Puppet Master III: La Revanche de Toulon

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Il y en a qui ont la vie dure! Toulon, le Puppet Master en personne, est de ceux-là, de ces agités qui ne peuvent accepter la mort et continuent de croquer la vie à pleines dents, y compris celle des autres. Avec ce troisième opus de la série Puppet Master, Charles Band et sa clique vous invite à découvrir l’histoire de cet homme revanchard…

 

Jamais deux sans trois, surtout quand l’affaire fonctionne du tonnerre. Vu que Charles Band fait des suites de séries Z qui se vendent à peu près autant que les chasse-neiges au Sahara, vous imaginez bien qu’il ne va pas couper les fils de ses marionnettes chéries qui lui assurent le succès en ce début des années 90. On peut le comprendre, avec la fin d’Empire dans les années 80 et la naissance de Full Moon, qui au fond n’avait pas le succès garanti, il y a sans doute usé quelques falzars le Charlie, donc autant jouer la sécurité pendant un moment. Ce moment dure depuis plus de vingt ans maintenant, mais c’est une autre histoire. Reste qu’en 1991 il lance la production de Puppet Master III: La Revanche de Toulon, qui sortira quelques mois seulement après le réussi Puppet Master II de David Allen. Mais pas question pour Band de garder le petit génie de la stop-motion dans son théâtre aux poupées, le producteur de la pleine lune étant trop désireux de s’approprier le succès de sa saga pour laisser une personnalité s’implanter durablement dans celle-ci. Il décide donc de faire appel à un certain David DeCoteau, bien connu des bisseux et des bouffeurs de séries Z. Et généralement de manière assez péjorative puisqu’il fut la proie de nombreuses railleries, le réalisateur étant généralement perçu comme l’un des pires en activité, le genre dont on se moque vite et facilement et qui est connu pour ne pas livrer que des bons films. Ce qui avec le temps est devenu assez vrai, ou tout du moins pas totalement faux… Mais en 1991, la donne était un peu différente et s’il n’avait aucun classique à son actif et versait déjà largement dans la série B régressive qui flirtait dangereusement avec la fin d’alphabet, on lui devait tout de même quelques œuvres aussi campy que cheesy qui firent les joies des vidéoclubs comme Creepozoids, Dreamaniac, Sorority Babes in the Slimeball Bowl-O-Rama ou encore Nightmare Sisters. Des petites bandes aux budgets riquiquis, pas toujours sorties chez nous (rarement même), mais qui participèrent à lancer quelques stars de la vidéo sanguinaire, comme Linnea Quigley ou Michelle Bauer. Quoique l’on pense du DeCoteau et de son œuvre, il participera activement, avec Jim Wynorski et Fred Olen Ray, à une certaine tendance du cinéma bis, sans doute pas la plus prestigieuse, sans doute pas la plus généreuse en bons films, mais en tout cas l’une des plus amusantes! Alors gardons l’esprit ouvert et libre pour donner sa chance à Puppet Master III, que l’on imagine comme plus cheesy que ses prédécesseurs avec pareil maître de chantier.

 

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La surprise n’en est que plus grande pour celui qui ne se base que sur le nom du David pour se faire une idée. Car contre toute attente, Puppet Master III est très clairement le moins cheesy de la trilogie originelle et définitivement le plus sombre. Non pas que les deux premiers opus étaient des modèles de luminosité, bien au contraire, mais un cap supplémentaire est ici passé avec ce troisième volet qui est en fait une préquelle. Nous quittons en effet le bel hôtel arpenté dans les films de David Schmoeller et David Allen (les Puppet Master, une affaire qui roule pour les David!) pour revenir à Berlin en 1941, lorsque le brave Toulon et sa compagne Elsa changeaient les idées des mouflets alors dépités par la deuxième guerre mondiale avec leur spectacle de marionnettes. Les plus attentifs d’entre vous vont déjà percevoir un gros problème de continuité puisque le premier film nous montrait Toulon se suicider en 1939! Comment il fait pour être en si bonne forme deux ans plus tard alors qu’il s’est ramassé une balle dans la tronche ? Tout simplement par la magie du je-m’en-foutisme des productions Full Moon et de leurs scénaristes, ici un certain Courtney Joyner qui écrira d’autres péloches pour Band, comme Doctor Mordrid, Trancers 6 ou encore Puppet Master vs Demonic Toys, également réalisateur à l’occasion (Trancers III, Lurking Fear). Un soldat de la série B des années 90 et 2000 donc, qui ici ne semble pas s’embarrasser de la cohérence. Il faut dire qu’il est de toute façon piloté par Charles Band qui lui s’en fout complètement, de la cohérence. Ainsi, parmi d’autres problèmes, on remarquera que ce troisième film nous montre la naissance de Blade en 1941… Blade qui était déjà visible dans l’introduction du premier film qui se déroulait en 1939! De même, on nous explique bien gentiment que Toulon a visité l’Egypte quinze années avant 1941 (ça fait donc 1927, si vous êtes de Tchernobyl vous pouvez compter sur vos quinze doigts), or un poster annonçant la venue de Toulon au pays des pharaons indique la date de 1912! La chronologie en prend un coup et mieux vaut ne pas trop s’attarder sur ces détails si l’on ne veut pas avoir la caboche qui saute façon Scanners, la saga Puppet Master étant un cauchemar pour celui qui s’amuserait à créer une ligne du temps pour y voir plus clair. Mais si Joyner n’est pas le plus doué de sa génération au niveau de la cohésion, il se débrouille plutôt bien pour apporter un aspect dramatique à l’ensemble. Les deux premiers films n’étaient déjà pas forcément des brûlots d’humour et naviguaient déjà entre bizarrerie et romantisme tragique, dans la grande tradition du cinéma horrifique téléguidé par la Universal, mais en plaçant son histoire dans un Berlin qui bascule dans la terreur, le scénariste enfonce encore un peu plus le clou…

 

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Le spectateur sera particulièrement marqué par l’ambition du projet, qui revient dans le temps avec un certain talent puisque l’on croit volontiers à ce retour en 1941. Les décors sont plus nombreux qu’à l’accoutumée, il y a de la figuration en suffisance, des costumes crédibles et une ambiance lourde qui favorisent l’immersion. Full Moon ne nous avait pas franchement habitués à cela, eux qui généralement se contentaient de huit acteurs et deux pièces pour tout décor… La trame générale est en prime bien tenue elle aussi, quand bien même elle se fend de la très classique histoire de vengeance. Revenu d’Egypte avec son sérum verdâtre qui rappelle celui de Re-Animator en poche, Toulon égaye donc les après-midi des petits Allemands qui trouvent dans les aventures des marionnettes, qui tuent un Hitler miniaturisé pour les besoins du spectacle, un réconfort bienvenu. Mais ces spectacles finissent par attirer l’attention de la Gestapo, qui trouve étrange que Toulon parvienne à faire bouger ses poupées sans avoir recourt à des fils… Cela tombe bien pour eux, d’ailleurs, puisque les nazis cherchent justement à créer une armée de morts-vivants, le scientifique Dr Hess tentant de réveiller les soldats morts au front pour qu’ils y repartent, le tout sous le commandement du cruel Major Kraus. Ce dernier décide d’aller capturer Toulon pour le torturer et obtenir ses secrets mais l’arrestation du marionnettiste tourne mal et l’épouse de ce dernier y passe, tuée par Kraus l’impitoyable. Mais avec l’aide de ses figurines, Toulon parvient à s’échapper de la voiture qui le conduisait au QG des nazis et part se réfugier dans un bâtiment désaffecté, en compagnie d’un père et de son jeune garçon. C’est décidé, Toulon et ses amis minuscules n’auront désormais qu’une mission dans la vie: se venger! Le script est donc simple mais très efficace et le but de Toulon permet au film d’avancer sans encombre, d’autant que la présence d’un méchant très mémorable en la personne de Kraus favorise également la réussite de cet opus.

 

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Il faut par ailleurs saluer la performance de Richard Lynch, excellent dans le rôle du terrible Kraus. L’acteur prête donc ses traits tirés et fantastiques à cet être abominable mais qui ne manque pas d’une certaine classe de par son calme absolu. Il est le mal total, en a bien conscience et s’en accommode fort bien, ne se posant pas des questions plus que nécessaire. Il ne sort jamais de ses gongs, garde son faciès inexpressif qui ne s’anime que pour montrer quelques lassitudes face à l’incompétence de ceux qui l’entourent. Un vrai bad guy, nécessaire à tout récit qui se tient et la tronche de celui qui nous a malheureusement quittés en 2012 (et qui continuait de tourner très régulièrement puisqu’on a pu le voir dans Halloween version Rob Zombie ou Laid to Rest par exemple) fait ici merveilles avec son rôle. Cette légende du bis (il a tout de même tourné dans Amazonia, la jungle blanche et The Barbarians pour Ruggero Deodatto) a face à lui un acteur de talent en guise d’ennemi, à savoir Guy Rolfe, qui interprète donc Toulon. Le Rolfe (décédé en 2003) n’en est pas à sa première incursion dans l’horreur à la mode des poupées puisqu’il était déjà le créateur de celles vues dans le Dolls de Stuart Gordon, également produit par Charles Band. Il gardera le rôle de Toulon pour plusieurs autres films et c’est heureux car il est très convaincant ici, trouvant le juste équilibre entre le coté paternel du personnage et son aspect sombre, qui est ici forcément moins perceptible que dans Puppet Master II puisque Toulon est encore un homme bon dans Puppet Master III. Notons également la présence de Ian Abercrombie, lui aussi très bien, dans le rôle du Dr Hess, un acteur lui aussi décédé en 2012 et toujours en activité lors de sa mort, que vous avez pu voir dans Jurassic Park: Le Monde Perdu, Evil Dead 3: L’Armée des Ténèbres ou le Catacombs de David Schmoeller. Un bien joli casting donc qui termine de rendre l’entreprise crédible, ce récit plus sérieux que d’accoutumée ayant bien besoin d’acteurs de cette trempe pour lui apporter toutes ses dimensions…

 

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Les marionnettes semblent par ailleurs un peu en retrait pour cette occasion, le récit tournant autour de Toulon, Kraus et Hess. Comme dans les films précédents, elles ne sont que le bras armé de la vengeance, des outils à la solde de Toulon, mais c’est encore plus perceptible ici puisqu’elles ne sont plus une menace pour les potentiels héros puisque les héros, c’est elles et Toulon! Elles perdent donc de leur aspect un peu inquiétant puisqu’elles ne s’attaquent qu’à des pourris de première catégorie, ce qui annihile tout effroi. Bien sûr, elles continuent leurs affaires meurtrières: Tunneler vrille des corps, Pinhead brise des nuques et Leech Woman vomit des sangsues. Bien évidemment, Jester le bouffon ne fait comme toujours pas grand-chose, même s’il plante un scalpel dans le pied d’un homme, ce qui pour lui est déjà pas mal. Le petit nouveau, Six Shooter, est assez sympathique également, même s’il n’égale pas Torch, absent puisque Puppet Master II explique qu’il a été créé dans les années 90 (pour une fois, la chronologie est respectée!). Ce cowboy aux six bras, tous armés, est bien évidemment très dangereux et tire plus vite que son ombre lui aussi, et son petit ricanement incessant le rend assez amusant. Et Blade dans tout cela ? Dans un sens, il est le grand absent du film, quand bien même il y est. Puppet Master III raconte effectivement sa naissance, Toulon gravant le visage de Blade sur le modèle de celui de son ennemi Kraus, ce qui se tient puisqu’en effet il y a une ressemblance. Rappelons que Blade fut créé par David Schmoeller, réalisateur du premier film, en fonction de la tronche de Klaus Kinski, qui a quelques traits en commun avec Richard Lynch, donc tout va bien à ce niveau! Mais le pauvre Blade n’arrive dans le film que quelques minutes avant sa fin, ce qui risque d’attrister ses fans, qui devront se consoler avec le background intéressant qui lui est offert. Pareil pour Leech Woman, qui est en fait présente pour expliquer que Toulon crée ses marionnettes en leur injectant l’âme de ses amis décédés. Notre cracheuse de limaces est donc l’incarnation de sa bien-aimée assassinée par le nazi en chef, ce qui tranche un peu avec la relative indifférence dont fait preuve Toulon lorsque Leech Woman meurt dans le deuxième épisode, m’enfin…

 

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Si Puppet Master III est un film globalement plus sérieux que les deux premiers volets, on notera tout de même quelques éléments de pure exploitation, comme de la nudité pleine de belles formes (les connaisseurs reconnaîtront Michelle Bauer en prostituée) et du gore (torse transpercé, cadavre au crâne éclaté qui se relève,…). Par contre, petite déception, les séquences en stop-motion se font ici plus rares, elles sont même peu nombreuses, ce qui annonce l’aspect plus figé des films suivants de la saga, qui commenceront à avoir de moins en moins de budget et se contenteront de figurines peu animées… Bien dommage et le film y perd forcément un peu de charme… On remarquera tout de même que David DeCoteau emballe le tout avec efficacité, ce n’est pas nécessairement une œuvre d’art qu’il signe là et le tout est très classique, sans doute un peu moins recherché au niveau visuel que les deux précédents opus, mais il n’y a pas de quoi se plaindre. Globalement, on peut donc dire que Puppet Master s’en tire bien lors de son troisième épisode et si celui-ci n’atteint pas le niveau du deuxième, qui reste mon favori, cette préquelle peut sans rougir se placer à coté du premier volet. Encore une fois, c’est de la série B bien troussée!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: David DeCoteau
  • Scénarisation: Charles Band, C. Courtney Joyner
  • Titres Original: Puppet Master III: Toulon’s Revenge (USA)
  • Production: Charles Band, Full Moon
  • Pays: USA
  • Acteurs: Guy Rolfe, Richard Lynch, Ian Abercrombie, Sarah Douglas
  • Année: 1991

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