Jill The Killer

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Anthony Hickox, le gus derrière des séries B bandantes comme les Waxwork, qui se retrouve à réaliser un film clairement inspiré par la vague de serial-killers déviants et portés sur le sexe comme Seven ou Le Silence des Agneaux, avec en plus le gigantesque Dolph Lundgren en tête d’affiche ? Les gars, je crois qu’on a la Série B du week-end !

 

 

 

Ah Seven… S’il y a bien un film qui aura excité les foules dans les années 90, c’est bien celui-là, recevant autant de louanges de la part des amoureux des films policiers, qui voyaient là un scénario parfait combiné à une réalisation qui l’était tout autant, que des drogués du cinoche horrifique, qui louaient ses séquences cradingues et son atmosphère qui renvoyait les films gores de l’époque dans les jupes de Bécassine. Vu que le succès fut aussi bien critique que commercial, des clones ne tardèrent pas à lever une armée, souvent parrainé par l’une des figures du film de Fincher par ailleurs, Morgan Freeman enchaînant quelques bandes du même cru pour donner le sourire à son compte en banque. Quoi de plus logique qu’au bout d’un temps on en vienne à appeler à la rescousse des cinéastes ayant œuvré dans le cinéma d’horreur pour mettre en boîte un thriller aux frontières du vomitif dont le but est de faire frissonner les amateurs. Anthony Hickox, avec son art de la débrouille et son travail soigné, était l’homme de la situation dans les années 90, lui qui sortait de ces séries B plus que recommandables qu’étaient les Waxwork, Hellraiser III, Warlock : Armaggedon ou Full Eclipse. A la base, le projet n’était cependant pas pour lui, cette adaptation d’une nouvelle sortie dans les années 80 devant être mise en scène par le scénariste du film, Gareth Wardell, qui n’a pas fait grand-chose d’autres depuis, son CV ne contenant qu’un court-métrage sorti après Jill The Killer. De même, c’était Tom Berenger qui devait incarner le rôle principal avant d’être foutu de côté pour laisser la place au blond Suédois qu’est Dolph Lundgren, ce qui n’est pas pour déplaire à votre serviteur qui, comme vous le savez, adore cette brute venue du Nord ! L’un des meilleurs livreurs de pelloches des nineties qui s’associe à l’action-star la plus cool du monde pour la balancer dans un univers noir au possible, autant dire qu’on a déjà nos tickets en poche !

 

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Ne vous fiez pas à certaines affiches du film qui mettent en avant un Dolph Lundgren, avec une tronche de GI Joe qu’il n’a jamais eue en vrai, pointant un revolver qui arracherait la bite d’un Terminator dès le premier coup. De fait, elles tentent de vendre Jill Rips, titre original de l’affaire, pour un pur film d’action aux muscles bien bandés, en toute complicité avec les éditeurs de DVD puisque celui en ma possession arbore vaillamment le mot « Action » sur sa tranche. Il n’en est bien évidemment rien dans les faits, même si Lundgren se bastonne à quelques reprises. Pas de quoi aller ranger le film de Hickox aux côtés de trucs de gros bourrins comme Commando ou Cobra cependant puisque le but est ici de marcher dans les traces laissées par Fincher avec son assassin adepte des sept péchés capitaux. Dans Jill Rips, c’est plus précisément la scène durant laquelle Brad Pitt et Morgan Freeman retrouvent un type avec un slibard garni d’un cran d’arrêt qui aura servi de modèle puisque le thriller qui nous occupe ici trimballe le Suédois à la bite en bois (on sort les rimes qu’on peut, ne me jugez pas) dans les milieux sadomasochistes. Non pas parce que Dolph aime qu’on lui verse de la cire chaude sur les roustons mais parce que l’on a retrouvé son frère ficelé comme un rôti et noyé dans un fleuve, avec en option des lacérations un peu partout et surtout sur les parties génitales. Une séance de SM qui a mal tourné ou un coup fourré organisé par Big Jim, l’entrepreneur richissime du coin qui veut construire un tunnel et auquel le frangin de Lundgren s’opposait ? Le plus cool des karatékas suédois est en tout cas bien décidé à en savoir plus, d’autant qu’il le doit à sa pauvre mère qui s’effondre dans le chagrin et la femme de son frère qui se retrouve bien évidemment désarmée. Mais pour un ancien flic comme Matt Sorenson (Lundgren donc, on notera d’ailleurs le professionnalisme de l’éditeur du DVD qui le nomme Murray Wilson au dos de la jaquette !) qui a tout plaqué sans même filer sa lettre de démission, ce ne sera pas évident puisque personne ne veut travailler avec un mec dans son genre… Il va donc devoir user de méthodes peu légales…

 

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Sorti vers 1999-2000, Jill The Killer a forcément posé le pied sur le champ de bataille alors que la guerre était finie depuis un moment, Seven datant tout de même de 1995. De toute évidence, c’était un peu tard pour que le sympathique Anthony Hickox fasse un carton, son thriller passant quasiment inaperçu et n’étant même pas évoqué dans l’interview carrière qui lui était consacrée dans Mad Movies. Plutôt étrange car si nous ne sommes bien évidemment pas face à un classique intemporel comme l’est le film de Fincher, la série B que je vais décortiquer pour vous est des plus plaisantes. Oh, elle n’est pas exempte de tout défaut comme vous allez vous en rendre compte, mais elle tient ses promesses, comme il était de coutume avec le cinéma de Hickox avant qu’il ne soit malheureusement relégué dans les derniers rangs suite à quelques mésaventures, notamment avec Steven Seagal, la malédiction des réalisateurs comme il l’appelle lui-même. Pas de ça avec une production Lundgren : un minimum qualitatif est toujours atteint et le blondinet à qui je n’irais pas piquer la glace à la fraise a joué dans moins de merdes que bon nombre de ses confrères emportés par la tornade du DTV. C’est encore une fois le cas ici et l’on s’en rend compte très vite puisque Jill Rips est formellement soigné. Photographie bien jolie, filmage classique dans le bon sens du terme, musique adéquate, rien ne laisse ici penser que l’on s’envoie une petite série B sans prétention et nous tenons certainement l’un des derniers films de Lundgren à avoir l’apparence d’un film de cinéma et non celle d’une petite pelloche des bacs à solde. Tout juste pouvons-nous reprocher un montage parfois un peu limite, abusant par exemple des fondus au noir lorsque ce n’est pas nécessaire. Pour le reste, on sent que Hickox savait emballer des petits budgets et sur le strict plan formel, Jill Rips n’a certainement pas à rougir face à ses nombreux concurrents de l’époque. Là où ça se gâte, c’est au niveau du scénario…

 

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Autant le dire d’emblée, le point fort de Jill Rips n’est certainement pas son script, ce qui est toujours un peu gênant concernant un thriller, vous en conviendrez. S’il y a bien un genre qui se repose largement sur ses mystères, sa construction, sa révélation, en gros sur son scénar’, c’est bien le thriller et le fait que celui que doit mettre en boîte Hickox ne soit pas très appliqué porte un sacré coup au film. Premièrement, c’est assez rapidement qu’on devine l’identité du tueur qui prend du plaisir à ligoter ses proies pour mieux leur couper le zgeg, ce qui diminue fortement la force de la révélation finale. Deuxièmement, certains points importants de l’intrigue restent sans réponses et l’on peut noter quelques incohérences ici et là, ce qui là encore n’aide pas franchement le spectacle à s’élever. Mieux vaut donc ne pas être trop regardant, et encore moins pointilleux, le but de l’équipe étant visiblement de soigner l’ambiance plutôt que les menus détails de l’histoire, qui rappelle également le 8mm avec Nicolas Cage à certains instants. Tueuse en combinaison de latex qui en veut aux noix de ces messieurs, froideur de tunnels en chantier ou de carrières enneigées, corps retrouvés dans une flotte gelée par des enfants qui jouaient innocemment, passés troubles des protagonistes, milieux sales et dangereux, hommes de main patibulaires,… Hickox déploie l’artillerie lourde pour tenter de créer une atmosphère bien éloignée de celle de la messe du dimanche matin et l’on sent que le sensitif a ici été plus important que le structurel. C’est ce qui permet d’ailleurs de faire passer la pilule du scénario médiocre car si nous n’avons pas un récit chiadé, au moins avons-nous un climat oppressant et des images plutôt marquantes, comme la découverte de ce cadavre retrouvé avec la tête écrasée. On sent donc bien que le tout est un enchainement de séquences plus qu’un récit réel et que le scénariste avait en tête plusieurs passages qu’il a ensuite tenté de relier les uns aux autres bon an mal an…

 

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Et Dolph, dans tout cela ? Et bien il s’en tire bien, très bien même. Certes, il n’est pas dans Jill Rips un meilleur acteur que dans ses autres productions, mais on le sent plus habité, plus concerné. Ce qui se comprend puisque contrairement à ses habitudes, il ne doit pas ici incarner un tank fait de chair et d’os et programmé pour réduire en cendres tout ce qui passe devant lui mais bel et bien un pauvre type qui a tous les problèmes du monde. Pas loin d’être alcoolique, visiblement sans réel boulot, perçu comme un lâche par sa famille, le Dolph découvre en plus que son frère n’était pas du tout celui qu’il imaginait et plonge dans le crapoteux de plus en plus profondément au fil de son enquête. Cet univers de luxure et de violence qu’il avait quitté volontairement du temps où il était flic commence à s’immiscer en lui et le perturber, ce qui est rendu visible lorsqu’il fait l’amour à une demoiselle, devenant de plus en plus brutal au fil du coït, son esprit étant envahi par des flashs des moments les plus glauques ou troublants de son investigation. Le gaillard est également plus noir que les héros qu’il a l’habitude de jouer, n’hésitant pas à abuser de sa violence contre des femmes ou même trafiquer une scène de crime pour tenter de se protéger alors qu’il vient d’assassiner quelqu’un. Pas un saint, le gazier ! Le meilleur rôle du Lundgren ? Fort possible ! Dommage que ceux qui l’entourent ne bénéficient pas d’autant de soin ou de son charisme, le reste de la distribution étant assez oubliable, si ce n’est une jolie Roberta Angelica qui dévoile ses jolis seins, ce qui fait toujours plaisir au bisseux qui aime les belles choses… Que les bisseuses se rassurent, Dolph tombe la chemise lui aussi ! De plaisir on n’en prend guère en voyant ce personnage de mac polonais, ridicule en tous points, que ce soit à cause de sa voix exagérée au delà du raisonnable ou de sa perruque qui laisse penser qu’un condor est venu faire son nid sur son crâne. Un individu grotesque tout droit sorti d’une parodie et qui n’aide certainement pas le film à être pris au sérieux par ses détracteurs…

 

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Jill Rips souffle donc le chaud et le froid de manière constante, Hickox ayant toujours été du genre à insuffler de l’humour dans un univers sombre (et il s’est déjà fait craché dessus pour ça suite à Hellraiser III). Si cela fonctionne dans du bis régressif et joyeux comme une journée rythmée au son du death metal hollandais, cela passe un peu plus mal dans un thriller premier degré. Heureusement, la joie de voir Dolph dans un registre différent de celui qui est le sien depuis trente ans, un univers sombre qui pue le cul par tous les pores, une bonne gestion du suspense (super scène avec un Dolph attaché et qui craint pour sa vie, et aussi pour son pénis) font que l’on tient là une œuvre très attachante et qui mérite clairement la découverte en dépit de ses défauts. Notons par ailleurs, et c’est assez amusant, que le faiseur de séries B et Z Jim Wynorski a produit le film sous le nom Noble Henry! On espère en tout cas qu’Anthony Hickox rebondira un peu, ses derniers efforts comme Knife Edge n’étant pas visibles par chez nous. Avec de la chance, son passage au Bloody Week-End fin du mois de mai 2015 aura un peu d’effet sur son image et France et permettra l’export de son œuvre jusqu’à nous, le pauvre n’étant pas garni en DVD dans le coin…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Anthony Hickox
  • Scénarisation: Gareth Wardell, Kevin Bernhardt
  • Titre original: Jill Rips (USA)
  • Production: Jim Wynorski, Tracee Stanley
  • Pays: USA
  • Acteurs: Dolph Lundgren, Danielle Brett, Kristi Angus
  • Année: 2000

8 comments to Jill The Killer

  • CMF  says:

    Ca fait du bien de voir que le film ne passe pas à côté de tout le monde…

  • ingloriuscritik  says:

    Viens y avec ta chronique , car s’il comprend le Français , tu devrais repartir avec le numéro de téléphone du géant suédois ! Beau papier , je ne suis pas un inconditionnel de ses rôles (j’en ai vu un sur la TNT hier soir, j’ai déjà oublié son nom)et j’aimerai (parfois) prendre le même plaisir a voir ses films que celui que je prend (toujours) a lire tes chroniques. par contre bizarrement je suis décu de  » …Ne vous fiez pas à certaines affiches du film qui mettent en avant un Dolph Lundgren, avec une tronche de GI Joe qu’il n’a jamais eue en vrai, pointant un revolver qui arracherait la bite d’un Terminator dès le premier coup…. », car je trouvais ca plutôt cool …voir la bite d’un Terminator arrachée .

  • Roggy  says:

    Je ne connais pas ce film, mais l’alliance de Dolph Lundgren et Anthony Hickox me donne envie de me plonger dans cette série B aux accents de « Seven ». Ta chronique très réussie lui rend hommage avec respect, sans omettre ses défauts, mais avec l’amour de la série B. Ca fait plaisir.

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Un des rares Lundgren que je n’ai pas vu, et visiblement j’ai quand même raté quelque chose. Va falloir que je me le trouve celui-ci.

    (c’est con, si j’avais su, j’aurai embarqué un accessoire BDSM à lui faire dédicacer moi, au père Hickox)

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