Cin’Exploitation, le fanzine

Category: Fanzines Comments: 4 comments

Qui a dit que le tout-puissant Internet amenait forcément à la fin des fanzines ? Car dans le cas de Cin’Exploitation, c’est les joies de la toile qui poussèrent quelques joyeux bisseux à passer du numérique au format papier, pour le bonheur des grands… et des grands ! Car vu les sujets traités, vous ne risquez pas de prêter ce fanzine à votre petit frère !

 

 

Pour peu que vous vous intéressiez aux fanzines, ne serait-ce qu’un minimum, vous connaissez forcément Laurent Faiella, alias le Fanzinophile. Tenancier du blog du même nom, ce Belge donne forme, petit à petit, à une base de données dantesque sur les revues empaquetées avec amour par quelques fans d’un cinéma qui sent bon la VHS crasseuse. Vous connaissez donc cette personnalité du milieu, ce passeur d’âmes qui aide les fanzines francophones à trouver leur chemin jusqu’à nos pupilles avides de nouvelles lectures inédites. Mais ce que vous connaissez moins, si ce n’est pas du tout, c’est les activités couchées sur papier du bonhomme, qui a participé à l’aventure Cin’Exploitation, fanzine à l’histoire assez originale. Ainsi, alors que la plupart des revues confectionnées par quelques amateurs débutent leur carrière en sortant des imprimeries et créent éventuellement un site ou un blog pour aider à la promotion de leur travail, la revue qui nous occupe aujourd’hui procéda autrement. Aux origines était un forum, qui donnera son nom au zine, et qui permit à quelques bouffeurs de péloches déviantes de se réunir autour de quelques topics pour échanger, débattre, découvrir, en somme explorer de nouveaux horizons à plusieurs. Une idée venue de Sangore, jeune Belge arpenteur de forums dédiés à l’horreur (vous pouvez le retrouver sur le forum Ultra Gore) et qui décida donc un beau jour de lancer le sien pour aider le cinoche qui en jette à trouver de nouveaux admirateurs. Un forum complet, qui était découpé en plusieurs sections (une pour chaque sous-genre : Blaxploitation, Nunsploitation, Nazisploitation,…) et qui contenait donc de nombreuses chroniques sorties des claviers des membres, visiblement toujours ravis à l’idée de partager leurs derniers coups de coeur. « Mais pourquoi ce con de Rigs Mordo parle de ce forum au passé ? », vous demandez-vous les yeux humides. Tout simplement parce qu’il se trouve que le forum n’existe malheureusement plus… Il semblerait en effet que l’hébergeur n’ait guère apprécié les nombreuses photos qui émaillaient les lieux, l’effaçant tout simplement du jour au lendemain sans crier gare à Sangore et aux autres gérants… Un coup dur qui aura éradiqué toute trace des discussions qui se trouvaient sur Cin’Exploitation, qui aura eu la bonne idée de se reproduire en un fanzine qui devient donc la dernière trace d’existence du dur labeur de ces chevronnés bisseux…

 

CinExploitation0

 

Tout débutera par un numéro 0, perçu par ses géniteurs comme un brouillon et, en vérité, un empilement de chroniques reprises de leur forum. On pouvait donc croiser les pellicules de Keoma, Big Tits Zombies (vous reprendrez bien un verre de lait caillé, non ?), The Black Godfather, Love Camp 7, Escape From Hell et on en passe. Un bel éventail des possibilités du cinéma de genre, ici traité au travers de toutes ses chapelles, sans racisme envers un style ou un autre. Notons également des papiers sur ces personnalités, ces dieux même, du bis rital que sont l’inévitable Bruno Mattei et l’acteur Giuliano Gemma (Mort ou Vif, de préférence mort) mais aussi une interview de Jean-Clément Gunter, dont le dernier film en date, Séquelles, vient tout juste de sortir en DVD. S’il fut parfois perçu comme une simple compilation de chroniques, un jugement par ailleurs partagé par les créateurs de Cin’Exploitation, ce numéro zéro fut malgré tout bien reçu, entraînant en tout logique le numéro 1 qui débarqua en mai 2011. Au menu : le même besoin de traiter les bandes d’exploitation dans toute leur diversité, piochant à gauche et à droite, dans tous les genres, histoire de prouver que, décidément, il y en a pour tous les goûts ! Cin’Exploitation est de ces fanzines qui passent d’un terrain à un autre, labourant ce qui doit l’être, sans tenter de fournir une ligne directrice. Les cinquante pages de la revue sont donc très libres et ne cessent de rebondir entre les différents courants qui font de la Série B un univers constellé d’étoiles et planètes disparates mais qui contiennent le même oxygène. On peut par ailleurs parler de bouffée d’air frais concernant le zine concocté par la bande à Sangore puisque nous est ici proposé de quoi séduire les cinéphiles les plus curieux. Après un sommaire et un édito modeste rédigé par le Fanzinophile (sous le pseudonyme de Buliwyf), la bande nous propose un « petit glossaire du cinéma d’exploitation » comme elle l’appelle, ce qui permettra aux lecteurs peu habitués à certains termes de savoir dans quelle gadoue radioactive ils foutent les pieds. Les choses sérieuses débutent ensuite, et sans tarder, avec du Jess Franco des seventies via La Noche de Los Asesinos et ses problèmes d’héritage dérangés par un assassin masqué tout droit échappé du krimi. C’est un certain Nicore qui se charge de nous en apprendre plus sur ce film, épluchant l’intrigue pour nous, ce qui donne l’occasion d’en savoir plus sur cette bande qui fait plutôt partie des moins connues du réalisateur. Laurant Faiella, alias le Fanzinophile, alias Buliwyf (vous avez le choix de l’appellation) reprend la main avec le polar spaghetti via Un Flic Explosif de Stelvio Massi, nous permettant de faire connaissance avec le commissaire Olmi, flic brutal qui ira se reposer à la campagne mais finira tout de même par y mettre un joli souk en explosant la pègre des champs. De quoi passer un week-end agréable, en somme ! En parlant de week-end, le zine se poursuit avec Week-End Sauvage de William Fruet, rape and revenge particulier mettant en avant une femme plus forte que son compagnon comme nous l’explique si bien le rédacteur Drugula ! Un beau compte-rendu sur ce film, tout comme celui de Laurent Buliwyfanzinophile (on résume, on résume !) sur Le Blanc, le jaune et le noir de Sergio Corbucci, western comique dans lequel Eli Wallach, Tomas Millan et Giuliano Gemma créent un trio dont dont le membre le plus marquant semble être un japonais caricatural. Une bien bonne chronique là encore, qui nous en apprend plus sur ce film méconnu…

 

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Les choses se corsent sévèrement avec le retour de Nicore qui va nous proposer deux chroniques de films nettement plus trash. A savoir Forced Entry et The Defiance of Good, deux œuvres que Disney Channel hésite encore à programmer puisque parlant d’un maniaque qui viole des demoiselles pour le premier et d’une jeune fille qui sera violée dans un asile pour le second. Ca ne respire pas la joie et la bonne humeur, c’est certain, mais force est de reconnaître que Nicore parle très bien de ces films là encore très obscures (dans tous les sens du terme !) et dont on n’entend pas parler tous les jours. Changement d’ambiance une fois arrivé à la moitié du fanzine puisqu’on délaisse le sexe forcé pour la déconne avec une longue chronique de Windbug, qui déploie ses ailes pour venir nous conter ce qu’il en est du coffret réunissant les deux Time Demon et Jurrasic Trash de Richard J. Thomson, édité chez Bach Films. Les trois films sont donc passés en revue et l’on sent que le chroniqueur hésite entre tendresse et envie de se moquer un peu, ce qui arrive à certains moments, même si l’amour pour ces séries Z fauchées finit par l’emporter. Dans tous les cas, c’était un petit dossier très sympa à lire, tout comme celui que nous offre Sangore sur le Razor Reel Fantastic Film Festival Brugge, qui se déroula donc dans la ville belge pour y déverser des torrents de sang neuf. Sangore a donc assisté à plusieurs pelloches qui foutent le sourire, comme le génial docu Video Nasties dont je vous ai déjà parlé en ces pages, le slasher mollasson Cornered, le sans doute très fun Mutant Girl Squad ou encore le Nude Nuns with Big Guns qui a bien tapé dans l’œil de notre chroniqueur. Après toutes ces critiques qui nous font bien saigner du nez, Cin’Exploitation modifie ses plans et se dirige vers une très bonne interview d’André Quintaine de Sin’Art, ce qui permet d’en savoir plus sur les multiples actions de ces activistes qui aident bien les plaisirs underground à trouver le chemin de la surface. Après un petit article non signé (mais qui est derrière ce papier ?) sur Guido et Maurizio de Angelis, article très bien rédigé mais qui m’a un peu moins intéressé parce que je ne suis pas très branché par les papiers sur les musiques de films, on conclut avec une petite bio de Linnea Quigley, déesse de la série B, qui nous permet donc de reposer ce fanzine sur une note sexy. Et on ne va certainement pas s’en plaindre !

 

thomson

 

Le contenu passé au crible, intéressons-nous au contenant. Autant le dire d’emblée, nous sommes ici face à un fanzine bricolé avec les moyens du bord, fait pas de réels amateurs qui ne sont pas des maquettistes. La mise en page, réalisée par Le Fanzinophile, est donc assez rudimentaire, faite sur Word, tandis que l’impression n’est pas passée par une imprimerie professionnelle mais par l’imprimante personnelle de Laurent Faiella. Inutile donc d’espérer découvrir quelque-chose de ressemblant au dernier Médusa, par exemple, la confection n’étant pas du tout la même. Ce qui n’empêche pas Cin’Exploitation d’être réussi dans sa propre direction : ainsi, il est indéniable que la maquette est claire et lisible, efficace même. Certes, il y a des couacs, comme celui de la couverture, qui annonce le contenu du zine avec en arrière-plan une image qui limitera la visibilité du texte. Notons cependant que ce défaut étant encore plus présent pour le numéro 0 qui, pour le coup, avait des inscriptions difficilement lisibles sur sa couv’. Mais en dehors de ces petits chipotages sans incidence, rien à reprocher à Cin’Exploitation, un fanzine qui tient ses paris. C’est instructif, facile à lire, bien rédigé, simple dans le sens noble du terme et en prime très généreux au niveau des illustrations, abondantes. Ainsi, lorsqu’un film est chroniqué, l’article est accompagné d’un grand nombre de screenshots, pas toujours très visibles ou clairs, mais qui en tout cas nous montrent très clairement à quoi ressemble l’œuvre analysée. Ce qui, dans le cas d’un art visuel, est tout de même un énorme plus, vous en conviendrez ! On prend donc un immense plaisir à parcourir ces vrais petits romans-photos, admirant la belle Linnea sur les pages qui lui sont consacrées, avant d’aller reluquer les huit affiches du cinoche d’exploitation qui sont offertes en fin de parcours. Et amateurs des demoiselles dénudées, soyez rassurés, l’équipe a pensé à vous et vous offre autant de plans nichons que faire se peut ! On tient donc ici un fanzine particulièrement engageant, qui a le mérite de se pencher sur le cas de films peu traités ailleurs, très récréatif et particulièrement agréable à s’envoyer dans les pupilles. On regrette en tout cas bien fort que ce numéro 1 soit resté sans suite depuis 2011, d’autant que ses créateurs avaient à l’origine l’intention de sortir plusieurs numéros par an. Alors on se ressaisit, les mecs, et on repart au fourneau, car j’en reprendrais bien une salve, moi, de votre bon petit magazine !

Rigs Mordo

 

Pour en savoir plus, vous pouvez aller sur la page du Fanzinophile dédiée à ce zine et aller lire cette interview sur le site Revues de cinéma.

4 comments to Cin’Exploitation, le fanzine

  • Le Fanzinophile  says:

    L’article sur les frères De Angelis est de moi également 😉 (il me semblait pourtant l’avoir signé).
    Bien content que tu aies apprécié le fanzine 🙂

  • Roggy  says:

    Décidément, le plat pays est une terre bien malfamée, pourvoyeuse de belges pervers et cinéphiles déviants s’adonnant au fanzinat. Je ne connaissais pas ce fanzine, mais je lui souhaite une longue et heureuse vie !

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