Mort ou Vif… de préférence mort

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Après avoir sorti les chevaux pour livrer une ribambelle de westerns dans la grande tradition du genre comme Killer Kid, Bandidos ou Un Train pour Durango, le petit ours bis Artus décide de verser dans le Far West rigolo via les mésaventures de deux frères malchanceux.

 

 

Après le très agréable Le Grand Défi et un décevant L’Espion qui venait du Surgelé, qui s’occupaient d’apporter un peu d’humour dans le péplum et dans le film d’espionnage, c’est le western qui se fait braquer par la plaisanterie via Mort ou vif… de préférence mort. L’occasion pour l’éditeur de se pencher sur Duccio Tessari, tantôt réalisateur (L’Homme sans Mémoire, le Zorro avec Delon), tantôt scénariste (un beau paquet de péplums comme La Vengeance d’Hercule, Le Colosse de Rhodes ou Hercule contre les Vampires), dans les deux cas un vaillant soldat qui combattit en faveur du cinéma populaire jusqu’à sa mort, survenue en 1994 des suites d’un cancer. Un homme qui connaissait si bien son sujet qu’il pouvait par ailleurs se permettre d’en rire, preuve en est faite avec Les Titans, péplum qui ne se refuse pas aux joies du second degré. Si cela fonctionne pour les musclés de l’Antiquité, pourquoi pas chez les cowboys ? Pour mettre toutes les chances de son côté, Tessari fait appel à l’uns de ses plus proches collaborateurs cinéphiliques, à savoir le populaire Giuliano Gemma, malheureusement décédé en 2013 lors d’un accident de voiture. Gemma, parfois nommé Montgomery Wood à l’époque, c’était un peu la valeur sûre des années soixante, l’acteur déboulé dans le métier un peu par hasard alors qu’il se passionnait surtout pour la boxe, le mec charismatique qui avait donc le recul nécessaire pour venir se marrer un peu avec son ami boxeur Nino Benvenuti, qui incarne ici un frangin avec qui il va se bastonner plus que de raison… Alors, ce Vivi o preferibilmente morti comme on l’appelle dans son pays d’origine, une bonne surprise ou une cruelle déception ? Car si le bis parodique peut parfois offrir de très bons moments, il peut aussi proposer de l’eau tiède (voir à ce sujet l’espionnage frigorifié selon Mario Bava). Heureusement, nous sommes ici face à une très bonne surprise…

 

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Monty Mulligan (Gemma) est une sorte de dandy mal élevé, un bon gars bien sapé mais qui n’hésite pas à coller des beignes s’il est nécessaire d’en distribuer aux malotrus. Il est aussi du genre à cramer tout son argent au jeu, ce qui finit par lui porter malheur et le mettre sur la paille, ce qui attire bien évidemment les créanciers chez lui, paniqués à l’idée de ne jamais retrouver leur argent gentiment prêté. Mais coup de chance, l’oncle de Monty vient de décéder et lui lègue une importante somme d’argent, dans les 300 000 dollars, ce qui réglera tous les problèmes du gaillard et devrait calmer ceux qui lui font les poches. Seule condition imposée par le tonton pour toucher le pactole : Monty doit vivre six mois avec son propre frère Ted (Benvenuti), un type vivant une vie simple et sans histoires dans sa petite cabane. Bien entendu, la cohabitation entre le parfumé Monty et le primitif Ted ne se passera pas aussi bien que prévu, d’autant que suite à une mésentente avec un énorme bandit notoire, la maison de Ted s’envole en fumée. Désormais sur les routes et sans un sou avant six mois, les deux frérots vont devoir tenter de gagner leur vie de manière rapide et intelligente. Et surtout malhonnête. Aidés d’un vieil arnaqueur, le duo va se lancer dans une série de braquages, de vols ou d’enlèvements, mais étant aussi maladroits que malchanceux, ils vont systématiquement rater leurs sombres entreprises… Mort ou vif… de préférence mort s’articule donc sur le modèle du running gag, le film gardant peu ou prou une structure de boucle ou à épisodes. Le principe reste le même à chaque chapitre : le duo entreprend un délit mais, par manque de bol ou par incapacité à mener à bien leurs desseins, les frères se vautrent et repartent avec plus d’ennuis qu’ils ne sont venus. A titre d’exemple, ils décident de kidnapper la fille d’un riche banquier, fille incarnée par la belle Sydne Rome, belle à l’époque du moins car la chirurgie esthétique par laquelle elle est passée depuis nous donne une idée de ce à quoi pourrait ressembler la sœur de Freddy Krueger s’il en avait une. Une fille de banquier, c’est le bon plan, l’assurance d’avoir des lingots qui tombent du ciel. Pas de bol, la demoiselle est particulièrement énervante et son père est bien heureux de s’en débarrasser, préférant la laisser aux ravisseurs malheureux.

 

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Et tout le film est de cet ordre et représente plus une succession de sketchs qu’un récit en bonne et due forme avec un début, un milieu et une fin. Bien sûr, il y a ici une légère progression dramatique entre les deux frères, qui doivent parvenir à s’entendre s’ils désirent obtenir l’argent promis par le testament de leur oncle. Ce qui ne sera pas aisé et rendu encore plus compliqué par leur otage Sydne Rome, dont Ted va très vite tomber amoureux, ce qui en plus d’alambiquer les opérations compliquera également ses relations avec Monty. Alors de toute évidence le but n’est pas ici de taper dans le dramatique mais il n’empêche que les liens entre les deux frangins sont assez bien construits et crédibles, ce qui est facilité par la complicité entre les acteurs et une certaine ressemblance physique. Ces deux clampins sont en vérité très attachants et il ne nous est pas particulièrement agréable de les voir se disputer, généralement dans des combats bien virils. Notons d’ailleurs que si Mort ou vif… de préférence mort est avant tout une comédie très sympathique et légère, il se permet très régulièrement d’aller lorgner du côté du pur cinéma de castagne. Les rencontres avec la bande de criminels commandés par le moustachu obèse incarné par Jim Huerta se soldent systématiquement par des bagarres homériques, où l’on démolit souvent le décor. Voir pour s’en convaincre la baston dans une salle de bain, totalement dégueulassée, ou le combat final dans un wagon en bois qui se fera tailler en pièce au fil des coups des haches utilisées par les différents adversaires. Ceux qui préfèrent donc les westerns classiques et sérieux peuvent donc tenter l’aventure puisque le film ne mise pas tout sur la gaudriole, d’autant qu’il y a quelques belles cascades, une attaque de train rondement menée et que cela tire dans tous les sens à plusieurs moments. De quoi régaler tout le monde, les amoureux du cinéma comique comme de celui qui ne rigole pas des masses, en somme.

 

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Reste que s’il filme une joyeuse plaisanterie, Tessari ne glande pas pour autant et soigne sa réalisation. Plans bien composés, fluidité dans les mouvements de caméra, photographie qui va bien, tout est à sa place et il n’y a pas une ombre au tableau sur ce point. Ni de manière générale d’ailleurs car le film ne manque pas de rythme, n’ennuie jamais, et sa bonne humeur communicative fait clairement effet tout comme la sympathie des acteurs. Gemma et Benvenuti s’appréciaient sur le plateau, c’est un fait qui vous est expliqué dans les bonus du DVD, et cela se ressent dans le film. Belle alchimie en effet entre les deux, entre Gemma qui est le cerveau raffiné de la bande et bien évidemment trop roublard pour être honnête, en plus d’être un assoiffé d’argent, et un Benvenuti très animal, sale, naïf et brutal, il y a de quoi faire des étincelles. Rajoutez une Sydne Rome belle mais nunuche et insupportable et vous obtenez la cerise sur le gâteau. Bien entendu, Mort ou vif… de préférence mort n’est pas le DVD indispensable à acquérir dans le catalogue d’Artus, qui a d’autres diamants plus brillants, et le film de Tessari est pour ainsi dire anecdotique. Mais les anecdotes, c’est souvent bon, n’est-ce pas ? C’est le cas pour cette belle bande, que de nos jours on appellerait un « feel good movie », car de toute évidence elle répand la bonne humeur autour d’elle. Niveau bonus, tout comme pour l’excellent Big Racket, c’est le pro du western Curd Ridel qui s’y colle et nous explique un peu qui a fait quoi au cours d’un long entretien qui vous en donnera pour votre argent. J’en profite également pour vous signaler qu’Artus s’apprête à sortir un livre nommé 20 ans de western européen, rédigé par Alain Petit, qui n’a de petit que le nom puisque c’est un grand du bis. Pour faciliter la naissance de ce beau projet, un système de préventes est lancé sur Ulule et vous pouvez donc y participer ! N’hésitez donc pas si vous êtes du genre à aimer quand les colts fument…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Duccio Tessari
  • Scénarisation: Duccio Tessari, Giorgio Salvioni, Ennio Flaiano
  • Titres: Vivi o preferibilmente morti (Italie)
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Giuliano Gemma, Nino Benvenuti, Antonio Casas, Sydne Rome
  • Année: 1969

2 comments to Mort ou Vif… de préférence mort

  • Le Fanzinophile  says:

    Je l’ai déjà vu ce western, je m’en souviens maintenant. C’est du Gemma donc j’achète 😉

    Bonne idée que de rappeler la (possible) sortie de « 20 ans de western européen ». Ils y sont presque!

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