Zombeavers

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L’Arche de Noé du bis à encore laissé s’échapper une sacrée bande de bestioles avec ces castors zombies ! Après tout, puisque les zombies cartonnent aussi bien dans la petite lucarne que dans vos consoles de salon et que parallèlement à cela le bis animalier est particulièrement en forme depuis la ribambelle de DTV et téléfilms que nous pondent The Asylum et autres compagnies qui ont le Z tatoué sur leurs petits culs, pourquoi ne pas marier l’épouvante cadavérique à la journée au zoo ?

 

S’il y a encore de cela quinze ans une petite pelloche sortant directement en DVD avait bien besoin d’un grand nom sur son affiche, que ce soit celui d’un acteur ou d’un réalisateur, voire même d’un producteur, les choses ont désormais bien changé. Si les quelques acteurs populaires de l’époque moderne de l’horreur que sont Robert Englund, Tony Todd, Jeffrey Combs ou Andrew Divoff peuvent encore vendre quelques caisses de galettes ruisselantes aux Etats-Unis, c’est désormais terminé chez nous et ces noms ne représentent plus grand-chose pour le fantasticophile européen. Certains me feront d’ailleurs remarquer qu’Andrew Divoff n’a jamais vraiment été perçu comme une valeur sûre du bis… C’est d’ailleurs pareil pour les réalisateurs: à moins de s’appeler Wes Craven, John Carpenter, Guillermo del Toro ou de faire partie de la bande des petits jeunes qui en ramènent plein les poches aux producteurs comme James Wan et compagnie, peu de chance que le blase d’un metteur en scène permette à une œuvre de se vendre à coup sûr. Si jadis nous nous jetions tous sur les nouvelles pelloches de Brian Yuzna, Stuart Gordon, Tobe Hooper ou George A. Romero, les choses ont bien changé et le rang des fidèles diminue années après années. Les derniers efforts de ces réalisateurs sortent désormais en catimini, discrètement, sans faire claquer la porte pour ne pas trop réveiller les bisseux, et ça c’est quand ils ont la chance d’arriver jusqu’à nous. Non, désormais le nom ne vaut plus grand-chose et il faut s’appeler James Wan pour voir ses projets se matérialiser dans l’heure. Désormais, c’est le concept qui compte, l’idée, le pitch, et plus il est délirant, mieux c’est. C’est qu’à l’heure des réseaux sociaux où les affiches de projets et de films défilent sur nos Facebook et Twitter à la vitesse d’une chiasse prodiguée par Sonic le hérisson, le producteur doit disposer d’une image qui crève l’œil, un truc qui marque. C’est donc depuis quelques années la course aux bandes les plus débiles et délirantes, des machins improbables comme Sharknado ou Poseidon Rex, promesses de spectacles extravagants et, si possible, inédits. Malheureusement, si tout cela avait encore un côté vaguement frais aux débuts du mouvement, la monotonie s’installe rapidement et les ficelles nous sont désormais apparentes comme des câbles haute-tension. Alors quand Zombeavers sort du bois, difficile de ne pas être méfiant…

 

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Sans surprise, l’arrivée d’une petite série B ou Z ayant pour principaux héros des castors zombifiés a fait son petit effet auprès des cinéphiles, surtout auprès des plus jeunes d’ailleurs, qui voyaient sans doute là une bonne occasion de se réunir et faire la fiesta autour d’un « gros nanar » comme ils le disent sans doute (je ne sais pas, je ne suis plus jeune depuis au moins deux ans, je ne peux que deviner). Les bisseux plus expérimentés, eux, voient cela avec un brin de fatigue, car après tout Sharknado ce n’était déjà pas terrible, pour rester poli, et c’est bien évidemment la curiosité qui peut pousser à s’envoyer la galette de Zombeavers dans le lecteur. Et surprise, le tout est nettement moins merdique que l’on pouvait s’y attendre ! Nous espérions un gros Z volontairement mal branlé et cynique au-delà du raisonnable, nous avons en fait droit à un petit B plutôt soigné et désireux de bien faire. Par Azazel, tout espoir porté dans le cinoche à petit budget ne serait pas perdu ? Il faut croire que non ! N’espérez pas de Zombeavers qu’il réinvente la roue ou le goût de l’Orangina, cependant, puisque le but du réalisateur Jordan Rubin (qui a principalement bossé pour MTV) semble surtout être de taper dans le plaisir régressif estampillé années 80, ce qui convient fort bien à votre serviteur. L’histoire, vous la connaissez déjà fort bien puisqu’elle va piquer ses éléments scénaristiques chez les grands noms du genre, se plaçant à la croisée des chemins entre Evil Dead, Le Retour des Morts-Vivants et attaques d’animaux type Soudain… Les Monstres ! Le tout avec bien évidemment le clin d’œil complice de celui qui ne se prend pas au sérieux, ce qui semble être devenu obligatoire pour éviter les railleries des critiques comme du public. L’affaire du jour dont on ne vous causera pas dans Faites entrer l’Accusé, c’est celle du bidon toxique qui saute d’une remorque pour faire gicler son liquide, de la glace à la pistache fondue, sur le doux pelage de quelques castors qui se demandent ce qu’il leur arrive. Je vais leur dire moi ce qu’il leur arrive : ces cons se changent en mutant increvables ! Même si on les considère comme des zombies parce qu’ils ne peuvent effectivement pas mourir, ils n’en sont pas véritablement puisqu’ils n’étaient pas morts à l’origine. C’est du chipotage, certes, mais autant le dire. Reste que zombies décomposés ou mutants enragés, le principe reste le même et cela ne changera pas grand-chose pour la petite bande de jeunes gens qui viennent passer du bon temps dans un chalet en bord de lac. A la base trois jeunes filles qui tentent de passer un week-end entre elles pour aider l’une d’elles à oublier le fait que son mec l’a trompée lors d’une soirée arrosée. Mais le fameux trompeur arrive par surprise avec ses deux potes, les mecs des deux autres filles bien entendu, ce qui commence à créer des tensions… Mais tout cela n’est rien comparé à l’arrivée de Père Castor, bien décidé à leur raconter la dernière histoire de leur courte vie…

 

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Soyons clairs : Zombeavers n’est à la base intéressant que pour la nature de sa menace. Des castors mutants et zombies, ça donne forcément envie, surtout si l’on apprécie ses séances bisseuses avec une bonne dose d’humour. Jordan Rubin et ses deux co-scénaristes Al et Jon Kaplan (Piranhaconda) en sont bien conscients et savent qu’ils ont tout intérêt à être généreux lorsqu’il s’agit de les montrer. Les castors sont donc plus que présents et si certains trouveront qu’attendre une demi-heure pour les voir arriver est un peu long, ils devront aussi reconnaître que les bestioles sont très présentes par la suite et attaquent presque tout du long des quarante minutes restantes. Bonne nouvelle, ces rongeurs qui ont bouffé trop de Mutagen sont créés à l’ancienne, avec du latex, de la vieille fourrure et du plastoc et non des images de synthèses sorties de Windows Vista, ce qui réjouira déjà les amoureux de la série B à l’ancienne que nous sommes. Alors bien évidemment, ils ressemblent un peu à des grosses pantoufles sorties d’un bassin radioactif, ce qui est sans doute volontairement fait pour faire rire les plus jeunes, qui ne manqueront pas de se poiler devant les bruitages sortis des gueules des monstres. C’est sûr, les effets spéciaux ne sont pas de Rick Baker ou Rob Bottin, il n’y a même pas à en discuter, mais malgré tout les castors sont plutôt sympathiques et risquent fort de faire l’objet d’un petit culte dans les années à venir, si ce n’est pas déjà fait ! Les effets savent se faire gore également, même s’ils sont plutôt simples et qu’aucun ne tient du jamais vu, que ce soit lorsque les castors sont décapités ou coupés en deux ou lorsqu’ils se vengent sur la bite d’un jeune homme qui venait de s’envoyer en l’air. Inutile de préciser que le tout se fait dans un esprit assez slapstick qui rappelle beaucoup Evil Dead 2, ne serait-ce que par les lieux mais aussi par le fait que lorsque les humains sont mordus par les monstres, ils deviennent eux-mêmes des hybrides entre l’homme et le castor ! Un délire assumé, qui rappelle par ailleurs beaucoup le sympathique Black Sheep, qui proposait la même chose avec des moutons.

 

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Et le scénario dans tout ça ? Certains vous répondront certainement qu’au fond, on n’en a rien à foutre, et ils n’ont pas forcément tort compte tenu du fait que Zombeavers mise quasiment tout sur son principe et ses gloumoutes aux dents longues et à la queue plate. Pour autant, le trio de scénaristes ne bâcle pas leurs écrits et tente réellement de proposer quelque-chose qui tient la route, ne serait-ce qu’au niveau des personnages. Sans aller jusqu’à dire que les ados ici dépeints nous sont attachants, ils ne le sont d’ailleurs pas, il faut reconnaître qu’un certain effort de caractérisation a été fait, que leurs dialogues n’usent pas des phrases toutes faites habituelles de la série B animalière et que leurs relations sont plus poussées qu’à l’accoutumée puisque l’on trouve des interactions qui vont plus loin que dans un slasher basique, par exemple. Malheureusement, ces bons efforts sont diminués par deux défauts assez dérangeants… D’une part, les personnages parlent un peu trop de cul. Certes, il est mal venu pour un gars dans mon genre, puéril au dernier degré, de se plaindre que ça vanne sec et en-dessous de la ceinture, mais il y a un dosage. Là c’est tout simplement trop, ça n’arrête pour ainsi dire jamais, et si cela fonctionne parfois et qu’il y a un certain rythme sonore et que les punchlines sont bossées, on n’est pas loin de l’overdose. N’en garder que quelques-unes aurait suffi, comme cette scène où un gars à l’article de la mort s’excuse de ne jamais avoir fait de cunnilingus à sa copine en précisant toutefois que c’est parce qu’elle a la chatte bien trop odorante. Cela finit par confiner à l’embarrassant tant cela devient systématique. Et c’est quelqu’un qui vomit de la cyprine à longueur de journée qui vous le dit ! Autre problème, sans doute encore plus gênant, est la prévisibilité du métrage. On devine très exactement tout ce qu’il va se passer et quasiment dans quel ordre, Zombeavers ne s’éloignant jamais de la structure d’Evil Dead et des films d’attaques animalières. Comme des trucs du genre, on en a vu des centaines et des centaines, on finit par soupirer lors de certains passages obligés, comme la route barrée, les castors qui traversent le sol ou l’obligatoire séquence tendue entre une personne mordue et son amie qui a peur qu’elle se transforme et la menace donc avec une pétoire. Tout cela, on connait déjà et ça ne nous excite plus des masses… Notons cependant qu’un réel effort a été fait concernant l’ordre du bodycount puisqu’il est difficile de prédire qui s’en sortira, chaque perso ayant autant de chances d’échapper au massacre que les autres. Que l’on soit la gentille prude, la délurée, l’intello, le crétin un peu chochotte, le sportif ou le blagueur un peu lourd ne change ici rien à l’affaire et c’est plutôt heureux !

 

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Mais ne vous y trompez pas : si je suis bien évidemment un peu dur avec Zombeavers et que je mets en évidence ses défauts, il faut surtout reconnaître que tout cela est bien fun et n’ennuie jamais. On n’a de toute façon pas le temps de regarder sa montre puisque le tout ne dure que 70 minutes, ce qui est par ailleurs la durée idéale pour une production de ce genre qui n’a que pour seule ambition d’amuser la galerie. Mais contrairement à certaines productions The Asylum qui sont volontairement ratées, l’équipe de Zombeavers a très clairement tenté de fournir une vraie petite série B, certes rigolote mais aussi assez sincère et respectueuse. Le spectacle est assuré, ne faiblit pour ainsi dire pas et c’est bien là le but des B Movies, n’est-ce pas ? Alors sans aller jusqu’à vous conseiller de courir chez vos revendeurs favoris et payer le prix fort pour aller barboter avec les castors démoniaques, Toxic Crypt vous recommande tout de même la vision si vous savez le trouver à prix raisonnable puisque vous passerez un moment agréable, non sans défauts, mais relaxant et idéal pour une petite soirée entre gens de bonne compagnie.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Jordan Rubin
  • Scénarisation: Jordan Rubin, Jon Kaplan, Al Kaplan
  • Production: Christopher Lemole, Chris Bender, Evan Astrowski
  • Pays: USA
  • Acteurs: Rachel Melvin, Cortney Palm, Lexi Atkins, Hutch Dano
  • Année: 2014

 

 

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9 comments to Zombeavers

  • ingloriuscritik  says:

    …en tout cas tout a fait le style de péloche dont tu raffole et dont tu arrive a souligner toujours aussi passionnément les défauts pour laisser libre cour a tes fantasmes de scout refoulés ! Ben tiens , je vais m’en mettre un sur la tète moi , et jouer a david crockett !
    Ton papier est aussi fun et bonnard que ce bon petit monstre movie…sort les kronembourg , j’amène les pizzas !

  • Princécranoir  says:

    Si à première vue ces catacastors ne me disaient rien qui vaille, la lecture de cet excellent billet me donne une furieuse envie de faire plus ample connaissance avec les charmantes créatures à poil aperçues sur l’affiche.

  • Roggy  says:

    Le film a fait le buzz dans tous les festivals où il est passé (il est fait un peu pour ça) et ton billet très réussi donne envie de plonger dans l’aventure. Pour les castors et pas pour les nanas 🙂

  • Nazku  says:

    Je m’attendais à un film très con et c’était le cas. Mais de façon agréable si je peux dire. Une bonne petite surprise.

  • ingloriuscritik/ Peter Hooper  says:

    Bon je m’étais promis de te lire après avoir fait un papier sur ce film histoire de croiser objectivement nos points de vue …et bien c’est fait, et on a vu a peu prés le même film, une galette Bisseuse bien bonnarde, fun et qui sort sans forcé du lot actuel des productions décérébrées. Au moins « zombevears » respecte son public et sans se prendre au sérieux plus de raison c’est plutôt raisonnablement sérieusement réalisé .
    Bon papier, mais ca c’est beaucoup plus courant !

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