Big Racket

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Malgré le nom de sa dernière livraison, Big Racket, Artus ne nous vole pas puisque l’ourson sort de son doux pelage l’une des plus belles bandes de son catalogue. Mais avec un Fabio Testi énervé de la gâchette devant la caméra et un Enzo G. Castellari en pleine possession de son art derrière, il ne pouvait pas en être autrement…

 

Si les fans de cinéma fantastique et d’horreur connaissent fort bien Enzo G. Castellari pour son apport à la sharksploitation avec La Mort au Large ou au post-apocalyptique avec les légendaires Guerriers du Bronx et autres Nouveaux Barbares, les amoureux du cinéma populaire dans son ensemble le remercient surtout pour ses westerns (dont le populaire Keoma) ou ses polars comme Action Immédiate ou le Big Racket qui nous branche en ce beau jour ensoleillé. Du pur poliziottesco comme on dit en se foulant la langue, du polar noir à l’italienne dans tout ce qu’il a de rude, de violent et même parfois de nihiliste. Avec Big Racket, Artus frappe fort en nous livrant ce beau représentant du genre, qui rejoindra avec joie vos galettes de Brigade Spéciale, La Rançon de la Peur, L’Exécuteur vous Salue bien ou encore Rue de la Violence, ses petits amis des années de plomb. Pour ce racket loin d’être désagréable pour le spectateur, Castellari convie quelques amis qu’il connait fort bien puisque plusieurs acteurs croisés dans Big Racket se trouvent également dans son Keoma, tourné la même année, à savoir 1976. Antonio Marsina, Orso Maria Guerrini, Joshua Sinclair, Ken Wood et quelques autres ont effectivement tâté du western à la Castellari avant d’aller bouffer de l’Italie citadine à mains armées, toujours sous sa coupe. Mais Il Grande Racket dispose également d’une ribambelle d’autres gueules du bis, de mecs comme Renzo Palmer (Danger : Diabolik), Romano Puppo (Le Grand Alligator) ou bien évidemment l’héroïque Fabio Testi (La Guerre des Gangs, Mais qu’avez-vous fait à Solange ?), légende du cinoche italien qui se retrouve bien évidemment catapulté tête d’affiche de ce polar noir, le genre que la critique assassine volontiers. Ce fut d’ailleurs le cas lors de sa sortie dans les années 70, la presse n’appréciant guère ce divertissement qui montre un policier désabusé et quelques quidams prendre les armes pour se venger des mafieux et leurs sbires, quand bien même le public apprécia grandement le film de Castellari. Et pour cause, à l’époque les truands agissaient comme dans le film, les voir se faire dessouder par quelques adeptes de l’auto-justice tenait donc de la catharsis. Mais comme souvent avec les Vigilante, les journalistes y voient des œuvres réactionnaires, nauséabondes, malsaines, dans lesquelles quelques vieux cons vont dézinguer des jeunes. Des jeunes violeurs et assassins, tout de même, mais à les lire il faut sans doute que jeunesse se fasse ! De manière générale, le bisseux se fiche bien de ces considérations morales et ne voit en vérité qu’une chose : le spectacle et la bonne tenue de l’œuvre. Et il sera ici aux anges…

 

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Tout débute par une séquence qui n’est pas sans rappeler Les Guerriers de la Nuit et Orange Mécanique puisque l’on y trouve une bande de casseurs, parfois masqués, qui vont saccager plusieurs magasins, histoire de pouvoir y retourner le lendemain pour avertir les commerçants qu’ils sont désormais pris dans la spirale infernale du racket. La règle est simple : s’ils ne donnent pas la thune qui leur est demandée, les pauvres vont devoir fermer boutique puisque ces ordures promettent de revenir faire cramer leurs biens, si ce n’est pire… Une enquête difficile qui revient à l’inspecteur Nico Palmieri (Fabio Testi), difficile parce que personne n’ose parler, de peur des représailles qui les attendent. Insistant, Nico parvient tout de même à faire parler quelques victimes… qui sont très vite attaquées par les malfrats qui vont jusqu’à violer ou tuer leurs proches ! Une ultra-violence qui ne cesse de grimper, encore et encore, sans que les supérieurs de Nico ne semblent décidés à lui donner raison dans sa lutte contre ce fléau. Pire, il est fréquemment rabroué et finira même par être relevé de ses fonctions. C’en est trop pour cet honnête homme, qui va créer une petite milice, vigilante dans l’âme, qui ira rendre les coups à cette mafia gérée par un Marseillais disposant d’une bande de quatre loubards particulièrement vicieux… De toute évidence, Enzo G. Castellari et ses amis scénaristes (dont Arduino Maiuri, scénariste de Danger : Diabolik) n’avaient pas l’intention d’y aller avec des pincettes concernant Big Racket, dont le but évident est de prouver, comme il était de coutume à l’époque en Italie, qu’il ne fallait pas trop compter sur la police pour régler les problèmes gangrénant la vie des honnêtes gens. Que ce soit dans le giallo et ses tueurs gantés qui saccagent les cuisses de ces dames ou dans le polar et ses brigands adeptes de la mitraillette, les flics sont pointés du doigt comme des gens incapables, non pas parce qu’ils font preuve de mauvaise volonté, mais parce que les lois les ralentissent et sont finalement plus bénéfiques aux criminels qu’à leurs victimes. Un constat amer ? Dramatique même, Castellari dévoilant un univers aux frontières du nihilisme, où la seule solution pour régler un problème est de se battre avec les mêmes armes que lui. Le message de Big Racket est clair : dans ce monde en perdition, le bien ne peut triompher du mal qu’en usant de la brutalité qui est celle des malveillants. Et n’espérez pas y trouver un aspect fun ou « américanisé », avec un groupe de justiciers qui ne craignent rien et dézinguent tout au bazooka, tels des Rambo des rues. Nous sommes en effet bien loin des délires régressifs (et jubilatoires, il faut bien le dire) des derniers Death Wish, dont l’exagération était si poussée que l’on finissait immanquablement par rire de la justice expéditive prodiguée par son héros moustachu. Fabio Testi et sa bande ne sont pas des Charles Bronson en puissance, la plupart n’ayant d’ailleurs pas des physiques de stars du cinéma d’action…

 

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En effet, seul Testi peut se vanter ici d’avoir une vraie tronche de mec de cinéma, les autres étant des gaillards approchant de la cinquantaine, des restaurateurs, petits voleurs, gérants de boîte de nuit ou champions de balle-trap. En bref, des types normaux qui en ont eu marre un jour et se sont décidé à prendre les armes pour faire payer les crevures qui ont réduit leurs vies en cendres. Et bien évidemment, en leurs qualités de mortels, ils risquent fort de ne pas sortir indemnes de cette guerre dans laquelle ils sont lancés, commandés qu’ils sont par un Fabio Testi vengeur. Il faudra en tout cas qu’ils usent de toute leur hargne pour mettre un terme à la menace qui pèse sur la ville, le fameux Marseillais, un dandy à la fine moustache, disposant d’une brigade de malfrats dont ressort tout particulièrement un quatuor maléfique. Quatre salopards par ailleurs bien caractérisés par Castellari, qui vont du petit teigneux et de la demoiselle belliqueuse au blondinet pervers et à la brute épaisse. Dire que l’on espère voir ces ordures qui pillent, saccagent, violent, tuent et agressent se faire éliminer tient du doux euphémisme… Mais vu l’atmosphère grise, presque déprimante et désespérée, qui englobe le film, on peut sérieusement se demander si la confrontation finale se soldera réellement par un happy end, car cela ne semble pas des plus évidents. Une chose est sûre, les plus attachés d’entre vous aux séquences d’action multipliant les points de vue seront aux paradis de la poudre chaude puisque l’impressionnante fusillade finale nous en fout plein les yeux. C’est bien simple, nous tenons-là un climax parfait, du genre que l’on ne voit plus des masses à l’heure actuelle, et qui raisonne d’autant plus fort que Castellari a eu la bonne idée de nous présenter tous ses intervenants (seul l’un d’eux, un ancien truand, est laissé de côté et apparaît donc tardivement dans le récit) durant la première heure, qui fait presque figure de longue scène d’exposition. N’allez pas croire cependant que l’on s’emmerde comme des rats morts durant ces longues prémices car il n’en est rien…

 

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Big Racket dispose en effet d’un rythme d’enfer et parvient sans mal à mélanger passages qui font avancer l’histoire ou l’enquête et scènes d’action efficaces, que ce soit dans le bourre-pif (nos Italiens se battent parfois comme des ninjas) ou dans l’échange de plomb puisque, outre l’excellent final, on trouve également une belle fusillade dans une vieille gare. Bien évidemment, tous ces beaux efforts ne nous mèneraient pas bien loin sans un bon réalisateur à la barre et, joie !, le Enzo était plus qu’en forme sur ce polar, montrant que décidément le gaillard a du métier. Le réalisateur de La Mort au Large emballe tout cela de fort belle manière, chaque plan étant judicieusement composé, et il s’essaie même à quelques tentatives parfois heureuses. Pas systématiquement, comme lorsqu’il s’amuse à tourner autour du Marseillais de manière saccadée, changeant de plans encore et encore comme pour nous le montrer sous toutes les coutures mais sans fluidité. Une drôle d’idée qui ne porte pas franchement ses fruits mais qui est bien rattrapée par d’autres scènes, comme lorsque l’on suit la dégringolade d’une voiture de l’intérieur, accompagnant un Fabio Testi horrifié. Testi qui est par ailleurs ici très habité et s’il nous fait au départ le jeu du flic beau et souriant, assez décontracté, voire vanneur, il se mue progressivement en un être hargneux et impitoyable, bien décidé à faire éclater toute sa sauvagerie. Un homme aux frontières de la folie ? Cela se pourrait bien… Les séquences mémorables s’enchainent dans tous les cas sans temps morts et on citera, en vrac, la colère d’une foule manipulée, de durs viols, ces scènes avec ce père vengeur et devenu un véritable psychopathe et puis, bien sûr, la silhouette de cet ange de la mort au regard presque livide qu’est Testi, une sorte de Punisher italien. Notons enfin une bande-son adaptée, qui semble mélanger l’ordre (une musique douce, pop, un brin psychédélique) et le chaos (des accords qui pourraient tenir d’un groupe de heavy metal viennent trancher la bonne tenue de la musique). Un véritable indispensable, une petite bombe qui ravira les amoureux de polars agressifs, et qui se voit offrir un bel écrin avec le DVD d’Artus, qui fournit toujours du très bon boulot, appelant par ailleurs Curd Ridel pour qu’il vienne un peu nous expliquer ce que l’on trouve comme personnalités dans ce Big Racket que vous vous devez de posséder…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Enzo G. Castellari
  • Scénarisation: Enzo G. Castellari, Massimo de Rita, Arduino Maiuri
  • Production: Galliano Juso
  • Titres: Il Grande Racket (Italie), The Big Racket (USA)
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Fabio Testi, Vincent Gardenia, Renzo Palmer, Orso Maria Guerrini
  • Année: 1976

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