The Roost

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Quoique l’on pense de lui, et malgré des hauts et des bas, Ti West est indéniablement l’une des personnalités les plus intéressantes du cinéma d’horreur moderne. Puisque le gaillard est devenu incontournable avec ses très bien accueillis The House of the Devil et The Innkeepers, revenons sur son premier long-métrage. Une vraie rouste ?

 

Il est toujours utile de se repencher sur les débuts d’un cinéaste en pleine progression comme Ti West, dont le nom est aujourd’hui synonyme d’incertitude. Incertitude face à la qualité de son cinéma, qui peut être aussi enchanteur que soporifique, aussi beau qu’hideux. Le réussi The House of the Devil d’un côté, le très mauvais sketch Second Honeymoon pour V/H/S de l’autre. Sa dernière pelloche en date, The Sacrament, semble récolter autant de bonnes notes que de mauvaises auprès de ceux qui l’ont vu et certains n’hésitent plus à dire que le réalisateur fut trop vite perçu comme un sauveur du genre, un intouchable. L’homme ne tiendrait pas les promesses placées en lui et même ses œuvres les plus appréciées commencent à récolter leur lot de détracteurs… Mais mieux vaut créer la polémique que laisser indiffèrent, n’est-ce pas ? Reste que dans toute cette petite agitation qui bouscule quelques forums ou commentaires, on oublie généralement The Roost, premier effort en version longue qui se fit bien remarquer aux Etats-Unis mais qui n’aura pas fait trop de remous par chez nous malgré une édition DVD sortie chez M6 Vidéo. Un film important pour le cinéaste puisqu’il lança son nom, du moins au pays de l’Oncle Sam (chez nous, la reconnaissance viendra plutôt avec The House of the Devil), mais également pour Glass Eye Pix, boîte de production dont je vous ai parlé dans la chronique de Beneath et qui trouvait ici son premier véritable succès, le seul film réellement notable sorti de leurs locaux avant The Roost étant Zombie Honeymoon, édité en DVD chez Neo Publishing voilà une dizaine d’années. Sans surprise, c’est donc Larry Fessenden, chef de Glass Eye Pix, qui s’occupe de la production du film qui nous occupe actuellement et, comme souvent, il vient passer le coucou en tant qu’acteur dans ce The Roost plutôt particulier…

 

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Sur le strict plan scénaristique, rien de spécial à signaler cependant puisque Ti West, également derrière la plume, se contente d’un pitch de Série B tout ce qu’il y a de plus classique. Nous faisons donc la connaissance de quatre jeunes gens en route vers un mariage et des chauves-souris enragées, qui vont bien entendu se trouver sur leur chemin. Et dans un esprit très « Evil Deadien », les malheureux qui se font mordre se changent en zombies, ce qui rajoute une nouvelle couche aux ennuis rencontrés par les survivants. Le script s’arrête là, à vrai dire, et il est inutile d’aller chercher des rebondissements ou twists dans le coin, Ti West ne comptant visiblement pas sur son récit pour séduire les fantasticophiles, c’est même une évidence. Non, ce qui intéresse le mec derrière Cabin Fever 2, c’est l’expérimentation, tenter de matérialiser quelques idées. Comme celle d’avoir recours à un présentateur, un « Horror Host » à la Elvira au début du film et à sa fin, histoire de nous donner la sensation d’être assis devant un programme horrifique à l’ancienne. Noir et blanc, décors old-school de vieux château et de crypte, animateur morbide (l’excellent Tom Noonan), tout est là pour nous donner la sensation de revenir dans l’Amérique d’antan, lorsque Vampira annonçait les Movie Macabre. The Roost débute donc de manière plus que prometteuse et laisse supposer l’envie de West de proposer un spectacle à l’ancienne, nostalgique et respectueux du genre, avec une petite touche de second degré appréciable. Autant le dire tout de suite, cette impression va s’évaporer assez rapidement avec la suite du métrage, qui bifurque dans une toute autre direction et laisse de côté l’épouvante très kitsch et bon enfant de son segment de présentation. L’ambiance devient automatiquement plus lourde et l’on devine d’emblée que c’est avec le Ti West amateur de cinéma atmosphérique et lent que nous allons passer du temps, bien bêtes que nous étions de penser que le metteur en scène puisse avoir été un énervé de première catégorie qui filmait fureur et dévastation. Mais après tout, puisque l’on ne demande pas à Cannibal Corpse et Obituary de nous écrire des ballades, on ne va pas non plus demander à Ti West de nous emballer un film réellement fun, même si le gars tâtera par la suite de la Série B qui tâche avec Cabin Fever 2, avec les désillusions (surtout pour lui) que l’on sait. Notons d’ailleurs que l’ambiance est au départ plus que prenante et que c’est un réel plaisir de voyager avec nos protagonistes principaux, qui roulent de nuit dans la campagne pour se rendre à un mariage qui a eu la bonne idée de se dérouler le 31 octobre, lors d’Halloween. Du coup, de la radio qu’écoutent les jeunes sortent les voix d’animateurs lugubres et de vieilles chansons, type films d’épouvante des années 40. Une ambiance aux petits oignons qui, malheureusement, restera dans la voiture…

 

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Après quelques minutes, nos héros font un accident qui bloque leur bagnole et les force à chercher une demeure d’où ils pourront appeler une dépanneuse. Leur route les conduira malheureusement à une maison isolée contenant une grange infestée de chauve-souris qui, je le rappelle, vous zombifie au moindre coup de crocs. La suite sera donc un jeu de survie entre les survivants, leurs amis transformés en monstres cannibales et les rats volants. Mais comme précisé plus haut, il ne faut pas espérer ici une bande régressive et divertissante, le but de West étant de jouer sur les ambiances. Il sera bien aidé par un beau décor puisque la grange, qui fut utilisée par Hitchcock dans son Pas de Printemps pour Marnie, est en effet très réaliste et idéale pour un film d’horreur, West ne s’y trompant pas et dévoilant tous ses contours. Le climat reste lourd et réussi, plongeant cette fois encore un peu plus profondément dans la pénombre, le film se déroulant quasiment entièrement dans les ténèbres, ajoutant en prime une dose de crasse venue avec ces lieux vétustes. Mais il y a toujours un « mais » et ça ne loupe bien évidemment pas ici… Autant le dire sans prendre de gants : on s’emmerde assez vite dans The Roost. Certes, il y a un aspect noir et dangereux, l’aura sombre est bien là, les acteurs sont même plutôt bons, mais tout prend malheureusement dix plombes. Ainsi, si le film ne dure que 75 minutes, il donne la sensation d’avoir quelques bobines supplémentaires tant tout y est lent et soporifique. Sans doute une volonté du Ti, qui joue avec ce calme et cette apathie pour mieux nous surprendre après lorsqu’une chauve-souris traverse le champ, accompagnée de sons sortis de violons macabres, qui ne peuvent que surprendre. Cela marcherait si cela était moins crispant, le procédé finissant par agacer au lieu d’effrayer. La bande sonore et ses vieux instruments à cordes qui vous laminent les oreilles ont même forcé votre serviteur à baisser le son tant cela devenait difficile à supporter au bout d’un moment. West a donc fait un film plus crispant qu’effrayant, ce qui se confirme encore avec sa réalisation.

 

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Si l’on n’a rien à redire lors des plans statiques, qui bénéficient généralement d’un bon éclairage et d’un sens du cadre très appréciable, tout s’étale dès que ça bouge un peu. On passe donc au procédé de la caméra à l’épaule qui gigote dans tous les sens, ce que certains aiment mais qui m’a toujours fatigué au plus haut point. On a même à plusieurs reprises la sensation d’être devant un found footage éclairé à la lampe torche, ce qui n’est certainement pas un compliment, comme vous l’aurez deviné. Bien sûr, le budget étant ce qu’il est, il ne faut pas s’attendre à du Spielberg et Ti West a fait avec ce qu’il avait, difficile de lui balancer des caisses de tomates à la gueule sur ce coup, mais force est de constater que The Roost n’est pas un film très agréable à voir et qui est presque illogique. Dans un souci de coller au plus près au cinéma bis de jadis, le réalisateur a effectivement tourné en 16mm, ce qui apporte du grain et quelques défauts de pellicules qui font toujours plaisir à voir, mais cet aspect visuel colle malheureusement assez mal avec sa caméra tremblotante qui nous ramène constamment à notre triste époque… C’est d’ailleurs assez pénible à dire car on sent que le créateur a tenté des choses et soigné son boulot, notamment au niveau des personnages qui ont un background et qui ont des relations travaillées. Assez tristement, cela n’aboutit jamais à rien et ne donne lieu qu’à des discussions emmerdantes dont tout le monde se fout, assez typiques d’un certain pan du cinéma d’horreur moderne, tellement occupé à capturer la vérité qu’il en oublie d’être divertissant. On passe donc la majeure partie du temps à attendre que quelque-chose se passe et lorsque cela arrive on finit forcément déçu face au manque d’originalité du tout. Animaux retrouvés bouffés par les chauves-souris, cadavres envahi par les bêtes, zombies qui déboulent de nulle part et se mettent à mordre un protagoniste, qui se retournera contre ses amis plus tard… Tout cela, on l’a déjà vu plus d’une fois et souvent en mieux…

 

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Malgré tout, je n’ai pas envie de me montrer trop dur envers The Roost, qui m’est sympathique de par sa volonté de surprendre via quelques gimmicks, comme lorsque le présentateur incarné par Noonan interrompt le film en plein milieu pour signifier son mécontentement devant une scène trop mièvre à son goût. Il décide dès lors de rebobiner la cassette, ramenant le récit vers l’arrière, pour en modifier la trajectoire. Amusant, tout comme ce sympathique générique de fin maniant electro et rap dans la bonne humeur et qui donne envie d’aller danser dans son grenier avec quelques chiroptères endiablés. Mais voilà, ce qui entoure le film est plus réussi que le film lui-même, qui ressemble finalement beaucoup à son géniteur, qui souffle le chaud et le froid lui aussi. Bien tenté mais inabouti, quelquefois agréable mais souvent soporifique, The Roost est plus intéressant qu’il n’est réussi et ne concernera finalement que les plus curieux.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Ti West
  • Scénarisation: Ti West
  • Production: Susan Leben, Larry Fessenden pour Glass Eye Pix
  • Pays: USA
  • Acteurs: Karl Jacob, Vanessa Horneff, Sean Reid, Tom Noonan
  • Année: 2005

6 comments to The Roost

  • Oncle Jack  says:

    Ouch, ze rouste ! Je n’en garde pas un bon souvenir de celui-là. Vu au moment de sa sortie car encensé par quelques critiques qui avait certainement dû s’endormir pendant le visionnage, je m’étais fait chier de manière monumentale. L’idée est bonne, l’ambiance est plutôt bien rendue mais bon dieu qu’est-ce que c’est chiaaannnnnt !!!!!!! Egalement refroidi par son Cabin Fever 2 (mais là c’est pardonnable vu le bordel qui a régné autour de ce film) je ne me suis plus jamais aventuré à regarder une autre œuvre signée Ti West. Faudrait peut-être que je trouve un peu de temps pour revoir mon jugement.

  • Princécranoir  says:

    C’est sympa de vouloir trouver des circonstances atténuante à ce naveton ennuyeux à mourir. Pas de moyens certes, mais on en a vu d’autres s’en débrouiller bien mieux avec le même budget. Ah, je le retiens le mec qui a inventé les caméras portatives. Maintenant, quand tu n’as pas de sous et aucun talent de réalisateur, il te suffit de secouer la caméra dans tous les sens pour faire croire que c’est la panique. Dire qu’il y en a qui voudrait faire passer ça pour de la mise en scène (oui c’est à toi que je parle Lars Von Trier).Pour revenir à ce (cette ?) « Roost », je l’ai attrapé lors d’une programmation tardive sur M6 il y a quelques années et je n’en garde pas du tout un bon souvenir. Comme toi, je me souviens juste de cette présentation du type croque-monstre qui tranche avec la tonalité (trop) sérieuse du reste. ça m’a vacciné du cinéma de Ti West dont je n’ai pas vu d’autres films. La dernière fois que je l’ai croisé c’était quand il se la pétait avant de se prendre une flèche en pleine dans « you’re next ».

  • Roggy  says:

    Perso, j’aime bien le film malgré son grain de pellicule et son aspect amateur. Comme tu le dis, ce n’est pas un chef-d’œuvre mais pour un 1er film, c’est pas si mal. Surtout que Ti West montrera par la suite son approche assez originale du genre, même si je n’adhère pas forcément à tout.

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