La Planète des Tempêtes

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En 2014, Artus Films se lançait dans une collection « SF Vintage » qui permettait aux fidèles de l’ours bisseux de faire plusieurs voyages dans un espace bis capable de faire patienter les fans de Star Wars. Au programme du jour: des Russes, des effets dépassés, un bel aquarium, une plante carnivore et des lézards sautillants !

 

 

 

Nouvelle montée dans la navette Artus, qui cette fois compte bien se poser sur une planète peu traitée dans le cinéma fantastique: Vénus! Si Mars est visitée toutes les deux semaines par le cinoche d’exploitation des années 50 et que la Lune est devenue le lieu de camping des astronautes de la série B, les autres planètes sont en général assez délaissées. Pas de Giant Crabs from Neptune, de A Living-Dead on Uranus ou de Kill and kill again on Mercury. Même ce grand fou de Roger Corman n’a pas produit ces titres inventés voilà dix secondes, lui qui pourtant n’était pas à ça près. Il faudra donc attendre que les Soviétiques, qui à l’époque étaient plutôt fiers de leurs avancées spatiales, se penchent sur le sujet via La Planète des Tempêtes pour découvrir les pires dangers de la belle Vénus. Et c’est justement là qu’intervient le père Corman, à l’époque jamais bien loin lorsqu’il s’agissait de faire un bon coup, qui va acheter les droits du film russe pour une somme dérisoire, alors qu’il était en vacances (y’en a qui savent comment s’occuper). Pour le sortir aux States ? C’est mal connaître ce producteur culte qui a toujours eu de la suite dans les idées et n’est pas du genre à mettre tous ses œufs dans le même panier, bien au contraire. Pourquoi sortir un film sur la base de La Planète des Tempêtes alors qu’il pourrait en tirer deux métrages ? Il lamine donc le film et n’en garde que quelques bouts qu’il insérera dans deux de ses productions, Voyage to the Prehistoric Planet tout d’abord, sorti en 1965, et Voyage to the Planet of Prehistoric Women, en 1968. Pas de perte chez Corman, tout se recycle, se réutilise, rien ne va jamais vraiment dans la corbeille. Mais laissons ces deux œuvres bâtardes pour nous concentrer sur leur génitrice, réalisée en 1962 par Pavel Klushantsev, qui est donc édité par Artus dans la collection SF Vintage aux cotés de deux autres astres bis: La Planète des Vampires (déjà chroniqué en ces lieux) et La Planète des Hommes Perdus.

 

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Alors ce voyage russe en direction d’une planète que l’on imagine fort séduisante au vu de son patronyme – forcément plus encourageant que Mars la guerrière, Jupiter l’électrique ou Pluton la mortelle -, qu’est-ce que ça vaut ? Il faut bien le dire: ça commence plutôt mal. On ne peut effectivement pas nier que cela débute doucement, trop doucement même, puisque les vingt premières minutes ne sont que bavardages et papotages au sein de la navette spatiale de nos héros. Bien sûr, il est toujours nécessaire de se plier aux règles de l’exposition et il n’est pas possible de balancer quelques personnages dans un récit dangereux sans avoir au préalable présenté la fine équipe pour laquelle nous allons suer durant l’heure qui suit. Certains y parviennent avec un talent qui relève de l’insolence, comme John Carpenter (revoyez donc Assaut, c’est un modèle de mise-en-place), d’autres créateurs ne parviennent pas à nous intéresser aux protagonistes qui leur serviront de pions durant 75 minutes. Pavel Klushantsev est malheureusement de ceux-là et ce n’est pas mentir que de dire que l’on s’emmerde un peu au commencement de La Planète des Tempêtes. Car ils ont beau être bien gentils les Russes qui vont voir si les Vénusiennes ont des gros seins (je ne vois que ça comme raison suffisante de traverser tout l’univers, perso) mais voilà, leurs préoccupations ne sont jamais très bien retranscrites et cette première partie mise beaucoup trop sur ses dialogues, par ailleurs peu mémorables (c’est rien de le dire), pour faire passer son histoire et les relations qui unissent l’équipe. Si on peut encore parler de relationnel puisque les interactions entre nos buveurs de Vodka se limitent au strict minimum, entre ceux qui s’aiment et ceux qui se contentent d’avoir de bons rapports professionnels. On pique donc un peu du nez, on a les paupières lourdes, et on se demande si on va encore passer beaucoup de temps entre ces parois d’aluminiums… On espérait de l’aventure et de l’exploration, on se tape les pensées (pas mal de voix off dans le film) de la demoiselle de service qui se lance dans des réflexions coincées entre la poésie cucul et le métaphysique de comptoir. Bref, on se fait un peu chier et il n’y a guère que John, un robot bien évidemment ajouté au script pour rappeler le culte Planète Interdite (que de planètes, n’est-ce pas ?), qui est intéressant. Ce tas de feraille dans ces débuts le seul élément qui nous rappelle qu’on aura un vrai film de SFque l’on peut espérer rigolo et non pas un bête documentaire sur la conquête de l’espace par les Soviétiques.

 

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Heureusement, ça s’emballe un peu lorsque nos nouveaux amis coincés dans leurs combinaisons posent enfin le pied sur Vénus, qui ne ressemble pas vraiment à un havre de paix. La planète des tempêtes (drôle de nom car ça n’y souffle pas beaucoup pour être honnête, c’est pas la Belgique quoi) est en effet plutôt rocailleuse, brumeuse et grise. En bref on ne se dirige pas franchement vers la cuisse d’Aphrodite, c’est certain. L’accueil y laisse également à désirer puisqu’à peine arrivés, les cosmonautes se font chopper par les tentacules d’une plante carnivore qui commence à les tirer vers elle pour les avaler. Quand la salade se rebiffe… Plus loin, c’est à des reptiles montés sur ressort que sera confronté un premier groupe, celui du robot. Notons par ailleurs que les lézards sont rendus vivants par des mecs en costume et que ces mêmes bestioles à écailles sont mises en avant sur l’affiche du film alors qu’on doit les voir quinze secondes grand max! Si vous vous déplacez pour elle, ce n’est pas la peine, on ne les voit même pas de près! Et comme si la terre ferme n’était pas assez dangereuse comme ça, voilà que les airs s’y mettent puisqu’un vilain ptérodactyle s’invite à la fête et attaque donc nos Russes, qui étaient justement en train de voguer tranquillement sur les eaux de Vénus. Et quand les êtres vivants et monstrueux laissent tranquilles les amis de Poutine, c’est la nature qui s’y met, un volcan entrant en éruption pour y déverser sa brulante confiture de groseille. Le film ne manque donc pas d’aventures et s’il était très emmerdant au début, il devient très vite agréable à suivre. Jamais réellement palpitant, mais toujours très plaisant.

 

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Quelques séquences sont mêmes même très plaisantes, voire marquantes. Je pense par exemple à la splendide partie sous-marine qui nous montre l’équipage en train d’arpenter ce qui de toute évidence ressemble à un gros aquarium mais qui est si coloré, si naïf et si soigné que, pour le coup, la poésie embrasse réellement le film. Indéniablement le meilleur moment de la bande, qui a tout de même d’autres séquences sympathiques. Comme lorsque le robot John, jusque-là l’un des meilleurs atouts des héros (enfin sur le papier, en vrai il ne fait pas grand-chose), devient une menace lorsque son instinct de survie lui dicte d’abandonner les hommes qu’il porte en traversant de la lave, sans quoi il fondra dans le jus de volcan. L’allié devient donc l’ennemi si nos héros ne parviennent pas rapidement à le reprogrammer! Pas de tension de malade cependant, le film étant plus guilleret que, par exemple, La Planètes des Vampires de Mario Bava, bien plus oppressant. Ici, les voyageurs de l’espace se baladent, déjouent certes quelques dangers, mais passent aussi beaucoup de temps à flâner et s’amuser, une étrange bonne humeur émanant même du film. Et tout cela pendant que la seule femme de l’équipe attend comme une conne à bord du vaisseau, se rongeant les sangs pour ces malotrus qui ne peuvent pas lui donner de nouvelles! C’est toujours ainsi: pendant que les mecs s’éclatent au bar, les dames attendant à la cuisine! La pauvre ne découvrira en tout cas jamais les beaux décors de Vénus, qui est une planète dangereuse, certes, mais aussi et surtout très belle.

 

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Je vous vois venir: oui, j’ai dit plus haut que la planète n’était pas la beauté attendue. Parce que l’on s’attend forcément à quelque-chose de reposant, presque érotique, et qu’on se retrouve avec des rochers qui vous tailleraient la plante des pieds comme des rasoirs. Mais cela ne veut pas dire que ça n’a pas son charme et le décorum est ici fort soigné, doté d’une végétation volcanique et rougeâtre, enveloppée dans une brume qui est toujours la bienvenue dans le cinéma d’ambiance. Certes, tout cela ne fait pas de La Planète des Tempêtes un chef-d’œuvre indispensable, quand bien même il a d’autres atouts (le ptérodactyle est sans doute assez ringard mais il fait son petit effet avec ses yeux luisants…), mais c’est en tout cas bien meilleur que ce que son mauvais départ laissait présager. Une bisserie pas déplaisante, qui jouit d’une atmosphère étrange, pas vraiment tendue mais pas pleinement joyeuse non plus, dans tous les cas un brin désuète. Et c’est plutôt un compliment…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Pavel Klouchantsev
  • Scénarisation: Aleksandr Kazantsev, Pavel Klouchantsev
  • Titre original: Планета бурь, Planeta bur (ça sonne bien aux oreilles, hein)
  • Production: Vladimir Yemelyanov, L. Presnyakova
  • Pays: Russie
  • Acteurs: Gennadi Vernov, Vladimir Yemelyanov, Yuriy Sarantsev
  • Année: 1962

6 comments to La Planète des Tempêtes

  • Oncle Jack  says:

    Un petit film bien sympathique bien que très naïf dans son ensemble.
    L’édition Artus est vraiment d’excellente qualité et supplante laaaargement l’horrible version cormanienne sortie quelques années auparavant chez Bach et dont l’image était tout bonnement à gerber (sans parler du scénario bric-brac).

  • princecranoir  says:

    Malgre ton texte un poil frileux’ ces photos invitent au voyage. Apres elle des vampires italiens, je me ferais bien une viree sur l’orbite de cette venus sovietique ! Un robot qui ebtre en dissidence avant le bug de HAL, ca vaut deja d’y jeter un oeil

  • Roggy  says:

    Je garde un bon souvenir de ce petit de SF russe vu à la télévision lors d’une séance matinale. J’aime bien son charme désuet et ses effets visuels. En revanche, quid de la poitrine des vénusiennes ? 🙂

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