Mad Max: Fury Road

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Mad Max is back ! Après une longue attente (30 ans, quand même !), le Road Warrior revient hanter un monde post-apocalyptique qui a bien besoin de ce nettoyeur pour faire le ménage de toute la racaille sauvage qui l’encombre ! Mais Tom Hardy peut-il se vanter d’être le digne descendant de Mel Gibson ? Je vous dis tout dans les lignes qui suivent…

 

 

Difficile de faire une chronique sur Mad Max : Fury Road. Non pas que je n’ai rien à en dire, loin de là, mais toute personne l’ayant vu et maniant plus ou moins la plume a déjà publié son opinion sur le tant attendu reboot piloté par George Miller. Nous nous sommes donc retrouvés, depuis la sortie du film, envahis par des critiques de Fury Road, cela fusait dans tous les sens et le plus souvent, pour ne pas dire systématiquement, pour envoyer des fleurs à Max et sa clique. Meilleur film de la décennie, actionner ultime, chef d’œuvre de l’univers connu, évènement le plus important depuis la création de l’électricité, les compliments pleuvent et il est devenu bien difficile de passer entre les gouttes. Bientôt, on ne parlera plus de 2014 mais de l’An 1 Avant Fury Road, ce qui finit par ailleurs par en énerver certains, l’unanimité pouvant très vite être agaçante lorsque l’on n’a pas la chance de participer à la fête. D’autant que cette date dans le cinéma fantastique qu’est l’arrivée de ce nouveau Mad Max est quelquefois utilisée pour des règlements de compte cinéphiliques, certains internautes profitant de l’évènement pour envoyer quelques pics à quelques rivaux friqués des multiplexes, Avengers 2 et Fast and Furious 7 en premier lieu. Clarifions les choses : Mad Max a beau provenir de notre enfance ou adolescence à nous tous, bisseux, nous ne devons pas perdre de vue que comme tout film à grand-spectacle ou blockbuster, c’est une œuvre au marketing fort, qui n’a pas moins envie de ramener des billets verts que l’équipe des super-héros ou les amateurs de tuning. Il n’y a pas de gentil Mad Max et de méchant Avengers 2, ce sont deux films de même catégorie, qui font partie du même système et qui sont des pompes à fric. Cela ne fait pas très bien de le dire en cette période où tout amateur de ciné prie le dieu Miller, certains furent guillotinés pour moins que ça, mais il me semblait nécessaire de le rappeler. Par contre, une pompe à fric peut être plus ou moins réussie, voire même capable d’enterrer toute concurrence. Et, définitivement, Fury Road fait plutôt partie de celles-là, de ces Monster Trucks du fantastique qui écrasent tout sur leur passage…

 

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Par où commencer concernant le Mad Max nouveau ? Pas toujours évident de savoir par quel bout nous devons le prendre, la dernière bobine du père Miller ayant le chic pour se faire passer pour simpliste alors qu’il n’en est finalement rien. Prenons le scénario, par exemple : alors qu’il passe du bon temps à regarder le paysage dévasté qui s’offre à lui et mange un lézard à deux têtes, notre héros Max se fait capturer par les hordes d’Immortan Joe, une sorte de gourou doté d’une armée de descendants de l’oncle Fétide de la Famille Addams. Mais Furiosa, l’une des combattantes les plus émérites de notre vilain en chef, décide de prendre la poudre d’escampette avec les cinq femmes du gros Joe, ce qui met bien évidemment en colère ce dernier qui envoie ses troupes aux trousses de celle qui fut l’un de ses meilleurs éléments. Pris dans ce conflit auquel il ne comprend pas grand-chose, Max finira par s’échapper et n’aura d’autre choix que celui de la collaboration avec ces dames s’il veut s’en sortir en un seul morceau… Présenté ainsi, on imagine un script assez épuré et n’allez pas croire qu’il s’agit ici d’un pitch ne dévoilant que les premières minutes du film. Non, tout Fury Road n’est qu’une longue course-poursuite entre Immortan Joe et la bande dirigée par Max et Furiosa. C’est tout. Pas de twist insensé, pas d’entourloupes scénaristiques, pas de gras quoi ! Miller s’est concentré sur le principal, sur ce que l’on attend d’un Mad Max, du moins depuis la sortie du deuxième épisode, à savoir de l’action. Tout le scénario est donc construit en fonction de celle-ci et le réalisateur ne se donne même pas la peine de proposer une introduction explicative, nous catapultant aux cotés de Max, qui nous raconte en voix off que le monde a sauté et qu’il ne reste plus rien, si ce n’est un interminable enfer de poussière. Largement suffisant pour tout spectateur qui sait ce qu’il doit attendre de la franchise, qui ne s’est jamais encombré de structures narratives compliquées. Mais voilà, si dans les grandes lignes l’histoire de Fury Road semble ne pas valoir la peine de se relever la nuit pour aller se tremper la bite dans un pot de mayonnaise (refermez le couvercle après, très important), on remarquera que Miller n’en a pas moins travaillé son univers à l’extrême… Le bougre a beau ne pas aller dans les détails historiques de ses personnages, qui sont peu bavards et pas franchement du genre à étaler leurs traumatismes à tout bout de champ (ce qui nous fait des vacances, faut bien le dire), faisant de Fury Road un film à la limite du cinéma muet, il se rattrape largement via la caractérisation visuelle. Les histoires de ces personnages nous sont ici contées via leurs corps : cicatrices faisant office de souvenirs de guerre, bras manquants comme témoins d’une vie atroce, pustules apparents rappelant que la vie n’est plus saine depuis qu’un champignon atomique a poussé de nulle part, médailles fièrement affichées pour souligner la grandeur passée d’Immortan Joe, scarifications dédiées aux bagnoles et j’en passe. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la bande à Joe, les Warboys, tatouent les groupes sanguins et autres informations à même l’épiderme de leurs prisonniers : pour Miller, la carte d’identité d’un être semble être sa carcasse meurtrie toute entière. C’est dans la chair que les chapitres de Mad Max sont écrits.

 

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Il en ira d’ailleurs de même pour les caractères des différents protagonistes, ici plus dessinés que décrits. Furiosa, le crâne rasé, le bras manquant remplacé par un amas de fer, le visage maquillé par de l’huile, rappelle que sa féminité est désormais derrière elle, comme le prouvera une rencontre tardive avec sa tribu d’origine, contenant des dames qui ont gardé la leur. Les demoiselles que la furieuse impératrice emporte avec elle pour les éloigner de la vie d’objet promise par Immortan Joe sont telles des déesses : belles et pures, habillées de draps blancs qui les font paraître telles des divinités mythologiques dont la beauté pousse les plus fiers guerriers à se battre pour leurs délices charnels. Nux, un Warboy à la solde d’Immortan Joe, est un mouton aveugle parmi les autres, le corps peint en blanc comme tous ses confrères, symbole de sa bêtise, du manque de remise en question du monde dans lequel il est né, monde régit par les délires manipulateurs de son gourou. Seuls Immortan Joe et Max semblent échapper un peu à cette règle de l’habit qui fait le moine. Le premier semble en effet être le mal incarné sur le plan graphique : regard perçant et venimeux, masque sur la bouche qui le déshumanise, importante bedaine alors que tous ses sujets sont maigres comme des sauterelles (ce qui souligne que Monsieur mange certainement à sa faim alors que lui laisse crever les siens). Il a tout du barbare pur et dur. Pourtant, tel Humungus dans Mad Max 2, il est un homme politique, un manieur de discours, un meneur né (ses médailles trahissent un glorieux passé militaire, était-il un homme bon dans une autre vie ?), en un mot un être intelligent. De plus, il sait faire montre d’une certaine ambiguïté, s’inquiétant réellement du sort de ses jeunes femmes, certes ses objets, ses possessions, mais aussi des êtres humains pour lesquels il peut éventuellement pleurer. Silhouette faustienne passionnante que ce Joe… Quant au second, Max le fou en personne, il est le personnage le moins délimité physiquement du lot. Aucun signe distinctif, aucun habit un peu étonnant, aucun animal, aucune arme particulière. Mais n’est-ce pas là, encore, un moyen de définir un homme intérieurement mort, effacé et, au final, soucieux de rien ? Un nihiliste, qui ne croit plus en rien, et donc en lui-même. Dans ce film, Max n’est qu’un fantôme attendant la mort pour pouvoir s’excuser auprès de ceux qui le hantent, d’autres fantômes qui l’attendent. C’est d’ailleurs le seul personnage dans lequel le spectateur entre, Miller nous plaçant dans son esprit, tailladé par de douloureux souvenirs tout au long du film…

 

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Vous l’aurez compris, le scénario de Mad Max est d’une simplicité travaillée. Ou d’une densité épurée, c’est au choix. Miller n’a dans tous les cas pas besoin de planter ses pions autour d’une table pour qu’ils passent en revue l’échiquier sur lequel ils vont se refaire le portrait. L’ami George fait du cinéma, du vrai, qui passe par l’image et se doute que le public prendra le train en marche. C’est d’ailleurs le cas, la réalisation finement ciselée, le choix des plans, tous parfaits, en disent plus long qu’un beau discours. Une image vaut mille mots, et bien Miller nous enfourne mille images dans le gosier. Mais quoi de plus normal pour un film d’action, après tout ? L’action, c’est d’ailleurs elle qui est au centre de tout et il est inutile de passer par quatre chemins : si vous avez aimé le final, il est vrai dantesque, de Mad Max 2, vous allez prendre un pied monstrueux devant tout Fury Road, qui en est une énorme extension. Miller sait visiblement bien que la scène la plus culte de sa carrière est cette joyeuse virée lors de laquelle Mel Gibson et ses amis d’un temps repoussèrent la meute du cousin éloigné de Jason Voorhees. Si certains reprocheront, à raison, que la saga Mad Max ne se résume pas à ce seul climax et que le premier film ne ressemblait par exemple pas du tout à cette première suite prise en modèle, on ne peut malgré tout pas en vouloir à Miller de donner à son public ce qu’il attend. Et il est évident que lorsque les mots « Mad » et « Max » sont associés, c’est à cette bataille de tôle froissée que l’on pense immédiatement, ces quelques minutes de fureur s’étant changées au fil des années en une marque de fabrique pour la franchise. Miller, pour ce premier volet qui semble en appeler d’autres si l’on en croit ses déclarations, a donc eu raison de débuter par un récit prenant la forme d’une longue scène d’action qui prouvera aux connaisseurs, mais aussi à ceux qui ont suivi la saga de loin, qu’ils sont en terrain connu. Le film est donc un road-movie prenant place dans un camion, celui utilisé par Furiosa pour amener ses jeunes demoiselles dans des terres plus accueillantes. Camion qui, tout au long du film, sera la proie des attaques d’Immortan Joe et ses sbires. Le principe est simple, a fait ses preuves et est suffisamment populaire auprès des cinéphiles pour que Miller se concentre sur sa réalisation sans avoir à se poser des questions sur la teneur de son récit. Ce qui lui permet de passer la seconde et bourriner comme un diable.

 

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Tout le monde sait quel réalisateur accompli, quel escrimeur du cinéma, est Miller, qui tape toujours fort tout en faisant montre d’une certaine souplesse dans le mouvement. Sans surprise, Fury Road aligne les séquences d’action à faire bander un castré, la pelloche pouvant sérieusement prétendre au titre de meilleur film du genre de tous les temps. La couronne lui semble en tout cas offerte par les masses de cinéphiles qui voient en lui le messie de pellicule. Difficile en tout cas de les contredire tant les images d’anthologie s’enchaînent, sans temps mort ou presque, dans une hystérie contrôlée. Pas de panne sèche pour Miller sur ce coup, c’est un sans-faute au niveau du spectacle, qui propose explosions, machines infernales aux ustensiles assez variés, types sur des perches qui tentent de kidnapper les héros, combattants armés de tronçonneuses et j’en passe, la liste serait trop longue pour que j’en vienne à bout. Quel plaisir en tout cas de retrouver des ennemis qui dégagent un véritable sentiment de dangerosité, qui transpirent la méchanceté et qui sont parfois assez malsains, certains arborant des masques qui pousseraient Leatherface à couler un bronze dans son froc! Miller a bien retenu la leçon voulant qu’un bon actioner doit avoir un bon méchant puisqu’il a créé toute une armée de salopiauds géniaux, de personnages qui semblent issus d’un manga (la filiation avec Ken, Le Survivant est évidente vu que l’œuvre s’inspirait largement de Mad Max, mais on peut aussi citer Riki-Oh), avec des dégaines et tronches plutôt diversifiées, certains étant bien plus proches des mutants que de l’homme… Serait-il donc possible que le gros des cinéphiles s’étant exprimé sur ce reboot soit dans le vrai et que le film ne subisse aucun défaut véritable ? Pas à mon sens, Miller loupant le film parfait de peu, quelques clous, plus ou moins épais, venant trouer ses pneus et ralentir sa route vers le trône doré. Bien sûr, le gros dossier, celui sur lequel les fans affutaient d’avance leur lame en vue d’un découpage en bonne et due forme, c’est Tom Hardy, qui a la lourde tâche de succéder à un Mel Gibson entré dans la légende grâce au même rôle. Pas de suspense inutile : celui qui était un bien piteux Bane dans le tout aussi minable The Dark Knight Rises n’est clairement pas Gibson. L’acteur ne parvient pas à répandre autour de lui la même aura que Mad Mel, qui était un anti-héros parfait, je-m’en-foutiste au possible et qui ne venait en aide aux autres que s’il avait quelque-chose à y gagner. Bien sûr, sur le papier, ce Max version 2015 a un comportement similaire et lui aussi ne désire pas aider Furiosa et ses protégées lorsqu’il les rencontre. Mais là où Gibson ne montrait pas énormément de compassion pour ses compagnons partis vers la mort, ne leur offrant comme gentillesse que quelques regards ou un brin de confiance (l’enfant sauvage étant un peu à part), Hardy se montre très vite assez gentil et soucieux de l’intégrité physique de ses amis (le mot est lâché !), qu’il aide plus d’une fois. De plus, le visage de l’acteur semble mal se marier avec l’idée que l’on se fait d’un être solitaire et impitoyable, Hardy poussant un peu trop la mimique par moment, faisant même parfois preuve d’humour. Pas franchement ce que l’on attend du personnage de Mad Max…

 

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Mais pouvons-nous réellement imputer ce défaut à Hardy et en est-ce d’ailleurs véritablement un ? On peut en effet sérieusement douter que la volonté de Miller était ici de proposer la même vision qu’il avait dans les années 70 de son personnage mythique. L’Australien n’avait-il pas dans l’idée de faire de son protagoniste principal un être de second-plan, de passage dans une histoire qui ne le concerne pas ? Certes, c’était déjà un peu le cas dans Mad Max 2, mais l’effacement de Max dans ce nouvel opus souligne encore un peu plus cette position d’observateur actif du personnage. Alors que Gibson avait une soif d’avancer et était un chien enragé prêt à mordre par tous les moyens, Hardy semble éteint et… ce n’est pas trop dérangeant ! C’est même assez intéressant d’en faire un soldat errant non plus nourri par la haine mais par la tristesse, qui semble avancer vers on ne sait quoi, sans but ni raison, totalement perdu dans un monde où il n’a peut-être pas sa place. Gibson était un danger pour ses adversaires (même si je rappelle, car on l’oublie vite, qu’il prend cher durant une bonne partie de Mad Max 2), Hardy n’a pas cette aura et semble presque « normal », ce qui ne l’empêchera pas de se montrer efficace durant les scènes d’action. Reste que cette composition différente, assez éloignée de l’interprétation du réalisateur d’Apocalypto, mérite d’être analysée plus en profondeur car il ne parait en tout cas pas évident que l’on puisse imputer l’aspect un peu trop gentillet de Max à son interprète. D’autant qu’il serait assez malhonnête de lui tomber dessus alors que le reste de la distribution ne fait pas forcément des étincelles non plus, car si chacun est très bien à sa place, il n’y a pas non plus de révélation particulière. Si ce n’est Nicholas Hoult, formidable dans le rôle de Nux, qui lui va comme un gant et dont il fait ressortir toute la dualité. Bien sûr, loin de moi l’idée de minimiser les talents de Charlize Theron et Hugh Keays-Byrne, qui jouent respectivement Furiosa et Immortan Joe, mais le personnage de la demoiselle semblait un peu plus prometteur dans les trailer et le bad guy est si maquillé et blindé d’accessoires qu’il devient difficile d’établir que c’est grâce à celui qui était déjà le pourri dans Mad Max premier du nom que l’on tient là le meilleur méchant vu depuis bien longtemps. Et ce même s’il nous offre un jeu de regard à vous transpercer le crâne dans ce quatrième opus.

 

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Quelques autres défauts, pour la plupart de moindre importance, viennent pointer le museau ici et là. Ainsi, si je salue bien volontiers le talent qu’a Miller pour créer un univers complet et crédible, je déplore également l’utilisation un peu trop importante du gimmick de « la langue originale ». Dans Star Trek ils ont le Klingon, dans le Seigneur des Anneaux l’Eldarin ou je ne sais quoi, dans Fury Road on a un langage mélangeant mysticisme nordique et termes de garagistes. Belle idée, bien sûr, mais parfois un peu lourde lorsque l’on se ramasse de manière consécutive quelques phrases du même cru. Du chipotage de ma part, bien évidemment, tout comme ce petit reproche que j’adresserai à la seule scène un peu décevante du film, celle des retrouvailles entre Furiosa et des femmes nomades. Une accalmie bienvenue dans un tel déluge où les flammes vous sautent à la gueule à chaque seconde, mais une accalmie pas franchement motivante, qui sonne déjà-vu et qui donne un peu envie de sortir les violons… Plus gênant est par contre le relatif manque d’attachement ressenti à l’encontre des personnages, véritable défaut du métrage. Ni Max, ni Furiosa, ni les gamines ne sont réellement séduisants et l’on ne stresse pas outre mesure pour ces braves guerriers qui donnent tout et forcent l’admiration mais semblent malgré tout très éloignés de nous, qui ne restent que des personnages et ne parviennent jamais vraiment à devenir des personnes. Il y a un manque de sentiment évident, même si un respect naît inévitablement entre Max et Furiosa, et il faut encore une fois se reporter sur Nux pour éprouver un peu de tendresse à l’encontre d’un protagoniste. Sans doute ce dernier est-il le plus marquant car il est aussi celui qui évolue le plus, les personnalités de Max et Furiosa étant pour ainsi dire figées (ils ont vécu ce qu’ils avaient à vivre, leur route personnelle et intérieure est quasiment terminée), alors que Nux débute tout juste le chemin miné qui se dresse devant lui. Il y a donc un léger manque d’implication et je n’ai jamais oublié que j’étais devant un film. J’ai vu Fury Road mais je ne l’ai pas vécu. Bien évidemment, il n’y a rien de bien grave ici, rien qui entache salement la majesté du spectacle qui vient d’atterrir dans les salles. Et puis, le bis n’est-il pas justement un genre terriblement humain et appréciable de par ses défauts ? Car ce Mad Max nouvelle formule est indéniablement une pure bisserie, une bisserie friquée c’est certain (ce qui peut paraître incompatible), mais une bisserie quand même.

 

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Car LE point fort de Fury Road, c’est cette délicieuse tendance à assumer son délire jusqu’au bout, à ne jamais avoir peur d’en faire trop, à ne jamais justifier ses idées, le genre le faisant pour Miller. Les gens veulent un post-apo ? Et bien ils vont en avoir un ! Avec des mutants aux pieds énormes, des mecs qui jouent de la guitare lance-flamme sur un tank chargé d’enceintes et de tambours, des véhicules improbables, une course-poursuite dans une tornade (scène visuellement éblouissante), des lieux que l’on croirait échappés de la plus folle des bandes-dessinées de fantasy (le repère d’Immortan Joe), des femmes énormes traites comme des vaches, des personnages qui crèvent alors qu’un film traditionnel les aurait bien évidemment sauvés… Ici encore, le papyrus sans fin contenant toutes les trouvailles de Miller ne peut être retranscrit sans y passer la semaine. Miller offre aux gens un film d’exploitation pur et dur, qui ne se cherche pas d’excuses et n’a pas besoin d’intellectualiser son propos. Miller fait juste un film d’action futuriste, point barre. C’est pas bis, ça ? Le bonhomme se pose en artisan soucieux de fournir le plus beaux des ballets à son audience, ne plaçant ses thématiques qu’en arrière-plan, sans jamais emmerder son monde avec. Ce qui est encore le meilleur moyen d’y intéresser les curieux, qui apprécieront (ou non, ça dépendra des croyances de chacun) la critique du religieux ici couchée, Immortan Joe étant clairement un marionnettiste tenant sous sa coupe tous les crédules à qui il promet le Valhalla en échange de leur sacrifice, les transformant en de terrifiants kamikazes. Ironie du sort, l’espoir viendra peut-être d’un vagabond nihiliste qui, par définition, n’a justement plus aucun espoir… Bref, Sad Max (copyright Adrien Vaillant) fait la gueule mais le cinéphile est aux anges. Car peu importe les comparaisons entre ce nouveau-né de la saga et ses glorieux ainés, l’esprit Mad Max est là, bien là, vivace après trente années de pause. Miller assure comme à ses débuts et, sur le strict plan de l’action, parvient même à faire mieux que sur ses chefs d’œuvres passés, peut-être moins inatteignables qu’on le pensait. Rares sont les réalisateurs qui réussissent à traverser les époques avec autant de brio, à garder la flamme intacte, flamme qui permet de ressusciter ce phénix qu’est le guerrier de la route, qui danse sur le sable au rythme d’une bande-son mêlant tribal, electro et metal industriel absolument PAR-FAITE. Mad Max a repris la route pour me coller une grosse beigne, certes pas aussi forte que celle administrée l’an passé par un petit raton-laveur blagueur et violent, mais une grosse beigne qui laisse une marque brûlante tout de même. Fury Road, ce magnifique carrefour où les destins brisés s’entrechoquent…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: George Miller
  • Scénarisation: George Miller, Brendan McCarthy et Nick Lathouris
  • Production: Doug Mitchell, George Miller, P. J. Voeten
  • Pays: USA, Australie
  • Acteurs: Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult, Hugh Keays-Byrne
  • Année: 2015

 

 

Pour en lire plus, vous pouvez aller chez Roggy, chez Ingloriucritik ou chez Jacques Coupienne.

8 comments to Mad Max: Fury Road

  • ingloriuscritik  says:

    Excellente et savoureuse dissection, une fois n’est pas coutume.
    Je me doutais bien l’ami que tu tenais la le genre de sujet propice a laisser glisser tes doigts noircis de cambouis sur ton clavier graisseux…Tu sais que globalement nous partageons le même ressenti, que ta plume faconde et l’espace (vivement que j’ai le mien..) de ta crypte t’ont permis de développer avec brio (ou seul…). Je n’ai pas grand-chose à rajouter si ce n’est que les « défauts » que tu avances comme secondaires le sont moins a mes yeux, même si je partage largement l’idée que tout « cela » ne nuis en rien a l’appréciation de ce qui, de toute façon, est un spectacle éléphantesque, monstrueux, l’actionner du siècle, le plus grand western post Nuke de tout les temps …
    Ce n’est pas une cataracte passéiste qui a voilée ma vision, même si j’avais 16 ans lors de la découverte au ciné de l’œuvre originelle, et qu’il est vrai que je porte depuis un culte a ce personnage du guerrier solitaire, et ce monde hostile dans lequel il erre. Pour F.R. il manque ce « petit » supplément d’âme que l’on appelle l’émotion, Conjugué avec la « disparition » de Mad Max, dont le fantôme n’a plus aucune consistance, voilé par la taille de ce nouvel héros qu’est… l’action.
    C’est un problème de riche, j’en conviens, tant ce film est un trésor de fureur maîtrisée !le mythe est désincarné au profit d’un énormissime Mad and furious ! Mais j’ai peut être fais mon gastronome en culotte courte devant ce festin orgiaque…

  • Princécranoir  says:

    Ah ça chipote, ça fait sa mijaurée devant la belle carrosserie… Mais laissez-moi klaxonner ! Tu as l’art souffler le chaud et le froid dans ta chronique aussi bien réglée que le V8 d’Immortan Joe. Tu as parfaitement condensé en une formule l’ADN de cette renaissance post-road-movie inventé par Miller grâce à une phrase : « C’est dans la chair que les chapitres de Mad Max sont inscrits » Et cette chair est, comme tu l’as souligné, bien plus nourrissante que ne le laisse supposer ce script aussi linéaire que un aller-retour dans la jungle du « Predator », aussi binaire qu’une virée vers les mines des « coups de feu dans la sierra » du grand Peckinpah. C’est un film sans appel d’air, qui dénonce la fuite en avant. Pas de pot pour l’échappement ! ;-). Ici, le nihilisme fait loi comme tu l’as très bien écrit dans ton texte : un monde où survivre est une souffrance, où mourir pour une cause est une libération, où les leucémiques sont rois et les aveugles sont guitar heroes. Cette notion de survie « anti-naturelle » rejoindrait presque l’impasse de « la Route », le roman désespéré de McCarthy. Toutefois, la « fury road » n’invite jamais à la résignation, et dans le fracas des taules en fusion, Miller exige que ses combattantes fassent volte-face, affrontent leurs démons, telles les fières guerrières peshmerga. Pour ça, je trouve Theron excellente, et son adjoint Hardy plutôt bon. En plus, je ne suis particulièrement nostalgique de papy Mel. Le sang neuf de ce Mad Max bien tuné irrigue chaque plan d’un film qui semble sans contrainte. C’est là où je diverge (en un seul mot) avec ton introduction qui rabaisse le film à un pur produit pour bouffeur de pop-corn. Il me semble que Miller met bien plus de son âme dans ce film que n’importe quel mercenaire au service des maisons Marvel et consort (j’inclus évidemment les « gardiens d’immeuble de la galaxie »). C’est un projet porté de longue date, mûrement réfléchi (j’adore cette novlangue contrairement à toi), et méchamment tripant. Que demande le peuple si ce n’est le plein d’essence pour connaître la suite ?

  • Roggy  says:

    Avec pas mal de retard je viens de lire ta chronique. Et, laisse-moi te dire que c’est certainement une des meilleures. Sans euphorie, tu décortiques parfaitement le film. Même si j’ai été plus dithyrambique que toi, je suis d’accord avec ces légères anicroches qui, personnellement, ne m’ont pas gênées. Du bon boulot l’ami pour un fin qu’on a finalement bien aimé tous les deux. Et encore merci pour le lien.

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