C.H.U.D.

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Qui a dit qu’on ne trouvait dans les égouts que des tortues géantes entrainées aux arts ninja par un rat tout aussi maousse qu’elles ? Certainement pas le mec qui s’est fait croquer le cul par les C.H.U.D. alors qu’il passait au-dessus d’une bouche d’égout !

 

 

Il y a des films qui ne nous laissent pas un souvenir impérissable mais que l’on a malgré tout très envie de revoir, autant pour vérifier si notre avis reste inchangé que pour participer à ce petit élan de nostalgie qui peut éventuellement toucher la bande magnétique qui renferme ses sombres délices. Des films comme C.H.U.D., découvert en VHS dans mon enfance et pas forcément l’une des cassettes que je citerais comme détentrice de l’un des plus beaux moments de ma cinéphilie naissante. Certes, les monstres étaient cools avec leur regard projecteur, certes le tout était crado, mais tout cela me laissait aussi le souvenir d’une œuvre qui avait du mal à passer la seconde. C.H.U.D. est, dans les méandres de mes souvenirs, associé à la lenteur et il m’est dans l’idée que le culte qui lui tourne autour du pif est principalement lié à un aspect nostalgique associé au fait que des films de ce tonneau radioactif, on n’en fait plus de nos jours. C’est que cette Série B sortie en 1984 et réalisée par Douglas Cheek, dont c’est le seul long-métrage au compteur puisqu’il s’est depuis retranché dans le documentaire et le montage, fait partie d’une petite frange du cinoche horrifique aujourd’hui totalement disparue, ou presque. Celle du film gore urbain qui se complaisait à se rouler dans la crasse la plus noire, à présenter des gens miséreux, à qui la vie à déjà tourné le dos depuis belle lurette, puis à les tuer dans des déluges qui n’hésitaient pas à verser dans l’humour, voire le cartoon en usant et abusant de couleurs fluorescentes. Toute une imagerie toxique à laquelle votre serviteur est plus que sensible, ce joli biberon nucléaire renfermant quelques belles bisseries au délicieux goût de bonbon atomique comme Toxic Avenger, Street Trash, Slime City ou l’œuvre de Frank Henenlotter dans son ensemble. Des films mal élevés qui font couler le sang, bien sûr, mais aussi tous les liquides possibles et imaginables. Slime collant, jus radioactif et sirop vénéneux constituaient la piscine dans laquelle nous plongions, et elle était bien placée au centre des plus dégueulasses des usines qui y déversaient leurs produits chimiques. Et on les regrette, nos barbotages dans l’eau empoisonnée qui nous transformait en du vulgaire dégueuli de chacal mal portant ! C’est que depuis, le genre est devenu plus propre, est passé sous la douche, et cette belle couche de crasse typiquement eighties s’est envolée en même temps que les caméras se sont détournées des plaques d’égout fumantes comme des pizzas quatre fromages et des bidons enflammés autour desquels se rassemblent d’effrayants clochards. De nos jours, il vaut mieux vaut apprécier les banlieues proprettes et les petites familles des publicités Frosties qui y séjournent puisque l’on ne voit quasiment plus que ça, le public ayant visiblement du mal à s’identifier aux sans-abris et autres marginaux qui peuplaient le cinéma bis lorsqu’il avait encore mauvaise odeur. Ce fumet s’est évaporé et c’est donc en toute logique que l’on regarde C.H.U.D. avec une certaine tendresse…

 

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Malheureusement, les défauts qui séjournaient dans ma mémoire sont toujours les locataires du film aussi… Il faut le dire d’entrée de jeu : C.H.U.D. semble toujours aussi lent en 2015 qu’en 1985. Et il ne s’agit malheureusement pas de cette lenteur classe que l’on peut coller aux films de la Hammer, cette retenue de gentleman typiquement british, mais tout simplement d’un bon gros défaut de limaçon. Dire que l’on s’emmerde durant le film de Cheek serait tout de même un poil exagéré car le scénariste Parnel Hall (qui n’a quasiment fait que ça) a tout de même travaillé sa mythologie et créé un véritable univers, avec une galerie de personnages plus vivants que beaucoup de leurs congénères d’autres pelloches moins regardantes sur la caractérisation. Si les individus croisés dans C.H.U.D. ne sont pas nécessairement mémorables, force est de reconnaître qu’ils sont de chair et de sang ainsi que de sentiments. On suit donc l’enquête d’un flic fatigué de devoir masquer les disparitions de clodos dans les bas quartiers, les SDF s’évaporant comme par magie, généralement à proximité des égouts. Les autorités ne s’en soucient guère et tentent même d’étouffer l’affaire, qui n’émeut de toute façon pas grand monde au vu des caractères insolites des disparus. Mais lorsque c’est la femme du capitaine Bosch qui se fait avaler par une bouche d’égout, le policier s’intéresse forcément à l’affaire avec plus de sérieux. Ce qui le mène à rencontrer différentes personnes ayant eu vent de ces sinistres volatilisations, comme le révérend A.J., un hippie servant la soupe populaire, ou le photographe George Cooper qui avait fait quelques reportages dans les souterrains en s’intéressant aux clochards. Nous allons donc passer d’un personnage à l’autre, les trois menant leurs petites investigations, qui se rejoignent éventuellement à un croisement ou un autre. Les trois sont assez agréables à suivre et font des protagonistes principaux plus que convenables et variés, proposant des esprits différents, d’autant que l’on ne tient pas nécessairement à les voir périr (surtout le révérend), ce qui entraine un suspense forcément bienvenu. Leurs recherches, la hiérarchie pleine de secrets et ses dirigeants désagréables auxquels ils s’opposent maintiennent l’intérêt du spectateur et le mystère sur l’identité de la menace meurtrière est plutôt bien tenue, mais voilà, ça traîne la patte, ça boite et ça rampe pas mal avant d’en venir au clou du spectacle, à savoir les fameux mutants.

 

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Les C.H.U.D. sont donc l’attraction principale de l’affaire. Mais c’est quoi un C.H.U.D. ? Un Connard Hermaphrodite Unijambiste Dégueulasse ? Pas loin. A vrai dire cet acronyme peut avoir plusieurs significations. En France, le DVD nous annonce un beau Cannibales Humanoïdes Usurpateurs Dévastateurs, histoire de trouver quelque-chose de pas trop ridicule à coller à ces initiales qui, il faut bien le dire, n’aident pas des masses. En anglais, nous avons le choix entre Cannibalistic Humanoïd Underground Dwellers, plutôt à user quand on est un intime, et Contamination Hazard Urban Disposal, utilisé pour les barils gentiment entreposés sous la ville et qui ont aidé les clodos du coin à muter en d’horribles gloumoutes aux yeux revolvers, aux dents acérées et aux griffes aiguisées. Notons par ailleurs que la paternité des significations de l’acronyme est soumise à question, disputée qu’elle est par le scénariste et deux acteurs (Daniel Stern et Cristopher Curry, qui sont respectivement le révérend A.J. et le capitaine Bosch), ces derniers clamant que le script ne les satisfaisait pas et qu’ils l’ont retouché en apportant des précisions sur le terme C.H.U.D. Des bisbilles qui ne changent de toute manière pas grand-chose au produit fini, qui existe en plusieurs versions, une courte tapant dans les 80 minutes et une director’s cut qui a dix minutes supplémentaires. Vu que le film parait déjà un peu trop long, autant opter pour la courte, d’autant que l’on attend déjà suffisamment l’arrivée des monstres, qui savent se faire désirer comme des divas. Certes ils attaquent la femme du flic dès la séquence d’ouverture (femme de flic qui est, dans la vraie vie, l’épouse de l’acteur Daniel Stern, qui est donc le révérend dans le film) et ils s’en prennent un peu plus tard à un papy qui passe un coup de téléphone, emportant et bouffant le gaillard sous les yeux de sa petite fille. Mais ces séquences, non contentes de proposer des meurtres offscreen, semblent un peu perdues durant cette première heure, assez bavarde et molle des guibolles… Comme précisé, le tout se laisse suivre sans piquer du nez et on peut apprécier la recherche sur les personnages et l’intrigue (même si elle se conclut sans donner la sensation d’être vraiment cloturée), son aspect un brin film noir, mais au vu du sujet et de son aspect bis jusqu’au bout des ongles sales, il n’est pas interdit d’imaginer qu’un scénario un peu plus dynamique, qui mise plus fortement sur les attaques des monstres, aurait été préférable. On y aurait sans doute perdu en intelligence et en discours écologique et anti-puissants, c’est certain, mais on se serait sans doute marré un peu plus souvent…

 

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C’est d’autant plus frustrant que voir ces créatures vivant dans les égouts est fort agréable et permet quelques moments crapoteux sur lesquels le bisseux ne crache jamais sa salive pétroleuse. On appréciera ainsi quelques séquences au gore discret mais sale, tel ces retrouvailles entre un mari et sa femme via la tête coupée et pleine d’algues de cette dernière, cette découverte d’une autre caboche arrachée dans les égouts, ce gros plan sur une jambe rongée et laissant apparaître l’os, cette giclée de sang bruni qui s’échappe d’une douche,… Et puis nos cannibales ayant trop soupé du mutagène sont franchement réussis, avec leurs phares dans les yeux, leur peau gluante et à la chair apparente. Ces mecs puent sacrément et cela se voit, pas la peine de passer en odorama pour s’en rendre compte. Le petit plus agréable est certainement leur sang vert fluo du plus bel effet, typique des années 80 et de leurs délires visuels désormais réprimés par la brigade du bon goût qui n’a pas la couleur dans son cœur. C.H.U.D. parvient sans mal à déployer une imagerie galeuse et si le but était de verser dans le répugnant le plus strict, c’est réussi. La réalisation de Cheek n’est pas particulièrement formidable, elle est en fait efficace et sans esbroufe particulière, mais la photographie sombre et grise fait des merveilles dans cet environnement cradingue au-delà du raisonnable. De plus, les acteurs sont tous fort bons, ce qui pour une série B de cet acabit est une assez bonne surprise, à commencer par Daniel Stern (le pote de Joe Pesci dans les Maman, j’ai raté l’avion). Notons également un John Goodman alors à ses débuts et qui malgré son apparition éclair parvient tout de même à crever l’écran ! Quel talent ! Dommage que le rythme ne suive pas, en se remuant un peu plus le cul et en laissant plus de place à ses créatures, ce C.H.U.D. aurait pu devenir un vrai classique, en bonne et due forme. En attendant, c’est un petit film agréable par intermittence, moins bon que son aura culte le laissait espérer, mais qui connut néanmoins les honneurs d’une suite (qui n’entretient pas de rapports avec ce premier film), C.H.U.D. II : Bud the C.H.U.D., et notons que la rumeur d’un remake piloté par Rob Zombie jaillit un beau jour de 2007. Pour un petit film comme ça, c’est tout de même pas mal comme héritage…

Rigs Mordo

 

CHUD poster

 

  • Réalisation: Douglas Cheek
  • Scénarisation: Parnell Hall
  • Production: Andrew Bonime
  • Pays: USA
  • Acteurs: John Heard, Daniel Stern, Christopher Curry, Kim Greist
  • Année: 1985
Tags:  , , ,

19 comments to C.H.U.D.

  • Oncle Jack  says:

    C.H.U.D c’est surement la VHS devant laquelle je bavais le plus étant gosse (avec Piranha 2) jusqu’à ce qu’un pote, titulaire d’un abonnement videoclub, a pu louer la fameuse K7. Et c’est qu’on s’est bien amusé tout de même en matant ce petit film. Faut dire qu’à 12 ans tu n’es pas trop regardant sur la qualité. Au vu du final largement ouvert j’attendais impatiemment une éventuelle suite et quand s’est pointé ce Bud The CHUD, je peux dire que j’ai été sacrément déçu. Les mutants dégueulasses au regard flashy avaient laissé la place à un zombie tout bidon qui coursait des ados légèrement neuneus. Damned !! Ce n’est qu’en revisionnant CHUD beauuucoouuup plus tard au travers de l’édition Neo que j’ai réalisé que la fin du film n’était pas ouverte du tout. Le montage européen présent sur les VHS à l’époque était tout simplement foireux et la fameuse scène où les mutants attaquent une cafétéria se trouve en réalité en milieu de film et non pas à la fin. Nom de dieu, toute ces années hanté par un mauvais bidouillage qui m’avait laissé espérer une suite au long-métrage de Cheek…. les salauds !!!! Peut-être est-ce le coté nostalgique, mais presque 30 piges après l’avoir regardé pour la première fois, j’aime toujours autant CHUD.

  • ingloriuscritik  says:

    Je t’avoue prendre plus de plaisir a lire ton papier (toujours aussi « enlevé » ) que dans un visionnage de ce très moyen film aujourd’hui très daté 80’s au sens le plus « malodorant » du terme . Je l’ai découvert au moment de son édition chez mon charcutier , pardon chez mon video clubber de quartier , et j’ai eu l’occasion de le revoir il y a quelques années …on retiendra comme tu le soulignes, un casting de comédiens concernés et impliqués par leur jeu (effort fort louable pour ce type de réalisation…)et le coté cheap des extras terrestres avec « leurs phares dans les yeux, leur peau gluante et à la chair apparente » .Pas inoubliable, mais au format idéal pour une soirée « adjust your tracking »!

  • Roggy  says:

    Je me souviens avoir vu ce film lors d’un passage à la télévision et j’en garde un bon souvenir. Certainement que si je le revoyais maintenant, je serai un peu déçu. Du coup, je ne le reverrai pas et je vais garder ma nostalgie 🙂 A cette époque, dans le même genre « créatures bizarres », il y a avait aussi les fameux « Ghoulies » (surtout celui qui sortait des toilettes !).

  • Princécranoir  says:

    Je ne suis pas sûr d’avoir un jour braqué mes phares sur ces CHUD (sans Norris… ok, je sors) mais je visualise très clairement cette devanture DVD garnissant les étals garnis des solderies. Cet avis de Connaisseur Horrifique Un peu Déjanté m’invite, malgré les réserves, à me soulager de quelques piécettes pour tenter l’aventure dans les bouches d’égouts.

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Ah enfin ! Quelqu’un qui ose dire que CHUD est mou ! Je croyais être le seul.
    Non c’est vrai, CHUD est un super souvenir de vidéo club, entre son titre improbable, ses jaquettes qui défonce et le côté crade et pue la sueur du film. Et puis Daniel Stern est tout simplement génial dedans.

    Seulement voilà, comme le dis Rigs, ça se traine. Ce n’est pas tellement lent, c’est mou, ça cause, on attend qu’il se passe quelque chose et ça ne décolle jamais complètement. Même le final je trouve, n’a rien de vraiment spectaculaire et laisse l’impression que rien n’est vraiment terminé.

    Et d’ailleurs l’éditeur français a dû penser la même chose, décalant alors une scène juste avant le générique de fin, comme pour nous montrer que les CHUD ne sont pas mort ! Ainsi la fameuse attaque du resto, où apparaît John Goodman, est situé a peu près au milieu du film dans le montage initial (la scène d’après est justement une arrivé de la police sur les lieux) devient maintenant un jump-scare de fin de film ! Et bien en fait ça marche, car la dernière apparition éclaire des CHUD donne un petit quelque chose, là où le véritable montage laisse une conclusion… terne.

    CHUD 2, s’il n’a rien à voir avec l’original, est au moins beaucoup plus fun. On peut détester, mais on ne s’y fait pas chier ! (« Viaaaande !! »)

    PS. Je n’ai jamais compris pourquoi ce CHUD qui agresse la nana dans sa douche avant besoin d’effectuer une mutation subite et d’allonger son cou comme une giraffe ? Était-ce pour les besoins de la décapitation qui s’en suit ? Je croyais que par définition, une mutation était une évolution qui apportait un petit « plus » afin de permettre la survie. Pas un système biologique offrant une faiblesse facilement exploitable… ?

  • Nola Carveth  says:

    C’est intéressant, cette dimension « nostalgie ». Et ça joue souvent ! Pour ma part, j’ai vraiment bien aimé le film, récemment, alors que je ne l’avais tout bonnement jamais vu ! Alors soit je suis très bon public, soit je suis une eighties-fan jusqu’au trognon.
    Le film a des qualités (interprétation, scénario, esthétique crade), et ce n’est pas le seul à mélanger magouilles politiques / dimension sociale, et horreur, mais ça le fait sortir du lot quand même.
    Je ne dirais pas que c’est mou, je dirais que le scénario est très sinueux (m’en suis rendue vraiment compte en regardant d’abord 20 minutes, puis j’ai dû couper je ne sais plus pourquoi, et je l’ai remis à partir du début, et là j’ai beaucoup mieux compris les faits). Tout s’entrecroise, ce qui donne l’impression que rien n’avance, alors qu’en fait chaque partie avance, mais en parallèle des autres, ce qui ralentit considérablement l’action, c’est vrai, mais ça ne m’a pas dérangée.
    En revanche je ne comprends pas cette histoire de montage : j’ai vu la version Néo avec la scène du resto au milieu. C’est le montage initial ?

  • Nola Carveth  says:

    Ha oui et puis la BO !!! Je trouve le thème vraiment très beau !

  • Nola Carveth  says:

    Ok ! Bon, en tout cas, quand j’ai su que dans une autre version le film se terminait sur le restaurant, j’ai trouvé ça bizarre ! Ça paraît un peu simpliste de régler leurs comptes aux politiques véreux, mais je trouve que ça clôt mieux. Une fin qui fait d’ailleurs beaucoup penser à celle du Blob !

  • Nola Carveth  says:

    Justement si, elle clôt l’intrigue. Avec un côté « happy end » que l’on déplorera ou non. Mais si tu veux des CHUD, dis-toi qu’il peut en rester quelque part, ou les effluves en transformer d’autres… Tant qu’il y aura des pourris, il y aura des CHUD 😉

  • Nola Carveth  says:

    On peut tout imaginer, en fait. C’est moins évident que lorsqu’un dernier plan te dit clairement que la menace est encore là, mais on peut très bien l’imaginer aussi. Mais je comprends aussi ta vision 🙂

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