Le Retour des Morts-Vivants 3

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Après un premier volet devenu culte assez rapidement et un second opus qui à la manière d’Evil Dead 2 était plus une révision qu’une suite, la série des Return of the Living-Dead montrait qu’il fallait s’attendre à tout concernant cette franchise d’outre-tombe. Et malgré ces mises en garde, nous ne nous attendions certainement pas à être émus devant un putain de film de zombies !

 

Qui de mieux que Brian Yuzna pour réaliser Le Retour des Morts-Vivants 3 ? Personne, le gaillard étant à l’époque le choix évident pour offrir au public goreux de 1993 la suite de la saga zombiesque la plus en vue de l’époque après celle de Romero. C’est que le Yuzna connaissait déjà bien le sujet puisque producteur de Re-Animator premier du nom et réalisateur de sa suite La Fiancée de Re-Animator. Et avec Society comme premier brûlot réalisé, le Brian s’était déjà placé comme un artisan à suivre de près puisque capable de fournir du B pas forcément très friqué (mais suffisamment pour garantir du spectacle) mais toujours efficace et généreux. Alors si de nos jours le Yuzna est parfois regardé avec une certaine condescendance par certains et qu’il est vrai que ses dernières livraisons ne sont pas ce qu’il a fait de mieux dans sa carrière, sa dévotion au genre force l’admiration et l’on est de toute évidence bien heureux que le gars soit passé par nos écrans pour leur fournir des bandes qui assument leur statut de pur défouloir. Car on peut penser ce que l’on veut du Dentiste 2, de Faust ou encore de Beyond Re-Animator, qui ne sont en effet pas des réussites totales et absolues, mais au moins c’était du cinéma qui ne pétait pas plus haut que son derche et se construisait à l’ancienne, de l’artisanat fait avec les moyens du bord et du cœur et que l’on a toutes les peines du monde à retrouver de nos jours. Preuve en est, Yuzna a sérieusement ralenti le tempo, lui qui n’arrêtait pour ainsi dire pas dans les nineties n’a en effet rien sorti depuis 2010 et son Amphibious 3D (par ailleurs chroniqué chez l’ami Roggy) qui avait déjà été réalisé cinq années après La Malédiction des Profondeurs, le film précédent du Yuyu. L’époque n’est clairement plus favorable à ces travailleurs du passé qui ne peuvent malheureusement plus bosser dans les mêmes conditions et qui ont été forcés de remplacer les effets pratiques et le latex par des gloumoutes pixelisées tous droit sortis de la Playstation 2 de votre petit frère. Les petites perles qu’ils ont pu tailler à une autre époque, révolue, comme Le Retour des Morts-Vivants 3 n’en sont que plus précieuses…

 

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Initiée par Dan O’Bannon via le très bon premier film et poursuivie par Ken Wiederhorn avec sa suite nettement plus fadasse (le mec avait pourtant fait le sympa Commando des Morts-Vivants quelques années auparavant), la franchise du Retour des Morts-Vivants fait partie de ces sagas populaires de l’époque, notamment en Belgique. Je me rappelle en effet que lorsque j’étais enfant ces pelloches furent diffusées à quelques reprises, souvent le vendredi soir, et que c’était le genre d’évènements qui faisaient causer dans la cour de récré le lundi matin. Mais si les cadavres qui gigotent avaient la cote, il aura tout de même fallu attendre cinq années avant que ce troisième film fleurant bon la décomposition ne débarque enfin sur les écrans dans une sortie dite « limitée », ce qui signifie généralement que l’on tient là une pelloche avant tout pensée pour le marché de la vidéo mais qui aura eu droit à quelques séances dans les salles obscures, ne serait-ce que pour en faire un peu de promo. Petit budget de 2 millions environ, Le Retour des Morts-Vivants 3 devait à l’origine rappeler quelques figures notables des précédents films comme Don Calfa et James Karen, qui finiront tous les deux par refuser la proposition. Rien de bien grave à vrai dire compte tenu du fait que la franchise n’a jamais cherché à établir une logique entre les films, le but étant moins de créer une œuvre cohérente que de profiter d’un nom réputé auprès des horror addicts. Plus une marque qu’une saga, au fond, ce qui tombe plutôt bien pour Brian Yuzna qui n’a visiblement pas envie de coller trop près aux deux films précédents, laissant par ailleurs tomber leurs atours humoristiques. Son but au Brian, c’est de balancer un film d’horreur romantique, qu’il aurait bien aimé appeler Kurt and Julie, titre qu’il trouve visiblement meilleur que The Return of the Living Dead 3 (trop long selon lui) mais qui est aussi nettement moins vendeur. Il pensera un temps nommer le tout Mortal Zombie (qui fait un peu jeu-vidéo, pour le coup) mais pas question visiblement de retirer un patronyme qui permettra aux nombreux amateurs des essais précédents de retrouver leur chemin. Un choix plutôt judicieux, si vous voulez mon avis…

 

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De manière assez surprenante, ce troisième volet n’est pas aussi éloigné des deux précédents que l’on pourrait le penser. On retrouve en effet certains éléments qui font partie de l’univers imaginé par O’Bannon, avec en première ligne la présence d’expérimentations militaires qui tournent mal, les soldats et leurs essais scientifiques étant déjà à l’origine de la résurrection de défunts changés en de puants cannibales dans le premier volet. On croise même à nouveau ces fameux tonneaux renfermant des zombies gluants, qui sortent lorsque l’on ouvre le couvercle, recouverts d’un slime qui ne part certainement pas au lavage et accompagnés d’une fumée qu’il vaut mieux ne pas respirer. Les producteurs du film ont d’ailleurs loupé une idée marketing d’enfer (et que je viens d’avoir) : commercialiser des petits tonneaux avec du slime dedans et, à l’intérieur, des zombies à collectionner. Dans des années 90 durant lesquelles on croisait régulièrement des Cosmix, Monsters in my Pocket et autres petites créatures à collectionner, nul doute que cela aurait fonctionné, et pas qu’un peu ! Mais laissons mes idées improbables de côté pour revenir sur le pitch du film : Kurt (J. Trevor Edmond, vu dans Pumpkinhead II et Lord of Illusions) et Julie (Mindy Clarke, qui jouera également dans l’adaptation ciné de Spawn et dans La Langue Tueuse, ce qui lui convenait bien, vous verrez pourquoi plus loin) sont un couple un peu destroy sur les bords, la donzelle entretenant d’ailleurs une relation trouble avec la douleur puisqu’elle aime par exemple passer la flamme de son briquet sur ses petites mains fragiles. Cette relation ne plait d’ailleurs guère au père du jeune homme, commandant de l’armée et homme en charge d’études scientifiques sur les morts revenus à la vie, études dont le but est de transformer les zombies en de soldats indestructibles et équipés d’exosquelettes. Mais voilà, le daron apprend qu’il va être muté dans une région éloignée, ce qui n’enchante guère le fiston qui va être obligé de le suivre. Pas franchement branché à l’idée de laisser sa chaude copine derrière lui, et on le comprend quand on la voit nue, Kurt décide de prendre la fuite en moto en emmenant Julie avec lui. La grande vie commence, faite de voyages, de débrouillardise, d’amour et d’eau fraiche ! Et surtout d’un accident qui envoie valdinguer la belle, qui finit par s’écraser la tronche sur un arbre planté sur son chemin. Mais Kurt a de la suite dans les idées et comme lui et Julie ont surpris les expériences peu catholiques faites dans la base militaire où bosse son père, il a l’idée d’aller ressusciter Julie sur les lieux… Ce qui, vous l’imaginez sans peine, n’est pas l’idée du siècle.Déjà très sexy de son vivant, la jolie Julie devient carrément une mangeuse d’homme une fois morte-vivante. Prise d’une faim incontrôlable, elle se met en effet à mordre tous ceux qui ont le malheur de passer à portée de dents. Ce qui n’arrange pas Kurt vu qu’il ne veut pas se faire remarquer, le couple étant déjà recherché par les autorités, qui craignent que Julie ne contamine toute la ville, qui se trouverait zombifiée dans les plus brefs délais…

 

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Venons-en de suite à ce qui est évident pour tout le monde, histoire de passer aux aspects plus étonnants du film par la suite : Le Retour des Mort-Vivants 3 est bien évidemment une œuvre assez gore et trash. Une surprise pour personne, Yuzna ayant toujours été du genre à verser la sauce tomate concoctée par sa femme, qui selon Ken Foree cuisine admirablement bien. Donc si le Brian vous invite un jour à manger chez lui, dites oui ! Dans Return of the Living Dead 3, il est secondé par le grand Steve Johnson, maquilleur de génie ayant bossé sur du fantastique qui déchire comme Videodrome, Ghostbusters, Hurlements, Fog, Le Loup-Garou de Londres et on en passe et des plus juteux. Un maître du latex et des pinceaux, qui sait ce qu’il fait, et nous offre ici des zombies particulièrement classes et originaux, qui ne se contentent pas d’avoir l’habituel look de l’infecté au teint blafard et qui crache du sang. Ici, les corps semblent avoir fondu, se disloquent ou perdent leurs peaux pour montrer des squelettes peu rassurants, le tout dans un esprit parfois très cartoonesque. Avec du gore en prime, bien sûr, comme lorsque ce pauvre asiatique se retrouve zombifié avec le haut du crâne arraché, dévoilant sa sanguinolente cervelle, ou lorsque cet hispanique à la tête délogée du corps continue de se mouvoir tandis que sa colonne vertébrale semble danser comme un serpent. On reconnaît bien là la patte Yuzna, l’homme à lunettes n’ayant jamais été le dernier à proposer des créatures visuellement uniques, comme ce type qui se retrouve avec une tête de cul dans Society ou cette bite vivante dans Beyond Re-Animator. C’est donc pareil ici et le spectacle est clairement assuré à ce niveau et si votre plaisir personnel est de vous tirer la nouille sur des zombies bien foutus, vous allez vite avoir le dard en surchauffe. Surtout concernant Mindy Clarke, d’ailleurs, qui pourrait aisément réveiller un cimetière vu le style d’enfer qu’elle se tape. Piercings sur un sein dévoilé, morceaux de ferrailles qui transpercent l’arcade sourcilière, bouts de verre planté dans la main, tiges métalliques qui traversent les doigts, chaîne qui passe sous la peau, scarifications,… Yuzna et son équipe jouent avec l’imagerie très trash liée au gothique et à certains milieux rock pour rendre sa créature principale aussi dégoûtante que désirable, la filmant quasiment comme une super-héroïne des caveaux, comme il le fera par ailleurs plus tard avec Faust, là encore un héros diabolique, respectant au passage l’esprit du premier film qui bénéficiait déjà d’une incendiaire Linnea Quigley. Mais Julie n’est pas qu’une bombe mortuaire, elle est également un être plus tout à fait humain mais néanmoins doté de sentiments. Et c’est là qu’elle fait la différence.

 

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On ne va pas tourner autour de la tombe pendant 105 ans alors qu’on finira par y chuter : Le Retour des Morts-Vivants 3 est un film émouvant. Car si le personnage de Julie est fait pour allumer vos pantalons, en témoigne son incroyable jeu de langue (je vous avais dit qu’on y reviendrait) qui laisse supposer que la dame est capable de vous rouler une pelle durant un anulingus, elle est aussi très touchante. Madame n’est en effet pas qu’une cannibale morte qui se nourrit des entrailles du peuple mais également une pauvre fille perdue, effrayée par ce qu’elle est en train de devenir, qui souffre atrocement. Tout comme Kurt, qui est tenaillé entre l’amour qu’il a pour Julie et la souffrance qu’elle supporte, sans oublier que les complications liées à son état de zombie compliquent encore la situation. Certaines scènes sont donc très sensibles et touchantes, voire tristes, comme lorsque Kurt doit choisir entre sa petite amie devenue un monstre et son père qui lui promet une vie normale. Yuzna n’emballe donc pas un simple film de zombie gore et méchant mais bel et bien une histoire d’amour qui fonctionne du tonnerre et se trouve même être le principal centre d’intérêt du film. Sensibles s’abstenir, car Roméo et Juliette ce n’est qu’une comédie de boulevard à côté de cette tragédie apocalyptique, qui sent bon le vieux jus de charogne ! Le réalisateur de La Fiancée de Re-Animator, film qui ressemble par ailleurs beaucoup au film qui nous intéresse, parvient donc à faire le grand écart entre romantisme sincère et honnête et pur décharge d’adrénaline offerte par du Bis bien concentré. Des défauts ? Si peu, tout juste regrettera-t-on quelques passages un peu mous du bulbe et une mise-en-scène qui aurait gagné à être un peu moins simpliste lors de séquences touchantes, comme celle du choix de Kurt. Mais pour le reste, on tient là la série B quasiment parfaite, qui a du fond, des formes et tous les ingrédients que le bisseux aime retrouver dans son potage aux yeux bouillis. Des comme ça, on n’en fait malheureusement plus, alors chérissez-les tant que vous le pouvez ! Et tant que vous y êtes, allez cracher votre amour à Yuzna et son scénariste John Penney, qui seront présents au Bloody Week-End cette année, en plus du réalisateur Anthony Hickox (Waxwork)… qui apparait dans Le Retour des Morts-Vivants 3, ce qui fera une belle réunion de l’équipe à Audincourt!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Brian Yuzna
  • Scénarisation: John Penney
  • Titres: Return of the Living Dead 3 (USA)
  • Pays: USA
  • Acteurs: Mindy Clarke, J. Trevor Edmond, Kent McCord, Basil Wallace
  • Année: 1993

15 comments to Le Retour des Morts-Vivants 3

  • Le Fanzinophile  says:

    Il parait que Mindy Clarke sera aussi au Bloody WE ! Je pars maintenant…

  • ingloriuscritik  says:

    Bel Hommage pour Yuzna! Traduis le et offre lui au BWE !!!

  • Roggy  says:

    Excellent film supérieur aux deux premiers (c’est rare pour le souligner !). Comme Inglorious, je pense que tu pourrais faire signer au BWE ton billet au sieur Yuzna. Merci pour la dédicace 🙂

  • Princécranoir  says:

    J’aime bien le premier et son second degré a-demi assumé avec sa punkette nymphomane et exhibitionniste. Je n’ai vu ni le deuxième (« le commando des morts vivants » sympa ? t’es sérieux là ?) ni ce troisième opus flasque et gluant de l’homme de la « Society ». Le DVD de celui-ci a longtemps trainé dans les bacs de solde, sa couverture a beaucoup inspiré les marchands de piercing et les jeunes filles gothiques dépressives. Je n’ai jamais tenté l’expérience mais ce que je lis ci-dessus vient susciter quelques regrets.

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Quand j’étais jeune, à ma première vision, j’avais plutôt détesté le film. Et ça pour une raison très bête: adorant le premier film, je trouvais que celui-ci lui reprenait trop d’élément. La liaison humain/zombie tragique m’évoquait beaucoup celle de Freddie et de sa copine du 1, et la conclusion même me rappelait celle de ce gérant de la morgue, qui périt de son propre accord au son de « Burn the Flames ».

    Après coup, avec le temps, j’ai fini par aimer le film pour ce qu’il est. Un petit B sans grand budget (c’est limité sur beaucoup de chose et ça se sent), mais très généreux dans les effets comme dans l’histoire. A vrai dire Riverman et sa pièce reste un de mes personnages préférés, toute histoire confondue.

    Donc oui, un BON film d’Horreur, une plutôt bonne suite à Return of the Living Dead dans le sens où l’histoire préfère explorer cette idée horrible d’être un morts-vivants indestructibles et inhumain, et si on fait l’impasse sur les quelques idées reprises au film de O’Bannon, ça reste diablement original.
    En fait je crois qu’il n’existe aucun film de morts-vivants comme celui-ci, où le zombie n’est qu’un élément finalement très secondaire autour d’une véritable tragédie.

    (maintenant, connaissant le film sur le bout des doigts pour l’avoir vu un nombre incalculable de fois, je ferais sans doute l’impasse durant le Bloody Weekend)

  • Nazku  says:

    Je crois que ce film est le premier vrai film de zombies que j’ai vu quand j’ai commencé à m’intéresser réellement aux films d’horreur vers l’âge de 12-13 ans. Je ne me souviens pas de grand chose, à part que le film m’avait marqué. Je me souviens l’avoir trouvé gore et un peu angoissant. ^^; Faudrait vraiment que je le revois!

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