Karate-Robo Zaborgar

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Nostalgiques de Goldorak et autres robots géants qui affrontent les pires monstres de l’espace, ne pleurez pas, Toxic Crypt pense à vous et vous propose de faire un tour en moto avec Zaborgar, fier héros nippon créé pour mettre la branlée qu’elle mérite à l’organisation démoniaque Sigma.

 

 

 

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Lorsque vous regardez ce brave homme dont je vous offre cette photographie, qui le met comme vous pouvez le voir très en valeur, vous vous dite qu’il s’agit certainement d’un Japonais demeuré et pervers, le genre à collectionner les figurines d’héroïnes de manga dénudées en se tirant la nouille sur de la J-Pop, avec sur son téléviseur la diffusion d’un porno bien crade, genre lycéenne violée par un alien muni de tentacules (au Japon, c’est presque du porno classique). A vrai dire, ce garçon du nom de Noboru Iguchi est très probablement tout cela à la fois, un vrai otaku destroy et un peu attardé sur les bords, sans doute bercé un peu trop près du mur, et qui a débuté sa carrière dans les films pour adultes déviants, coincés entre l’inceste, les vidéos de « creampie » et la scatologie. Mais ce mec qui a la tronche d’un gars à qui on ne confierait pas les cordons de la bourse est aussi et surtout l’un des plus généreux réalisateurs de films bis/de série B/de genre/Grindhouse (biffez les mentions inutiles) apparus depuis une dizaine d’années. Aussi polémiques soient-elles au sein du petit monde du cinéma fantastique, certains leur reprochant leurs aspects trop fauché et puéril, les Machine Girl, Zombie Ass, RoboGeisha et autres Dead Sushi sont toutes des bandes qui préfèrent chier dans leur froc et en rire un bon coup plutôt que péter plus haut que leurs culs et qui tentent de livrer au spectateur le maximum en partant d’un budget minimum. Du pur V-Cinema, l’équivalent du DTV au Japon, aux budgets maigres mais au délires épais, dont le but est tout simplement de s’éclater, de repousser les limites de la vulgarité, du gore et de l’humour, mais généralement dans la bonne humeur. On ne se sent jamais vraiment choqué lorsque l’on assiste à certaines horreurs sorties de ces films, souvent gores au-delà du raisonnable et du genre à déverser sur les écrans des litres et des litres de grenadine, tout simplement parce que c’est bon enfant, fait avec le sourire et si exagéré que cela ne peut être vicieux. Amusants sont donc ces films sortis chez nous sous la bannière Sushi Typhoon, quand bien même tous n’en sont pas. En effet, les cultes Machine Girl et Tokyo Gore Police, tout comme Vampire Girl vs Frankenstein Girl ou encore RoboGeisha ne sont effectivement pas issus de cette firme qui ne disposa que d’une courte vie, finalement moins un studio qu’un sous-genre si l’on en croit l’utilisation du terme, qui englobe désormais tout un pan du cinéma asiatique mal élevé. En vérité, de vrais Sushi Typhoon il n’en existe que sept : Alien vs Ninja, Mutant Girl Squad, Helldriver (à ne pas confondre avec la version avec Nicolas Cage), Cold Fish, Yakuza Weapon, Deadball et le Karate-Robo Zaborgar qui sera chroniqué aujourd’hui. Dans le lot, il est d’ailleurs avec le Cold Fish de Sono Sion, le seul à se différencier un brin du reste de la production, les autres films issus de la tornade de sushis versant volontiers dans l’exploitation goreuse et trash. Mais avec Zaborgar, Iguchi tente d’élargir son audience…

 

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Il était d’ailleurs obligatoire que le Noboru laisse un peu de côté ses plus bas instincts qui le conduisent généralement à filmer des nanas nues comme des vers ou des séquences où l’hémoglobine jaillit comme la lave d’un volcan. Pourquoi ? Tout simplement parce que Zaborgar est l’adaptation d’une série télé du même nom, très populaire au Japon et sortie dans les années les années 70. Un pur sentaï comme on dit, à savoir un show live mettant en scène un héros ou une bande de héros, le plus souvent costumés et dotés de fringues de couleurs différentes pour les différencier (genre Force Rouge, Force Bleu, Force Jaune et compagnie), qui combattent des monstres incarnés par des mecs en costumes, à la Godzilla. En gros, c’est du Bioman ou du Power Ranger (Power Ranger qui est, en passant, une série américaine dont la majorité des scènes sont reprises des sentaï japonais), avec quelques variantes apportées par chaque série, qui tente bien évidemment de se distinguer un peu des concurrentes. Pour Denjin Zabōgā, nom original de la série, l’originalité c’est le fait qu’on tient un duo héroïque fait du noble Daimon, un karatéka, et de sa moto Zaborgar qui est capable de se changer en robot. C’est bien évidemment kitsch au-delà du raisonnable mais ce fut également une œuvre suffisamment culte et appréciée pour qu’une adaptation live en soit tirée. Et c’est donc à Iguchi, réalisateur de porno scatologiques portant des noms comme Beautiful Girls on the Toilet 2 – Secret Excrement, Lolita Lavatory ou Beautiful Girl Excretion School, qui doit emballer un film qui, sur le papier, semble plutôt destiné aux marmots. L’homme de la situation quoi, qui de mieux qu’un obsédé du caca pour réaliser un sentaï plein d’honneur, de bravoure et de bons sentiments ? Ca fait forcément rigoler mais vous allez vite vous rendre compte que le gaillard s’est débrouillé plus que bien et, à la manière de Takashi Miike avec son très sympa Yatterman, a rendu un hommage parodique mais qui transpire l’amour pour la série d’origine. Autant prévenir d’emblée que ceux qui ne jurent que par son Machine Girl risquent malgré tout d’être déçus par Karate-Robo Zaborgar, qui se veut plus tous publics et n’utilise que très peu de sang et ne dénude pas beaucoup plus ses actrices. Le propos n’est donc ici pas vraiment le même, mais que les bisseux se rassurent, ils auront tout de même quelques bons délires à se coller sous les chicots…

 

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Tout commence alors que Daimon, notre héros, n’est encore qu’un jeune homme de 22 ans, assoiffé de justice et de vengeance depuis que l’organisation diabolique Sigma, qui vit dans un gigantesque château volant, a tué son père, un illustre inventeur, dans le but de lui dérober son ADN. Pour en faire quoi ? Pour l’injecter dans le robot géant qu’ils sont en train de créer et qui a besoin des cellules de personnes intelligentes, et plus les cellules sont de qualité, plus il se créera vite. Un ADN parfait peut lui apporter un bras alors qu’un merdique ne lui offrira qu’un doigt ou une dent, à titre d’exemple. Reste qu’avant de se faire atomiser par les canons de Sigma, le père de Daimon a eu le temps de construire Zaborgar, un robot né à partir des cellules du frère jumeau de Daimon, ce qui leur donne un lien fraternel évident. Désormais bien équipé avec cette moto incroyable qui se change en un combattant hors-pair doté de plusieurs ustensiles bien pratiques dans la lutte contre le crime, notre protagoniste principal peut enfin mettre la raclée de leur vie aux hommes de Sigma. Mais les choses se compliquent vite lorsque Daimon et l’une des membres des démons, Miss Borg, tombent secrètement amoureux, ce qui commence à troubler notre héros qui ne sait plus trop de quel côté il doit être, sentiment renforcé par le fait que les humains qu’il protège ne méritent visiblement pas d’être sauvés… Après un ultime affrontement aux conclusions tragiques, Daimon raccroche les gants… Vingt-cinq années passent et il est désormais un raté ayant la quarantaine, inutile et désabusé. Mais lorsque le plan de Sigma approche à sa fin et que son robot commence à prendre forme, Daimon n’a plus le choix et doit reprendre les armes pour sauver l’humanité… Un peu à la manière d’une série en plusieurs épisodes, Zaborgar se scinde en deux parties, avec un premier chapitre d’une heure se concentrant sur Daimon à 22 ans et un deuxième de cinquante minutes sur ses mésaventures à 47 ans. L’histoire est la même dans les deux cas, tout ce qui se déroule lorsqu’il est dans la vingtaine trouvant conclusion dans lorsqu’il sera un adulte, qui devra notamment composer avec ses deux rejetons qui sont du côté de Sigma.

 

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Ce qui marque d’emblée avec ce Karate-Robo Zaborgar sorti en 2011, c’est le plus grand soin qui y est apporté en comparaison avec la plupart des autres films de cette équipe de fous furieux qui forment les Sushi Typhoon. Il est en effet probable que le fait d’adapter une série populaire aura permis à la firme de composer avec un budget plus permissif que d’ordinaire, ce qui se ressent à plusieurs niveaux du film. Les effets spéciaux sont souvent plus réussis, la photographie est plus jolie et les acteurs semblent un petit peu meilleurs que d’ordinaire. Alors bien évidemment, un film Sushi Typhoon reste un film Sushi Typhoon et garde ses aspects cheesy malgré tout, et on trouvera quelques SFX pas terribles et quelques acteurs qui cabotinent comme si leur vie en dépendait, c’est pour ainsi dire le genre qui veut cela et ça participe à le rendre attachant. Iguchi reste lui aussi égal à lui-même au niveau de la puérilité, n’hésitant pas à tomber dans la parodie vulgaire qui vise sous la ceinture, avec culottes de robots ou encore pet enflammé qui permet de propulser celui qui le lâche jusqu’à un robot gargantuesque. Ce n’est pas fin pour un sou mais qui s’en plaindra ? Toute personne ayant déjà maté un seul des films du style sait pertinemment à quoi s’attendre et il serait malvenu de venir reprocher à Iguchi de ressortir les vieilles recettes qu’il a participé à mettre en place. Il sera par contre plus ennuyeux de constater que le gaillard a freiné sur le gore, ici très peu présent et représenté par quelques timides jets de sang numérique. Heureusement, cette déception est compensée par un scénario plus satisfaisant que ceux des autres films versant dans la même démence cinématographique. Daimon est un héros sympathique, dans sa jeunesse comme dans ses quarante années, et le Zaborgar qui l’accompagne est quelques fois très amusant (joli jeu de sourcils pour une machine !). Même les méchants sont attachants, à l’image de cette Miss Borg constamment maltraitée par le reste de l’équipe Sigma et qui finit par s’amouracher de son ennemi, qui prend plus soin d’elle que ses prétendus acolytes. Il y a ici une véritable dynamique sentimentale qui propulse les évènements et donne du sel aux séquences d’action, Iguchi ne s’étant pas contenté de livrer un bête actioner. Il y a même une petite critique de la société et du pouvoir politique, ici présenté comme fourbe, menteur, manipulateur, en un mot mauvais, et lorsque ces fameux politiques sont utilisés pour le fameux robot géant qui ne gagne pas grand-chose avec leur apport, tout juste une dent, c’est un moyen de montrer que ces hommes ne valent pas grand-chose selon le réalisateur… D’autant que, Daimon et quelques braves gars à part, ils se montrent presque tous mysogines…

 

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Bien sûr, ce scénario prenant ne signifie pas que Karate-Robo Zaborgar est une œuvre profonde, nous en sommes même très éloignés. Le but est ici d’amuser la galerie en usant des clichés du sentaï, dont on retrouve les poses un peu ridicules, les sauts en trampoline au ralenti, les gadgets, les monstres improbables (un samouraï avec des lèvres géantes, un homme-fourmi mécanique, des filles fringuées comme pour une partie de rugby avec des dragons qui leur sortent des nichons et du cul, un fourgon en forme de bulldog). Et le tout sans se moquer, l’humour venant plutôt des situations et d’un second degré respectueux, d’un décalage bienvenu et nécessaire, comme lorsque le fameux robot géant décide de détruire un parlement en s’asseyant tout simplement dessus, tout en envoyant des textos avec son téléphone portable, ou lorsqu’un homme et une femme robotique copulent dans une scène mélangeant romantisme et porno à tentacules. Iguchi n’est pas là pour emmerder le monde avec une œuvre trop lente et a visiblement retenu les leçons de son RoboGeisha, qui perdait trop de temps dans les problèmes familiaux de deux sœurs, ce dont on n’avait pour ainsi dire rien à foutre, nous qui espérions voir des geishas robotiques éclater tout ce qui bouge. Le contrat n’était qu’à moitié rempli, ne se réveillant que dans son dernier acte, plus jouissif, tandis que Zaborgar est nettement plus généreux et profite d’un rythme qui ne faiblit pour ainsi dire jamais. Les situations s’enchainent comme les combats, qui débarquent toutes les dix minutes et sont en prime franchement agréables, quand ils ne sont pas carrément bandants, à l’image de ce duel opposant Zaborgar et le Faucon Noir, son pendant négatif, au sommet du fameux robot géant. Les explosions, les rayons lasers, les coups dans la gueule et les balles sorties de mitrailleuses se suivent pour le bonheur des petits et des grands, qui retomberont en enfance avec ce grand gamin d’Iguchi, que l’on imagine bien tenir ses figurines devant la caméra.

 

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Dans un certain sens, déviant bien évidemment, on peut dire que Zaborgar allie le fond et la forme et que tout est fait pour rendre un vibrant hommage aux sentaï. Bien sûr, mieux vaut avoir l’esprit ouvert et apprécier les divertissements du soleil levant, les allergique à tout cet univers ne verront sans doute là-dedans qu’une succession de scènes crétines au possible. Et ils n’auront peut-être pas tort, mais c’est tellement assumé, tellement bien fait, tellement amusant qu’il est difficile de ne pas se laisser prendre au jeu. Un vrai retour en enfance, cheesy, bandant, parfois touchant et qui s’offre en tout cas un bien beau DVD, Elephant Films ne nous trompant pas sur la marchandise. On trouve en effet une multitude de petits spots TV servant à promouvoir le film au Japon, mettant tous en scènes Zaborgar dans des situations humoristiques, le générique de la série d’origine, des trailers et un making-of de 30 minutes qui nous permet de voir que le Iguchi s’amusait comme un diable lors du tournage. Accessoirement, on le voit aussi pisser, ce qui vous donne une idée de l’esprit de la galette. Le générique du film permet également de voir à quoi ressemblait la série des années 70 puisque des extraits en sont diffusés. L’occasion de voir qu’Iguchi a fait une version longue très fidèle, assumant l’univers de la saga et ses costumes ringards, ce qui fait bien plaisir à une époque où Michael Bay se sent obligé d’actualiser les icones de notre enfance au point qu’il leur en retire toute saveur. Les créateurs Japonais, nettement plus respectueux de leur patrimoine culturel, ne se sentent jamais plus hauts que ce qu’ils traitent et offrent, avec un ou deux millions, des spectacles nettement plus généreux que ceux des Ricains qui disposent pourtant de centaines de millions. C’est plus boiteux, plus perfectible, parfois moche et ridicule. Mais c’est toujours sincère et respectable. Un cinéma dont nous avons besoin, plus que jamais, car le bis actuel, le vrai qui ne fait pas semblant, c’est désormais là qu’il se trouve. J’ai adoré.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Noboru Iguchi
  • Scénarisation: Noboru Iguchi
  • Production: Sushi Typhoon, T-Joy, Star Child
  • Titres: Denjin Zabôgâ (Japon)
  • Pays: Japon
  • Acteurs: Itsuji Itao, Yasuhisa Furuhara, Mami Yamasaki, Hiroyuki Watanabe
  • Année: 2011

4 comments to Karate-Robo Zaborgar

  • Oncle Jack  says:

    Un réalisateur à moitié (voire complètement) allumé, des boites en fer blanc qui se castagnent allégrement, de jolies japonaises taille maxi qui semblent visiblement avoir le feu quelque part…. mais c’est que ça m’a l’air bien appétissant tout ça. Et puis moi, les sushis j’adore. Faut absolument que je dégotte cette merveille. Merci l’ami !

  • Roggy  says:

    Moi, j’avais un Goldorak en jouet quand j’étais petit. Tu crois que je pourrai aimer le film ? 🙂

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