Souviens-toi… l’été dernier

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Puisqu’un remake, ou plutôt une nouvelle adaptation vu que Souviens-toi l’été dernier est tiré d’un bouquin, arrivera d’ici peu, autant replonger la tête dans ce neo-slasher des années 90. En faisant bien gaffe de ne pas se crever un œil sur le crochet du pêcheur meurtrier qui y sévit, cela va sans dire…

 

 

Tout le monde le sait : si le slasher est revenu des enfers, c’est en grande partie grâce à Ghostface, qui prenait tant de plaisir à chasser la pauvre Neve Campbell qu’il redonna goût aux tueries adolescentes à tout un public toujours avide de voir ses congénères se faire liquider. Ce que tout le monde sait aussi, c’est qu’un fer de lance comme Scream c’est bien, mais avoir un bras droit qui termine d’asseoir la popularité d’un genre, c’est mieux. C’est là qu’intervint Souviens-toi l’été dernier, en 1997, pile à temps pour profiter du succès du film de Wes Craven et surtout pour prouver que le retour des tueurs masqués et adeptes de l’arme blanche n’est pas qu’un feu de paille, le film de Jim Gillepsie (qui retouchera au slasher quelques années plus tard avec le moyen Venom) remportant un très gros succès, suffisamment pour conforter les producteurs dans leurs positions. Suivrons donc les inévitables suites et les petits nouveaux comme Urban Legend, Mortelle Saint-Valentin et autres Cherry Falls, qui contribueront à faire grandir le mouvement. Malgré tout, ne nous voilons pas la face et rappelons que si nous regardons désormais toute cette période avec une saine nostalgie, les vieux de la vieille n’appréciaient guère les neo-slashers, qui étaient généralement des versions plus softs des séries B des années 80, bien plus généreuses en gore qui ne part pas au lavage. Il faut dire que lorsque l’on était habitué aux délires cradingues de bandes comme Slaughter High, Anthropophagous ou Intruder dans lesquelles on y perdait les viscères, on se faisait ouvrir le ventre pour laisser un Grec manger le marmot qui y logeait ou on se faisait scier la face en deux, il est difficile de se laisser impressionner par Scream et consorts. Car dans les nineties, les meurtres se résumaient souvent à quelques coups de couteaux dans le dos et des sévices qui restaient sagement hors du champ. Les années 90 ont apporté au genre un côté plus familial, plus gentillet, tandis que les années 80 misaient sur les aspects les plus sombres, dérangeants et dégueulasses du slasher, et il est bien évidemment inutile de chercher un équivalent au choquant Massacre au Camp d’été parmi la génération nineties. Non messieurs, vous ne découvrirez pas que Jennifer Love Hewitt dispose d’une bite à la fin de Souviens-toi l’été dernier, autant vous le dire tout de suite. Mais rassurez-vous, le film reste agréable tout de même, donc ne partez pas tout de suite.

 

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Bien sûr, avec le recul, on a tendance à penser que l’on tient moins un film de Jim Gillepsie, dont la carrière déclina peu à peu, qu’un de Kevin Williamson, alors le saint parmi les saints, le mec qui allait sauver le genre horrifique. Cela ne dura bien évidemment pas après les échecs de quelques films écrits (et parfois réalisés) par ses soins, comme Mrs Tingle ou Cursed, et si le gaillard revient un peu en odeur de sainteté avec quelques séries qu’il a créé (The Vampire Diaries, The Following) on garde la sensation que de nos jours plus personne ne miserait un kopek sur un film portant son nom. Ce qui est bien évidemment d’une injustice terrible et typiquement Hollywoodienne, la capitale du cinoche ayant le don de vous glisser le tapis rouge sous les pieds pour mieux vous le retirer et vous faire dégringoler les escaliers dès que vous ne rapportez plus autant de fric qu’à vos débuts. Reste que dans les années 90, Williamson était LE mec à suivre si vous vouliez des plaisirs adolescents, qu’ils soient horrifiques avec les Scream, Halloween H20 ou encore The Faculty comme dans la romance avec la série Dawson. Souviens-toi l’été dernier est sorti durant son ascension, durant son âge d’or pour ainsi dire, juste après Scream alors que le scénario de I Know what You Did Last Summer fut écrit auparavant. Dans l’incapacité de le vendre avant les mésaventures de Sidney Prescott, le scénariste trouva bien évidemment toute les facilités pour le ressortir du tiroir après cela, d’autant que le genre du film était le même : le slasher. Souviens-toi l’été dernier est un film assez important dans le petit monde de psychokillers qui n’aiment pas trop ces cons de jeunes et pas seulement parce qu’il en est l’un des avatars les plus connus. Il est important car il fut la confirmation que le genre était de nouveau viable commercialement et il est probable que le genre n’aurait pas survécu bien longtemps si un autre film que celui-ci avait suivi Scream. Peut-on imaginer la même vague si Lover’s Lane ou Cherry Falls furent les premiers suiveurs ? Improbable tant le film de Gillepsie était parfait pour donner suite au succès de Craven et prouver à tout le monde que la horde des assassins aux looks d’enfer était bel et bien de retour. Et des critiques négatives n’y feront rien…

 

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Adaptation très peu fidèle de la nouvelle du même nom sortie en 1973 et écrite par Lois Duncan (qui déteste copieusement le film, sentiment renforcé par le fait que sa fille fut assassinée quelques années plus tôt, en 1989), Souviens-toi l’été dernier suit quatre jeunes qui, de retour d’une fête arrosée, percutent avec leur voiture un pêcheur qui traversait la route au moment de leur passage. Puisqu’il semble mort, inutile de s’attirer des ennuis en appelant la police ou une ambulance, personne ne voulant se retrouver derrière les barreaux. Ils décident donc de taper le corps à la mer, ni vu ni connu, pensant que les poissons s’en feront un petit festin éliminant toute preuve. Une année passe et voilà qu’ils commencent à recevoir d’étranges messages disant « Je sais ce que tu as fait l’été dernier », messages très vite suivis de l’agression de l’un d’eux par un homme fringué en pêcheur, qui tente de l’écraser avec sa voiture. Pas la peine d’en faire un flan au slime, le script est très simple et très téléfilmesque, ce qui a sans doute aidé à la popularité du film, qui durant sa première heure est un thriller pour ados tout ce qu’il y a de plus banal. Vu que Le Silence des Agneaux et Seven étaient passés par là, il était d’ailleurs bien malin de ne pas verser dans l’horreur pure et dure trop vite… Les soixante premières minutes sont donc une progression du suspense, avec d’abord l’accident, suivi de la manière de se débarrasser du cadavre et, enfin, la venue du pêcheur vengeur. Qui est-il, d’où vient-il, qu’est-ce qu’il a vu ? Autant de questions auxquelles nos jeunes gens vont devoir répondre, à la manière d’un épisode de Scooby-Doo (d’ailleurs deux d’entre eux, Sarah Michelle Gellar et Freddie Prince Jr., finiront par jouer dans les adaptations live du chien inspecteur). Serait-ce le mec qui les déteste, croisé la nuit du crime ? Le frère du mort ? L’un d’eux ? Ils vont en tout cas devoir le découvrir au grand dam de l’amoureux des slasher. Car si cette première partie est loin d’être déplaisante et se laisse regarder sans l’ombre d’une gêne, elle penche définitivement plus du côté policier de la force que de celui de l’horreur, qui se résume ici à quelques apparitions du pêcheur, qui coupe les cheveux de l’une, va placer un cadavre dans le coffre de l’autre. Seul un meurtre sera commis durant ce laps de temps, ce qui fera peu pour les habitués des coups de machette de Jason Voorhees, qui tombaient bien plus régulièrement…

 

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Le slasherophile ne trouve donc généralement guère d’intérêt dans Souviens-toi l’été dernier, qui se remue un peu plus dans la dernière demi-heure, laissant le crochet de son tueur s’abattre plus fréquemment dans les chairs. Rien de très sale, toutefois, puisque l’aspect sanglant se résume ici à quelques coulures rouges, le but étant tout de même de fournir un film tous publics et pas de la pelloche de gros dégueulasse à la Nikos The Impaler. Malgré tout, Gillepsie torche tout de même un slasher pur jus, qui contient bon nombre des éléments obligatoires du style, comme la légende urbaine effrayante racontée au coin du feu, le whodunit (pas toujours obligé dans le genre mais tout de même souvent présent) ou encore la vengeance orchestrée par le tueur. Manque tout de même quelques éléments quasi-obligatoires, comme la nudité, personne ne se déshabillant par ici, ce qui est récurrent dans le néo-slasher qui ne voulait visiblement pas faire remonter sa limite d’âge pour quelques beaux tétons. Le spectateur se consolera avec la généreuse poitrine de Jennifer Love Hewitt, dont les formes sont filmées avec une certaine complaisance par un Gillepsie roublard, qui ne montre pas de nichons mais en filme quand même. Malin, va ! Notons que l’affiche joue le jeu en montrant le décolleté plongeant de la demoiselle… En gros, on vend du cul sans en montrer ! Le casting est d’ailleurs un vrai concentré de jeunes adultes en devenir, et qui ne sont pas toujours devenus de grandes stars. S’ils sont toujours en activité au détour d’un film ou l’autre, on ne peut pas dire que Jennifer Love Hewitt, Sarah Michelle Gellar, Ryan Phillippe et Freddie Prinze Jr. soient des têtes d’affiche en 2015. Cela participe d’ailleurs à donner un côté nostalgique au film, qui nous replonge dans une époque où les jeunes stars étaient déjà assez tête-à-claques (Ryan Phillippe est insupportable dans ce film) mais où cela restait encore supportable avec ce que l’on se paye désormais depuis le succès de Twilight. Du coup, si Souviens-toi l’été dernier n’est qu’un trip nostalgique ne recelant pas énormément de qualités, quel intérêt de se le renvoyer dans les mirettes ? Tout d’abord, notons que techniquement le film est très solide : Gillepsie filme tout cela de manière très efficace et sait iconiser son tueur, la photographie est satisfaisante et en prime la musique du film est très réussie, aussi bien le score que les musiques tirées de la culture rock, avec les géniaux Type O Negative qui ouvrent le film, ce qui est toujours une bonne idée. Et surtout, le film a des personnages qui ne manquent pas d’intérêt.

 

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Je vous arrête tout de suite : vous n’allez pas stresser plus pour les quatre jeunes coupables que pour des gosses tirés d’un autre slasher. Mais il y a un aspect social assez intéressant ici, Kevin Williamson semblant s’amuser à rendre son quatuor de personnages détestables au possible. En effet, les personnages campés par Love Hewitt, Phillippe et Gellar sont issus des bonnes familles et ne manquent certainement pas de flouze, tandis que Prinze Jr. traine avec eux alors qu’il est de milieu plus modeste, espérant visiblement se hisser à leur niveau. Dès lors, ces personnages semblent être un peu supérieurs au reste de la population de cette petite ville côtière, principalement habitée par des pêcheurs, donc des gens plutôt pauvres. Ryan Phillippe et Sarah Michelle Gellar ne traitent-ils pas les autres de ploucs à certaines reprises ? Love Hewitt ne dit-elle pas clairement à un ami d’enfance qu’elle allait partir sans lui dire adieu, sans doute car il n’est au fond pas assez bien pour elle ? Cette jeunesse dorée qui a le cul dans la soie semble tout se permettre et il y a un sous-texte dans le meurtre qu’ils font du pêcheur, qu’ils balayent d’un revers de la main, comme si son existence valait moins que la leur. Si le jeune spectateur pourra éventuellement s’associer à eux pour une question d’âge ou de génération, le bisseux adulte aura bien du mal à les apprécier et préfèrera les personnages secondaires, d’ailleurs interprétés par des acteurs souvent plus intéressantes que ceux qui incarnent les héros. Comme une Anne Heche qui incarne la sœur d’un type mort noyé (ironiquement et tragiquement, son frère est également décédé dans la vraie vie) ou un Johnny Galecki qui incarne ici un pauvre type qui déteste les quatre héros, qui le prennent de haut. On pourra dire qu’il se sera vengé en devenant l’une des stars de l’extrêmement populaire (et très bonne) série Big Bang TheorySouviens-toi l’été dernier est donc moins intéressant pour ses attributs horrifiques, légers malgré deux belles courses-poursuites, que pour ses attraits de thriller. Quelques scènes sont un peu ridicules, comme celle du coffre de voiture rempli de crabes et qui, quelques secondes plus tard, n’en contient plus aucun comme si cela était si simple de retirer les crustacés aussi rapidement. L’identité du tueur semblera un peu simple aussi puisque (SPOILER) le gars n’est jamais qu’un simple pêcheur un peu maniaque sur les bords (FIN SPOILER). Ce slasher a donc un intérêt plus historique qu’autre-chose et une étude de caractère qui mérite d’être soulignée, mais que cela ne vous trompe pas : le tout est toujours très sympathique et efficace.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Jim Gillepsie
  • Scénarisation: Kevin Williamson
  • Titre original: I Know What You Did Last Summer (USA)
  • Production: Stokely Chaffin, Erik Feig et Neal H. Moritz
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jennifer Love Hewitt, Sarah Michelle Gellar, Ryan Phillipe, Freddie Prinze Jr.
  • Année: 1997

4 comments to Souviens-toi… l’été dernier

  • Princécranoir  says:

    « Souviens-toi… » je l’ai vu mais m’en rappelle plus du tout. 🙁

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Pas vraiment d’accord, pour moi le film est con et repompe sur beaucoup de trucs (Kevin Williamson était un tocard adepte du copié/collé sans subtilité, mais à l’époque ça fonctionnait parce que la coke devait toujours être à la mode) et la seule chose intéressante reste le côté un peu gracieux que le réalisateur à su donner à son tueur lorsqu’il donne des coups de crochet.

    Le prototype même du Neo Slasher dans toute sa splendeur: lisse, creux, sans ambiance, sans gore, sans fun. Heureusement que Jeffrey Combs et Jack Black sont venus faire coucou dans le 2ème pour réveiller un peu.

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