Braindead

Category: Films Comments: 5 comments

Pas toujours facile d’apporter un regard nouveau sur un film chroniqué et analysé des millions de fois. Braindead est de ceux-là, de ces œuvres que le chroniqueurs hésite à parcourir, sachant fort bien qu’il ne parviendra pas à apporter de vision réellement inédite. Du coup, pour éviter tout manque d’originalité, mon ami et confrère David Fourel du super site Grim Movies (à visiter, direct, là tout de suite!) et moi-même avons décidé, à son initiative, d’allier nos plumes pour pondre une chronique en forme de match de tennis. La balle se renvoie sans cesse et nous espérons que cela plaira, et surtout que les lecteurs de Toxic Crypt auront envie d’aller voir ce qui se trame chez Grim… Allez-y, c’est de la bonne came à sniffer, pleine de bis, de pelloches eighties et de Z gore! Mais pour l’heure, on va passer la tondeuse avec Peter Jackson!

 

 

Rigs : Ca y est, David, Peter Jackson en a fini avec la Terre du Milieu ! La sortie DVD du troisième et dernier volet du Hobbit, nommé La Bataille des Cinq Armées, signe en effet la fin de la collaboration entre le barbu et les nains aux pieds poilus. L’Anneau est définitivement enterré sous une épaisse couche de magma, Sauron ne viendra plus hanter nos écrans et les geeks férus d’univers fantaisistes peuvent retirer leurs oreilles d’elfes ; car à moins que le Peter ne se lance dans de nouvelles adaptations des pages de Tolkien (une fois qu’il se sera occupé du cas de celles d’Hergé avec le Tintin sur lequel il travaille actuellement) ce roi du fantastique ne fera effectivement pas son retour dans la communauté de l’anneau.

 

David : Ouep, en même temps moi j’ai rien contre les nains hein, mais ça commençait à bien faire… Jamais tu verras un nain attraper une tondeuse à gazon et décimer toute une armada de zombies, même avec un anneau magique autour du kiki. Sans dec, moi j’adore ce que fait Jackson de toute façon (Sauron et compagnie inclus) mais la tripaille, y a que ça de vrai, na !

 

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Rigs : Du coup, est-ce qu’il y a de quoi réjouir ses fans de la première heure (les bisseux qui le soutenaient dans ses œuvres de sale gosse débrouillard que sont Bad Taste ou Les Feebles) qui attendent bien évidemment que le metteur en scène revienne faire un tour dans la boucherie ? Pas vraiment car il semble assez peu probable que l’homme derrière l’excellent come-back de King Kong revienne mettre les mains dans les tripes fraichement jaillies d’un corps éventré…

 

David : Oh la la, les Feebles ! Déjà que moi le Muppet Show ça me titille les artères alors un Muppet Show où tout le monde se crache à la gueule, s’étripe, se tape dans le dos à coups de machette et viole son prochain, ben forcément ça m’a bien fait marrer. Et puis en même temps, il vaut mieux qu’il mette les mains dans les tripes plutôt que sous les baloches à King Kong non ? Ben t’as pas dit qu’il était derrière ?

 

Rigs : Et après tout, si Michael Bay filme les couilles de ses robots géants, Jackson aurait bien eu le droit de vérifier la virilité de son singe géant ! Reste que le genre horrifique, Jackson l’a quitté avec son très bon Fantômes contre Fantômes, qui s’éloignait déjà des délires gores de ses premières années pour proposer une délicieuse mixture mêlant second degré, sentiments et épouvante pur jus. L’horreur reste malgré tout toujours présente dans son cinéma, revenant régulièrement au détour d’un combat contre des araignées géantes, d’un gouffre dont sortent d’autres horribles insectes qui donneraient envie de se laisser piétiner par Kong si cela pouvait permettre de les éviter ou encore lors de la visite mortelle de la cabane d’un assassin qui a tout du voisin parfait.

 

David : Je te rejoins totalement sur cette carrière qui mérite tout de même un sacré tirage de chapeau pointu (Gandalf si tu passes par-là). Et puis le gus à quand même crée Weta Worshop et Weta Digital, deux sociétés d’effets spéciaux (mécaniques et numériques) avec à leur actif des titres comme « Meet the Feebles » justement, « Avatar » de Cameron ou encore le dernier Tintin de Spielberg. Pas de la gnognotte son logiciel « Massive »… Et puis il faut savoir que le mec a failli tourner le remake de « La planète des singes » qui est finalement tombé entre les mains de Pee Wee Burton.

 

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Rigs : Certes, tout cela est bien beau, mais tu avoueras que ça n’a plus grand-chose à voir avec ce qu’il faisait avant… Sans aller jusqu’à dire que le gaillard a perdu de sa beauté et s’est ramassé des rides, on regrette un peu sa frénésie cradingue d’antan, que l’on ne risque pas de revoir de la part de celui qui filmait jadis des têtes à moitié arrachées ou un renard chantant les vertus de la sodomie. Ces délices pelliculés semblent désormais un doux souvenir pour le bisseux, un souvenir sans suite, car un nouveau Braindead Peter Jackson ne réalisera pas. Et lorsque l’on revoit ce chef-d’œuvre du trash qui s’éclate, on comprend aisément pourquoi : impossible de dépasser ce cirque des horreurs !

 

David : Aahh mais je suis sûr que si il y mettait un peu du sien, il y aurait moyen de moyenner. Et puis sinon on peut lui filer quelques idées nous, hein Rigs ? On remplace la tondeuse par un Karcher rempli d’acide, le curé Karatéka par Lady gaga et le rat empoisonné par un Chiwawa cyborg à cinq pattes et hop, on est dedans ! Et puis j’avais d’ailleurs entendu dire il y a quelques temps que le maestro reviendrait peut-être à l’horreur le temps d’une péloche… Faut voir… Bon, revenons à nos moutons, ou plutôt à nos Kebabs (vu la quantité de bidoche que le film aligne) et parlons un peu de ce « Braindead » qu’on aime tant !

 

Rigs : Inutile d’ailleurs de rappeler au lecteur que Braindead, c’est l’histoire d’un pauvre type nommé Lionel Cosgrove et qui est pour ainsi dire enfermé dans la cage dorée que lui a confectionné sa mère. Mère qui, en passant, trouve le temps d’aller se faire becter par un singe à la tronche de rat qui va, on vous le donne en mille, la transformer progressivement en un affreux zombie. Une épidémie qui se répandra très vite à toutes les personnes qui ont le malheur de franchir le pas de la porte de ce pauvre Lionel, qui tente vainement de créer une histoire d’amour avec la douce Paquita… Mais comme je le dis, inutile de rappeler tout cela, non ?

 

David : Et inutile de rappeler que Braindead c’est aussi une maîtrise du nawak qui file illico la ceinture noire de l’exploitation maximale du moindre sou à Jackson, que c’est une véritable formation d’apprenti boucher tant le sang et les tripailles giclent sur chaque bout de pellicule (le gars qui file à bouffer à l’infirmière la gorge tranchée et qui doit lui basculer la tête en arrière pour remplir direct le gosier restera dans toutes les mémoires…), mais aussi une pelletée de scènes cultes, de crises de fou rire (le bébé!) et d’idées tellement folles que le film ressemblera parfois à un véritable Tex Avery en live… Bref l’exemple même de ce qu’il faut faire pour en foutre une bonne lampée dans la tronche de tout fan de gore qui se respecte.

 

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Rigs : Tu fais bien de parler de Tex Avery en version live car en effet, on tient là un véritable cartoon, un Titi et Grosminet dans lequel Sylvestre avalerait enfin ce satané oiseau jaune et le vomirait pour le remanger encore et encore, un Bip-bip et Coyote qui verrait ce dernier répandre les cuisses de poulet du piaf le plus rapide du monde aux quatre coins du globe, un Tom et Jerry où les coups de masse sur la tête seraient suivis par des jets de bouts de cervelles qui iraient se coller aux murs,… Braindead, c’est une sorte de Ça Cartoon déjanté et mal élevé, un Ça Cartonne en somme ! Mais si la folie et la fureur tirée de chez nos amis les Toons est évidente, il faut aussi signaler que Peter Jackson dresse ici un hommage complet à tout le cinéma d’horreur, chaque période ou courant étant ici représentée. On retrouve ainsi un vieux cimetière qui pourrait sortir des films de la Hammer ou de la Universal, un début avec des cannibales qui rappellent les massacres bis à l’italienne, un monstre animé en stop-motion comme l’étaient les cyclopes et autres méduses de Ray Harryhausen et, bien évidemment, l’outrance gore du cinéma moderne eighties ! Braindead, c’est un peu le pont entre toutes les époques…

 

David : C’est une belle analyse Rigs, je n’aurais pas fait mieux! L’outrance gore, tu m’étonnes… Déjà que Jackson avait fait très fort avec son « Bad Taste« , mais là le Maurice il pousse le bouchon des limites… On nage carrément dans le sang et les tripailles… Énucléations, décapitations, membres inférieurs arrachés, coloscopie externe (comprendre à l’air libre), explosions de tronches diverses et variées… Et tout ça dans la bonne humeur… Un véritable exercice pratique pour le passage du CAP garçon boucher… Ou médecin légiste, c’est au choix. On remerciera aussi Jackson pour l’éventail de zombies tous plus réussis les uns que les autres avec une mention spéciale pour la mama finale qui envoie du pâté de foie…

 

Rigs : Effectivement, l’inventivité de Jackson au niveau des séquences gores ou des zombies force le respect ! Entre les revenants à la tronche allumée par une ampoule et les séquences outrageuses, genre corps de vieille dame qui crache du liquide d’embaumement dans une morgue ou cette masse d’entrailles qui continuent de vivre et péter, il y a de quoi faire pour l’amateur de bonne viande ! Il y a une idée géniale toutes les cinq secondes en moyenne, cela n’arrête jamais, au point que le tout est peut-être un peu trop exténuant au bout d’un moment… Non pas que j’ai envie de me plaindre de ce classique, de venir prétendre que j’en ai trop eu, mais peut-être que la fatigue pointe un peu le bout de son nez crochu dans le dernier acte, presque trop généreux… Tu me diras, cela permet au spectateur d’épouser le point de vue du héros, lui aussi complétement crevé suite aux assauts des monstruosités qui l’entourent…

 

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David: Trêve de prout, c’est nous qui allons fatiguer l’auditoire Rigs. C’est vrai que le dernier acte est monstrueux, et qu’on s’était tenté de dire que trop de trop tue le trop (ou l’inverse je sais pas trop… Quoi j’ai dit trop? C’est trop?). Mais pourtant ça fonctionne et surtout il faut être sacrément burné pour arriver à aligner toutes les idées folles que Jackson jette à la tronche du spectateur sans jamais lui tendre ne serait-ce qu’un sopalin (300 litres de sang déversés quand même). On prend du résinet plein les gencives sans avoir le temps de fermer la bouche mais comme tu le dis, cette sensation d’être à bout de souffle nous rapproche du pauvre Lionel qui peine à se sortir de ce beau bordel (le voir patiner dans le sang à la fin…). Bref, le début de la gloire pour Jackson qui était prédestiné à faire revivre le grand Kong ensuite (le rat infecté du début vient de Skull Island… L’île du grand singe). A savoir que le cut de 103 minutes (le director’s cut) n’a à l’heure actuelle jamais été diffusé sur un support Dvd ou encore moins Blu-ray (à quand chez nous??), il faudra se contenter des 97 minutes réglementaires (Le vomit bag était fourni dans certains pays). Je n’irai pas par Quatre Chemins, pour moi le film vaut un bon 5/5 et rassasiera tout passionné de gore et de délire qui se respecte. Un must!

 

Rigs : Il est en tout cas amusant de constater qu’au final, le cinéma de Peter Jackson était déjà bien formé dès ce Braindead qui nous fait jouir du sang jusqu’au plafond. On retrouve en effet dans son dernier volet du Hobbit et sa fameuse bataille des cinq armées la même structure lors du final, avec des combats aux quatre coins du décor, de l’humour noir (le personnage de félon dans le Hobbit qui bouscule les invalides !) et des idées trash (dans le Hobbit, citons cet elfe qui empale ses ennemis sur les cornes de son cerf et les décapite ensuite). Certes, tout l’aspect crado qui ferait vomir un croque-mort s’est évaporé au fil du temps, Jackson s’adaptant aux codes du genre qu’il aborde, acceptant de devoir passer un coup de savon sur son objectif pour en extraire les restes de cervelles qui y étaient collés. Alors bien sûr, nous les bisseux regretterons de ne plus avoir droit à pareille tornade d’hémoglobine, mais saluons le noble effort de ce réalisateur tentant de faire plaisir au plus grand nombre, y compris aux plus jeunes, tout en ayant jamais tourné le dos aux bases de son art. Un art devenu plus propre au fil des films, mais un art resté lié à l’amour des monstres, quoiqu’il arrive…

 

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  • Réalisation: Peter Jackson
  • Scénarisation: Stephen Sinclair, Frances Walsh et Peter Jackson
  • Titre original: Dead Alive
  • Production: Jim Booth
  • Pays: Nouvelle Zélande
  • Acteurs: Timothy Balme, Diana Peñalver, Ian Watkin, Elizabeth Moody
  • Année: 1992

5 comments to Braindead

  • Dirty Max  says:

    Excellent concept ! Votre échange est très vivant et spontané ! On assiste à une vraie discussion entre deux cinéphiles passionnés. En plus, vous avez choisi un sujet en or! On en redemandé !

  • Roggy  says:

    Ca y est Rigs a fusionné avec un « ami » du Bloody week-end… 🙂

  • Roggy  says:

    Merde…

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