Puppet Master 2

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Le véritable Puppet Master, Charles Band aimerait l’être comme le prouvent les multiples films mettant en scène des figurines meurtrières qu’il livre depuis plus de vingt ans comme les Blood Dolls, Doll’s Graveyard et autres Ooga Booga!. Mais il est surtout le roi du merchandising et de la roublardise, le véritable maître des marionnettes étant pour le coup ce bon Dave Allen, véritable descendant d’André Toulon.

 

 

Attention, spoilers!

 

Puppet Master premier du nom fut un bien joli succès, en tout cas l’un des plus beaux de Charles Band, qui revenait alors aux affaires via sa société Full Moon après la déchéance d’Empire. Bien entendu, il ne va pas laisser passer une telle occasion de ramener quelques biftons dans les caisses et si le public veut des poupées tueuses, et bien il aura des poupées tueuses. Il finira même par en avoir un peu trop, d’ailleurs… Mais pour ce second opus de la bande à Blade, Pinhead, Tunneler, Leech Woman et compagnie, Band aura eu la sagesse de ne pas se précipiter et laissera deux années entre le premier volet, sorti en 1989, et sa suite, qui débarque sur les étagères des vidéoclubs en 1991. Certaines des aventures suivantes ne prendront pas leur temps à ce point, comme le prouve la sortie de Puppet Master 3 la même année que le deuxième, ou la sortie à quelques mois d’intervalle des quatrième et cinquième volets, il est vrai reliés par des histoires qui se suivait beaucoup plus que de coutume puisque le cinquième fait directement suite au quatrième. Pas franchement du genre à laisser un même réalisateur opérer trop longtemps sur une même saga dans le but inavoué de rester la seule personnalité clairement identifiable pour le public (Ted Nicolaou étant un chanceux avec ses Subspecies), Charles Band ne fait donc pas appel à David Schmoeller pour donner suite à son propre film, qui se rattrapera sur The Arrival puis Netherworld. Il propose plutôt le job à David Allen, un grand habitué des effets spéciaux (Willow, Ghostbusters, mais aussi de la pure série B comme The Stuff, Epouvante sur New York, Laserblast ou encore Ghoulies 2) qui se chargea de l’animation des poupées maléfiques pour Puppet Master 1. Descendant de Willis O’Brien et de Ray Harryhausen puisqu’il était le monsieur stop-motion des années 80, Allen était sans doute le mieux placé pour donner une suite digne au film de Schmoeller…

 

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L’histoire est imaginée par Charles Band lui-même et le script est rédigé par David Pabian, qui n’écrira que trois autres films et tous des Full Moon (Subspecies, Dollman et Dollman vs Demonic Toys, le pauvre n’étant même pas crédité pour ces deux derniers), et on peut dire sans trop se tromper que le duo n’a pas joué la carte de l’originalité puisqu’il reprend la trame du premier. On y retrouve donc un groupe de scientifiques qui vont passer quelques nuits dans le fameux hôtel de Bodega Bay Inn et feront, comme vous l’imaginez bien, face aux fameuses poupées. Comme dans le précédent film, en somme, même si cette fois les médiums et autres chercheurs dans la transmission de pensée sont remplacés par des chercheurs dans le paranormal qui s’inquiètent du récit décousu raconté par le seul survivant du premier film, devenu fou et placé dans un asile. Mais une fois sur place, nos Ghostbusters amateurs tombent sur un étrange homme, au corps entièrement bandé, qui accepte qu’ils logent dans l’hôtel, qu’il prétend avoir acheté. Ce mystérieux personnage n’est en fait nul autre qu’André Toulon lui-même, le créateur des Puppet Masters, qui l’ont réveillé et sorti de la tombe. Mais Toulon et ses petits amis de bois ont de gros problèmes et la magie qui permet au créateur de rester immortel et à ses poupées de rester en vie demande l’utilisation d’un fluide spécial qui doit être concocté avec des cerveaux d’êtres vivants… Si les figurines se contentent de tuer des animaux au départ, André leur demande rapidement de s’en prendre aux humains, qui disposent d’une cervelle plus développées (il a pas regardé le JT depuis longtemps, le Toulon). Mais si le massacre peut commencer, il sera touché par l’amour, le vieil immortel retrouvant dans le visage d’une des chercheuses celui de son épouse, perdue voilà de nombreuses décennies. Toulon a désormais un autre but: rendre la jeune fille immortelle pour vivre avec.

 

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Ce qui frappera d’emblée le spectateur qui s’enfile les deux premiers opus à la suite, c’est que la continuité est légèrement bafouée dans le joyeux monde des Puppet Master, et cela commence dès la première séquence. Celle lors de laquelle les marionnettes vont déterrer leur père Toulon, suicidé en 1939 comme nous l’apprenait le premier film et qui jouit ici d’une stèle qui annonce sa mort en… 1941! Ben alors, qu’est-ce qui s’est passé André ? La balle a mis deux ans pour arriver ? Cela ne semble pas grand-chose dit comme ça, évidemment, mais cette petite erreur, tout de même très voyante, montre le manque d’attention apporté aux scénarios de la saga, qui connaîtront bien d’autres problèmes de cohérence entre flashbacks qui ne s’accordent pas, chronologie bafouée, poupées qui sont présentes dans des films ou scènes se déroulant pourtant avant leur naissance,… Charles Band et David Pabian, malgré les deux années qui séparent Puppet Master de sa suite, ne semblent donc pas avoir ressenti le besoin de fignoler les choses, ni même de revoir le premier film pour tenter de rester dans son sillage. Le duo reprend en tout cas les grandes lignes du premier film puisque l’on y retrouve une structure scénaristique très proche, avec un groupe de scientifiques déviants qui va se réduire au fil du film tandis que les marionnettes finiront par se retourner contre leur maître, qui se montrera de moins en moins amical à leur égard. Mais si le squelette est le même, la chair est de couleur différente. Si Schmoeller misait sur l’étrangeté de l’ensemble et se référait à une atmosphère un peu surannée, à la limite du gothique tel qu’on pouvait le trouver en Italie dans les années 60, son successeur David Allen et ses compères scénaristiques remontent encore un peu plus loin. David Schmoeller capturait une ambiance à l’ancienne, eux citeront carrément leurs influences, encore plus anciennes que celles du premier volet. Le personnage d’André Toulon, qui est largement placé en avant et est dans plus de la moitié des scènes, est ainsi un être immortel, revenu à la vie plusieurs décennies après sa mort et tombe sur le portrait craché de sa femme de l’époque où il était encore bien en forme. Ca rappelle un fameux Egyptien du nom d’Imhotep montré dans La Momie, d’autant que la magie permettant à Toulon d’esquiver la mort et donner vie à ses figurines vient d’Egypte et que trop mal en point physiquement (forcément, il a le corps d’un vieux cadavre) il a le corps complètement bandé. En outre, il ajoute aux pansements des lunettes qui rappellent bien entendu celles que se trimballait l’homme-invisible dans le film du même nom sorti par la Universal. On pourra également rapprocher la personnalité de Toulon, un être pas nécessairement présenté comme un badguy à l’origine, de celles de certains personnages imaginés par Edgar Allan Poe. On pourrait donc imaginer sans mal ce bon vieux Vincent Price dans la peau du Puppet Master, dont le but et les soucis physiques peuvent rappeler les films réalisés par Roger Corman dans les années 60 mais aussi L’Homme au Masque de Cire et L’Abominable Docteur Phibes.

 

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Il y a donc un parfum old-school encore plus odorant que dans le premier film, sentiment renforcé par certaines séquences, principalement celles qui se déroulent dans le laboratoire de Toulon, qui est éclairé comme un bon Bava, avec des lueurs rosâtres et du vert qui sort du sol. De quoi faire rêver les amoureux du gothique rital, qui lors de ces séquences seront bien évidemment aux anges, à plus forte raison s’ils aiment les figures maléfiques échappées des années 50 ou 60, avec ce qu’elles avaient de brillant et de tragique. Et puis, difficile de ne pas penser aux films des années 30 et 40, voire aux œuvres de la Hammer, lorsqu’un film débute par une scène de cimetière enfoui dans la brume dont on extirpe un corps… Pour autant, Puppet Master est une œuvre bien de son époque et le reste du film est typique des années 80 pur et dur, quand bien même le métrage est sorti au tout début des années 90. On se retrouve donc face au même slasher fantastique que le premier volet, à cela près que cette séquelle est un peu plus énervée que son ainé. Après tout, plus rien ne retient David Allen de montrer ses poupées, qui firent le succès de l’opus passé et qui sont désormais bien connues des fans. Plus la peine de jouer le suspense, tout le monde connaît Blade et sa lame, Tunneler le meilleur pote de Bob le Bricoleur, Leech Woman qui vous roule les pelles les plus gluantes de votre vie, Pinhead qui est réputé pour avoir tout dans les bras et rien dans la tête et enfin Jester, le bouffon au visage tournoyant. A cette jolie ribambelle à faire pâlir d’envie le rayon jouet de chez Toy’s R Us s’ajoute Torche, le petit nouveau, plus métallique, fringué comme un soldat et doté d’un lance-flamme. Ce gaillard, assez populaire grâce à son arme et son look travaillé, est sans doute le plus teigneux du lot et il faudra bien son arrivée pour consoler les amoureux de Leech Woman, qui disparaît rapidement suite à la demande de la Paramount, alors en contrat avec Full Moon, qui n’appréciait pas le personnage. Bah alors les costumes-cravates, on n’aime pas les demoiselles qui vomissent des sangsues ? Il est vrai que c’était là la partie la plus trash, ou en tout cas dégueulasse, du premier film, qui était assez soft niveau gore. La disparition prématurée de cette amie des limaces est donc dommageable, d’autant qu’elle ne pourra pas utiliser ses talents et tuera quelqu’un avec un simple petit poignard. Heureusement les autres sont en meilleur forme, surtout Blade et Torche, l’un lacérant avec joie tandis que l’autre crame tout ce qui bouge, les autres ne faisant à vrai dire pas grand-chose. Mais si les crachats de sangsues sont absents et qu’on les regrette bien, le film a la bonne idée d’être visuellement un peu plus direct que son prédécesseur.

 

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Ainsi lorsque Tunneler perfore un crâne, on voit le résultat, tout comme on pourra voir Blade extirper un bout de cervelle d’un corps calciné par Torche. Bouts de cervelles qui se retrouveront dans la mixture verdâtre de Toulon, qui ressemble à une soupe aux petits pois, ce qui là encore n’est pas de première fraicheur… Si l’on sent bien une volonté d’aller puiser une inspiration dans le cinoche fantastique à papa, la partie « exploitation » du film est aussi pleinement assumée, n’hésitant pas à nous offrir violence et nudité gratuites. On peut donc voir l’actrice Charlie Spradling, déjà présente dans le Meridian produit par Band, dévoiler ses charmes sans que cela ne soit justifié par un scénario qui ne justifie pas plus la séquence où Torche fait flamber un gamin! Les meurtres de marmots étant rares, on sera surpris de voir celui-ci dans un film co-distribué par la Paramount, qui ne fricotait généralement pas avec ce genre de choses… Puppet Master 2 ne se fait donc pas d’illusion sur ce qu’il est censé délivrer et nous sert donc ce que nous attendions: des séquences de poupées qui tuent les malchanceux. David Allen s’acquitte si bien de sa tâche qu’il parvient même à surpasser son modèle! Car s’il manque un peu de l’aspect mystérieux apporté par Schmoeller, aspect forcément envolé avec l’effet de surprise, il y a ici beaucoup plus de rythme. Certes, cela fait également de Puppet Master 2 un film nettement moins surprenant et bien plus basique que ne l’était le point de départ, mais cela n’en diminue pas la portée poétique, qui a survécu à la fin du premier volume. Certaines séquences sont aussi enchanteuses que ce que l’on trouvait dans le premier, si ce n’est plus (le magicien égyptien qui montre sa poupée vivante, sous forme de djinn, à Toulon après avoir sournoisement foutu le feu au spectacle de ce dernier), et malgré son apparente simplicité, cet opus parvient à élargir un sacré monde qu’il est bien plaisant de découvrir. En prime, David Allen oblige, les effets sont bien évidemment très convaincants, et je retiens particulièrement la course que fait Blade, couteau à la main, pour tenter d’éliminer une gêneuse… Certes, le casting n’est pas particulièrement bandant (il n’y a que Nita Talbot et George « Buck » Flower, habitué du cinoche de John Carpenter, que l’on prend plaisir à retrouver) et la musique est toujours aussi inégale, mais peu importe! Le plaisir est là, celui d’assister à une vraie série B bien torchée, travaillée et qui remplit son contrat haut la main! Alors si le DVD Artus Films vous passe sous les narines, mettez-le sur votre platine!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: David Allen
  • Scénarisation: Charles Band, David Pabian
  • Production: Charles Band
  • Pays: USA
  • Acteurs: Steve Welles, Elizabeth Maclellan, Charlie Spradling, Nita Talbot
  • Année: 1991

4 comments to Puppet Master 2

  • Oncle Jack  says:

    Comment ça un casting pas bandant ? Y’a quand même Charlie Spradling dans ce truc-là ! Par contre question continuité ce second volet commence déjà à aligner les invraisemblances entres les différents opus: Toulon se coltine inexplicablement un drôle d’accent allemand, se fout de ses créations alors qu’il s’est quand même fait sauter le caisson pour les protéger, reste indifférent à la destruction de Leech Woman (la poupée est quand même réalisée à l’image de sa défunte épouse) et préfère jouer les playboys à la Claude Rains auprès de petites jeunettes au lieu de poursuivre son œuvre. Ah non franchement, mourir ça rend vraiment con. Autre curiosité : Dave Allen devait surement être en congés pour les dernières images du film puisque l’on voit clairement la main d’un technicien tenir Jester par les jambes quand ce dernier prend la fuite avec la coupe de fluide. Pas terrible quand on vient de se taper de superbes séquences comme celle de l’attaque sauvage de Blade sur la belle Charlie. Mais à part ça il est vrai que ce film fait partie du haut du panier de la Full Moon, même si personnellement je lui préfère sa suite (qui n’en est pas vraiment une mais je pense que Rigs nous en parlera très bientôt). 😉

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