Le Grand Défi

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Pourquoi se contenter d’un simple film avec Maciste lorsque l’on peut avoir une bisserie ajoutant Hercule, Samson et Ursus ? C’est très probablement ce que s’est dit l’éditeur Artus Films, un sacré Ursus lui aussi, qui tape donc dans le péplum humoristique avec ce Grand Défi que l’on relève le sourire aux lèvres.

 

 

A tout genre populaire ses parodies ou variations comiques. Et comme de juste, le péplum n’a pas échappé à la tentation de se dérider un brin et se lancera dans les plaisirs enchanteurs de l’ironie et ce sous la houlette du réalisateur Giorgio Capitani, à qui l’on doit notamment Chacun pour Soi avec Klaus Kinski et George Hilton. Aidé du scénariste Sandro Continenza, homme de valeur qui apporta quelques scripts francs du collier au cinéma que nous chérissons comme ceux du Massacre des Morts-Vivants ou d’Inglorious Bastards (oui, celui qui servit de modèle à Quentin Tarantino), Capitani se lance donc dans une entreprise visant à modifier l’image de quelques costauds du cinéma populaire de l’époque, à savoir 1964, transformant ces machines de guerre humaines en de rigolo via un humour hérité du Boulevard. Pour ce faire, il aura recours à quelques acteurs capables de casser des noix entre leurs fesses comme Alan Steel, alias Sergio Ciani, (vu dans Maciste contre les hommes de pierre, Samson contre Hercule et autres pelloches du même ordre). Des comédiens qui vous détapissent un manoir à l’aide d’un pet bien placé comme Howard Ross (Maciste contre les Mongoles, Hercule l’Invincible). Des artisans du muscle qui vous font tourner la Terre en sens inverse lorsqu’ils font un jogging comme Nadir Moretti (Maciste contre les Mongoles, Vainqueur du Désert). Des brutes épaisses qui fendent le sol dès qu’ils posent un pied au sol en sortant du lit comme Yann Larvor (Le Colosse de Rhodes). Un beau défilé de musclés, plus efficaces lors d’une bataille que les nôtres, les Bernard Minet, Framboisier et Tonton René, même si dans Le Grand Défi l’ambiance sait être proche de celle d’une merguez party…

 

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Difficile de résumer l’intrigue du film de Capitani, très tentaculaire (l’intrigue hein, pas Capitani), sans risquer de trop en dire. Si vous avez peur de trop en savoir sur Le Grand Défi, mieux vaut voir le film avant de lire cette chronique, qui va vous révéler une bonne partie du récit, un mal nécessaire pour rendre justice au script assez dense de Continenza. Tout commence lorsque le brave Hercule se ballade tranquillement à dos de canasson alors que Zeus, son « papa » comme le costaud l’appelle, lui explique qu’il est à la croisée des chemins et a donc le choix entre le chemin de la vertu ou celui de l’aventure. Jugeant qu’il a déjà été assez sage jusqu’ici, Hercule choisit le chemin de l’aventure, sachant fort bien que l’y attend jolies jeunes filles et plaisirs divers et variés. Un choix qui cause une légère dispute avec son daron mais qu’importe si cela peut permettre au baraqué de s’éclater avec des demoiselles séduisantes ? Il ne tarde d’ailleurs pas à en rencontrer puisque sa route croise celle d’Omphale, princesse du royaume de Lydie qui est en train de se noyer dans la mer et qui a donc bien besoin d’un athlète pour lui venir en aide. Et fils de Zeus oblige, Hercule se prend le coup de foudre pour Omphale, ce qui arrange bien la mère de celle-ci, la Reine de Lydie, qui est en pleine guerre contre des brigands des montagnes qui lui apportent bien des emmerdes. Le calcul est vite fait pour elle et son conseiller : si la gamine épouse le puissant demi-Dieu, leurs ennemis ne risquent plus de venir leur baver sur les rouleaux… Mais voilà, d’Hercule Omphale ne veut point, elle qui se sent des poussées Shakespeariennes puisqu’elle est tombée amoureuse du fils du chef des bandits avec qui sa mère est en guerre… Histoire d’éviter le mariage forcé, elle demande à un nain qui à la voix de Bugs Bunny dans la version française d’aller se faire passer pour l’oracle du coin et annonce à Hercule que s’il veut traîner Omphale dans son lit il va lui falloir faire la preuve de sa force en rétamant Samson, l’humain le plus fort du monde…

 

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Problème : Hercule ne sait pas qui est Samson et il va donc falloir trouver le gaillard, une mission confiée à quelques hommes qui vont partir à sa recherche. Ils finiront par mettre la main dessus et le convaincre de les suivre, ce qui n’est guère compliqué vu que le brave homme a dans l’idée de s’éclater avec les jolies filles de Lydie, ce qui par ailleurs ne trompe pas son épouse qui va lui couper les cheveux, sources de la force du gaillard, ce qui en fait une lopette qui n’est plus en mesure d’affronter ce bourrin d’Hercule. Effrayé et bien décidé à rester chez lui, Samson refuse de suivre les hommes venus de Lydie pour lui. Plutôt embêtés, ces derniers décident de faire appel à Ursus, une brute à la force colossale qui terrorise une auberge et ridiculise ses tenanciers. Ils lui proposent un marché : contre de l’argent, Ursus doit kidnapper Samson, ce que le furieux parvient sans mal puisque son adversaire est devenu aussi dur qu’une éponge… Mais tout se complique lorsque Maciste entre dans la danse, ce noble héros ayant été appelé par les gens de l’auberge pour calmer Ursus. Tout ce beau monde décide dès lors d’aller retrouver Hercule pour tenter de lui expliquer la situation compliquée dans laquelle est Samson… Comme le titre d’origine (Ercole, Sansone, Maciste e Ursus gli invincibili) l’indique, le but de ce métrage est de réunir les grands noms du péplum, les blases qui étaient inscrits en gros sur les affiches, même si les acteurs convoqués ici ne reprennent pas nécessairement les rôles qu’ils avaient jadis. Peu importe, à vrai dire, tant que cela reste en famille au fond, ce qui est ici le cas et l’on sent bien l’esprit fraternel qui règne dans Le Grand Défi, qui parodie le péplum sans chercher à s’en moquer. Le regarde apporté par Capitani sur le genre n’est donc pas narquois mais plutôt ironique, et s’il cherche bien évidemment à ridiculiser un brin ses personnages (surtout Samson), il est évident qu’il n’a jamais eu l’intention de piétiner le genre…

 

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L’humour est donc ici un peu décalé sans totalement tomber dans le délire pur et simple et Le Grand Défi pourrait presque passer pour un péplum classique si on en retirait les quelques dialogues déphasés des protagonistes. Bien sûr que ça tente de faire marrer, comme lorsque la Reine de Lydie tombe amoureuse de celui qu’elle promet à sa fille, quand Samson le costaud tente de fuir comme un minable, quand Ursus force les employés de l’auberge à danser ou chanter, quand Maciste tente de régler les problèmes et se prend une gifle en retour, quand l’effrontée Omphale reproche aux autres d’agir comme elle, quand Hercule tente d’attraper un nain. Les moments caustiques ne manquent effectivement pas ici, mais cela ne sert jamais d’excuser au réalisateur pour torcher une œuvre mineure, mal branlée et qui se reposerait entièrement sur ses attributs comiques. Ce n’est pas le cas et visuellement on a droit à du boulot soigné, à une réalisation typique de l’époque mais en tout cas efficace, à des décors parfois très beaux (jolie nature !) et le tout est en plus porté par des acteurs impliqués et qui semblaient visiblement bien s’amuser, le sourire carnassier d’Howard Ross/Maciste étant particulièrement communicatif, par exemple. Tous s’éclatent un max, à commencer par le rare Yann Larvor, à la filmographie aussi petite que ses muscles sont imposants, qui est donc ici un Ursus sans finesse, qui éclate d’un rire caverneux et résonnant tout en agissant comme un barbare. Très sympathique aussi ce Samson un peu hypocrite sur les bords, forcé d’être le faible de la troupe suite à l’excès de jalousie de sa femme, et qui finira par se rattraper en tabassant un Hercule qui fait ici figure de star. C’est lui qui semble ici le plus présent et il prend de l’avance sur ses camarades en apparaissant une bonne demi-heure avant que ce soit leur tour et en restant au centre du récit alors qu’ils sont plutôt des satellites qui lui tournent autour, ce qui n’empêche pas la dynamique de troupe de se créer peu à peu avant d’éclater dans une homérique bataille finale où les quatre finissent par se foutre sur la gueule dans un esprit très slapstick.

 

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Le Grand Défi n’est pas nécessairement le film sur lequel on peut tartiner encore et encore tant il est au fond assez simple et se repose sur le pur plaisir qu’il tente d’apporter aux spectateurs. C’est un divertissement qui s’assume en tant que tel et qui tente tout simplement d’être à la hauteur. Bien évidemment, l’humour a bien évolué depuis 1964 et ce qui faisait rire à l’époque ne fait plus que sourire de nos jours et vous ne risquez pas de vous péter la mâchoire de rire en vous envoyant ce DVD. Mais le tout est tout de même très récréatif et n’ennuie jamais, le rythme est soutenu, les combats de bestiaux tombent régulièrement et apportent l’action nécessaire à cette gentille farce. Pas le film à obtenir en priorité chez l’éditeur, qui déborde de classiques en tous genres, mais définitivement un bon moment à passer et recommandé à ceux qui veulent juste se relaxer dans la joie et la bonne humeur. En guise de bonus, Michel Eloy nous éclaire sur les liens entre ce film et les autres de sa catégorie, sur ses attraits ironiques et sur les liens avec la mythologie grecque. Artus lance en tout cas sa collection Péplum de fort belle manière…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Giorgio Capitani
  • Scénarisation: Sandro Continenza, Roberto Gianviti
  • Titres: Ercole, Sansone, Maciste e Ursus gli invicibli (Italie)
  • Production: Giorgio Cristallini
  • Pays: Italie, Espagne France
  • Acteurs: Sergio Ciani (Alan Steel), Nadir Moretti, Howard Ross, Yann Larvor
  • Année: 1964

4 comments to Le Grand Défi

  • Roggy  says:

    Mais quelle bisserie est allé nous déterrer l’ami Rigs 🙂 Je ne connais pas cette comédie antique qui paraît fort sympathique. Et, c’est bizarre car les images ne font pas du tout années 60. On dirait presque un David deCoteau…

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Et bien… Je suis convaincu. En fait à lire l’histoire, ça n’apparaît même pas spécialement drôle (si ce n’est la multiplication des protagonistes façon soap opera) et il y aurait presque de quoi faire un crossover épique entre ces surhommes. Presque dommage que cela soit parti sur de la comédie en fait…

    Cela dit, je suis totalement conquis par l’idée que Samson perde ses cheveux et devient froussard devant Hercules, avec les pauvres Ursus et Machiste qui essaient d’arranger / d’empirer les choses. J’imagine que les quiproquo sont nombreux et très très con !

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