en début de métrage ne permet pas une identification très efficace, mais force est de reconnaître que plus le film avance, plus ils nous sont sympathiques.

 

enfer2

 

Et l’ami Kinski dans tout ça ? Et bien il incarne le pourri de service, le nazi froid comme un Cornetto qui exécute à tour de bras et sans remords. Il se réchauffera malgré tout lorsqu’il croisera le personnage de Margaret Lee, une infiltrée du camp nazi dont il va très vite tomber amoureux. La plupart des apparitions du Klaus sont d’ailleurs liées à cette demoiselle, ce grand acteur parfait dans un rôle de SS étant finalement plus impliqué dans sa romance que dans ses travaux de démon de la guerre. Si on était des déviants, et nous le sommes, on dirait qu’on tient là l’aspect romantique du film, tiens ! Cinq pour l’Enfer tient en tout cas, dans sa première partie, du petit film de guerre sans prétention, presque relaxant, sentiment renforcé par une musique qui n’a pas vraiment à cœur de souligner les horreurs de l’invasion. Le film débute sur un ton guilleret, nos cinq héros sont régulièrement en train de se vanner, voire de faire les guignols, et il y a quelques traits d’humour qui percent ici et là, sans que l’on puisse toutefois étiqueter le film de comédie. Disons plutôt qu’il y a un aspect léger, presque pince-sans-rire. Et puis, dans sa deuxième partie, le film change soudainement de visage et se fait bien plus dur, n’hésitant pas à sacrifier quelques personnages principaux ou monter la violence d’un cran. Jusque-là, l’action se résumait à quelques pains dans la gueule ou prises de combat, la mort d’homme y était relativement rare même si quelques rafales traversaient l’écran et les nazis. Mais plus on approche du climax plus la brutalité semble se faire un chemin jusqu’au récit, qui finit par exploser lors d’un climax pétaradant, voyant nos cinq héros tenir des positions différentes dans la fameuse villa et tentant de se sortir de ce véritable enfer. Le titre ne mentait donc pas !

 

enfer3

 

Cinq pour l’Enfer est donc un brin schizophrénique, ou peut-être un peu fourbe, endormant le spectateur avec un rythme quasiment jovial pour mieux le prendre par surprise dans un final bien plus dur. Impitoyable, même. C’est d’ailleurs ce qui donne au film tout son sel, cette indécision de ton, d’ambiance, en plus bien évidemment de ses péripéties nombreuses et d’un rythme qui ne faiblit pour ainsi dire jamais. Peut-être un peu lente au départ, l’œuvre de Parolini accélère progressivement et augmente graduellement la dangerosité de ses séquences. On appréciera par ailleurs la relative largesse des moyens, qui permettent quelques belles explosions et des figurants en quantité satisfaisante. On y croit en tout cas sans problème, on s’implique même dans le destin de ces cinq braves gars qui sont en route vers une mort certaine. Pour ne rien gâcher, Parolini est un réalisateur en pleine possession de son art, qui nous offre quelques beaux plans et fait montre d’un dynamisme certain lorsque ça pétarade dans tous les sens. De toute évidence, ce 5 Per L’Inferno est un film de guerre modeste mais pas dénué de charme et ses sautes d’humeur en font une bande à découvrir. De plus, le DVD d’Artus est encore une fois très bon, quand bien même on perçoit que le film a été reconstitué à partir de plusieurs sources, créant des décalages dans la qualité de l’image, parfois très belle, parfois moins. Curd Ridel rempile en tout cas pour présenter la chose, ce qui est toujours appréciable et finit donc de faire de ce DVD un bon moment que les amoureux de cinéma bis rital et guerrier ne manqueront de toute façon pas. Moins intéressant que Deux Salopards En Enfer mais bien plus généreux et récréatif, Cinq pour l’Enfer mérite donc la vision !

Rigs Mordo

 

enferposter

 

  • Réalisation: Gianfranco Parolini
  • Scénarisation: Renato Izzo
  • Titre original: 5 Per L’Inferno
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Klaus Kinski, Gianni Garko, Margaret Lee, Samson Burke,
  • Année: 1969

4 comments to Cinq Pour L’Enfer

  • princecranoir  says:

    A lire cet excellent rapport doperation je m en enfilerais bien 5 d un coup des salopards comme ca !

  • Roggy  says:

    Du Kinski en nazi, des trognes d’acteurs de péplums et des explosions ! Ca mérite bien une vision attentive.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>