Patrick

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Si vous prenez l’un des meilleurs scénaristes australien et que vous le faites bosser avec l’un des meilleurs réalisateurs australien, ça donne quoi? L’un des meilleurs films australien, pardi!

 

Bon, je l’avoue, je survends un peu le truc. Car si Everett De Roche est un très talentueux et prolifique auteur de scripts, Richard Franklin n’a pas une filmographie irrésistible. Malgré tout, il aura fourni au fantastique trois fiers représentants, dont une suite très réussie sur laquelle personne n’aurait misé un kopek (Psychose 2) et l’un des meilleurs films de macaques (Link). Mais tout a commencé avec Patrick, petite série B made in Australy qui permettra a son auteur de voler à l’autre bout du monde pour tourner la séquelle du chef-d’œuvre d’Alfred Hitchcock. Tournée pour un budget dérisoire (400.000$), le film allait très vite montrer au monde qu’il fallait désormais compter sur l’Australie, qui allait devenir une pourvoyeuse de cinéma d’exploitation de qualité, comme en attestent Razorback, Long Weekend et autres Harlequin. Tous sont écrits par De Roche, la machine à écrire horrifique du pays qui continue toujours d’ensanglanter ses touches aujourd’hui, notamment avec Insane de Jamie Blanks (Urban Legend). Alors faisons un voyage dans le passé pour revenir au point de départ de la vague poussiéreuse de l’horreur au pays des kangourous.

 

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Patrick, le personnage, serait-il une sorte de Jason Voorhees australien, décapitant les dingos comme d’autres écharpent les adolescentes dénudées? Du tout, notre pauvre garçon tiendrait plutôt de Carrie, lui qui s’amuse à faire bouger les objets de sont lit d’hôpital. Lit dans lequel il est cloué tel un légume planté bien profond depuis qu’il a tué sa mère et son amant alors qu’ils prenaient un bain particulièrement coquin. Plongé dans une sorte de coma, Patrick développe un pouvoir, la psychokinésie, qui va lui servir à pourrir la vie de l’élue de son cœur, l’infirmière Kathy Jacquard. Aucun lien avec Christian Clavier. Nouvelle venue dans le service, elle tape dans l’œil amorphe de Patrick, qui compte bien mettre la main dessus en faisant le nettoyage autour d’elle, s’attaquant à ses prétendants. Vous devez vous dire qu’un mec cloué à son plumard ce n’est pas bien flippant mais détrompez-vous. D’une part car on a la sensation qu’il est impossible d’échapper aux pensées meurtrières du malade, qui sait tout ce qu’il se passe autour de lui tel un dieu, d’une autre car l’acteur qui l’incarne n’a pas une tronche des plus rassurantes. C’est Robert Thompson qui l’incarne, un acteur au visage particulier qui ne sera plus mis à contribution par la suite, toute trace de l’homme semblant avoir été effacée depuis 1978 jusqu’à 2013 où il est crédité comme assistant caméraman sur un film nommé The Call. Difficile de juger de ses talents de comédien vu qu’il passe tout le film allongé (le bon plan) mais il est regrettable de ne plus l’avoir revu par la suite, il aurait pu incarner bien des types inquiétants au vu de son faciès surmonté d’un mono sourcil impressionnant.

 

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Ce qui marque d’emblée dans Patrick, c’est la réalisation inspirée de Richard Franklin. Débutant par le matricide, la caméra se place aux endroits les plus judicieux, iconisant Patrick tout en nous mettant dans son esprit dérangé. Le regard dans le vide, il est adossé contre un mur qui est fouetté par le lit de sa mère, théâtre d’une partie de jambes en l’air. Le dossier du lit s’écrase encore et encore sur le mur, comme s’il heurtait la tête du jeune homme dans la pièce d’à coté. Tournée en un seul plan, cette scène nous plonge direct dans une ambiance tendue et sombre, qui éclate lorsque Patrick se lève pour électrocuter sa mère dans une scène qui parvient à être choquante sans en faire trop. Déjà bien creepant lorsqu’il était sur ses deux jambes, Patrick le devient encore plus dans son lit, trois ans après l’incident. Ne pétant jamais un mot mais gardant les yeux ouverts malgré tout, tous pensent qu’il est inconscient, dans un monde meilleur, autre que le leur. Il est pourtant bien parmi eux et tire les ficelles, les yeux rivés sur le plafond. Son regard est la seule chose qui semble ne pas avoir changé sur son corps, lui qui semblait déjà mort alors qu’il était encore bien vivant. Entre les deux états, le voilà qui dévoile son vrai visage, celui d’un être égoïste qui recherche l’attention d’une jolie fille, non pas par amour, mais par égocentrisme.

 

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Prise dans les tourments du jeune homme, Kathy se montre au départ très compatissante, tentant d’apporter un peu d’affection à ce pauvre type cloué au lit, qui lui répondra par une érection. Sortant d’une relation difficile avec son mari dont elle se sépare, elle rencontre quelqu’un qui n’a probablement jamais été aimé ou touché et qui est prêt à tout pour posséder une fille, même un instant. Jaloux, Patrick a fort à faire, l’infirmière étant bien entourée, son séduisant époux continuant de lui tourner autour, tout comme le remarquable chirurgien qui aimerait bien l’attirer dans son lit. Si Patrick se contente au départ de saccager l’appartement de sa soignante, il passera ensuite la seconde en attentant à la vie de ses proches. Si la réalisation de Frankin n’est jamais aussi bonne que lors de l’introduction, elle n’en reste pas moins bien sentie et rythmée, bien aidée par le script de De Roche, parfait et équilibré entre les scènes horrifiques et les plus intimes. Les personnages nous sont agréables, normaux, alors que Patrick nous effraie et ne dégage aucune sympathie. Certains râleront peut-être devant le manque d’effets sanglants, les auteurs privilégiant une approche mentale de l’horreur, plus fine. Mais c’est pour mieux nous surprendre avec quelques images marquantes, comme celle de ce docteur devenu fou qui mange l’une de ses grenouilles de laboratoire.

 

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Patrick fit sensation lorsqu’il fut présenté au festival d’Avoriaz et l’on comprend pourquoi. Le film plonge le spectateur dans un monde oppressant où tous les personnages semblent être des pourris en puissance. Du docteur qui semble s’amuser de ses expériences sur Patrick au mari de Kathy qui entre par effraction chez elle, en passant par le chirurgien qui peine à assumer sa liaison avec l’héroïne lorsque les flics s’en mêlent ou l’infirmière en chef qui voit le mal partout. Incroyable dialogue sortant de sa bouche, la vieille nous expliquant que l’hosto a déjà eu des infirmiers zoophiles, pédophiles, nécrophiles et scatophiles, précisant qu’un d’entre eux présentait bien mais s’était empressé de se recouvrir de merde l’heure suivante. Plutôt étonnant. Mais pourquoi pas, après tout. Kathy semble être une peluche au milieu de tous ces intéressés et pervers, prise dans la toile d’araignée de Patrick, qui la désire sans qu’elle ait la moindre idée de ce qu’il a en tête. Patrick est une excellente série B qui souffre peut-être d’une trop forte durée, le film approchant les deux heures. Quand on sait que la version « uncut » prolonge l’expérience jusqu’aux 140 minutes… Long ou pas, le film est à découvrir d’urgence, d’autant qu’il a clairement marqué le fantastique de son époque. Tarantino avoue volontiers s’être inspiré du film pour son Kill Bill volume 1 et aurait adoré parler avec Richard Franklin, malheureusement décédé en 2007 d’un cancer. Son nom reviendra bientôt dans les magasines bis puisqu’un remake de Patrick est sur les rails et ne devrait plus tarder. Ce n’est pas la première fois que le légume aux pouvoirs psychiques se réveille de son sommeil, lui qui eut droit à un Patrick 2, ou plutôt un Patrick vive encora sorti par les italiens. Une fausse suite, illégitime, comme l’Italie nous en a offert un bon gros paquet bien gras dans les années 80. Une version pirate et Z en somme, preuve qu’un tueur peut faire des émules du fond de son lit.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Richard Franklin
  • Scénarisation: Everett De Roche
  • Production: Richard Franklin, Anthoni I.Ginnane
  • Pays: Australie
  • Acteurs: Susan Penhaligon, Robert Thompson, Robert Helpmann
  • Année: 1978

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