Horror Hospital

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Besoin de repos ? Dans ce cas, l’hésitation n’est plus permise et il vous faut contacter le docteur Michael Gough, qui vous offrira la literie nécessaire. Mieux! D’un coup de bistouri savamment placé, il vous allégera des pensées qui vous préoccupent. Saint homme!

 

 

Attention, quelques spoilers sont planqués dans cette chronique, saurez-vous les retrouver ?

 

Si l’horreur à l’anglaise vécut un âge d’or particulièrement flamboyant dans les années 60 avec l’inévitable édifice qu’est la Hammer Films, les choses se sont sérieusement gâtées lors de la décennie suivante. Car aux yeux de beaucoup, le cinéma gothique n’avait plus son mot à dire et la mode était passée. Elle avait d’ailleurs bien tenu, naissant à la fin des années 50 avec Frankenstein s’est échappé! et Le Cauchemar de Dracula et perdurant tout de même une bonne dizaine d’années, ce qui n’est pas donné au premier courant venu. Mais sans doute un peu lassé par la profusion de titres qui commençaient sans doute à tourner un peu en rond, le public friand de cinoche fantastique et sanglant a préféré se tourner vers une proposition plus moderne, contemporaine, qui répondait favorablement à ses attentes évolutives. Les vampires d’antan se faisaient donc bouffer par les zombies de Romero, les momies et autres créatures de Frankenstein étaient déchiquetées par les coups de tronçonneuse de Leatherface et les fantômes et spectres restaient sagement dans leurs greniers, remplacés qu’ils étaient par les violeurs sévissant non loin de la dernière maison sur la gauche. L’horreur avait muté et prenait un visage plus humain en même temps que plusieurs tueurs en série ravageaient l’Amérique, pour de vrai cette fois. Si le père Damien Karras devait exorciser une pauvre gamine prise de nausées aux forts relents d’épinards, le cinéma d’horreur devait lui exorciser son public, dont les peurs étaient changées. Les créatures de la Universal et leurs affiliés, trop ancrés dans des mondes fictifs, ne faisaient plus frissonner un public qui en avait vu d’autres au journal télévisé et une mise-à-jour de l’épouvante était nécessaire pour que le genre survive. Si certains passèrent le cap sans problèmes comme les Italiens qui placèrent leurs revenants de coté, en attendant des jours meilleurs et plus gore qui permirent un retour en grâce, pour laisser plus de place à leurs tueurs gantés, les Anglais eurent plus de mal à se défaire de leurs traditions. La Hammer ne changea pas ses habitudes de fond en comble malgré quelques tentatives de modernisation et ne tint que quelques hivers, tout comme sa rivale la Amicus, et la British Horror s’éteint peu à peu. Et ce malgré les efforts de certains briscards comme Anthony Balch.

 

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Un vaillant réalisateur que ce Balch, qui malheureusement n’eut pas une grande reconnaissance, la faute à une filmographie ne contenant que quelques courts restés obscurs et deux films d’horreur sans doute trop inclassables pour avoir trouvé leur public. Le premier, Secrets of Sex, était un étrange mélange entre érotisme et épouvante, qui fonctionna plutôt bien au vu de son budget et donna donc l’idée à ses producteurs de retenter l’aventure avec Balch, qui réalisera donc trois ans plus tard cette bisserie qu’est cet Horror Hospital qui nous occupe en ce jour ensolleilé. Gros fan du genre, le metteur en scène n’est pour autant pas du genre à se contenter de copier ses maîtres et se décida, avec l’aide d’un co-scénariste nommé Alan Watson (qui n’a par ailleurs travaillé que sur ce film) et de son producteur Richard Gordon (qui produira plusieurs séries B horrifiques comme Inseminoid et qui a participé à l’écriture du scénario d’Horror Hospital, quand bien même il n’est pas crédité à ce poste), à opter pour un récit à la croisée des genres horrifiques et humoristiques. Pour ce faire, il élabore malgré tout une histoire qui, sur le papier, n’a pas l’air des plus amusantes. Jason est un jeune homme bien de son temps: un peu hippie sur les bords, looké comme un jeune Anglais des seventies, il s’occupe d’un groupe pour lequel il écrit des chansons. Mais plutôt déçu par leur manière de les interpréter, il se dispute avec ces derniers, qui lui conseillent de prendre du repos puisque leur parolier leur semble bien épuisé. Ce qu’il accepte après avoir découvert une annonce pour un centre de repos à la campagne, un lieu auquel il se rend sans attendre, rencontrant dans le train la jeune et jolie Judy, avec laquelle il se lie d’amitié d’autant plus facilement qu’ils se rendent au même endroit, pour revoir une tante dans le cas de la demoiselle. Mais une fois sur place, nos deux pensionnaires ne tardent pas à découvrir qu’il ne s’en passe pas que des catholiques dans ce vieux manoir, en fait transformé en attrape-nigaud. Car le maître des lieux, le Dr. Christian Storm, garde ceux qui viennent se requinquer et les utilise comme cobayes pour ses expérimentations malsaines, ce cruel homme de science les transformant en légumes lui obéissant au doigt et à l’œil… Jason et Judy vont bien évidemment tenter de prendre la fuite mais ce ne sera pas facile, loin de là…

 

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A première vue, nous n’avons pas là un récit que l’on imagine très porté sur la gaudriole. Et pourtant! Bien sûr, ce n’est pas du ZAZ (les auteurs de films comiques hein, pas la chanteuse horripilante) et nous sommes là bien en face d’un humour très british et pince-sans-rire au possible, qui s’amuse de l’aspect glauque de la situation. Ainsi, lorsque nos deux protagonistes principaux débarquent dans cette pension qui présente bien en apparences, ils découvrent une chambre dont on a oublié de fermer la porte et qui donne sur un lit ensanglanté comme si Carrie était venue s’y reposer après son bal du diable. Le nain qui les accompagne et doit les amener jusqu’à leurs quartiers remarque bien vite leur surprise et, sans se démonter, leur sort un magnifique « J’espère que vous serez plus propres… ». Et les situations du même ordre ne manquent pas, l’humour noir planant sur tout le métrage, sans que l’on puisse toujours l’identifier totalement. Il faut dire que Horror Hospital est un film suffisamment étrange pour qu’on ne sache pas toujours si nous sommes censés rire ou frissonner, ce qui explique sans doute pourquoi de nombreux spectateurs ne percevaient tout simplement pas la drôlerie de l’ensemble, bien cachée sous une épaisse couche de crasse. Car dans le genre sordide, le film de Balch se pose là, les actions du Dr. Storm n’étant pas des plus proprettes puisque le praticien démoniaque s’amuse à trifouiller la cervelle de ses patients, qui se retrouvent donc avec une large cicatrice sur le front et sont changés en des êtres livides qui lui obéissent au doigt et à l’œil. Si le jeune réalisateur aime bien rigoler en cachette, il sait aussi ce qu’on attend d’un film portant un patronyme aussi démonstratif et qu’il est préférable qu’il tape dans le fantastique sans trop se faire attendre. Il crée alors pour l’occasion un monde très complet, largement plus détaillé que bien des films du même genre pourtant réalisés par des gaillards rompus à l’exercice. Hommes de mains casqués se comportant comme des zombies utilisant des motos, nain né sur place et qui est réduit au stade de l’esclavage par ses « patrons », voiture modifiée permettant de rattraper les éventuels fugueurs et, surtout, background très élaboré pour Storm et sa compagne, qui est aussi la tante de Judy.

 

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Sacré couple que ces deux là, le premier ayant eu une longue vie de scientifique incompris avant de faire connaissance avec la seconde, qui tenait un bordel à Hambourg. Et si Storm a décidé d’épouser la dame, c’est avant tout pour qu’elle lui envoie quelques cerveaux frais qu’il pourra disséquer pour ses expériences, personne ne s’inquiétant de la disparition de quelques prostituées. Mais un incendie vient mettre fin à cette organisation, poussant nos deux tourtereaux infernaux à créer cet institut qui rameute les ciboulots à ausculter. Mais les flammes ont fait du tort au physique du chirurgien fou, devenu un horrible monstre qui, comme Vincent Price dans L’Homme au Masque de Cire, s’applique un masque sur la figure et porte des gants pour cacher sa nouvelle apparence, celle d’un brulé qui n’a plus rien d’humain (il ressemble à un gros tas de boue). Un nouveau look qui permet à Balch d’offrir quelques scènes assez marquantes, comme lorsque Storm, dans son plus simple appareil et donc dans sa forme la plus laide, s’amuse à fouetter avec une cravache une pensionnaire nue et changée en légume par ses opérations, la pauvre donzelle se retrouvant très vite ensanglantée… Nul doute que si le film était plus connu, le Dr. Storm serait considéré au même niveau qu’un Dr. Phibes et des quelques autres savants fous célèbres du cinoche de genre, ce rôle de salaud intégral et méphistophélique étant du genre marquant. Par chance, c’est à grand acteur que viendra l’opportunité de l’incarner puisque c’est Michael Gough (Le Cauchemar de Dracula et de nombreux autres classiques, grands ou petit, du cinoche fantastique) qui se retrouvera dans sa peau factice. Inutile de préciser que celui que Tim Burton appréciait tout particulièrement et torchait le cul de Batman en tant qu’Alfred est absolument parfait et trouve peut-être son meilleur rôle ici. D’une perfide politesse, il se fait passer pour un homme charmant avant d’envoyer ses hommes casqués tabasser ou décapiter ceux qui le dérangent, comme un Denis Price que vous connaissez peut-être pour l’avoir croisé chez Jess Franco (Dracula prisonnier de Frankenstein) ou chez la Hammer (Les Sévices de Dracula), qui incarne ici un gérant d’une agence de voyage assez dingue lui aussi.

 

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Il faut bien dire que les adultes sont ici pointés du doigt comme des démons prélevant toute la joie d’une jeunesse anglaise qui n’en demande pas tant. Que ce soit la vieille tante qui ne sourit jamais ou le lugubre employé de la gare qui envoie les passants au casse-pipe, tous ne sont que des rouages d’une machination visant à ôter toute vie aux jeunes gens. Ces derniers sont par ailleurs très agréables, pour une fois! On remarquera donc Robin Askwith, acteur de comédies et de quelques autres films horrifiques, qui est tout simplement parfait dans le rôle de ce hippie/rockeur des seventies. Ce n’est certes pas le plus grand acteur de tous les temps mais il a définitivement la gueule de l’emploi puisque doté d’une vraie trogne, n’étant certainement pas un jeune premier propre sur lui comme on en voyait un peu trop à l’époque… Et comme on en voit encore trop, d’ailleurs! Pour l’accompagner et lui donner des raisons de se battre, la jolie Judy l’accompagne, incarnée par une Vanessa Shaw qui ne fera pas grand-chose par la suite, et qui par ailleurs fut obligée de changer de prénom, celui d’origine (Phoebe) sonnant comme trop vieillot aux oreilles des producteurs. Elle est en tout cas très bien et son mignon minois la rend attachante, d’autant qu’elle n’hésite pas à se défrusquer un peu pour une sympathique scène de douche puis de cul. On ne crache jamais dessus… Très marquant aussi le rôle de l’homme de petite taille, incarné par cette personnalité qu’est Skip Martin, buraliste le jour et acteur la nuit pour des films d’horreur (Le Masque de la Mort Rouge ou Le Cirque des Vampires). Il est ici très amusant et dispose de quelques scènes mémorables, comme lorsqu’il doit empiler, avec difficulté, les corps de deux zombies assommés pour pouvoir déverrouiller une porte… qu’il ne peut ouvrir puisque les corps sont désormais dans le chemin! Un gag long mais qui fonctionne!

 

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Si le casting est des plus réussis, la réalisation est aussi très bien tenue, Balch fournissant du très bon travail. Il tente en tout cas de respecter ses modèles (décors gothiques, méchant rappelant forcément le baron Frankenstein) tout en faisant naviguer son œuvre dans des genres plus modernes. La comédie donc, mais aussi l’action puisque les coups dans la gueule ne manquent pas, le pauvre héros se retrouvant régulièrement aux prises avec les motards, que ce soit dans le sanatorium ou dans les jolis bois qui l’entourent. Modernité encore avec quelques scènes gores et assez originales, comme lorsque la bagnole de Storm laisse apparaître une lame sur son coté pour trancher la tête des fugueurs. Pas très crédible car vu la hauteur de l’engin c’est plutôt les jambes qui devraient voler dans les airs mais qu’importe, nous ne sommes pas pinailleurs lorsque le plaisir est là. Et il est bien incrusté dans ce Horror Hospital résolument avant-gardiste dans son esprit qui tentait de rajeunir le cinéma horrifique britannique, esprit par ailleurs trahit par un patronyme français, La Griffe de Frankenstein, qui donne plutôt l’impression d’avoir affaire à un film plus vieux de quinze ou vingt ans… Bon choix donc pour l’éditeur Artus Films (toujours eux!) que d’avoir opté pour le titre d’origine, plus proche des volontés d’actualiser l’horreur qui sent le thé. C’est en tout cas un indispensable méconnu et un pur film bis qui contient absolument tout ce que tout bisseux est en droit d’attendre d’un film complet et réussi: de beaux décors, des acteurs cultes du genre, du gore, du sexe, de l’action, un scénario bien écrit aux backgrounds travaillés, de l’humour et un petit coté insolent bienvenu. De quoi rappeler un peu Le Bossu de la Morgue tout en allant plus loin dans la comédie et freiner un peu les excès crades. Horror Hospital est en tout cas une petite bombe à découvrir d’urgence, d’une noble vulgarité et d’un impertinent respect. Brillant!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Anthony Balch
  • Scénarisation: Anthony Balch, Alan Watson
  • Titres: La Griffe de Frankenstein (Titre français d’origine), Dr. Bloodbath (titre anglais pour la sortie en vidéo), Computer Killers (titre américain, ridicule d’ailleurs)
  • Production: Richard Gordon, Ray Corbett
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Michael Gough, Robin Askwith, Vanessa Shaw, Skip Martin, Dennis Price, Ellen Pollock
  • Année: 1973

2 comments to Horror Hospital

  • Roggy  says:

    Excellente chronique pour ce film qu’il me semble avoir vu il y a longtemps mais dont je ne garde pas énormément de souvenirs. Ton billet plein de verve donne sacrément envie de s’y replonger !

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