Syngenor: Soldat Cyborg

Category: Films Comments: 4 comments

Jamais à court de mauvaises idées, les scientifiques se lancent avec Syngenor dans la création d’un super soldat qui n’aime pas trop les douches et sera plus efficace sur le sable chaud. Bien évidemment, leur belle entreprise prend vite l’eau… Et le film avec ? Même pas !

 

 

On peut en penser tout le mal qu’on veut, dire qu’ils tuent un peu les honnêtes commerçants (ce qui n’est pas faux) et qu’ils arnaquent les revendeurs (ce qui est très vrai), les Cash Converters n’en restent pas moins des mines d’or pour les amoureux du cinéma bis et de série B. Dans ces lieux sans âme se trouvent en effet des tonnes de petites pelloches bricolées avec les mains, des Don « The Dragon » Wilson par centaines, des Gary Daniels planqués dans tous les recoins, des slashers sans thune cachés sous la moquette, du kung-fu crasseux collé aux murs et on en passe ! C’est aussi là que vous avez de grandes chances de tomber sur des éditions DVD foireuses, orchestrées par des éditeurs fantômes, à la légalité brumeuse, comme Cactus Films qui, comme son nom l’indique, aime les films qui piquent aux yeux. Ce qui convient aux aventuriers du cinéma perdu que nous sommes, n’est-ce pas ? Et de cette plongée dans les piles de galettes crasseuses, je suis remonté avec Soldat Cyborg en main, petite série B de 1990 avec David Gale au casting, ce qui rassure toujours un peu. Ce qui frappe également, c’est que les monstres promis par l’affiche et visibles sur les photos disponibles au dos du DVD ressemblent énormément à celui qui terrorise le casting de Scared To Death, slasher particulier des années 80. Slasher particulier car, en dépit de sa structure typique du genre, ce film de William Malone (Créature avec Klaus Kinski, La Maison de l’Horreur, Terreur.com) ne met pas en scène un tueur masqué adepte des coups de couteaux mais bel et bien un gros gloumoute qui rappelle un peu les aliens de Ridley Scott. Et justement, cette ressemblance entre Scared To Death et Soldat Cyborg, alias Syngenor, n’est pas fortuite. Tout débute lorsque le producteur Jack F. Murphy, à qui l’on doit Ticks et le Progeny de Brian Yuzna, s’envoie dans les paupières Scared To Death et ressort de la séance avec un coup de cœur pour sa créature, le Syngenor, qui arpentait les égouts et les ruelles sombres à la recherche de victimes. Très impressionné par le costume, il propose à William Malone d’en faire une suite, ce que le réalisateur refuse, préférant partir sur Créature, qui jouit d’un budget plus élevé que celui promit par Murphy pour donner une séquelle à son premier film. Le projet, à l’époque intitulé Scared To Death 2, traine donc la patte, tant et si bien que lorsqu’il sera sur le point de se concrétiser cinq ans plus tard, en 1990, Murphy décidera de faire une fausse suite. Après tout, le film original date déjà de 1981 et est resté très obscur, seuls les amoureux du cinéma horrifique les plus acharnés se souvenant de cette bande oubliée. Mais hors de question de laisser disparaître une créature au costume si réussi…

 

syngenor3

 

Murphy met donc en place Syngenor, qui ne reprend du premier film que la créature, qui sera ici dupliquée. Même si Malone a depuis lors terminé le tournage de Créature depuis de nombreuses années, il ne rempile pas pour autant, laissant sa place au quasi-inconnu George Elanjian Jr., dont le travail le plus marquant à l’époque était sûrement les vidéos qu’il réalisa pour Playboy. Malone restera tout de même dans les alentours de Syngenor, aidant par exemple à la confection des costumes et donnant quelques idées à l’équipe, notamment lors du choix des compositeurs, Thomas Chase et Steve Rucker, plus connus pour leurs travaux musicaux sur de nombreux dessins-animés tel Les Chipmunks. Au scénario, c’est par contre une personnalité un peu plus intéressante pour le bisseux qui se charge de l’écriture puisque c’est Brent V. Friedman qui va taper à la machine. Un nom pas forcément très populaire mais qui bossa sur plusieurs œuvres bien connues comme Mortal Kombat : Annihilation, Ticks, le Hellbound avec Chuck Norris ou, plus prestigieux, le célèbre jeu-vidéo Halo 4, ce qui est plutôt surprenant vu son parcours très branché séries B pures et dures. Pour Syngenor, il met en place une histoire qui va piocher un peu dans tous les succès du cinéma fantastique et de science-fiction des années 80. On retrouve donc dans son script une entreprise du nom de Norton Cyberdyne, gérée par Carter Brown (David Gale), un président aux limites de la folie et pour cause : son personnel aimerait bien prendre sa place et fait donc tout pour le dévisser de son siège de leader (ces problèmes internes très prononcés rappelant un peu Robocop). Chez Norton Cyberdyne, qui n’a pas plus de rapports avec Norton Antivirus qu’avec le CyberDyne Systems des Terminator, ce que l’on crée c’est de l’armement et des soldats parfaits, les Syngenor (pour SYNthesized GENetic ORganisms), conçus pour aller se battre au Moyen-Orient, là où la prochaine guerre éclatera (dixit le film, qui avait vu assez juste sur ce point). Nos gaillards sont du coup très doués pour le combat dans le sable et, histoire de les rendre encore plus dangereux, ils savent se régénérer et ont le pouvoir de se reproduire sans avoir à écarter les jambes, ce qui est bien pratique. Mais les Syngenor sont aussi de êtres qui aiment particulièrement bouffer la moelle épinière des hommes, ce qui arrange bien deux employés de l’entreprise qui en profitent pour se débarrasser de leurs supérieurs ou des gêneurs qui les empêchent de monter en grade. Mais alors qu’ils envoient à la mort un collègue, les deux félons laissent s’échapper l’un des Syngenor, qui va immédiatement s’en prendre à son créateur, Ethan Valentine, qui fut justement licencié deux semaines auparavant. Le Syngenor le tue sans hésiter puis va s’en prendre à la nièce du malheureux, qui s’en sortira et finira par s’allier à un reporter qui enquête sur Carter Brown et son entreprise maléfique…

 

syngenor4

 

Sur le papier, il y a de quoi fournir une bonne petite série B lorgnant dangereusement vers le Z, coincée quelque-part entre les productions Charles Band ou Roger Corman et les réalisations de Fred Olen Ray. Et autant le dire d’emblée : le résultat est à la hauteur des espérances et n’ennuie que rarement, tenant ses promesses d’un petit spectacle bis qui ne se prend pas la tête et tente de montrer ses bestioles gluantes avec régularité. Ce qui rassurera d’emblée le spectateur trop habitué aux pelloches qui filment des gens en train de souligner l’intrigue au gros marqueur pendant une heure. Pas de ça ici et s’il y a bien évidemment quelques dialogues un peu longs, on sent que le but n’est pas non plus de gagner du temps mais plutôt de faire avancer l’histoire, quand bien-même elle n’est guère compliquée. George Elanjian Jr. sait pourquoi il a été embauché : pour torcher 90 minutes de monstres qui attaquent tout ce qui bouge. Il ne s’en sort pas trop mal dans le domaine, même s’il est évident que l’on ne tient pas là une bande à la virtuosité et à l’élégance rares. C’est une Série B de fin 80/début 90 dans tout ce qu’elle a de plus classique, avec sa photographie un peu terne typique de la vidéo, ses décors assez vides, ses effets gores généralement cheap et sa mise-en-scène qui se contente d’un simple filmage des évènements, sans réelle mise en valeur ou iconisation des monstres. C’est fauché, la tirelire est cassée depuis longtemps, c’est évident, et on devine aisément que toute la thune du projet est passée dans les costumes des Syngenor, qui ne valent certainement pas ceux de productions plus cossues mais sont malgré tout satisfaisants. Elanjian Jr. leur donne donc la vedette, ce qui est bien normal, et s’amuse à les confronter à un commando armé, ce qui là encore rappelle autant Aliens que Predator, car en bonne série B qui s’assume, Syngenor n’hésite jamais à aller piquer quelques idées chez les confrères plus prisés. Ces soldats cyborg prennent donc du bon temps en fracassant des corps contre les parois, en aspirant leur moelle épinière avec leur langue qui rentre dans les corps des persécutés (coucou Alien, une fois encore !), en les griffant (même si les mecs sous ces carcasses monstrueuses y mettent si peu de vigueur qu’on dirait qu’ils caressent leurs victimes !) ou en broyant les crânes de ces scientifiques déments. Les monstres sont assez patauds, c’est certain, mais ils font leur job efficacement et c’est à vrai dire tout ce qu’on leur demande.

 

syngenor6

 

Bien évidemment, Syngenor fait partie de ces petites productions qui vont réjouir certains amateurs autant qu’elles vont en atterrer d’autres. Il faut dire que le film tend souvent la machette pour se faire décapiter puisqu’il aligne les défauts, qui seront donc au choix réjouissants et amusants ou navrants et rédhibitoires. Le scénario en contient d’ailleurs son lot et il y a des trous béants, des cratères même, dans le script, qui nous montre que les Syngenor sont des mutants assez crétins. Ainsi, ils se contentent d’attaquer tout ce qui leur tombe sous le nez sans la moindre notion de stratégie mais ils parviennent pourtant à retrouver l’adresse de leur géniteur pour aller le tuer. Comment ces trucs très peu intelligents retrouvent son adresse, on ne le saura jamais, pas plus que la raison pour laquelle ils décident de lui faire la peau, aucune explication n’étant apportée au cours du récit. D’ailleurs, on peut se demander si ces fameux soldats parfaits sont si utiles que cela, car s’ils bénéficient en effet d’une grande force et qu’ils peuvent se régénérer, ils ne semblent pas spécialement solides, sont lents comme des tortues aux carapaces de béton et leur manque d’intelligence nous laisse sceptiques quant à leurs capacités sur un champ de bataille. En prime, ces cons craignent l’eau, menace les faisant fondre immédiatement, ce qui n’en fait pas franchement des dangers invincibles. Certes, ils sont prévus pour aller défourailler dans les pays arides, c’est certain que ce n’est pas là que la pluie risquera d’aller les transformer en sorbet aux haricots, mais il suffirait qu’un taliban s’en rende compte et leur balance sa gourde en pleine tronche pour qu’ils perdent la guerre… Ça n’inquiète en tout cas pas les mecs de Norton Cyberdyne, qui poussent le vice jusqu’à filmer une vidéo promouvant les talents des Syngenors, allant jusqu’à en montrer un au volant d’une jeep, en train de faire coucou à la caméra ! Indéniablement le moment culte et improbable d’un film qui n’en manque pourtant pas grâce à sa vedette : un David Gale déchaîné.

 

syngenor1

syngenor5

 

Lorsque l’on se renseigne un peu sur Soldat Cyborg, on se rend compte que Gale a beaucoup participé à la création de son personnage, apportant de nombreuses idées. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ce sympathique acteur au visage marquant ne devait pas être tout net s’il a amené ne serait-ce que la moitié de la folie trouvable dans le personnage de Carter Brown, un paranoïaque qui a certes bien des raisons de s’inquiéter (tout le monde, ou presque, lui en veut !) mais qui est aussi très cinglé. Plus le film avance, plus il grille ses fusibles, ce qui permet à Gale de fournir un cabotinage intégral, l’acteur s’amusant à danser de manière ridicule quand il ne porte pas un masque de lapin à l’arrière du crâne ou éclate d’un rire dément. Soyons honnêtes : si tout cela est particulièrement réjouissant et rend chaque apparition de Gale absolument étincelante, au point même qu’il éclipserait les Syngenors, on est parfois embarrassés pour lui tant il en fait trop, tutoyant quasiment le Franco Garofalo le plus fou de Virus Cannibale. Mais tant pis si celui qui fut la tête coupée amatrice de cunnilingus du culte Re-Animator (à qui il fait un clin d’œil en s’injectant tout le long du film un liquide vert fluo dans la nuque, sans trop que l’on sache pourquoi d’ailleurs, une volonté de mystère amenée par Gale lui-même) fournit ici une interprétation qui sera sujette aux pires moqueries : on s’éclate carrément lorsqu’il apparait ! Bien plus qu’avec l’héroïne, jouée par une Starr Andreeff (Amityville, la maison des poupées) qui a le mérite d’avoir fait toutes ses cascades elle-même mais qui est aussi une bien piètre actrice, les yeux toujours mi-clos comme si elle venait de fumer un champ de marijuana. Son équipier Mitchell Laurance (Le Beau-Père 2) s’en tire un peu mieux, se retrouvant dans la peau d’un reporter assez cool et relax, qui n’hésite pas à balancer quelques vannes nulles ici et là. Notons également Charles Lucia (le mec qui a la tête dans le cul dans Society) en employé fourbe et quelques seconds rôles liés à des acteurs reconnus, comme Lewis Arquette, père de Rosanna, Patricia, David et compagnie, et Melanie Shatner, fille du capitaine Kirk en personne, qui joue ici la nièce de David Gale, qui finira électrocutée par les Syngenor, qui la font reculer contre un panneau électrique.

 

syngenor2

 

Soldat Cyborg est donc une petite bisserie qui a, finalement, tout de son côté puisque ses qualités sont aussi agréables que ses défauts. On appréciera donc autant ces monstres sympathiques, dont un mélange dégueulasse entre un Syngenor et une demoiselle qui ont explosés en même temps et qui ont fini par fusionner lors de la reconstitution du mutant, que ces amusantes carences qui font bien passer le temps en attendant que le gore, léger mais présent, arrive. A ranger aux côtés d’autres bandes imparfaites mais fun, style Hollywood Chainsaw Hookers, et si vous ne voulez pas vous farcir le DVD de Cactus Films, qui a une image que l’on qualifiera de passable et ne dispose pas de la version originale (la française est, comme vous l’imaginez, assez pourrave), il vous reste l’édition de Synapse, all zone et mieux foutue. Alors si vous êtes d’humeur pour une petite pellicule bien cheesy qui n’entretient décidément que peu de rapport avec Scared To Death, vous savez ce qu’il vous reste à vous envoyer dans les chicots…

Rigs Mordo

 

Syngenorposter

  • Réalisation: George Elanjian Jr.
  • Scénarisation: Brent V. Friedman
  • Titre original: Syngenor
  • Production: Jack F. Murphy
  • Pays: USA
  • Acteurs: David Gale, Starr Andreef, Mitchell Laurance, Charles Lucia
  • Année: 1990

4 comments to Syngenor: Soldat Cyborg

  • Le Fanzinophile  says:

    Attiré par ta critique (et par la 3ème photo, j’avoue!) je viens de regarder ce film. David Gale y va fort! 🙂 J’adore la scène finale.
    J’ai passé un bon moment.
    Même si un peu déçu par rapport à la photo en question 😉

  • Roggy  says:

    C’est vrai que les photos que tu as choisies associées à ta chronique enjouée donnent vraiment envie de mater le film ! 🙂

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>