Chopping Mall

Category: Films Comments: 4 comments

choppingmall

Faire ses courses n’est pas une chose aisée dans le cinéma horrifique comme nous le rappelait Scott Spiegel dans son slasher Intruder, qui voyait les employés d’une supérette se faire découper en rondelles par un malade en liberté. Et ne pensez pas que c’est mieux dans les centres commerciaux, Jim Wynorski prenant un malin plaisir à vous envoyer des robots meurtriers dans les pattes…

 

 

Jim Wynorski, c’est un peu un deuxième Fred Olen Ray, les deux hommes partageant plus ou moins la même trajectoire. Tous deux ont un goût immodéré pour les pseudonymes (ces messieurs complèteraient un annuaire à eux seuls), tous deux ont débuté dans la série B fauchée, tous deux nagent désormais dans l’océan du Z et ne sont pas prêts de voir apparaître la péninsule de la A-list. Mais il est fort probable que l’un comme l’autre n’aient jamais eu l’intention d’y poser le pied, de toute façon, et certainement pas le Jim. C’est que le garçon a toujours été un amoureux de la série B horrifique et de science-fiction et tout particulièrement des productions Roger Corman. Un type amoureux du genre au point de plaquer son premier boulot pour aller trouver son idole et lui proposer ses services. Pas du genre à refuser de la main d’œuvre bon marché et motivée, Corman accepte, permettant à Wynorski de se faire les dents comme scénariste sur quelques petites productions sorties des fours du pape du B. Des trucs comme Mutant (alias Forbidden World) ou Sorceress, ce qui l’amène progressivement à réaliser The Lost Empire en 1983, petite fantaisie de série B qui ne se fait guère remarquer et qui contient au générique le toujours sympathique Angus Scrimm (le badguy des Phantasm, qui revient dire coucou dans Chopping Mall d’ailleurs). Trois années passent et alors qu’il ne faisait plus grand-chose (il se rattrapera bien par la suite en enchaînant comme à l’usine), le Jim prend le taureau par les cornes et va voir Julie Corman, épouse de Roger, sachant fort bien que celle-ci, productrice à ses heures (The Nest notamment, chroniqué en ces pages), songe à l’idée d’un film d’horreur se déroulant dans un centre commercial. Wynorski lui propose d’écrire un script aussi rapidement que pour peu d’argent à la condition qu’il en devienne le metteur en scène. La dame accepte alors qu’elle avait dans l’idée de se lancer dans un banal slasher, avec un psychopathe perdu dans les magasins, une idée qui sera abandonnée par Wynorski, qui préfère revenir à la SF d’antan et tout particulièrement au film de robot Gog. C’est donc sans surprise que l’on retrouvera quelques boîtes de conserve à la place de l’habituel agité de la lame.

 

chopping1

 

Qui a déjà vu une production Corman des années quatre-vingt sait plus ou moins à quoi s’attendre, à savoir un petit B cheesy (un Babibel quoi) qui ne roule pas sur l’or mais qui passe bien car profitant de l’ambiance typiquement eighties qui nous plaît tant. Et si la bonne humeur transpire du résultat, la confection n’a pas forcément été si agréable que cela. Tourné dans le même centre commercial que celui visible dans le bourrin Commando avec notre Arnold préféré, l’équipe fit face à une équipe de sécurité peu amicale, ce qui tranchait avec la gentillesse du patron du centre commercial. Et en plus des habituels soucis financiers rencontrés lors du tournage, le pauvre Wynorski se blessera alors qu’il aidait à préparer une cascade. Pas de bol… Et la série noire continue avec la sortie du film, qui s’appelait dans un premier temps Killbots et qui se planta totalement. Persuadé que les goreux sont passés à coté du film à cause de son nom qui faisait plus penser à une production pour les gosses à la Transformers (notez que le dessin-animé cartonnait à l’époque) qu’à un film d’horreur, sentiment renforcé par son affiche montrant l’un des robots et qui ne transpirait pas franchement l’épouvante (voir plus bas). Ni une ni deux, les producteurs décident de changer le visuel pour un bras métallique tenant un sac avec des membres découpés à l’intérieur (ce qui est un poil mensonger compte tenu que les robots du film n’ont pas de main, mais bon) et de modifier le titre en Chopping Mall, jeu de mot détournant le mot « shopping-mall », le verbe « to chop » signifiant « hacher ». Tout un programme qui fonctionnera effectivement beaucoup mieux dans les vidéoclubs, preuve qu’une bonne affiche et un patronyme efficace peuvent changer la donne… Sorti jadis chez nous en VHS sous le nom Shopping, cette deuxième réalisation fonctionnera d’ailleurs si bien au pays de l’Oncle Sam que Roger Corman fera de Wynorski l’un de ses bras droits les plus fréquents, un véritable évêque de la série B constamment placés aux cotés de son pape. Car la liste des réalisations du bon vieux Jim semble sans fin, le gaillard allant jusqu’à tourner trois films par an. Que du cinéma d’exploitation, cependant, l’homme n’étant pas porté sur les drames auteurisants. Non ce qui botte Wynorski, c’est, dans un premier temps, du bon gros B à la Deathstalker 2, La créature du lagon: le retour ou Ghoulies 4, puis des Z des familles à la Raptor, Komodo vs Cobra ou Dinocroc vs Supergator. Toujours sous l’œil protecteur du vieux Corman, bien entendu… Mais laissons le futur de côté pour revenir au passé.

 

killbots-chopping-mall-posterLe poster d’origine.

 

Si Wynorski a modifié l’identité du tueur prévu par Julie Corman en le triplant et en le robotisant, il a par contre gardé la structure typiquement slasheresque du projet. Nous voilà donc confrontés pour la énième fois à une bande de jeunes avides de sexe qui vont aller niquer dans le pire endroit trouvable sur Terre. A savoir un centre commercial qui vient tout juste de s’équiper d’un trio de robots de sécurité armés jusqu’au couvercle. Lasers, pinces coupantes, fils électriques, les trois neveux de Robocop disposent de l’arsenal parfait pour éliminer les rôdeurs nocturnes. Mais nos adolescents s’en foutent bien puisque travaillant dans ces lieux commerciaux, ce qui leur permet d’avoir une carte du personnel qui leur permet d’être reconnus par les bots. Mais voilà, plusieurs éclairs viennent tomber sur ce supermarché hi-tech, déréglant ces gardes de métal qui vont se lancer dans un carnage complet. Un scénario des plus simples, écrit par Wynorski lui-même, mais qui convient bien à une production Corman, par définition modeste et de courte durée, 75 minutes dans le cas présent. Mais est-ce que la simplicité de l’ensemble permettra tout de même au réalisateur de remonter un brin dans l’estime des bisseux, qui ne sont pas toujours très tendres avec lui ? C’est qu’à l’instar de son confrère Fred Olen Ray, l’homme est perçu comme un réalisateur de navets démunis et ridicules. Chopping Mall est-il de cet acabit ? Rassurez-vous, s’il est effectivement un peu nécessiteux (mais cela ne se voit pas trop), ce deuxième effort de Wynorski est également fort sympathique pour qui s’attend à un cinéma de genre cheesy. Et fromageux, le film l’est tellement que j’en ai encore les doigts qui collent, ce qui n’aide pas à écrire une chronique, vous en conviendrez…

 

chopping2

chopping3Le shopping fait toujours perdre la tête aux femmes…

 

A vrai dire, Chopping Mall a pas mal de défauts qui ne passeraient jamais dans une revue de cinéma classique, voire même sur un blog cinéphilique lambda. Et pour cause, les tares sont nombreuses et vont des acteurs mauvais comme des cochons à la musique bontempi kitsch au possible, en passant par une réalisation peu inspirée et des robots loin d’être des menaces impressionnantes puisqu’ils poussent plutôt à la moquerie. Imaginez un tank avec une soucoupe volante en guise de tête et vous aurez une idée assez fidèle du look de nos tueurs mécaniques. Mais tous ces défauts font également partie du plaisir du cinéma bis, ce qui nous amène limite à être heureux de les retrouver. Quel amateur de séries B se plaindra vraiment que les acteurs ne délivrent pas des prestations oscarisables ? Aucun, le jeu limité et outrancier qu’ils nous offrent ici nous permettant au contraire de patienter dans la joie lors des habituelles scènes d’exposition dont on se fout complètement. De même, le physique somme toute perfectible de nos énervés gardiens métalliques apporte une touche amusante et ne réduit en rien la force du film qui, avec pareil script, n’avait de toute façon aucune chance d’être effrayant. Même la musique, qui sonnera comme ridicule aux tympans de nombreux spectateurs, ramène une couche d’emmenthal bienvenue, histoire de parfaire cette fondue qui va nous refiler une haleine apte à repousser le souffle atomique de Godzilla. Mais si Wynorski plante de séduisants défauts, il récolte également quelques qualités sincères, comme une bonne utilisation de son lieu unique. Nous visitons chaque magasin et l’ambiance trouvable dans pareil endroit est plutôt bien restituée, dans une atmosphère pop plutôt séduisante pour peu que l’on soit de bonne humeur.

 

chopping4

chopping5

 

Il fait également le boulot lorsqu’il s’agit de verser dans l’exploitation pure et dure, tapant autant dans la violence que dans le cul. La première aura droit à quelques situations qui, si elles ne sont pas inédites, sont assez variées, allant de la tête qui explose à l’électrocution en passant par un égorgement. Quant au cul, rebondi, il s’offre lui quelques seins à l’air, et vu qu’on ne crache jamais sur de belles poitrines (on les embrasse!)… En prime, l’amateur de l’univers Corman sera aux anges puisque dans une envie d’élargir l’aspect « pop culture », et surtout le coté « B Movie » de l’œuvre, Wynorski placarde les murs d’affiches de productions Corman, genre La Galaxie de la Terreur. Et pour en rajouter une couche, deux personnages se font des bisous tout en regardant L’Attaque des Crabes Géants (c’est bien connu, t’as pas meilleur film pour emballer qu’un truc avec des crabes télépathes…). Notons également que les vieux amis Corman sont de la partie, tels Paul Bartel (réalisateur de Death Race 2000), Mary Woronov (Death Race 2000 également) ou encore l’habitué Dick Miller. Et si elle ne fait pas partie de l’écurie Corman a proprement parler, les bisseux qui aiment les blondes seront ravis de retrouver Barbara Crampton, qui venait tout juste de tâter du cunnilingus nécrophile. Bien entendu, toutes ces affiches et références, ça fait un peu auto-promo, c’est sûr, mais ça nous berce également dans un univers dans lequel nous sommes à l’aise, alors pourquoi se plaindre ? C’est d’ailleurs ce que l’on ressent en voyant Chopping Mall, qui est loin d’être parfait mais nous divertit fort efficacement et est très précisément ce que l’on attendait d’une série B de l’époque. Comme quoi, Papy Corman sert toujours ce qu’on lui a commandé!

Rigs Mordo

 

Chopping-Mall-1986

 

  • Réalisation: Jim Wynorski
  • Scénarisation: Jim Wynorski, Steve Mitchell
  • Titres: Shopping (titre français lors de la sortie VHS)
  • Production: Julie Corman
  • Pays: USA
  • Acteurs: Kelli Maroney, Tony O’Dell, Russel Todd, Barbara Crampton, Dick Miller
  • Année: 1986

4 comments to Chopping Mall

  • Roggy  says:

    Ce film a l’air génial et je me souviens avoir vu une vidéo qui m’avait déjà fortement donné envie à l’époque 🙂

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    L’un des meilleurs Wynorski, si ce n’est LE meilleur. Outre le côté complètement improbable de mélanger le Slasher et le film de robots tueurs, Chopping Mall (titre que je préfères vraiment justement pour le jeu de mot couillon) est totalement et 100% conscient de ce qu’il est. Et il l’assume total.

    Outre les affiches placées partout, l’univers même dépeint dans le film est un hommage éclatant à l’univers de la série B décalé. Rien que l’intro présentant la galerie et sa population est un régale, plus sympa à elle toute seule que l’intégralité du Mallrats de Kevin Smith.
    Les caméo sont légions comme tu le dis, de Barbara Crampton qui se fait éclater la tête au laser, à Gerrit Graham qui y passe comme dans Phantom of Paradise.

    Anecdote à la con: Chopping Mall établit d’ailleurs un véritable Univers Cinématographique à la manière des films Marvel, puisque les persos campés par Bartel et son égérie d’alors Woronov sont en fait les personnages du film Eating Roul. Du coup leur intérêt/désintérêt pour les Killbots devient subitement très amusant. Quant à Dick Miller, il reprend lui aussi un personnage qu’il incarné en fait plusieurs fois, comme dans A Bucket of Blood de Roger Corman, ou le Hurlement de Joe Dante ! Reste à savoir s’il s’agit du même personnage, ou de différentes incarnations à la manière de Earl McGrew dans les Tarantino / Rodriguez.

    Quant à la musique, perso, j’adore. Le thème principal est juste génialement entrainant et totalement fun dans l’esprit du film. Bref, gros gros coup de cœur en ce qui me concerne !

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>