Girls School Screamers

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Le slasher et Toxic Crypt, c’est une grande histoire d’amour qui ne se dément pour ainsi dire jamais. Mais attention à la monotonie, qui peut vite venir donner de grands coups dans les roustons lorsque l’on ne s’y attend pas. C’est justement pour éviter cela qu’existent des slashers un peu diffèrents comme Girls School Screamers

 

Pourtant, sur le papier et lorsque l’on se fie à sa séduisante affiche, ce film de 1984 de John P. Finnegan, qui sera par ailleurs sa seule réalisation, a tout de la grosse série B bien cheesy, le genre à vous laisser les doigts gluants et la bouche pâteuse pour une semaine. Une grosse tronche occupée à se putréfier et avec des gros verts dégueulasses qui lui sortent du nez ou de la bouche, une larme d’écume verdâtre qui coule de l’œil, un gros chauve aux bras velus et au franc sourire, des filles qui hurlent de terreur (faut que ça colle au titre, faut dire !) et des bras armés de couteaux, cisailles, hachoirs, crochets et fourches qui sortent de tous les coins, menaçants, histoire de donner à ces dames de bonnes raisons de s’inquiéter. De toute évidence, l’affiche vend de la grosse éclate, et le fait que Lloyd Kaufman et Michael Herz, ces Messieurs derrière Troma, soient de la partie en tant que producteurs exécutifs n’invite pas à penser que l’on va avoir droit à un truc dans la lignée d’Autant en Emporte le Vent. Les deux pères de Toxie sont plus connus pour leurs gros délires radioactifs que pour une quelconque volonté de taper dans le cinéma d’atmosphère, c’est un fait, et on attendra toujours d’eux des gags trash et du gore crado. Et pourtant, Girls School Screamers n’est pas franchement de cet acabit et vise d’autres sphères horrifiques, plus portées sur le climat que sur la déconnade entre amis. Tout cela, vous allez pouvoir vous en rendre compte grâce à Uncut Movies, qui a sorti le film voilà un paquet d’années déjà, le sortant de l’oubli dans lequel il était enfermé en France jusqu’alors. En effet, le film de Finnegan ne fut que projeté à la quinzième édition du festival du film fantastique et de science-fiction organisé à l’époque au Grand Rex, côtoyant dans sa sélection des bandes comme Le Jour des Morts-Vivants, Spookies, The Stuff ou House. Depuis, que dalle jusqu’à ce qu’Uncut Movies décide de sortir le film de sa tombe, aucune VHS n’étant sortie chez nous, ce qui en fera un inédit de plus dans le catalogue de l’éditeur le plus gore de France.

 

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Lorsque l’on enfourne le DVD dans le lecteur, on s’attend donc à avoir une petite bisserie rigolote, comme on en a vu des centaines, coincée quelque-part entre les productions Troma, les films produits par Roger Corman dans les années 80 et les réalisations de Fred Olen Ray et consorts. En gros, à de la série B qui penche vers le Z fauché, à du divertissement bête et méchant, très campy dans l’esprit. Et lorsque le film débute, on se rend compte que le but de Finnegan était tout autre. En effet, Girls School Screamers débute par une scène plutôt glauque et flippante durant laquelle quelques marmots envoient l’un des leurs dans une vieille maison abandonnée, l’habituel rite de passage, la preuve du courage à apporter si l’on ne veut pas être traité comme une fiotte pour le reste de l’année. Le mouflet obéit donc et entre dans cette demeure, de nuit, et finit par y croiser un fantôme en robe blanche, au visage décomposé et dégoulinant d’énormes asticots, cette bien jolie demoiselle ne cessant de l’appeler et de rire d’une manière qui n’invite pas franchement à se marrer avec elle. Le gosse se tire et retrouve ses amis avant de s’évanouir et de tomber dans le coma, la frousse étant trop forte. C’est le moment choisi par le générique pour arriver avec dans sa valise une bande-son à la fois triste et lugubre et qui nous rappelle nos premiers émois fantastiques. Souvenez-vous, lorsque vous teniez une VHS crasseuse qui vous laissait les doigts noirs de poussière, une cassette retrouvée dans le grenier de votre daron, avec une jaquette qui promettait des horreurs à l’époque inimaginables pour vos petites têtes blondes. Cette VHS, vous hésitiez à l’enfourner dans votre magnétoscope, comme si les atrocités qu’elle contenait risquaient de faire s’ouvrir le sol sous vos pieds pour vous précipiter directement en enfer. Le début de Girls School Screamers rappelle cette époque, que ce soit en utilisant le vieux cliché du mouflet qui entre dans une bicoque abandonnée et y trouve un vilain spectre ou par cette musique très soignée et qui ne sent pas la rigolade et tente de toute évidence de mettre mal à l’aise. Voilà comment débute la galette d’Uncut Movies, dont la qualité visuelle rappelle encore une fois les saintes VHS et nous ramènent en arrière, non pas parce que le DVD conçu par l’éditeur soit foireux mais parce que le petit budget du film fait que son image n’était pas des plus soignées et est donc un peu crasseuse. Le genre de détails qui peut s’avérer un gros défaut pour certains mais qui, chez d’autres, sera la cerise sur le gâteau, le cafard mort sur la montagne de saletés, le petit élément indispensable qui accentue encore un peu l’aura de danger de la bobine…

 

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Mais que ceux qui ne jurent que par le côté désuet des bandes de Troma et des B Movies des eighties se rassurent, l’aspect cheesy reprend ses droits par la suite lorsque le scénario nous présente les demoiselles qui seront les héroïnes de l’affaire. Un petit groupe de six lycéennes d’une école catholique à l’enseignement prodigué par des nonnes. De là à dire que les donzelles sont des saintes, il n’y a qu’un pas à ne pas franchir puisque visiblement elles ont bien compris que le mieux était encore de s’éclater puisque leurs week-end, elles les passent à baiser, fumer de l’herbe, se goinfrer de cochonneries et à faire toutes les conneries possibles. Pour autant, et cela semble les surprendre autant que nous, ces six bécasses sont les six meilleurs éléments de l’école, qui ne doit certainement contenir que des cancres pour promouvoir ces six filles comme le haut du panier. Comme la mère supérieure leur fait plus confiance qu’à d’autres, elle leur propose d’aller passer quatre jour dans la fameuse demeure abandonnée citée plus haut, dont les affaires liées à l’héritage sont bouclées et qui revient donc à l’école, son dernier propriétaire, Sir Tyler Welles, ayant gentiment tout légué aux sœurs. Mais il faut désormais faire un inventaire de tout ce qu’il s’y trouve et c’est pourquoi les jeunes filles sont invitées à aller cataloguer tous les bibelots, généralement de valeur, avec la présence d’une nonne pour les surveiller. Cette exposition de la situation est ainsi nettement plus estampillée « Série B pas bien friquée » que le début du film dans le sens où l’on commence à apercevoir les aspects fun du projet mais aussi ses délicieux défauts. Les acteurs sont par exemple tous très mauvais et ne sont pas crédibles pour un sou puisque ces fameuses lycéennes approchent visiblement toutes de la trentaine ! Leur carrières ne sont d’ailleurs jamais envolées puisque la plupart n’ont que ce film à leur actif… Le bisseux qui bouffe du gros B torché par Wynorski ou Fred Olen Ray retrouvera donc ses marques en assistant aux discussions des dames, qui jouent à cache-cache ou qui, inspirées par la demeure sinistre dans laquelle elles doivent passer le week-end, décident de faire une petite séance de spiritisme, qui finira bien évidemment par effrayer tout le monde. Mais si la bonne humeur commence à percer, les aspects plus premier degré et creepy mis en évidence dans l’introduction ne tardent pas à refaire surface…

 

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Autant le dire tout de suite (enfin tout de suite, après vous avoir tartiné deux pages quand même…) : le spectateur qui veut du slasher bourrin et immédiat va devoir prendre son mal en patience, car il faut attendre la quarante-septième minute pour que quelqu’un se fasse tuer. En attendant, Finnegan joue sur le climat et sur sa maison hantée, qui est par ailleurs fort séduisante et crédible. Sans aller jusqu’à comparer le tout à Suspiria, qui est bien évidemment dans des sphères impossibles à atteindre de quelque manière que ce soit, on pense malgré tout un peu au travail d’Argento lorsque l’on voit la protagoniste principale se balader dans cette demeure sombre, remplie de secrets dramatiques. Elle finira d’ailleurs par découvrir qu’elle est le portrait craché (surtout si on plisse un peu les yeux) d’une fille mise en évidence sur la peinture trouvable dans le salon. Je vous le donne en mille, cette demoiselle peinturlurée est celle qui est dorénavant un gros fantôme qui ne sait pas aligner trois mots sans vous cracher une scolopendre à la gueule. Notre héroïne, Jackie, découvrira même que le fameux généreux donateur de la maison, Tyler Welles, fut l’oncle de cette fille qui lui ressemble tant et qu’une relation incestueuse les unissait et finit fort mal… Girls School Screamers a beau porter un blase de pur film d’exploitation, il n’en est pas moins un slasher surnaturel qui travaille son background et si l’histoire garde un fort goût de déjà-vu, il faut tout de même admettre que tout cela est plus soigné que le premier slasher forestier venu. Il est d’ailleurs fort probable que le patronyme très accrocheur du film et finalement peu représentatif de l’ambiance du métrage soit une idée de Kaufmann et Herz, le titre du film étant à l’origine Portrait… De même, cette pochette qui sait hameçonner l’œil fut très probablement façonnée par l’équipe de Troma sans avoir trop demandé son avis à Finnegan. Je préfère signaler que le gros type chauve et aux bras de gorille n’est à aucun moment dans le film et qu’il est une pure invention de l’affiche. Autant le dire car s’il y a des fétichistes des sosies de La Boule de Fort Boyard, ils risqueraient d’être déçus.

 

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Et les scènes slasheresques dans tout cela ? Et bien dans son livre All I Need to know about filmmaking I learned from the Toxic Avenger, l’oncle Lloyd nous assure que Girls School Screamers est un film particulièrement sanglant et gore. Soit ce grand homme exagère un peu, soit il ne se souvient pas de ce à quoi ressemble le film, dont tous les meurtres sont filmés dans une pénombre qui ne laisse pas voir grand-chose. Loin de moi l’idée de prétendre que ces trente dernières minutes de pur slasher sont loupées, elles ne le sont pas et toute la construction d’un climat malsain trouve sa continuation logique ici, les meurtres n’étant pas particulièrement fun et gardant un aspect pernicieux que l’on ne retrouve pas toujours dans le genre. Nous sommes plus proches d’une vision du genre à l’italienne, avec le sérieux et le côté cradingue que cela implique. Les lieux et le climat oppressant accentuent encore cela, le tout s’alliant à une certaine variété dans les sévices puisque les demoiselles et leurs copains venus les aider se ramassent des coups de hachoirs dans la bouche, se font écraser par les voitures, se prennent des crochets dans le dos (Leatherface es-tu là ?) ou sont électrocutés. Notons également une scène très étrange, un gaillard courant dans la forêt de nuit pour rencontrer une sorte de pantin à taille humaine, forcément assez glauque, qui finira par lui balancer un coup de fourche dans le bide. Efficace! Mais parler de gore reste en tout cas exagéré, même si le sang coule et que certains gros plans sont faits sur les corps décharnés ou brûlés, mais le tout est souvent trop sombre pour que l’on distingue grand-chose. Pas grave, cela colle finalement assez bien avec l’ambiance de ce petit film qui se trouve quelque-part au croisement entre Supersitions (dont il est assez proche), le Trauma de Dan Curtis et les slashers un peu malpropres des débuts comme le premier Vendredi 13. Partagé entre de vraies qualités (superbe musique, étonnante pour un film de ce niveau, ambiance très réussie, histoire agréable à suivre) et de faux défauts qui peuvent être pris comme des qualités lorsque l’on est un peu déviant sur les bords (image sale, acteurs dénués de naturel), Girls School Screamers parvient à convaincre et ce dans des domaines où on ne l’attendait pas. Malheureusement pour lui, entre cinéma cheesy et cinéma creepy, Finnegan, qui par ailleurs réalise le tout sans génie mais avec efficacité, n’a pas su choisir. En résulte une œuvre bâtarde qui ne plaira pas à tout le monde mais qui est diablement attachante et séduisante.

Rigs Mordo

 

GirlsSchoolScreamers

 

  • Réalisation: John P. Finnegan
  • Scénarisation: John P. Finnegan, Katie Keating, Pierce J. Keating
  • Production: Lloyd Kaufman, Michael Herz, John P. Finnegan, Katie Keating, James W. Finnegan Jr.
  • Pays: USA
  • Acteurs: Mollie O’Mara, Sharon Cristopher, Monica Antonucci, Mari Butler
  • Année: 1984

 

N’hésitez pas à aller voir l’article d’Ecranbis sur le même sujet!

7 comments to Girls School Screamers

  • Roggy  says:

    Excellente chronique pour cet incunable dont je ne connaissais que le nom et pas le sujet. Un petit slasher des années 80. Pourquoi pas !

  • Princécranoir  says:

    mmmh, des girls, une school et des screamers, que d’ingrédients qui me font immédiatement « suspirer » de plaisir (de désir ?). Et si en plus tout le monde se met à gicler après s’être fait transpercer le caoutchouc en poussant des cris (de plaisir ?), je peine à croire que ce film ne soit pas classé X 😉

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Okay, donc c’est un film avant tout atmosphérique avec seulement un « skin » du Sorority House Massacre de Fred Olen Ray en fait. Ca me va, ça me dérange pas trop. A vrai dire je suis content de voir que c’est un de ces slashers surnaturels plutôt qu’à tueur humain, puisque c’est ce que je préfères généralement (surtout pour du budget moyen / petit).

    Depuis le temps que j’essayais de comprendre ce que pouvais bien être ce film (à la bande annonce assez confuse si je me souviens bien), du coup je le tenterai bien. D’ailleurs pourquoi pensais-tu que j’allais détester ?

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