Invasion of the Saucer-Men

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Est-il forcément nécessaire de trembler devant une invasion extraterrestre ? Pas vraiment et il suffit de se pencher sur la production science-fictionnelle des années cinquante pour s’en rendre compte. Tentez donc Invasion of the Saucer-Men, vous verrez que les envahisseurs sont parfois de vrais choux.

 

 

Ah, le bis des années cinquante… On ne sait jamais trop comment le prendre, incertains que nous sommes face à ses charmes aguicheurs et bien affichés. La façade donne toujours envie, la tunique attire l’œil et donne envie de plonger la main dans le décolleté, mais au fond nous savons toujours bien que le flirt se finira mal. La gueule de bois du lendemain, on la connait bien avec la SF des fifties, et on se demande toujours un peu ce qui nous a pris de ramener certaines bobines dans nos pieux. The Killer Shrews, Monster from the Green Hell, From Hell it Came étaient de ces pelloches qui relevaient leurs jupes pour dévoiler ces appétissantes cuisses qui étaient les leurs, mais une fois que l’on pénétrait en elles, on se rendait compte qu’il y avait dans leurs entrailles moins de plaisirs que de blabla. Pour cinq minutes de Craignos Monsters mémorables et attendrissants, il fallait donc se farcir une heure de scientifiques et policiers qui jactent, tout simplement parce que trois cons dans des blouses ou uniformes coûte toujours moins cher que des abeilles géantes, des hommes-singes venus de l’espace ou des cerveaux à antennes d’escargots. C’est malheureux mais c’est ainsi, la générosité était très relative à l’époque et la plus grande qualité de tout ce pan du cinéma de Série B, c’était clairement les affiches et les photos d’exploitation, qui dévoilaient tout ce qu’il y avait à voir et bien plus encore. Les films ne pouvaient qu’être décevants à côté de ces fresques apocalyptiques aux démons infernaux et colossaux. Dans le genre, la plus belle des affiches était peut-être celle d’Invasion of the Saucer-Men, sorti chez nous en DVD chez Bach Films sous le titre Invasion Extraterrestre en double-programme avec Le Fantôme de l’Espace, ce qui respecte plutôt l’esprit d’époque puisque le film était sorti en double-bill avec I Was a Teenage Werewolf. L’affiche de la petite bande qui est aujourd’hui diffusée sur les murs rocailleux de la crypte toxique fait effectivement partie des plus belles du genre, de celles qui n’ont pourtant aucune originalité et proposent du gribouillage horrifique tout ce qu’il y a de plus cliché. A l’avant, de gros Martiens avec d’énormes caboches vertes, des bouches de vieux poissons et le regard de ceux qui ne viennent pas faire la quête, ce qui est rappelé par le fait qu’ils sont en train de kidnapper une jeune demoiselle. A l’arrière-plan, des gens qui prennent la fuite, leur ville étant réduite en cendres par des soucoupes volantes qui ne crachent pas que de l’eau. Plus banal, tu meurs. Mais c’est justement cette manière très frontale d’illustrer tout ce joyeux bordel qui est belle, cette simplicité qui faisait rêver les plus jeunes qui ne savaient pas encore quels fiers bisseux ils allaient devenir. Alors bien sûr, les rêves s’évaporaient dès que l’on découvrait la tronche réelle des monstres, jamais aussi beaux que lorsqu’ils s’extirpent des crayons des illustrateurs, mais qu’importe, nous avions rêvé et réalisé le film dans nos imaginations, ce qui est devenu difficilement faisable à notre époque avec les pochettes sans saveur que l’on se paie désormais…

 

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Mais fini de rêver et retour sur terre, nous sommes en 2015 et Invasion of the Saucer-Men n’est bien évidemment pas aussi réussi que sa très prometteuse affiche le laissait présager. Je le savais, vous le saviez aussi, aucune surprise à ce niveau, les Séries B d’il y a soixante ans (ça passe vite, hein !) n’ayant pas engendré le terme Craignos Monsters utilisé par Jean-Pierre Putters pour rien. Comme d’hab’, le tout est ici très fauché, ce qui n’étonne pas plus puisque c’est un film distribué par AIP, la boîte qui s’occupait de ce cas qu’est Roger Corman, société qui a comme souvent fait appel à Paul Blaisdell, le bricoleur de monstres fauchés de l’époque. C’est bien simple, dès qu’un producteur ne voulait pas dépenser trop de billets pour la création des gloumoutes, c’est le Blaisdell qui était appelé à la rescousse, le gaillard ayant créé au fil des années un sacré bestiaire fait de brics et de broc. Notons ainsi sa paternité monstrueuse sur les bestioles croisées dans It Conquered the World, Not of this Earth, It ! The Terror from Beyond Space ou encore Day the World Ended, parmi d’autres joyeusetés venues du fin fond de la galaxie. Sur Invasion of the Saucer-Men, il fut donc embauché pour construire les fameux costumes des envahisseurs, de petites crapules aux crânes énormes qui ressemblent fortement à des choux. Ils sont d’ailleurs connus chez nous sous le terme peu enviable de monstres à tête de choux, ce qui ne les aide pas à gagner une aura inquiétante, c’est même le moins que l’on peut dire. Blaisdell a pourtant fait de son mieux avec le maigre cachet qui lui était alloué, innovant également là où il le pouvait, notamment en collant un œil sur le dos de la main de ces ancêtres des Martiens de Mars Attacks !, au grand désarroi du réalisateur Edward Cahn (It ! The Terror fom Beyond Space, Zombies of Mora Tau, Voodoo Woman et bien d’autres bisseries du même ordre) qui n’était visiblement pas très impliqué dans le tournage et filmera ces fameuses mains pour faire plaisir à Blaisdell, qui déplorera d’ailleurs que le film chutera peu à peu vers la comédie alors que le tout se voulait très sérieux au départ. Selon ses dires, l’équipe prenait en effet le film avec de moins en moins de sérieux au fil du temps, le changeant peu à peu en une parodie, voire une farce…

 

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Il y a effectivement de l’humour dans Invasion of the Saucer-Men, qui ne prend pas son attaque de choux de Bruxelles géants au sérieux, ce qui est plutôt une bonne chose au vu de la tronche de l’ennemi, qui ne ferait peur qu’aux gamins qui refusent de manger leurs légumes. Edward Cahn décide donc de laisser quelques gags dérider l’ambiance, comme lorsqu’une vache vient surprendre deux amoureux qui se bouffent les amygdales dans une décapotable garée dans la forêt (c’est bien des Américains des années 50, ça !) ou lorsqu’un autre couple se lance dans du roulage de galoches tandis qu’une soucoupe volante explose non loin de là et stoppe les deux jeunes dans leur entreprise humide durant quelques secondes… avant qu’ils ne reprennent de plus belle, guère choqués par cette surprenante déflagration ! Quelques autres dialogues et caractères humoristiques viennent égayer l’ensemble, ce qui est toujours plus agréable à regarder que les divagations scientifiques d’un sérieux plombant que l’on s’envoie généralement avec ce genre de productions. Nous ne sommes cependant pas plus impliqués que d’ordinaire dans le sort des protagonistes principaux, des jeunes gens qui ont vu les extraterrestres mais que personne ne croit, mais cela se suit sans trop d’ennui, même si quelques bâillements s’échapperont de vos pièges à loups lors de tunnels de dialogues présents pour allonger la durée sans dépenser un kopek. On tient dans tous les cas un vrai « teenage movie » à tendance SF puisque les sauveurs de la planète ne sont pas des flics, des savants ou même des jardiniers (c’était pourtant le moment propice) mais des ados qui en ont marre que les autorités ne les écoutent pas et décident d’aller régler le problème avec leurs voitures, usant de leurs phares pour éradiquer les petits hommes-verts. Car oui, ces êtres venus d’ailleurs craignent la lumière…

 

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Et oui, si vous voulez vous débarrassez de ces faces de chou-fleur, il vous suffit de sortir votre lampe de poche et de leur coller un rayon dans la gueule. Simple comme bonjour, n’est-ce pas ? Cela finit d’enterrer ces pauvres gaillards, qui n’ont décidément rien pour eux : petite taille (donc un coup de pied dans la tronche et vous les dégagez), tronche pas permise, faiblesses insurmontables,… D’ailleurs, avec quoi comptent-ils se défendre, ces échappés du potager de Dark Vador ? Si Blaisdell leur avait créé des lances assez sympathiques qui rappellent un peu les armes qui étaient vendues avec les figurines des Maîtres de l’Univers et compagnie dans les années 80, elles ne serviront malheureusement pas lors du tournage et ne resteront visibles que sur les photos promotionnelles. Alors pour foutre la misère aux braves humains qui ne demandent qu’à consommer du Coca et des hamburgers, nos petits légumes énervés disposent d’aiguilles qui sortent de leurs doigts et injectent un terrible produit à ceux qui en sont victimes. Du poison ? De l’acide ? Du venin ? Non, de l’alcool. Martini, cognac ou vodka, je ne sais pas, mais ils injectent effectivement de l’alcool dans les veines des malheureux qu’ils croisent. Leur plan pour envahir la planète est donc de rendre tout le monde bourré, ce qui ne marcherait pas auprès de tout le monde, un Johnny Hallyday ou un Lemmy Kilmister ne sentirait certainement aucun effet et continuerait sa journée comme si de rien n’était… Les extraterrestres préfèrent donc nous payer des verres plutôt que de nous trancher la jugulaire avec leurs lances ou nous désintégrer avec les lasers de leurs soucoupes volantes. Original à défaut d’être efficace. Notons cependant qu’ils sont assez résistant et que si vous leur coupez la main, celle-ci risque fort de se balader pour un moment, une idée que gardera Tim Burton pour son invasion martienne. Pas étonnant cela dit qu’avec des qualités aussi rares nos chers bonhommes verdâtres se fassent rétamer par des gosses, quand ce n’est pas par des vaches comme le montre la scène la plus cool du film où un bovin va planter sa corne dans l’œil d’un Martien. Le plus marquant des plans du film, aussi le seul qui est gore, ce qui est déjà pas mal vu que les coulures sanguinaires n’étaient guère répandues dans les années 50. Profitez-en car généralement planqués dans le noir ou dans des buissons, les aliens ne proposent que peu d’images aptes à imprimer vos petites rétines…

 

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Alors cet Invasion of the Saucer-Men basé sur une histoire courte nommée The Cosmic Frame, à éviter oui ou non ? Pas franchement recommandé en tout cas, car il est évident qu’on ne tient pas un classique que tout bisseux se doit d’avoir vu sous peine d’être radié de l’ordre du Gore. Les défauts sont sans surprises une réalisation très plate qui se contente de plans touchés par la paralysie, d’acteurs guère charismatiques et de passages dialogués forcément assez emmerdants. Mais voilà, le tout est moins dérangeant qu’à l’accoutumée et si l’on est de bonne humeur, cela passe bien grâce à la décontraction de l’ensemble et le visuel séduisant des monstres, malheureusement pas assez présents à l’écran. S’envoyer dans les mirettes les quelques photos de tournages utilisées pour vendre le film suffit donc bien aux curieux, qui auront vu l’essentiel, si ce n’est tout ce qu’il y a à voir. Le tout ne manque cependant pas de charme et c’est avec tendresse que l’on regarde cette petite production, qui dispose d’un bel entourage, fait de Blaisdell, donc, mais aussi de Forrest J. Ackerman, légendaire créateur du magazine Famous Monsters of Filmland, qui fut ici conseiller technique. Notons également la présence de Bob Burns, à l’époque débutant et assistant de Blaisdell, depuis devenu l’un de ceux qui font voyager les souvenirs d’époque, notamment en écrivant un livre It came from Bob’s Basement dans lequel il montre sa collection d’ustensiles utilisés dans les Séries B d’antan. Une belle bande de légendaires bisseux pour un film mineur, certes, mais au fond important de par les personnalités qui sont réunies autour de lui. Et puis, comment ne pas aimer un film qui a une telle affiche ? C’est impossible !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Edward Cahn
  • Scénarisation: Al Martin, Robert J. Gurney Jr.
  • Titres: Invasion Extraterrestre (titre français pour la sortie DVD chez Bach Films)
  • Production: Robert J. Gurney Jr., James H. Nicholson
  • Pays: USA
  • Acteurs: Steven Terell, Frank Gorshin, Gloria Castillo, Lyn Osborn
  • Année: 1957

2 comments to Invasion of the Saucer-Men

  • Oncle Jack  says:

    Les saucer-men ! Les aliens rase-mottes à têtes de choux qui ont monopolisé mon cerveau après les avoir rencontrés dans les Craignos de JPP. Des années durant j’ai bavé devant cette affiche qui en jette un maximum avant de pouvoir visionner le machin en question grâce à Bach Films. Effectivement on touche bien plus à la comédie teenagerisante qu’au film de sci-fi pur et dur comme la Guerre des Mondes ou autres Invasion of the Body Snatchers (il faut dire que le budget n’est pas le même). Mais bon, on rigole quand même bien devant la dégaine totalement improbable des envahisseurs et c’est bien là l’essentiel. Et puis, comme tu l’as si bien dit Rigs, on ne peut qu’aimer un film avec une telle affiche. Par contre, si vous faites un jour l’objet d’un contrôle d’alcoolémie au volant de votre bagnole, n’essayez pas d’embrouiller la maréchaussée en leur assurant que votre taux d’alcool élevé est surement dû à une rencontre avec des Saucer-Men, ça ne marche pas. Dites-leur plutôt que vos gamins vous ont forcé à regarder 10 fois le dernier film d’animation de Djamel Debbouze et que depuis vous buvez pour oublier cette horrible expérience, normalement ça devrait passer.

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