Vendredi 13, chapitre 5 : Une nouvelle terreur

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Dans une saga déjà prise de haut par la plupart des cinéphiles, y compris par de nombreux bisseux, Vendredi 13 Part.5 fait en prime office de vilain petit canard, d’opus mal-aimé, et ce même par certains fans de la franchise qui plus est! Le film de Danny Steinmann n’a pas la cote et l’on se demanderait presque pourquoi…

 

 

Attention, cette chronique contient des spoilers (que tout le monde connaît, cependant)!

 

On va me dire que les chroniques des Vendredi 13 se ressemblent et commencent toutes de la même manière mais vous reconnaîtrez certainement que les naissances des différents opus sont toujours les mêmes également. Le dernier opus en date fonctionne bien, on met une suite en branle, qui sera elle-même suivie d’une séquelle, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on en perde le fil. Et bien c’est à peu près pareil pour le cinquième volet de la plus représentative des sagas slasheresques: le quatrième volet, soi-disant Chapitre Final réalisé par Joseph Zito, avait encore une fois bien fonctionné et c’est en toute logique financière que les gars de la Paramount se lance dans l’élaboration d’un nouveau volet, quand bien même l’énervé Jason Voorhees est jugé comme mort et enterré dans l’épisode précédent, assassiné par celui qui restera son pire ennemi, le petit Tommy Jarvis. Ce n’est pas le genre de choses qui arrêtent les producteurs, qui font appel au réalisateur Danny Steinmann, connu pour The Unseen (Les Secrets de l’Invisible chez nous) et le Savage Streets avec Linda Blair. Comme il était en train de plancher sur une suite tombée à l’eau de La Dernière Maison sur la Gauche, Steinmann se verra proposer en remplacement la suite de la franchise aux vendredis maudits, qui ne se passe pas toujours un vendredi 13 et dont la date est à peu près aussi importante dans ces films que la couleur du slip de Super Mario dans la saga vidéoludique. Egalement scénariste, le Danny programme une histoire qui laisse la part belle à Corey Feldman, jeune interprète de Tommy, à la base prévu comme acteur principal avant que ces plans ne soient changés lorsque le mouflet (qui a aujourd’hui bien grandi et est tombé dans la série Z et vit sans doute principalement des autographes qu’il signe à des prix fous lors des conventions horrifiques) annonce qu’il va tourner dans Les Goonies, qui sortira la même année que le cinquième Vendredi 13, c’est-à-dire 1985. Le petit mec devra donc se contenter d’un caméo, tourné lors d’un samedi de libre où il ne devait pas chercher le trésor de Billy le Borgne, à l’arrière de sa propre maison.

 

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Mais voilà, alors que le quatrième opus avait fort bien fonctionné, ce cinquième film de la saga, qui est également la dernière bande réalisée par Steinmann (malheureusement décédé en 2012), ne fonctionnera pas aussi bien que prévu. Bon, il ramène tout de même 22 millions dans les poches de la Paramount alors qu’il n’en avait coûté que 2, cela reste une opération plus que rentable, mais disons qu’il y a un petit coup de mou, surtout comparé avec les premiers volets qui tournaient autour des 34 millions de bénéfices. En prime le film se fait démolir par la critique, qui n’avait déjà pas franchement adoré les quatre premiers films et, plus ennuyeux encore, les fans sont bien déçus. Pourquoi ? Tout simplement parce que, et c’est désormais bien connu, Jason n’est pas l’auteur de ce massacre. Une trahison, digne de celle d’Halloween 3 qui s’éloignait des aventures de Michael Myers pour toucher à quelque-chose d’autres (et de bien meilleur, cela dit en passant). Vous imaginez un Vendredi 13 sans Jason, vous ? Hein ? Ah oui, dans le premier c’était sa mère Pamela qui tuait, c’est vrai… Mais ça restait dans la famille! Et puis depuis, la saga est synonyme d’un tueur costaud portant le masque de hockey, c’est stupide d’avoir changé ça! Hein ? Le nouveau tueur est taillé comme un frigo et porte aussi le masque de hockey ? Et ouais les mecs, mis-à-part le détail du patronyme du personnage qui n’appartient en effet pas à l’arbre généalogique des Voorhees, ce Friday the 13th propose à peu de choses près la même chose que les trois précédents films et ne tente pas franchement de réinventer la roue. La recette est la même: un meurtrier en liberté, des victimes peu malignes, des décors forestiers, de la nudité et du gore si la censure le permet (et elle ne le permet malheureusement pas). Et nous allons vite nous rendre qu’à ce petit jeu, Steinmann est plutôt habile, connaissant fort bien les rouages de cette machine bien huilée. Il les connaît d’ailleurs si bien qu’il va se permettre quelques petites nuances et originalités…

 

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Tout débute par le caméo de Corey Feldman, qui reprend donc son rôle du jeune Tommy, qui se dirige vers la tombe du gros Voorhees alors que la nuit est largement tombée et qu’il pleut comme femme fontaine qui jouit. Mais alors qu’il s’approche, deux jeunes glands débarquent pour venir ouvrir le cercueil du célèbre tueur, qui je vous le donne en mille se réveille et pourfend les deux malotrus. Mais soyez rassurés, tout cela n’est qu’un cauchemar, censé être bien diffèrent dans la première version du script puisqu’on y voyait Tommy et Jason amenés à l’hosto juste après les évènements finaux du quatrième film. Le bambin devenait fou et se mettait à tuer tout ce qui bouge avant de découvrir le cadavre ensanglanté de Jason, qui se relevait de la table d’autopsie. Dommage que cette séquence prometteuse fut abandonnée à cause du planning du Feldman… Quoiqu’il en soit, le brave Tommy, désormais âgé de 18 ans, sera interprété par John Shepherd, une sorte de Tom Cruise blond et mal rasé, qui se réveille dans une voiture suite à ce mauvais rêve. Après l’habituel générique d’ouverture avec son fond noir et ses crédits blancs (la série des Vendredi 13 savait se distinguer par des génériques particulièrement chiants et god bless la touche « avance rapide »!), on découvre que Tommy est devenu un peu cinglé et qu’il a passé six années dans des asiles psychiatriques. Il y a visiblement aussi appris les arts-martiaux avec un maître ninja car il botte quelques culs dans le film et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il n’a rien à envier à un Jean-Claude Van Damme, le bougre! Mais en vue d’une réinsertion, le pauvre adolescent est envoyé dans une maison de repos pour les jeunes touchés par des problèmes mentaux. On ne peut pas dire que les choses s’y passent particulièrement bien, Jarvis ayant bien du mal à s’intégrer parmi les autres perturbés, qui vont d’une certaine normalité (certains semblent n’avoir aucun problème) à la folie la plus destructrice. Et elle finit par éclater lorsque l’un des résidents découpe l’un ses petits copains à la hache. Si le furieux coupable de ce coup de sang est bien évidemment transféré dans un asile où il versera des calmants dans son lait du matin, de nouveaux meurtres sont malgré tout commis dans les environs… Tommy serait-il devenu un meurtrier après avoir assisté à ce nouveau meurtre ? Est-ce que le plouc du coin et sa mère, qui détestent les occupants de la maison de repos, se sont décidés à les éliminer ? A moins que ce ne soit cet étrange clochard aux airs antipathiques qu’ils ont recueillis qui serait un tueur en vadrouille ? Peut-être que l’ambulancier qui a regardé bizarrement le cadavre lorsqu’il l’a emporté fut troublé au point de se mettre à zigouiller à tour de bras ? Ou bien Jason serait-il revenu du monde des morts pour finir le travail ? Les possibilités sont nombreuses pour cet épisode qui s’affiche comme un whodunit…

 

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Là encore, ce n’est pas la peine d’éluder la révélation finale: elle a fait couler suffisamment d’encre pour que vous soyez déjà avertis de l’identité du tueur (et si ce n’est pas le cas il est toujours temps d’aller voir le film et revenir dans votre crypte favorite par la suite!): c’est pas le colonel Moutarde mais l’ambulancier qui a fait le coup. Car le pauvre homme (par ailleurs joué par un mec qui considérait que le film est une sombre merde, ce qui est très exagéré) était en vérité le père de la victime tuée, un gros garçon stupide. Alors qu’il n’avait visiblement plus vu son fils depuis des chiées, cet ambulancier du nom de Roy Burns deviendra soudainement pris d’une rage incontrôlable et se déguisera en Jason Voorhees (seule différence: des triangles bleus sur le masque et non de couleur rouge comme il est coutume dans la saga) pour aller dessouder tout ce qui traîne. C’est là le principal ingrédient qui fait que les fans tournent le dos à cet épisode et si l’on peut effectivement reprocher à cette révélation d’être particulièrement mal amenée et trop simple (on t’explique au début que le garçon n’avait pas de père, a été trimballé de foyer en foyer dans tous les coins et comme par hasard son père est l’ambulancier qui va transporter le corps ? En plus il a une photo récente de son fils dans son portefeuille alors qu’il est censé ne pas le voir! Cherchez l’erreur!). Mais franchement, une histoire recherchée et crédible, ça n’a jamais été le fort de la saga ni des slashers en général, le principal étant ailleurs: dans la tuerie, la dynamique, l’inventivité des meurtres, l’ambiance, les effets et le look du tueur. Et de coté, il n’y a pas grand-chose à reprocher à Steinmann, qui fournit même l’un des épisodes les plus généreux en ces matières. Le bodycount s’élève à 22 meurtres (ce qui inclut les rêves et les meurtres de trois assassins différents), quelqu’un clamse toutes les six ou sept minutes, les tueurs prennent des poses iconiques (le remplaçant de Jason est très bien et Jason lui-même est mis très en valeur lors des délires de Tommy dans lesquels il déboule), certains meurtres sont très originaux (un feu de détresse placé dans une bouche, cisailles plantées dans les yeux, crâne broyé contre un tronc d’arbre par une ceinture, énorme clou planté dans la tête,…) et permettent de passer outre les homicides plus classiques (décapitations, machette dans le bide, hachoir dans la gueule et égorgements sont très fréquents ici). Par contre, on aura bien du mal à voir si les effets sont si réussis que cela, même si on imagine que le tout est un peu moins gore que le quatrième opus qui avait Tom Savini comme chaperon. Car comme toujours, la MPAA a emmerdé son monde et demandé des coupes dans tous les sens, au point que bien des meurtres manquent de sang et se finissent avant même de commencer. S’il y a de beaux restes (les cisailles et la ceinture gardent des plans marquants) et que le tout est tout de même moins allégé que le septième opus, qui souffrira bien plus des jugements défavorables des cravatés de la censure, c’est toujours un peu frustrant compte tenu que les giclées de sang forment le principal élément qui nous amène vers un slasher…

 

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Mais comme s’il se doutait que ces foutus censeurs allaient lui mettre des bâtons dans les roues, Steinmann décide de verser dans le trash dans d’autres domaines. Ainsi, la nudité est ici plus frontale et présente que dans les opus précédents, et les amateurs de belles poitrines apprécieront d’ailleurs la jolie paire offerte par l’actrice qui se ramasse un coup de cisailles dans les pupilles (et dont le nom de famille est Voorhees, ça ne s’invente pas!), les plus beaux seins de la série si vous voulez mon avis. De même, toujours dans une volonté d’être un peu plus déviant que la moyenne, Steinmann fait de ses personnages de grands consommateurs de drogues, de la coke aux petites cigarettes qui font rigoler. Ca ne parait pas grand-chose dit comme ça, surtout en 2015, mais à l’époque ce n’était pas si fréquent et cela a sans doute bien emmerdé la MPAA également… Vas-y Danny, fais les bien chier ces enfoirés! Vendredi 13 Part.5 se distingue également des autres opus par des personnages pour le moins pittoresques, ce qui est rendu aisé par la maison de repos destinée aux jeunes à problèmes, qui ne sont à vrai dire pas les plus dingues du lot, si ce n’est le gros bouffeur de chocolat. Une sorte de Jacques Villeret ou Maurice Risch du slasher, cheveux bouclés, gros yeux, qui après avoir dégueulassé le linge que deux jeunes filles mettaient à sécher va proposer du chocolat à un excité qui en tient une belle couche aussi et qui finira par lui coller une hache dans le dos. Pas mal non plus les deux ploucs, la mère et son fils, tout deux crasseux et vulgaires. Elle a pour habitude d’insulter tout le monde, y compris son fils qu’elle traite de fils de pute (!) tandis que lui n’est bon qu’à répéter tout ce qu’elle jacte et hurle comme une malade lorsqu’il s’est pris une raclée par Tommy Jarvis. On remarquera aussi que la plupart des personnages ont cette drôle d’habitude de chanter des chansons à la con (« ouh baby, ouh baby ») dès qu’ils sont seuls et que certains ont de sérieux problèmes intestinaux puisque deux d’entre eux se dépêchent d’aller poser du liquide à la banque (la course du clone de Michael Jackson vers les chiottes est impayable!). Cet aspect décalé apporté par ce régiment de mabouls qui n’hésitent jamais à en faire trop (bienvenue à la foire au cabotinage) favorise très clairement un coté cheesy collé au cul du film comme un vieux Babibel, film qui ne se prend jamais au sérieux malgré d’évidents cotés plus malsains liés aux traumatismes de Tommy. Certains n’aiment pas ce second degré un peu forcé, m’est avis qu’il participe grandement à la pelloche et en fait l’un des opus les plus agréables à suivre de la saga, de ceux qui ne vous laissent pas le temps de vous faire chier.

 

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Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Peut-être pas quand même car Steinmann peine tout de même à impliquer réellement le spectateur dans les peurs de Tommy, qui voit le spectre de Jason le suivre un peu partout. Le but est bien évidemment de laisser planer le doute quant à l’implication du personnage dans ce carnage mais cela peine à porter puisque le scénario n’est pas vraiment centré sur lui. Il n’y a d’ailleurs pas réellement de protagoniste placé en avant par rapport aux autres et cela empiète forcément sur le rapport que nous avons avec ce prétendu héros qui ne l’est pas vraiment. C’est dommage, cela aurait sans doute aidé à donner une couche d’efficacité supplémentaire à la très sympathique scène finale, montrant Tommy fixer un Jason illusoire, qui finit par disparaître. Et lorsque nous pensons que le gaillard s’est libéré de sa hantise, nous le découvrons quelques secondes plus tard prêt à poignarder celle qui a tout fait pour l’aider, portant le masque de hockey qui masquait la face de l’ambulancier. Si Jason a disparu de ses visions, c’est donc parce qu’il vit désormais en lui, Tommy étant la nouvelle menace, celle que nous redoutions durant tout le film. Une belle idée qui ne sera pas gardée pour le sixième film qui ressuscitera le père Voorhees suite au mécontentement de ses groupies. On notera également un manque de liant entre les scènes, certains personnages n’apparaissant en prime que pour se faire tuer, ce qui donne au film un aspect décousu évident, fait de petites scènettes dignes des livres Martine. Le tueur contre le faux Michael Jackson, le tueur et la serveuse, le tueur chez les ploucs,… On notera par ailleurs une certaine prédisposition à éliminer les personnages par deux, de nombreux duo y passant dans la première partie du film. Une originalité de plus qui aide bien le bodycount à monter (car ce faux Jason est plus efficace que le vrai, c’est un fait!) et qui pousse bien cette Nouvelle Terreur à être un volet atypique. Steinmann fait en tout cas du bon boulot puisque c’est réalisé avec efficacité, la photographie est très réussie et le cahier des charges est plus que rempli. Peut-être pas le meilleur des Vendredi 13 mais en tout cas l’un de mes favoris et l’un des plus intéressants!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Danny Steinmann
  • Scénarisation: Danny Steinmann, Martin Kitrosser, David Cohen
  • Production: Frank Mancuso Jr., Timothy Silver
  • Titres: Friday the 13th: A New Beginning (USA)
  • Pays: USA
  • Acteurs: John Shepherd, Melanie Kinnaman, Shavar Ross, Richard Young
  • Année: 1985

6 comments to Vendredi 13, chapitre 5 : Une nouvelle terreur

  • Oncle Jack  says:

    Même s’il n’arrive pas à la hauteur du sixième opus (le meilleur de la série), cette nouvelle terreur est vraiment très abordable. Surtout pour ces personnages complètement barrés. Mention spéciale à la jeune punk qui smurfe en robot-style devant sa glace avant de se faire démastiquer par notre usurpateur masqué.

  • Le Fanzinophile  says:

    Aaaah Melanie Kinnaman et son chemisier mouillé! Merci de me rappeler ce bon souvenir Rigs 🙂

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    On s’était déjà tout dis sur le sujet, mais pour la forme je confirme que cet opus 5 est loin d’être le pire de la série. On pensera ce qu’on voudra de la motivation du tueur, Roy reste un meurtrier impressionnant qui donne à la saga quelques uns des meurtres les plus sadiques du lot, et franchement original car n’utilisant pas toujours la simple machette / hache de rigueur.

    Le Whodunit était clairement un retour au source par rapport au premier film, avec trois tonnes de suspect, et si on part du principe que Jason était vraiment mort à l’époque (la série flitait avec le surnaturel, mais n’était pas ouvertement Fantastique à l’époque), l’idée semble logique. Surtout avec Tommy dans la liste des suspects, reprenant comme il se doit ses crises de rage introduite à la fin du volet précédent.

    Bref, malgré la censure et le côté un peu bancal de l’histoire de Roy (encore que d’emblé, avant qu’il ne craque, celui-ci apparaît comme très distant et probablement déjà un peu taré, d’où peut-être ses prises de distance avec son fils, allez savoir), je n’ai absolument aucun problème avec celui-ci.
    Son seul vrai défaut à mes yeux c’est qu’il peut paraître comme « le film inutile » dans le sens où sa conclusion est finalement la même que celle du 4. Tommy devient le nouveau Jason. La fois précédente, le simple regard sombre de Corey Feldman suffisait à laisser supposer un avenir bien sombre pour le personnage et Crystal Lake. Là il prend carrément le masque et le couteau, comme pour bien nous souligner le concept au cas où on était un peu trop con.

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