Beyond the Gate – Portos dos Mortos

Category: Films Comments: 9 comments

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Discrète est l’horreur à la Brésilienne, qui a toujours eu du mal à traverser les océans pour venir se poser sur nos genoux. Mais le pays de Coffin Joe ne lâche rien et a dégainé en 2010 un Portos dos Mortos qui représente une vraie petite expérience. Alors en avant pour le Brésil… et l’enfer !

 

Il y a des contrées qui doivent travailler plus que d’autres pour obtenir la considération des horror addicts de tout le globe. Le Brésil en fait partie et n’est certainement pas le pays qui vient à l’esprit immédiatement lorsque l’on cause de cinéma de genre, quand bien même il lui arrive d’être la terre d’accueil de récits qui prennent souvent place dans ses décors naturels recelant mille dangers. Citons ainsi à titre d’exemples Anaconda et son serpent mangeur de Jon Voight (il se nourrit aussi d’autres humains, mais il préfère le Jon Voight qui fait des clins d’œil) ou Turistas, renommé Paradise Lost chez nous, et ses trafiquants d’organes qui en veulent à vos reins. Et si l’on prend le volant de nos Delorean et que l’on revient dans les années 70, nous pouvons également citer L’Invasion des Piranhas d’Antonio Margheriti, co-production entre plusieurs pays dont celui roi du football donc, où il fut par ailleurs tourné ! Mais ces quelques précédents mis à part, il n’y a guère que ce bon vieux José Mojica Marins, le sadique Zé du Cerceuil ou Coffin Joe comme il est généralement connu, qui fait figure d’icone bis locale. Mis à part ses films (At Midnight I Will Take Your Soul, Embodiment of Evil, Awakening of the Beast,…), peu de bisseries brésiliennes auront bénéficié d’une rumeur suffisamment bruyante pour que les bissophages francophones puissent découvrir à quoi la série B made in Brazil ressemble vraiment. Est-il nécessaire de prendre son baluchon et partir en pèlerinage sous la statue du Christ Rédempteur pour espérer dénicher quelques galettes déviantes qui apporteront des saveurs inédites à nos lecteurs DVD ? Pas nécessairement, car si vous n’allez pas vers le bis Brésilien, le bis Brésilien viendra à vous. J’eus ainsi la surprise il y a peu d’un message en provenance d’un certain Isidoro B. Guggiana, producteur, acteur et publicitaire à la solde de films de genre du pays, qui me proposait de visionner l’un des derniers films auquel il a participé, à savoir Beyond The Grave, alias Portos dos Mortos, sorti en 2010. Inutile de dire que je ne me suis pas fait prier…

 

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Résumer l’intrigue de Portos dos Mortos et expliquer de quoi parle la pelloche n’est pas un exercice particulièrement aisé et pour cause, le scénario est volontairement nébuleux. Tels des marines envoyés sur un front dont ils ne connaissent pas tous les tenants et aboutissants, nous sommes parachutés dans un univers post-apocalyptique où l’humain, rare comme une pyramide en Sibérie, doit cohabiter avec les morts, revenus d’entre les morts sans que le pourquoi du comment soit expliqué. Un homme, nommé l’Officier, voyage avec deux adolescents, un frère et une sœur, à la recherche d’un voyageur visiblement très dangereux qu’il désire tuer pour des raisons assez brumeuses (va falloir vous y habituez, le film veut ça). Mais cette proie, nommée le Dark Rider, n’est pas un simple être de chair et de sang comme un autre et est en vérité un démon qui, une fois tué, prend possession du corps le plus proche de celui qu’il quitte. Dans sa quête pour ce que l’on devine être une vengeance, l’Officier rencontre un petit groupe de survivants qui se sont réfugiés dans une bâtisse abandonnée et tentent de vivre calmement, évitant autant que possible les zombies qui parcourent le monde d’un pas traînant. Mais alors que l’Officier pense avoir trouvé le Dark Rider, il se trouve que c’est plutôt ce dernier qui l’a trouvé et est prêt à abattre ses griffes sur lui… Si le pitch de Beyond The Grave vous semble étrange, surtout pour un film de zombies, c’est normal. Le but du réalisateur/scénariste Davi de Oliveira Pinheiro est effectivement de précipiter le spectateur dans un univers biscornu qui érige l’inexplicable au rang de divinité. Tout n’est que doute, rien n’est certain, à commencer par les patronymes des personnages, qui ne sont jamais nommés dans le film, ce que l’on peut traduire par une volonté de l’auteur du film de leur enlever de leur humanité. L’Officier et ceux qui l’accompagnent ne sont plus véritablement des êtres humains qui aiment et ressentent mais des voyageurs en quête de survie ou de revanche, des êtres qui avancent au rythme des morts qu’ils fuient ou des démons qu’ils pourchassent, ayant pour seul lien avec le reste du monde une radio ne disposant que des échos d’un être fou pleurant la mort de sa soeur. On ne saura donc rien ou pas grand-chose de toutes ces silhouettent qui se meuvent dans un monde mort, ce qui ne signifie pas que Davi de Oliveira Pinheiro bâcle son écriture. Il se trouve juste qu’il a décidé de mettre en avant une ambiance lancinante et désespérée, un sentiment désabusé, plutôt qu’une structure ou un cheminement de série B. Au genre, le metteur en scène emprunte surtout ses thématiques et ses archétypes, tous sortis d’un esprit très Grindhouse ou d’une culture typiquement bis.

 

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Difficile en effet de ne pas penser aux personnages qui firent les beaux jours des cinémas de quartiers lorsque l’on découvre ceux de Beyond the Grave, qui convie des cowboys, un indien ou un samouraï à sa fin du monde déjà bien entamée. De même, difficile de ne pas penser à Ken, Le Survivant, manga culte s’il en est, puisque l’Officier est assez taiseux et se trimballe deux marmots, un garçon téméraire et une gamine muette. Exactement comme Kenshiro qui se retrouve avec un Bat bavard et une Lin qui perdit la voix et traverse avec eux des terres balayées par un souffle atomique. Mais si le musculeux Ken affrontait principalement des barbares (et on en trouve également dans Portos dos Mortos), il n’avait pas à se bastonner contre des zombies, ce qui est ici le cas et nous renvoie pour le coup dans nos VHS de Lucio Fulci, qui est probablement l’influence principale concernant nos morts qui ne le sont pas vraiment. Visuellement tout d’abord puisque les maquillages insistent sur un aspect sale, putride et que certaines scènes rappellent L’Enfer des Zombies, comme lorsqu’une demoiselle se retrouve nez-à-nez avec des morts-vivants en train de profiter d’un festin, ce qui fait bien évidemment écho au passage assez similaire dans le classique du cinéma bis rital. Davi de Oliveira Pinheiro n’hésite d’ailleurs pas à verser dans le gore qui tâche et certaines idées sont bien trouvées, comme lorsque le décidément très dangereux Dark Rider envoie un message à son ennemi l’Officier en arrachant le visage d’une de ses connaissances et en inscrivant un message dessus avant de le déposer devant le pas de sa porte ! Effet garanti, surtout lorsque l’on recroise le malheureux qui a perdu la face, depuis zombifié… Violent, le film l’est donc assurément et, toujours dans un esprit très manga, les personnages (qui ont des aptitudes et armes différentes, qui vont de la canne au sabre en passant par l’arbalète ou encore un harmonica dont les notes sont insupportables pour les mortels) ne cessent de s’affronter. Du pur bis qui ne ment jamais sur la marchandise, 100% Grindhouse dans sa volonté de proposer un spectacle apte à satisfaire les amoureux du cinoche de genre. Mais des productions indépendantes qui proposent de pareils ingrédients, on en trouve tous les deux jours, alors pour se différencier de la masse, Davi de Oliveira Pinheiro ajoute l’élément qui fait toute la différence : une âme.

 

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Car ce que l’on retient à coup sûr d’une séance de Portos dos Mortos, c’est son atmosphère, infiniment triste, et l’isolement absolu qui semble entourer le personnage de l’Officier, un vagabond solitaire qui croise d’autres hommes en tentant de tisser le moins de liens avec eux, sachant fort bien qu’au fond tout cela est inutile car la mort plane au-dessus d’eux. Le désenchantement est ici total et tranche avec l’aspect solaire du film, qui jouit de très beaux décors, qu’ils soient naturels (les extérieurs, bien évidemment) ou retravaillés par une équipe compétente (les intérieurs, rendus très glauques). La fin du monde est arrivée et, toujours dans un esprit très Fulcien, il est expliqué que les sept portes des enfers se sont ouvertes pour laisser s’échapper une lente agonie qui contaminera nos existences. Plus de vie, plus de but, ne reste aux hommes que l’errance et la violence, qui donnent un maigre sens à ce qu’il reste de leur destinée. Beyond the Grave adopte dès lors un rythme assez lent qui colle avec le sujet, ce qui ne l’empêche pas de proposer régulièrement ses rebondissements, assez nombreux et qui prouvent que le script a été étudié et bossé, à l’image d’une réalisation particulièrement bluffante compte tenu des conditions de tournage. 22 jours de tournage, un équipement réduit, une équipe qui l’est aussi, un budget que l’on devine très mineur, et pourtant à l’arrivée on obtient une véritable bobine tueuse, aux mouvements de caméras étonnants pour une petite production, au découpage impeccable et aux plans réfléchis et toujours efficaces. Le seul problème se trouve dans les scènes de combats entre les protagonistes, un peu trop lentes pour être crédibles. Davi de Oliveira Pinheiro n’a depuis réalisé qu’un court-métrage nommé O Beijo Perfecto, alias The Perfect Kiss, sorti il y a déjà trois ans, et l’on espère de tout cœur qu’il va continuer son chemin car il est indéniablement un bon, un mec avec du talent et qui a un œil cinématographique, un don qui semble se raréfier ces dernières années… La partition musicale dont il dispose fusionne d’ailleurs à merveille avec son style, oscillant entre les notes mélancoliques et le rock énergique, l’OST combinant avec efficacité les deux velléités du film, celle purement divertissante et celle plus atmosphérique.

 

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Indéniablement, Portos dos Mortos est de ces petites bandes qui vous redonnent espoir dans le cinéma de genre indépendant et rappelle que petit budget ne rime pas nécessairement avec « gros Z mal branlé et qui se contente du minimum ». Il y a du cœur dans Beyond the Grave et une volonté très perceptible de plier les codes du cinéma de genre à une sensibilité très particulière. Tout n’est pas parfait, loin s’en faut, et le rythme en dent de scie lors des séquences où cela bouge un peu plus pose problème, mais reste que Davi de Oliveira Pinheiro nous offre une véritable expérience, qui ne sera certainement pas agréable à tout le monde vu que sa bizarrerie n’en fait pas une bande très accessible (certains diront même que c’est bordélique), et nous fait bien regretter que le cinoche qui sent bon la décomposition ne soit pas plus présent au Brésil et, surtout, qu’il ne traverse jamais l’océan Atlantique pour venir se loger dans nos téléviseurs.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Davi de Oliveira Pinheiro
  • Scénarisation: Davi de Oliveira Pinheiro
  • Titres: Portos dos Mortos (Brésil)
  • Production: Davi de Oliveira Pinheiro, Isidoro B. Guggiana, Glauco Urbim
  • Pays: Brésil
  • Acteurs: Rafael Tombini, Alvaro RosaCosta, Tatiana Paganella, Luciana Verch
  • Année: 2012

9 comments to Beyond the Gate – Portos dos Mortos

  • Roggy  says:

    C’est tout à ton honneur de mettre en avant le cinéma différent d’un Brésil qui possède quelques petites perles dans son catalogue. Hasard du calendrier, normalement vendredi je vais à une soirée bis consacrée au bis brésilien. Fantastico do Brasil !!!

  • Laurent  says:

    Existe-il un dvd de ce film…?

  • Laurent  says:

    Merci beaucoup pour ta réponse ! Mais du coup tu ne l’as pas vu via ce lien ? Tu as réussi à l’avoir sur un autre support ? Félicitations en tout cas pour ton site qui est vraiment excellent !

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Les Portos des Morts ? Eh ben au moins ils ont de quoi boire dans leur malheurs, c’est pas si mal.

    Quoiqu’il en soit, c’était donc visiblement aussi atmosphérique que le trailer le laissait croire et les références ne sont pas pour me déplaire. J’ai même l’impression qu’il y a un peu du Dust Devil de Richard Stanley là-dedans. Voilà qui est donc très tentant.

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