Necronomicon

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Certains se réfèrent à la bible, d’autres au coran, dans la crypte c’est le Necronomicon qui nous sert de tables de la loi. Et certains humains, depuis tombé dans une folie sans fin, semblent partager nos goûts littéraires…

 

Cthulhu par ci, Cthulhu par là,… C’est bien simple, depuis quelques années les geeks du monde entier vénèrent le calamar géant qui dort depuis la nuit des temps au fin fond des mers sombres. Peluches, dessins le pastichant, évocations dans la musique, apparition dans South Park et certains jeux vidéos,… Tout le monde le connaît, qu’on ait lu ou non les récits s’y rapportant, écrits par H.P. Lovecraft, l’un des écrivains ayant le plus marqué le genre horrifique depuis sa création. Rien de plus normal que de nombreux films soient consacrés à son œuvre, certains s’étant même spécialisés dans le portage cinématographique de ses nouvelles, comme Stuart Gordon, papa des versions ciné de Re-Animator, Aux Portes de l’Au-delà, Castle Freak, Dagon et de l’épisode Le Cauchemar de la Sorcière pour la série Masters of Horror. Mais plusieurs de ces films ne doivent pas leur paternité au seul Stuart Gordon, un producteur étant souvent oublié dans l’affaire: Brian Yuzna. Plus connu pour ses réalisations (Society, Le Dentiste), le bonhomme est aussi un producteur de série B qui apprécie tout particulièrement Lovecraft, lui qui donnera deux suites à Re-Animator. Pourquoi se limiter aux aventures d’Herbert West alors que la bibliographie de Lovecraft recèle de perles noires ? Le producteur Samuel Hadida (producteur de Resident Evil, Le Pacte des Loups ou encore True Romance) a pensé la même chose, s’associant avec Yuzna pour mettre sur pied un film à sketch: Necronomicon. Le livre étant présent dans de nombreuses histoires de l’écrivain fou, il sera donc aisé de relier les segments entre eux. Qui pour réaliser ? Yuzna, bien sûr, mais l’idée est d’aller chercher des metteurs en scène de tous les horizons. Ils piochent alors Christophe Gans (Silent Hill) en France et Shusuke Kaneko (ici crédité Shu Kaneko), connu pour sa trilogie des Gamera et les films Death Note. On a connu pire casting…

 

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Si Yuzna s’occupe du troisième sketch, il a aussi la lourde tâche de relier les histoires entre elles et de s’occuper de The Library, le fil rouge (sang, bien sûr). L’histoire est simple: Lovecraft (interprété par Jeffrey « Re-Animator » Combs) se rend dans une bibliothèque tenue par d’étranges moines, persuadé qu’ils détiennent le fameux Necronomicon, un ouvrage qu’il aimerait bien feuilleter pour pouvoir s’en inspirer et pouvoir écrire quelques brûlots malsains. C’est donc la lecture du grimoire maléfique qui va servir de placement pour les chapitres suivants, le spectateur fusionnant donc avec Lovecraft le temps de sa lecture. Nous le retrouverons donc entre chaque sketch, le suspens étant ici de savoir si les moines vont se rendre compte que l’écrivain s’est frayé un passage jusqu’à la gazette des morts. Ambiance soignée, décors sympathiques, on peut dire que ce point de départ met en condition et prépare plutôt bien à ce qui va suivre. On ressent bien la l’appréhension ressentie par Lovecraft face au Necronomicon, qui ne va pas tarder à s’ouvrir à nous et nous déverser un torrent d’atrocités… Du moins, on l’espère.

 

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Les choses sérieuses commencent avec The Drowned de Christophe Gans, qui n’était encore que débutant à l’époque et sortait tout juste de l’aventure Starfix, revue sur le cinéma bis qui compta dans ses rangs les illustres Christophe Lemaire et François Cognard. Autant le dire de suite, ce premier segment s’inspire de Lovecraft mais n’est pas à proprement parler une adaptation d’une de ses nouvelles, Gans appelant cela une « variation de son univers ». Une bonne idée, l’adaptation pure et simple étant des plus casse-gueules avec Lovecraft, qui avait le don de ne jamais décrire ses bestioles. The Drowned commence par l’acquisition d’un manoir perché sur une falaise par Edward De Lapoer (Bruce Payne, futur habitué des gros nanars comme Donjons et Dragons ou Highlander: Endgame), un homme meurtri par la mort de sa femme, tuée dans un accident de voiture. Une fois sur place il découvre que son oncle, l’ancien propriétaire des lieux, avait réussi à faire revenir sa femme et son fils du monde des morts grâce au Necronomicon… Edward va donc faire de même et s’en remettre au grand Cthulhu. Que dire si ce n’est que ce premier sketch souffle le chaud et le froid… On a d’un coté une ambiance très travaillée, de beaux décors, un respect du monde Lovecraftien et des effets old-schools plutôt sympas (même si certains prêtent un peu à sourire aujourd’hui). Mais il y a malgré tout quelque-chose qui cloche, un je-ne-sais-quoi qui ne va pas, peut-être dû au montage qui peine à insuffler un rythme satisfaisant à l’histoire, hésitant à laisser la laisser se reposer un peu. Certains effets sont donc un peu étrange, comme ce fondu au noir rapide lorsque Bruce Payne regarde un tableau, comme s’il y passait des heures alors que cela ne prend en vérité que quelques secondes. Des défauts sans doute liés à la maigreur du budget et qui sont assez dommageables vu que le sketch avait un petit coté « années 60 » pas déplaisant et qu’on y ressent la peur et la détresse de Bruce Payne, qui doit également faire face à une mer qui renferme bien des secrets. Naïf et à l’ancienne, mais forcément attachant. Reste que ce premier sketch donne le ton du reste du film: inégal…

 

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Après la soupe à la pieuvre de Gans, c’est le japonais Shusuke Kaneko qui prend la relève pour The Cold. L’enquête d’un journaliste sur des meurtres étranges va nous permettre de faire la connaissance du docteur Madden (aucun rapport avec le football américain, et incarné par David Warner, le Jack l’éventreur de C’était Demain), un scientifique qui tente de repousser les limites de la vie grâce au Necronomicon et ses propres expériences. De tous les sketchs, c’est celui-ci le plus posé, le plus travaillé au niveau du scénario et sans doute celui qui nous implique le plus. Le mystère se dévoile peu à peu et les personnages sont mieux croqués, nous permettant de nous intéresser à eux plus vite que dans les autres histoires. Le revers de la médaille, c’est que le spectacle est moins visuel et que le tout à un coté plus pépère, à l’exception d’une scène gore qui restera dans toutes les mémoires: un pauvre personnage se liquéfie et s’arrache la peau, laissant apparaître ses entrailles, qui fondent à leur tour. C’est beau comme un camion, surtout à l’heure du dîner. Pas particulièrement effrayant et dans un style qui tranche un peu avec les autres segments, The Cold n’en demeure pas moins agréable à voir, à défaut de nous faire peur.

 

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C’est le père Yuzna qui ferme la marche avec Whispers, qui débute avec une course-poursuite en bagnole entre des amants policiers et un tueur en série appelé « Le Boucher ». Mais, patatra!, la bagnole des flics se casse la gueule et on kidnappe le policier masculin, laissant sa copine enceinte toute seule et bien décidée à le retrouver. Elle s’engouffre donc dans un immeuble peu rassurant… Elle y croise un taré (Don Calfa, vu dans Le Retour des Morts-Vivants) et sa femme qui vont l’amener dans un endroit étrange peuplé de chauve-souris comme vous n’en verrez jamais dans vos greniers. Bon là, on est dans du Yuzna pur jus, donc oubliez toute finesse, le but ici c’est de vous écœurer avec du gore crado, comme un mec avec le crâne vidé qui se relève et poursuit l’héroïne ou des membres coupés. C’est clairement la partie la plus débile du film, d’autant que le rapport avec Lovecraft ne saute pas vraiment aux yeux: on est dans un monde contemporain, dans une usine désaffectée et parfois dans un hôpital. Quand aux monstres, leur animation d’un autre temps rappelle les vieux Star Trek, ce qui peut ravir comme consterner, c’est au choix! Il y a également un coté « l’antre de la bête » de Les douze travaux d’Astérix ici, ce qui est un peu rigolo. Vous l’aurez compris, ce sketch n’est pas très intelligent ni très passionnant mais se laisse regarder car assez dégueulasse, ce qui est toujours ça de pris…

 

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Ce qui est amusant avec Necronomicon, c’est que c’est un film inégal de manière inédite pour un film à sketchs. Le plus souvent, ces métrages sont boiteux car les segments qui les composent sont de qualité variable, allant du bon au moins bon. Mais dans Necronomicon, tous les segments sont inégaux en eux-mêmes. Que ce soit à cause d’un rythme défaillant ou en raison d’effets spéciaux cocasses (il faut voir l’espère d’huitre dentée qui sort d’une dimension parallèle colorée comme un t-shirt des années 80 dans le segment de la bibliothèque!), tous ont en commun cette inégalité qui va de force devenir la définition parfaite du film. Il n’est pas mauvais, il est juste décevant, mais pas suffisamment pour faire fuir les fans, qui verront ici l’occasion de voir des effets en latex comme à la grande époque. Quand aux fans de Lovecraft, ils retourneront pleurer qu’aucun film tiré de ses œuvres n’aura jamais eu le budget nécessaire pour retranscrire fidèlement l’indescriptible. Ce qui est vrai. Mais le cinéma bis aura au moins essayé!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Brian Yuzna, Shusuke Kaneko, Christophe Gans
  • Scénarisation: Christophe Gans, Brian Yuzna,…
  • Production: Samuel Hadida, Brian Yuzna
  • Pays: USA, France, Japon
  • Acteurs: Jeffrey Combs, Bruce Payne, David Warner, Richard Lynch
  • Année: 1993

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