Humongous

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Humongous sort de sa niche alors planquez vos mollets ! Le molosse nous en veut et a été sifflé par l’éditeur Uncut Movies qui, fidèle à sa réputation de grand pourvoyeur de slashers viles et crasseux, nous invite à visiter une île perdue pour des vacances qui ne manquent pas de chien.

 

 

Les années 80 ou le règne de la toute puissante VHS ! Une époque dorée où tout semblait permis en matière d’édition, où les plus improbables bandes côtoyaient les ténors du genre sur les étagères des vidéoclubs, où le plus craspec des petits films italiens se retrouvaient avec Halloween comme voisin, où la plus mauvaise des séries Z pouvait trouver sa chance auprès du chaland en se retrouvant côte à côte avec une grosse locomotive comme Massacre à la Tronçonneuse. L’égalité cinématographique, la chance de pouvoir découvrir tout et n’importe quoi en tendant simplement la main, sans avoir à parcourir des kilomètres de pages Amazon pour y dénicher les vieilles bisseries qui nous intéressent, souvent reléguées dans les dernières pages, dans le fond du tiroir, histoire de laisser à l’avant-plan les I, Frankenstein, Paranormal Activity et autres Annabelle. Dans les eighties et une partie des nineties, c’était là, devant nous, et les boîtiers ne demandaient qu’à écarter les jambes pour nous dévoiler leurs sexes magnétiques, dégoulinants de liquides purulents, sanguinolents ou au bon goût de vieux mucus. Cette époque, l’éditeur Uncut Movies semble y tenir comme à son premier biberon, les deux gaillards du nom de Patrice et Romuald planqués derrière cette petite entreprise, qui envoie la crise dans les rangs des adolescents promis à une mort certaine, s’amusant à redescendre du grenier des purs titres estampillés VHS. Vous savez, ce genre de films qui ne seront jamais considérés comme des classiques par la majorité des fantasticophiles mais qui ont marqués ceux qui les ont découvert à l’époque, ces petites productions modestes qu’on se remémore avec nostalgie en sachant pertinemment qu’elles n’avaient rien de révolutionnaire mais qu’elles nous auront néanmoins accompagnés dans ce monde impitoyable qu’est celui du bis. Ce sont nos premiers amours, pour certains perdus depuis longtemps puisque leurs sorties ne sont généralement pas considérées comme nécessaires par bien des éditeurs, qui ont longtemps préféré concentrer leurs efforts sur des films cultes forcément plus attendus. Si les choses changent et que bien des livreurs de cinéma de genre qui sent fort sous les aisselles se sont joints à l’exercice, il faut tout de même rappeler qu’Uncut Movies fut l’un des premiers à le faire et à prendre la relève à une époque où les Scherzo, Hollywood Video, Colombus et autres livreurs de cinéma malpoli du même ordre commençaient à ne plus être qu’un vieux souvenir… Rendez-vous compte, les gars d’Uncut Movies ont sorti des VHS, ce qui fait sans doute d’eux le dernier éditeur de cassettes gores à avoir sévi en France, et aussi l’un des rares élus à avoir réussi son exode vers le DVD (avec René Château, le seul autre de la catégorie auquel on peut penser). Depuis, c’est Byzance pour le nostalgique des années 80 avec les sorties de Slaughter High, Final Exam, Slime City, Scalps, Savage Streets, Bloody Moon, Pieces et de nombreux autres… Malgré tout, Uncut Movies semble peu cité en comparaison d’autres grands éditeurs comme Artus ou Le Chat Qui Fume, sans doute en raison d’une distribution plus confidentielle et de moyens moins importants. Dommage car ils sont tout aussi méritants que leurs confrères et réussissent le difficile pari de ressusciter un catalogue eighties avec l’odeur, la sensation et l’ambiance qui vont avec…

 

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Si l’on veut schématiser, on peut dire qu’Uncut Movies possède deux axes dans son catalogue, avec d’un côté des films indépendants, souvent récents et toujours très extrêmes, et de l’autre les péloches à l’ancienne avec une forte représentation du sous-genre slasher. Quoi de plus normal, après tout ? C’est que le style était omniprésent à l’époque et il est bien normal que l’on en trouve dans ce rétroviseur sanglant que sait être l’éditeur. Sorti à l’été 2014 en galette chez Romuald et Patrice, Humongous est un pur représentant de la cause et fait lui aussi partie de ces petits films oubliés par beaucoup mais que quelques irréductibles amoureux des années disco gardent dans leur cœur. Ceux qui s’en souviennent vous diront d’ailleurs que ce n’était pas le slasher le plus généreux en gore et pour cause : la scène d’introduction fut censurée dans de nombreux pays (et manque de bol, c’est la plus généreuse en chair arrachée) et la qualité de la duplication lorsque le film s’encastra dans une VHS le transforma en une œuvre plongée dans la pénombre. Impossible dès lors d’assister aux scènes horrifiques promises dans de bonnes conditions… Plutôt frustrant, d’autant que l’on tient là un film canadien réalisé par Paul Lynch, l’un des fers de lance du mouvement slasheresque, qui dégaina son Bal de l’Horreur au bon moment et avec le bon casting (Jamie Lee Curtis, pour ceux qui ont la mémoire courte). Non pas que cela promette monts meurtriers et merveilles empoisonnées, mais ainsi est fait l’amateur de slashers : peu importe la qualité réelle tant que les codes sont respectés et que le spectacle est au rendez-vous ! Humongous promet plutôt dans son genre et débute les hostilités de fort belle manière lors d’une petite fête donnée par un homme visiblement assez riche sur son île privée. La fiesta va cependant tourner court lorsque l’un des invités viole une demoiselle, qui sera vengée par les chiens du propriétaire des lieux, qui tuent l’assaillant en le bectant comme du Canigou. Trente années passent et nous voilà au début des années 80 avec un groupe de cinq jeunes gens partis voguer avec le bateau du père de trois d’entre eux, deux frères et une sœur, qui sont accompagnés des petites amies des deux frangins. Mais alors qu’ils naviguent dans la nuit noire, ces jeunes gens rencontrent un pauvre gars en difficulté et le secourent, non sans échouer eux-mêmes sur la fameuse île où furent commis plusieurs décennies auparavant l’horrible viol et le carnage commis par les chiens fous. Mais une fois sur place, nos héros découvrent que les chiens sont tous morts et que la menace à craindre est toute autre et représentée par un grand gaillard mentalement limité qui compte bien faire la peau à ces intrus…

 

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Alors ce DVD français d’Humongous ? Tient-il ses promesses d’une vision moins ténébreuse que celle de sa version VHS ? Oui et non, à vrai dire, car s’il est évident que la remasterisation disponible ici aide grandement à la compréhension et permet enfin de comprendre ce qu’il se passe, il faut tout de même admettre que le tout est souvent plongé l’ombre, visiblement un choix du réalisateur. Une large partie du récit se déroule effectivement de nuit ou dans des pièces où la lumière est éteinte, ce qui n’aide bien évidemment pas à se délecter d’effets crapuleusement crades et pourra en frustrer certains. Mais à dire vrai, le film de Paul Lynch n’est de toute façon pas très porté sur les effets chocs. Bien sûr, le tueur (qui, au même titre que les déglingués de Survivance, peut être considéré comme l’ancêtre des fous des bois des Détour Mortel) donne de sa personne et laisse éclater tout sa rage sur les pauvres vacanciers qui ont eu le malheur de poser le pied sur ses terres. On notera tout de même que pour un assassin de slasher, ce brave gars n’est pas trop porté sur les armes blanches et préfèrent utiliser ses grosses pattes d’ours, qui lui permettent de broyer des crânes, dévisser des têtes ou briser des colonnes vertébrales. Un brave homme qui aime le contact humain, en somme. La scène la plus gore du film reste donc celle de l’introduction avec les chiens qui mâchouillent le corps du violeur, lui arrachant la peau à plusieurs endroits, gros plans à l’appui. Pour juger du travail de restauration et des différences entre la scène que nous pouvons voir aujourd’hui et sa version censurée d’antan, Uncut Movies nous propose en bonus la version tronquée d’origine. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’on y perd pas au change… Bien sûr ce ravalement de façade ne change pas le plomb en or et Humongous reste un slasher/survival plutôt sobre et mieux vaut ne pas se jeter dessus en espérant y découvrir une mer de sang. Heureusement, cette série B made in Canada a d’autres atouts dans sa poche.

 

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Si Lynch ne peut de toute évidence pas concurrencer ses cousins psychokillers sur le plan du bodycount, ici assez faible, il peut toujours le faire sur d’autres terrains, y compris celui de l’ambiance, ici très travaillée. C’est même là-dessus qu’Humongous marque ses plus beaux points, nous qui imaginions pourtant avoir affaire à une œuvre à la brutalité assumée et mise en avant. Plus fin qu’il n’y parait, ce mélange entre slasher, survival et l’horreur animalière ? Définitivement puisque l’on peut y percevoir une atmosphère triste, dramatique, pour ne pas dire malade. Le background de notre brute meurtrière est assez soigné et ne respire pas la joie : né d’un viol, mentalement déficient, visuellement monstrueux (il fait partie de ces tueurs de slashers à avoir un œil au-dessus de l’oreille), le pauvre n’a pas été aidé dans la vie et bien consciente de cela, sa daronne a décidé de le cacher aux yeux de tous en le laissant sur cette île, sur laquelle elle restait avec lui en espérant qu’il y meure sans avoir jamais croisé le regard d’autrui. Désormais livré à lui-même depuis la mort de sa mère, ce trentenaire à l’esprit d’enfant dont la seule compagnie devait être celle des chiens, qu’il imite une fois la nuit tombée, doit composer avec des jeunes gens forcément étranges à ses yeux et qu’il décide de tuer, histoire de suivre les commandements de sa défunte mère. Ca ne vous colle pas la banane et il est bien difficile de détester ce pauvre gars qui, au fond, ne doit contenir aucune note de méchanceté dans son imposante carcasse. Ses futures victimes sont aussi un peu plus travaillées qu’à l’accoutumée, du moins pour certaines, puisque leurs relations sont assez houleuses. Les deux frères ne s’entendent pas vraiment et semblent constamment en compétition, ce qui n’est pas aidé par le fait que la petite amie de l’un des deux est en fait amoureuse de l’autre ! On notera d’ailleurs que l’un des deux frérots, le moins responsable, est aussi un petit psychopathe en puissance, violent avec les autres et dangereux au point de pointer une arme chargée en direction de sa propre famille. La plus agréable du lot, surtout à la vue, est sans doute l’habituelle « Final Girl », obligatoire dans le style, ici une mannequin des plus jolies et plutôt sympathique.

 

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En plus de cet aura d’amertume, renforcée par un générique d’ouverture très élégant et nostalgique montrant la victime du viol entourée de ses chiens au détour de photos représentant « le bon vieux temps », désormais mort et enterré, Humongous jouit d’un climat maudit. Celui que l’on pouvait trouver dans les slashers de l’âge d’or, que l’on peut situer entre 1978 et 1984, lorsque le genre s’entourait d’une odeur de fatalité et soignait son atmosphère, se la jouait old-school dans un certain sens, avant que l’humour et la parodie ne s’emparent peu à peu du style via des films plus directs, bas du front et efficaces, mais qui perdaient également de leur dangerosité. Ici, la fameuse île pue la mort à plein nez avec ses carcasses de chien qui ponctuent le décor ou son brouillard épais comme de la chantilly qui entoure les lieux une fois la nuit tombée. Humongous sent la charogne en décomposition et la poussière et Paul Lynch compte bien prendre tout son temps pour se balader dans ses décors naturels ou sa maison d’apparence abandonnée pour avilir le tout. Le rythme est lent, trop pour certains sans doute, mais apporte une dimension particulière au spectacle, une petite touche de maturité, de désabusement. Bien sûr, Lynch n’oublie pas d’emballer une pure œuvre d’exploitation et l’amateur trouvera tout ce qu’il est en droit d’attendre d’un vrai slasher, à savoir de la violence mais aussi de la nudité. Et même quelques passages un peu « cheesy », comme lorsqu’une jeune fille va cueillir des myrtilles en les collant contre sa poitrine dénudée pour les transporter, la forçant par la suite à aller se laver le torse tandis qu’à côté d’elle gît un blessé paralysé par le froid. Et comment qu’elle le réchauffe, la gentille fifille ? En retirant ses fringues et en s’allongeant sur lui, pardi ! Une technique de drague à noter, messieurs ! Notons également un dérivé de la classique scène l’histoire au coin du feu, ici une histoire au bord de l’eau, l’un des gaillards récitant la légende entourant l’île, ses chiens et sa vieille dame à des jeunes gens autant paralysés par le froid que par la peur… Sans doute la meilleure scène du film ! Selon la manière avec laquelle vous le regardez et les attentes que vous en avez, Humongous peut donc être une réussite comme un échec. Sur Toxic Crypt, on a tendance à penser que l’expérience est des plus agréables et que quelques passages méritent le coup d’œil, d’autant que Lynch offre quelques jolis plans, principalement lorsqu’il peut jouer avec la silhouette de son assassin. Un bon petit slasher, respectueux des codes tout en osant s’en éloigner lorsqu’il le faut, à ranger dans vos « dévédéthèques » aux côtés des Vendredi 13 et Halloween… Comme au bon vieux temps des vidéoclubs !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Paul Lynch
  • Scénarisation: William Gray
  • Production: Anthony Kramreither
  • Pays: Canada
  • Acteurs: Janet Julian, David Wallace, John Wildman, Joy Boushel
  • Année: 1982

8 comments to Humongous

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Diantre, 3.000 repartages sur Facebook et pas un commentaire ? Moi qui pensait que je pourrai faire mon Troll en disant que je n’ai pas vu le film ! C’est raté 😀

    Sinon que dire si ce n’est que ta chro donne envie et me fait m’imaginer un film dans la lignée de Madman. Ta description du tueur d’ailleurs, m’évoque beaucoup Madman Marv. Autant dire que plus difforme est le tueur, plus ça me plaît. Avec le coup du violeur dévoré par des chiens, je suis aux anges !
    Il va sérieusement falloir que je rattrape cette lacune et que je testouille ce Humongous dont je viens au passage de découvrir le titre français d’époque: La Malédiction de l’Ile aux Chiens ! Ça claque ! Moi qui d’ordinaire ne me réfère qu’aux noms originaux, un machin comme ça j’adopte tout de suite.

    (sinon il parait que t’as des poupées gonflables ici ?)

  • Roggy  says:

    Apparemment, j’ai vu le film (il est dans ma base de données) mais je n’en garde aucun souvenir 🙂 Finalement, c’est un petit slasher que tu recommandes. Donc, pourquoi pas…

  • Le Chat qui Fume  says:

    Si je peux me permettre, Le Chat qui Fume n’a pas de gros moyens 🙂 Personne n’est payé chez nous car on ne peut pas. C’est de la passion 🙂
    Mais sinon Uncut se sont des vieux de la vieille et respect pour eux… surtout qu’ils sont en plus méga cool !!!

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