Street Trash

Category: Films Comments: 7 comments

Si pour vous le terme « alcool fort » s’associe à des jus de fruits pour gamines comme l’absinthe ou la vodka, il va falloir réviser votre jugement à grands coups de Viper! Car l’alcool trouvable dans le Street Trash de Jim Muro ne vous refilera pas seulement une gueule de bois carabinée mais vous fera également repeindre votre calbar au coulis de viscères et la pièce entière au même coloris. De quoi provoquer une descente d’organes chez la plus expérimentée des femmes de ménage!

 

 

Prout! Drôle de manière de débuter une chronique, n’est-ce pas ? Mais c’est pourtant une entrée en la matière plus qu’adaptée lorsque vient le temps de disséquer Street Trash, série B culte s’il en est et sortie en 1987 qui débutait elle aussi par un vent crasseux. Et oui, dès les premières secondes du film, un clochard tente de passer derrière un homme corpulent qui, se pensant seul, lâche un énorme pet dans la tronche du pauvre sans-abri, qui repart en maudissant une journée qui n’en finira plus de s’aggraver. Si vous êtes des habitués de Toxic Crypt, vous savez depuis un bon moment que la finesse n’est pas nécessairement mon fort, et encore moins ce que je préfère au cinéma. Et vous en déduirez donc facilement que le premier et unique film de Jim Muro est plutôt ma tasse de thé, le genre de bande que j’engouffre dans mon lecteur avec le sourire de celui qui sait qu’il va assister durant 90 minutes à tout ce qu’il aime. Et ce « tout » disponible en un seul et même endroit, on le doit à un jeune gars qui avait la vingtaine en 1987 et qui, étudiant les arts cinématographique dans une école spécialisée, se lançait dans une version courte du film qui nous occupe aujourd’hui. Bien sûr, ses professeurs ne seront pas très emballés par un récit se penchant sur les malheurs d’une bande de clodos qui se mettent à fondre après avoir ingurgité un alcool qui vieillit mal. Le jeune réalisateur sera tout de même encouragé à continuer dans cette voie, voire à transformer l’essai en long-métrage, par Roy Frumkes son professeur de cinoche à New York et futur réalisateur de documentaires (Document of the Dead revenant sur les travaux de Romero, c’est de lui) et scénariste (la série des The Substitute). Il filera un coup de main à Muro en l’aidant sur le script, qu’il écrit, en produisant et finançant et en jouant même dans le film: le pauvre homme d’affaire qui se ramasse du slime jaune sur la face, qui s’efface, c’est lui! Une aide bienvenue qui permettra au film de se faire, même avec un budget bien évidemment assez faible, production indépendante oblige. Mais avec Evil Dead sorti quelques années plus tôt, les jeunes metteurs en scène avaient un glorieux modèle sous les yeux, une preuve qu’un travail acharné et inventif pouvait pallier au manque de moyens. A condition d’être malin et de savoir tirer le maximum du peu qu’on a et jouer de roublardise, bien sûr. Muro n’étant pas un con, il décide de placer son intrigue dans le dépotoir tenu par son père, qui lui fournit donc un décor parfait pour créer le quartier général d’une bande de SDF violents. Quelques acteurs amateurs ou débutants, quelques amis ou jeunes techniciens (dont Bryan « X-Men » Singer), et le tour est joué!

 

streetrash1

 

L’histoire débute par la découverte d’une caisse de Viper, alcool vieux de plus de soixante ans et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il n’y gagne pas avec les années. Mais ignorant les dangers de ce liquide meurtrier, un vendeur de liqueurs décide de mettre à la vente ces bouteilles pour 1$, songeant à raison que ce prix dérisoire permettra d’écouler cette marchandise encombrante aux clochards du coin. Et ça marche! Le problème c’est qu’une gorgée de Viper fait fondre celui qui l’ingurgite et retapisse les environs aux couleurs de l’intérieur humain! La police commence dès lors à s’interroger sur ces drôles de morts qui ont la fâcheuse tendance à saloper les trottoirs et portent leurs soupçons sur Bronson, le chef des clochards ayant installé ses quartiers dans la casse du coin. Ils ont de bonnes raisons de voir en lui le coupable de ces salissants massacres puisque ce rescapé de la guerre du Vietnam est devenu totalement fou sur les champs de bataille et, ivre de violence, il tabasse et tue tous ceux qui le dérangent. C’est le cas de Fred, jeune clodo qui ne se soumet pas à lui et a même la fâcheuse tendance à lui piquer le fric obtenu par ses sous-fifres lors du racket d’autres sans-abris. C’est un petit jeu du chat et de la souris qui se met en marche, les uns cherchant les autres pour leur foutre la raclée de leur vie. Le moins qu’on puisse dire c’est que pour un petit budget, Street Trash parvient à créer un véritable univers, très complet et parcouru par des personnages plutôt mémorables. Et tous très sales ou sauvages, cela va sans dire! Inutile par exemple de chercher un héros dans ce panier de crabes, le fameux Fred étant par exemple un protagoniste principal qui ne brille pas par sa grandeur d’âme. Il vole l’argent de son frère avec lequel il vit dans une caverne créée avec des vieux pneus, ramène une femme complètement saoule pour la tringler tout en remarquant bien qu’elle le prend pour un autre et, comble de la galanterie, l’abandonne a une horde de clochards en rut car trop fatigué après s’être déchargé en elle. Un prince charmant, quoi. Et n’allez pas imaginer que le flic de service vaut beaucoup mieux puisqu’il est touché par la bêtise, avoue ne pas savoir lire, et montre tout son respect à un malfrat qu’il tabasse en lui foutant la tronche dans les urinoirs avant de s’enfoncer deux doigts dans la gorge pour se forcer à lui vomir dessus!

 

streetrash4

 

Bien évidemment, vu les tendances qu’ont les gentils de l’histoire, vous imaginez sans mal de quel bois se chauffent les méchants. Bronson est bien évidemment le plus vil de tous, sa démence le rendant particulièrement dangereux. Pour vous dire, il a taillé un fémur pour qu’il lui serve de poignard! C’est dire s’il est vilain. Ce gros ours à la barbe rousse viole, tue, cogne et hurle à tout va et le seul moment où il peut être touchant (c’est d’ailleurs le seul pour qui on a un peu de sympathie, bizarrement), c’est lorsqu’il est tenaillé par ses cauchemars, revivant chaque nuit l’enfer de la guerre. Une petite pause dans la chronique avec une anecdote personnelle sans grand intérêt: un jour que je me baladais en rue, un sans-abri me demande si je n’ai pas un peu de monnaie à lui donner. Ca tombe bien, j’en avais, et c’est donc avec plaisir que je lui refile les quelques pièces qu’il me restait. Et c’est là que je remarque que j’ai en face de moi Bronson! Pas le vrai, bien sûr, mais un véritable sosie: un mec costaud, grand, les yeux illuminés, la barbe rousse,… Ne manquait que le couteau osseux! Je connaissais bien évidemment Street Trash lorsque je rencontrai cette personne, qui se lança dans un flot de paroles qui me rassura dans un premier temps: il n’était pas méchant pour un sou. Il était même assez triste, quelqu’un venait de lui voler son hamster (!) avec lequel il vivait dans la rue depuis plusieurs années maintenant. Il m’expliquait également qu’il avait fait un jour un tour de manège dans une fête forraine et s’était retrouvé pendu à un câble qui commençait à l’étrangler et que le machiniste ne voulait pas arrêter l’engin pour le laisser descendre. Et puis paf!, changement de visage, le mec sort les dents et se met à crier « Mais un jour je vais acheter une mitraillette et PAN! PAN! PAN! PAN! Je vais tirer dans le tas et tuer tout le monde! ». Là j’ai commencé à m’inquiéter un brin et j’ai saisi l’occasion de me tirer discrètement lorsqu’un de ses amis de la rue vint bavasser avec lui. Pauvre homme quand même… Bronson n’a pas de hamster lui mais une demoiselle couverte de suie qu’il traite de salope à tout bout de champ tout en avouant que c’est la meilleure baiseuse du quartier (du dépotoir, donc). Dépotoir qui appartient à un type obèse qui ne cesse de harceler, et même de tenter le viol, sur sa secrétaire, une asiatique qui est ici la fleur qui a poussé sur le fumier, la petite note de douceur dans un déluge de fureur. Mais comme si Street Trash ne pouvait décidément pas avoir le moindre élément sexy en son sein, l’actrice est tout sauf désirable (qu’elle me pardonne si elle me lit un jour, ce qui est heureusement peu probable) en plus de faire des bruits dégueulasses lorsqu’elle se met à lécher le torse de son amant. La sensualité à, avec elle, le même bruit qu’un coup de poing dans un plat de spaghettis! Un véritable défilé de gentlemans que le film de Muro, donc…

 

streetrash5

 

Bien évidemment, toutes ces belles âmes sont accompagnées de visuels à peine plus recommandables. Les rues sont sales, les immeubles effondrés, le dépotoir bien évidemment cradingue, la flotte est verdâtre et les seuls endroits un peu classes que nous verrons sont gérés par une mafia bien évidemment des plus violentes. Le théâtre parfait pour des massacres en tous genres, et ceux de la boisson Viper en premier lieu. Car ça y va niveau gore, la réputation du film ne sortant pas de nulle part. Un type qui n’est plus parvenu à chier depuis un mois (c’est lui qui le dit!) se met à fondre alors qu’il est aux chiottes, l’alcool frelaté le débouchant si bien qu’il se chie lui-même et se transforme en une flaque vivante et hurlante. Un autre se met à gonfler et à roter et péter comme un orchestre avant d’exploser pour répandre ses organes dans tous les coins. Les autres se liquéfient, se font dissoudre, se transforment en bouillie fumante et acide, le tout grâce à des effets spéciaux qui ont gardé de leur mordant et restent très impressionnants. La censure ne pouvait en tout cas rien y dire car, malin, Muro utilisait lors de ces scènes de la peinture fluorescente plus que du sang bien rouge, ce qui apporte aux séquences dégueulasses un aspect pop, cartoonesque, qui bien évidemment crée une certaine distance avec la brutalité des faits, moins malsains qu’il n’y parait grâce à ce déluge de couleurs. Ce qui n’empêche pas quelques idées crues, comme lorsque cette pauvre fille se fait violer à mort par la troupe de clodos, qui l’abandonnent dans la casse. Découverte par le gros tenancier des lieux, elle finira violée une fois de plus, de manière nécrophile, l’énorme type profitant de ce corps qui ne se débattra pas pour se vider. Il y gagnera tout de même la syphilis… Mais même cette scène très glauque sur le papier est assez amusante dans le film de par la petite chansonnette que chantonne ce baiseur de cadavres, doté d’une évidente relaxation qui apporte un décalage assez drôle avec les évènements. De même, lorsque Bronson coupe la bite d’un malappris qui lui urinait dessus, c’est pour mieux organiser un nouveau sport, les vagabonds se lançant le zgeg, se le refilant les uns aux autres pour que le pauvre gars ne puisse le récupérer et aller se le faire recoudre. Il parviendra heureusement à mettre la main dessus et s’accrochera à l’arrière d’un bus scolaire pour aller aux urgences… ce qui fait bien évidemment hurler les enfants présents dans le véhicule! Difficile de ne pas rire à une géniale une connerie pareille!

 

streetrash2

streetrash3

Exclu: avant d’être polémiste, Eric Zemmour jouait dans des films gores!

 

Street Trash c’est donc le cheesy incarné, le summum du campy gore, avec son lot d’acteurs qui en font des caisses et sa VF tout simplement hallucinante et qui colle parfaitement bien au spectacle. On voit que Muro était très jeune lorsqu’il a créé ce joyeux bordel, qui est irrévérencieux, puéril et adolescent jusqu’au bout des ongles dans sa volonté d’être aussi vulgaire que possible. La nudité y est totale (il y a des nichons mais aussi de la toison), le gore éclaboussant, les dialogues grossiers (il y a du « pédé », du « salope » et du « face de rat » à chaque minute, cette dernière insulte n’étant pas bien méchante mais si présente que je me dois de la signaler). Street Trash est un énorme glaviot craché aux bonnes manières, qu’il bouscule autant que faire se peut. Il est dès lors facile d’imaginer que ce crétinisme revendiqué et assumé s’accompagne d’une réalisation approximative, amateur et torchée à la va-vite, sans passion comme c’est le cas d’un paquet de série B ou Z qui se reposent sur le gore, un argument de vente suffisant pour beaucoup. Tout faux, Jim Muro soigne au contraire son long-métrage au maximum, ce maestro de la caméra multipliant les plans en mouvement, la faisant courir avec ses personnages, lui faisant raser le sol, la malmenant avec force pour qu’elle délivre de la qualité. Pas étonnant que le mecton se soit retrouvé embauché par James Cameron et bien d’autres pour ses talents avec la Steadycam vu la maîtrise qu’il affichait déjà dès son plus jeune âge! Sans conteste, Muro pouvait être placé aux cotés de Sam Raimi dans le rang des surdoués. Malheureusement pour nous, il abandonna sa carrière de réalisateur aussi vite qu’il la commença, ne versant plus jamais dans le gore qui gicle malgré l’excellent accueil reçu par son premier essai par la presse spécialisée et les amoureux de l’horreur. La raison ? Plusieurs rumeurs tournent, certaines faisant état que la mafia se seraient mêlées de ses affaires et feraient pression sur lui pour qu’il ne réalise plus rien. Plus crédible, on dit souvent qu’il est devenu un chrétien fini, membre d’une secte, et qu’il déteste donc ses travaux de jeunesse qui seraient l’œuvre du malin. Comme quoi, on peut tous devenir des cons d’un jour à l’autre…

 

streetrash6

 

Street Trash serait donc une œuvre sans défaut aux yeux du gardien de la crypte toxique ? Pas vraiment, car il y a tout de même une petite couille dans le potage: un déséquilibre scénaristique. En effet, sans trop que l’on comprenne pourquoi, Muro et Frumkes ont placé la majorité des scènes gore liées à l’alcool malsain à la fin du film. Alors certes, on assiste à un quart d’heure de pure folie, c’est indéniable, mais cela en fout également un petit coup au milieu du film, qui préfère aligner les sketchs comiques (le passage du clodo black dans le supermarché, sympa mais un peu long au vu de son inutilité dans le récit) ou développer un peu les personnages, parfois alors que ce n’est pas nécessaire (on pourrait couper certaines scènes du flic qui cela ne modifierait en rien l’intrigue). Plus ennuyeux, on a pendant un long moment la sensation que Muro oublie son sujet, la boisson venimeuse Viper, puisqu’il n’en est plus fait mention pendant une certaine durée. On se perd donc un peu en chemin et le tout aurait sans doute été meilleur si les quatre séquences de corps qui fondent qui s’enchainent dans la dernière partie avaient été réparties sur tout le film. Ce n’est malgré tout qu’un léger problème qui n’entrave pas la réussite de l’ensemble, qui est sans doute le film fun qu’il vous faut lorsque vous n’avez pas envie de vous prendre la tête avec du gore trop putride et choquant, même si quelques passages font de l’effet sans que le second degré ne soit au rendez-vous (comme les souvenirs du Vietnam de Bronson, entouré de cadavres, en train de limer la jambe d’un compagnon mort!). Mais pour le reste, c’est du plaisir à l’état pur, le film toxique par excellence, le summum du cinoche de sale gosse, la bible du cheesy. Un véritable classique, un indispensable, et on ne serait pas contre que le Jim Muro laisse tomber ses Titanic, Rush Hour et compagnie pour redevenir l’enfant malpoli qu’il était, histoire de renvoyer quelques constipés dans la cuvette des WC!

Rigs Mordo

 

streetrashposter

 

  • Réalisation: Jim Muro
  • Scénarisation: Roy Frumkes, Jim Muro
  • Production: Roy Frumkes, Edward Muro Sr., James Muro Sr.
  • Pays: USA
  • Acteurs: Vic Noto, Mike Lackey, Jane Arakawa, Bill Chepil
  • Année: 1987

7 comments to Street Trash

  • Roggy  says:

    Très bonne chronique pour ce petit film d’horreur vu lors d’un passage télévisuel. Pas exceptionnel dans mon souvenir mais de bonnes scènes gores pour un petit budget. D’ailleurs, apparemment Jim Muro n’a pas grand chose depuis, alors qu’il s’était mis le pied à l’étrier ?

  • Roggy  says:

    Effectivement, j’ai vu qu’il avait travaillé sur des films comme « Rush hour 3 » ! Le fait de devenir chrétien aurait pu plutôt le tourner vers un ciné fantastique d’exorcisme comme Scott Derrickson. Bien vu la vraie-fausse photo de Zemmour 🙂

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Muro continue son boulot de steadycamer, et il est devenu apparemment un assez bon opérateur au sein d’Hollywood. Pas surprenant du coup de le retrouver sur de grosses productions, bonne ou mauvaise.
    Mais effectivement il semble bel et bien avoir été influencé après Street Trash par une secte quelconque et à renié son film, passant d’un réal incroyable à un simple technicien.

    Sinon superbe chro pour un film pas facile à raconter. Comme toi le seul défaut que je lui trouve tient de la structure scénaristique (il n’y a pas vraiment de fin, et si l’angle lié à Bronson est conclu, le Viper est toujours plus ou moins dehors), mais comme le film a d’abord été conçu comme un court-métrage avec des rajouts fait après-coup, ce n’est pas tellement une surprise.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>