Everyday is Like Sunday 7 et Darkness 15

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Des fanzines, encore des fanzines, toujours des fanzines ! Cette fois, histoire de souligner l’impressionnante diversité de tons proposée par toutes ces belles publications, votre serviteur bossu (surtout du calbute) vous propose une double chronique avec, à ma gauche, le soleil dimanche et, à ma droite, les ténèbres de la censure. Il y en a donc pour tous les goûts !

 

« Et toi, quel est fon fanzine préféré ? ». Voilà bien la question que l’on se pose entre fanzineux, souvent sans trop savoir quoi répondre. Et pour cause : un fanzine, c’est le miroir de la personnalité de celui qui l’édite, une porte sur son être, une fenêtre sur ses passions, un coup de longue-vue sur ce qui l’intéresse. Eriger un fanzine sur un piédestal serait presque comparable à désigner « l’homme de l’année », décider que l’existence de l’un vaut plus que celles de tous les autres. Plutôt que choisir quel fanzine mérite d’aller renifler les aisselles de Zeus au Mont Olympe en désignant lequel est le meilleur, parlons d’affinités, d’accointances avec les thèmes abordés et disons plutôt « ce fanzine me parle plus qu’un autre ». Et vous êtes bien chanceux car il y en a justement pour tous les goûts, pour toutes les sensibilités, toutes passées en revue par les nombreuses publications existantes, ces derniers mois étant particulièrement généreux en la matière. S’ils partagent le même univers, les mondes de Vidéotopsie, Médusa, Torso, Toutes les Couleurs du Bis, Euro-Bis, Cannibale Fanzine, Scream, La Fraicheur des Cafards, Ciné-Bazar ou encore celui des Chroniques d’un Vidéophage sont parfois très différents. Les tons, styles, amours, thématiques et visuels sont généralement très différents d’un fanzine à l’autre, aucune course au plus populaire ou au plus vendeur ne venant déconcentrer les fanéditeurs du but qui est le leur : être fidèles à eux-mêmes. Pour vous montrer toute la diversité de cette galaxie bis qui ne cesse de s’étendre pour notre plus grand bonheur, j’ai décidé de coupler les deux chroniques sur mes deux dernières lectures fanzinesques, si opposées en tous points qu’il était intéressant de les placer côte à côte. Non pas pour les opposer, au contraire, mais pour les mettre en vitrine, histoire de donner des couleurs variées à cette dernière. Car plus différents que Everyday is Like Sunday et Darkness Fanzine, t’as pas !

 

everyday

 

Débutons les hostilités avec Everyday is Like Sunday, dernière récréation proposée par Nasty Samy. Dernière car la plus récente mais aussi parce qu’à lire le chef, ce serait le dernier numéro de ce fanzine, tout du moins sous cette forme car Sam n’exclut pas de le faire ressusciter sous un nouveau format. Je le souhaite car cette dernière offrande qui arbore fièrement le magnifique visuel de La Baie Sanglante en couv’ est, une fois de plus, une lecture relaxante, le genre que l’on parcourt les pieds en éventail en s’envoyant un bon CD qui crache des notes acérées. D’ailleurs, comme toujours avec ce zicos c’est Sam, ça cause forcément musique, le ton étant donné dès l’édito puisque le gars nous balance à la tronche la playlist qui lui était enfoncée dans les oreilles lors de la création de ce numéro. Playlist composée de vaillants soldats de la musique qui envoie des briques comme Napalm Death, Wednesday 13, Danzig, Type O Negative, Public Enemy, Merauder, Cannibal Corpse ou encore Ice-T. Et même Madonna. Le vilain petit canard, la jolie demoiselle perdue dans une horde de brutes ? Même pas, la blonde qui incendia les radios des années 80 étant en fait bien à sa place dans ce septième numéro qui, tel un Jean-Claude Van Damme bien en forme, fait le grand écart entre les styles. Comme toujours, le gaillard aime sauter d’une passion à une autre et il n’est jamais étrange pour le lecteur de passer d’une chronique de films bien bis à celle d’un album de rap. On passe d’un truc super Z comme Ogroff de Norbert Moutier avant de faire un détour du côté d’un documentaire sur les débuts du rap, histoire de mieux repartir vers de l’horreur qui ne ment pas sur la marchandise façon Hammer Films puis sur des comédies à la Jersey Girl pour se détendre un brin. Après, on s’enverra un peu de metal qui arrache les tympans avec ce putain de death metal de tueur prodigué par Mercyless, tout en lisant un bon roman de la collection Gore, tout juste avant de repartir sur du Z avec le Scalps de Fred Olen Ray. On repart donc pour un tour ou deux et vu que le manège est loin d’être déplaisant, on ne risque pas de s’en plaindre. Pas que des chroniques cependant puisqu’il y a également des interviews, ainsi ont été conviés à la fête Didier Lefèvre pour son super roman Le Gros, les groupes de brutes Abyssal Assendent, Pervesifier et Banane Metalik, le rappeur fan d’horreur VII ou encore le romancier Vincent Mondiot. Du beau monde qui baigne dans l’univers mélangeant gros son et genre horrifique cher à Sam, en somme. Un Sam qui par ailleurs a décidé de passer sa plume à quelques gus qui possèdent les mêmes centres d’intérêts que lui, à savoir Le Jardinier qui nous cause de Michel Houellebecq et de hardcore, le très sympathique Jérémie Grima qui se lance dans des chroniques de films de genre (House, Dredd, Le Sous-Sol de la Peur) et qui débat avec Nasty Samy au sujet de quelques belles bobines qui sentent le bis (Maniac Cop, Fortress, Hellraiser II, La Mouche) et puis moi-même, venu coller la première partie de mon dossier sur les liens entre metal et horreur chez Sam, qui a bien voulu me prêter un peu de place. Comme toujours, ça se lit très facilement, c’est simple, bien écrit, souvent drôle car le Sam a le sens de la phrase qui t’arrache le sourire, avec une maquette qui fleure bon la vieille ruelle placardée d’affiches de groupes et de cinoche. En un mot, c’est que du fun et on attendra avec impatience les prochaines sorties du Nasty Sam, déjà parti sur d’autres projets, comme un livre sur le death metal français écrit avec Jérémie Grima. Très hâte de découvrir ça !

 

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Tout autre genre avec Darkness Fanzine, qui n’en est certainement pas moins bon mais qui ne baigne pas tout à fait dans les mêmes eaux. Quinzième numéro pour ce fanzine débuté dans les années quatre-vingt, en 1986 pour être plus précis (quelle belle année, je suis né en 86 !), et qui sortira dix numéros jusqu’à son arrêt en 1991. Mais près de vingt ans plus tard, son créateur Christophe Triollet a décidé de remettre le couvert en s’attaquant précisément à la censure et ses diverses formes et coupes. Depuis lors, les taillades des ciseaux abimant nos bobines chéries sont devenues le sujet de prédilection du fanzine, qui s’attarde généralement sur les bandes qui ne plaisent pas franchement à ces braves gens qui ont la bonté de décider de ce que nous pouvons voir ou non. Saints hommes que voilà ! Juriste spécialisé dans le cinéma, Christophe connaît bien évidemment son sujet et fait de Darkness une revue clairement à part dans le paysage fanzinesque de par tous les éléments qui le composent. Ainsi, alors que la plupart des fanzines caviardent autant qu’ils le peuvent leurs pages d’images et d’affiches de films bis, Darkness joue la sobriété et se contente généralement (mais pas systématiquement) d’une image par article. Le ton est donc donné sans attendre, ce fanzine se veut plus sérieux que les autres, ce qui est totalement assumé par son créateur. La maquette se veut donc très concise, avec des colonnes de textes qui assombrissent la blancheur d’un papier agréable au toucher (détail qu’on oublier souvent mais qui a son importance). A vrai dire, vu l’abondance de textes trouvable dans la revue, on comprend aisément que Christophe opte plutôt pour un aspect visuel épuré, car s’il mettait des photos dans tous les coins il manquerait sans doute de place pour ces généreux pavés. Nous arrivons donc au principal attrait du fanzine : ses textes très documentés, au point que les pages débordent parfois de notes de bas de pages (il y en a parfois un petit peu trop). Pour ce quinzième numéro, Christophe Triollet a demandé à sa brigade de rédacteurs, une bonne quinzaine d’érudits, de se pencher plus sérieusement sur la question du gore. Dont acte, ce sous-genre ou cet outil du cinéma d’horreur étant ici traité sous toutes ses coutures par ces noms que vous connaissez forcément que sont ceux d’Alan Deprez, Eric Peretti, Yohann Chanoir, Sébastien Lecoq, Lionel Grenier ou encore, entre autres, Fabrice Lambot qui est invité à livrer un texte, par ailleurs très intéressant, sur les démêlés avec les services de classification connus par sa production Aux Yeux des Vivants. Il y a en tout cas de quoi lire tout le long de ces 150 pages très généreuses, qui reviennent sur le gore au Moyen-Age, sur les films d’inquisition, sur les slashers, sur la vision du genre prodiguée par David Cronenberg, sur le sang chez Akira Kurosawa ou encore sur cet amoureux de la violence qu’est Paul Verhoeven. Mes articles préférés, le best-of de Rigs Mordo ? Ceux de Sébastien Lecoq tout d’abord, qui revient sur le cradingue à la japonaise via son excellent article sur les Sushi Typhoon, si bon qu’il m’a fait passer à la caisse et m’a fait acheter Karate-Robo Zaborgar (un achat que je suis loin de regretter, par ailleurs) mais également sur les films vomitifs de Lucifer Valentine, un boute-en-train qui filme des femmes vomir sur des cadavres ou des joyeusetés du genre. Là encore, c’est un vrai guide d’achat, même si pour le coup c’est plutôt sur les films que je vais éviter. Mais peu importe, c’était aussi informatif que plaisant à lire ! Gros doigt levé (le pouce hein, pas le majeur, on est polis par ici) à Alan Deprez, un sacré coquin dans son genre, qui revient sur les liens étroits entre épouvante et porno, nous rappelant que les vampires sont plus des chauds lapins que des chauves-souris. Enfin, l’article de Lionel Grenier sur les malheurs de Lucio Fulci avec la censure fut là encore un gros morceau qui plaira à tous les fans du maîtres du malsain spaghetti, et ils sont nombreux ! Enfin, pour conclure, Christophe nous replace les billets de son blog, billets qui reviennent sur les affres de la censure et qui nous permettent donc d’avoir une bonne idée de l’état actuel des choses en la matière. Alors de toute évidence, cette lecture ne sera pas pour tout le monde et ceux qui cherchent quelque-chose de léger à lire avant de se coucher en seront pour leurs frais. Darkness n’est pas le genre d’ouvrages que l’on lit pour se vider la tête, on le lit plutôt pour se la remplir. Le style y est sérieux, universitaire même, et il n’est de toute évidence pas aisé de s’envoyer toute la revue d’une traite, d’autant que cela manque sans doute un peu d’humour et est un peu trop intellectuel pour votre serviteur (mais bon, vous avez vu l’animal aussi…). Mais qu’importe, Christophe a voulu une revue informative avant tout, le pari est réussi et le travail abattu est assez énorme. En prime, son fanzine a trouvé une identité qui lui est propre et se distingue clairement des autres. Et que demander de plus ? Alors si vous voulez en apprendre des tonnes, foncez sur Darkness, et si vous voulez rire, foncez sur Everyday is Like Sunday. Et si vous aimez les deux, et bien prenez les deux, ça vous fera le dîner complet, avec plat saignant et dessert coloré !

Rigs Mordo

2 comments to Everyday is Like Sunday 7 et Darkness 15

  • Roggy  says:

    Je vois qu’il ne faut pas être végétarien pour apprécier ces fanzines. En revanche, les amoureux de la viande rouge et saignante seront ravis 🙂

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