Entretien avec Didier Lefèvre

Category: Interviews Comments: 12 comments

didierteaser copie

A force de parler des productions de Didier Lefèvre, qu’elles soient fanzinesques, romancées ou radiophoniques, votre serviteur Rigs Mordo s’est demandé s’il n’était pas judicieux de quitter le bain radioactif dans lequel il barbote dans la crypte toxique pour aller voir ce qui se raconte dans le palais de la méduse. Un entretien avec le chef des lieux qui revient pour vous sur Médusa, Hammer Forever, son roman Le Gros ainsi que sur Radio Médusa. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Didier Lefèvre sans jamais avoir osé le demander!

 

 

L’habituelle première question : peux-tu nous raconter ta rencontre avec le cinéma fantastique ? Tes premiers amours bis ?

Ma rencontre avec le cinéma bis est assez multiple. Elle commence par une fréquentation des salles de cinéma dans ma jeunesse grâce à mes parents ou d’autres membres de ma famille qui m’y emmenaient régulièrement. J’ai eu la chance de naître à une époque où existait encore ce que l’on appelle le cinéma de quartier, où l’on ne trouvait pas que la production mainstream mais aussi des films qui étaient encore projetés longtemps après leur sortie. J’ai donc fait mon apprentissage là-dedans, grâce à mes parents qui m’emmenaient surtout voir des comédies françaises et des choses du même ordre et un oncle qui lui m’a emmené voir La Guerre des Etoiles quand il est sorti. Du coup j’ai mordu à l’hameçon et je suis retourné par moi-même au cinéma pour découvrir plein de nouveaux films, j’ai notamment regardé beaucoup de films de kung-fu à ce moment-là, et comme beaucoup de gens de ma génération mon identité en matière de cinéma bis s’est forgée avec la fréquentation des vidéoclubs. Et c’est là qu’est vraiment née la passion !

 

Tu m’avais d’ailleurs confié que tu avais déjà travaillé dans un vidéoclub à Bruxelles…

Oui ! Ça c’était déjà beaucoup plus tard, bien après ces débuts de l’adolescence ! Mais oui, j’ai effectivement travaillé à Bruxelles dans un SuperClub, ce qui n’existe plus en Belgique d’ailleurs… Ce fut en tout cas une façon de joindre l’utile à l’agréable en transposant ma passion pour les vidéocassettes via un métier. Et peu de gens le savent mais j’ai failli reprendre un vidéoclub dans le Nord de la France au tout début des années 90. Tout était fait, tout était en place, j’avais même le crédit de la banque pour l’acheter, et puis finalement au dernier moment le gars a plus voulu vendre ! Mais vraiment à la fin, quasiment le jour de la signature, quoi ! Bon aujourd’hui je le remercie un peu quelque-part car quand je vois ce que sont devenus les vidéoclubs, bon… Sans son changement d’avis, je pense qu’aujourd’hui je serais un peu dans la mouise (rires).

 

Quelle fut l’impulsion qui te poussa à créer ton propre fanzine ?

Dans mon cas, l’impulsion est triple. La première, c’est comme pour beaucoup d’éditeurs de fanzines, à travers Mad Movies, que je lisais déjà lorsque j’étais très jeune. Son histoire, le fait que ce soit un fanzine qui soit devenu un magazine, c’est quelque-chose qui m’a inspiré, qui m’a fait rêver et croire que cette aventure formidable était réalisable. La deuxième impulsion c’est le fait que dans mon lycée il y avait pas mal de fanzines qui circulaient, principalement des fanzines musicaux. C’était quelque-chose de très développé et après avoir fait partie du journal lycéen j’ai créé moi-même mes propres fanzines. D’abord pour déconner, car on y trouvait de l’humour un peu débile et gras, puis petit à petit j’ai glissé dedans des articles sur le cinéma et de fil en aiguille c’est devenu du vrai fanzinat. Puis la troisième impulsion vient de mon envie de l’époque d’écrire, je voulais faire de l’écriture mon métier et c’était un moyen de s’exercer, on va dire !

 

medusafanzin

 

Ton modèle principal était donc Mad Movies plutôt que d’autres fanzines de l’époque.

Au tout début, c’était Mad Movies, oui. Pas un modèle dans le sens où je cherchais à l’imiter mais c’était ma référence. Ce n’est qu’au milieu et à la fin des années 80, lorsque j’ai commencé Médusa, que je me suis mis à acheter d’autres fanzines comme Monster Bis, Cine Zine Zone, Inferno ou Darkness, qui existait déjà à l’époque. Ça m’a aidé à avoir l’idée de ce que serait Médusa, qui est d’ailleurs assez proche de ce qu’est le fanzine aujourd’hui, c’est-à-dire un fanzine avec beaucoup de plumes différentes, qui tente de diversifier la chose. Je me souviens que pour le troisième numéro de Médusa, j’avais écrit à plein d’autres rédacteurs de fanzines pour savoir s’ils voudraient bien me faire des articles car mon idée était de faire un « fanzine inter-fanzines ». Bon, je n’ai pas eu beaucoup de réponses et ceux qui m’avaient écrit ne me proposaient pas toujours quelque-chose d’intéressant mais c’était tout de même un brouillon de ce que Médusa est maintenant.

 

De fanzine semble-t-il entièrement consacré au fantastique, Médusa a peu à peu muté en un fanzine sans barrières, qui peut passer de la comédie au drame, de l’action au porno, tant que les films restent bis. C’est important pour toi de déployer toute cette variété, de ne pas mettre de frontières ?

Oui tu as raison, au départ c’était clairement orienté vers le fantastique car c’était vraiment le genre qui me plaisait. Et puis finalement je me suis senti un peu enfermé dans ces limites alors que j’avais envie de parler d’autres genres dont tout le monde ne parlait pas forcément. Et l’apport des fanzines m’a aussi fait changer, des fanzines comme Monster Bis, Inferno et Cine Zine Zone qui pour leur part parlaient de tout ! D’épouvante, de krimi, de films de capes et d’épées, de films de guerre,… Je me suis dit que finalement le bis était tellement riche qu’il ne fallait pas se donner de limites, qu’il fallait aller gratter toujours plus loin. Il faut dire qu’à l’époque avec la vidéo on trouvait de tout, du fantastique mais aussi beaucoup d’autres choses. Et puis en écrivant sur ces films, on se rendait compte que tel réalisateur n’a pas fait que du fantastique et qu’il a aussi versé dans la comédie, dans le polar, dans les films de capes et d’épées,… Donc si on voulait parler de tout, il fallait retirer ces limites, oui.

 

Après 26 ans de bons et loyaux services à la cause d’un bis varié, est-ce qu’il ne t’est pas difficile de trouver des sujets inédits, peu traités ?

Non car la force du cinéma bis ou populaire fait que c’est un puit sans fond, en fait. Aujourd’hui encore je trouve des films italiens, espagnols, même français ou américains dont j’ignorais totalement l’existence ! J’emploie souvent l’image de la pelote de laine mais c’est vraiment ça : on tire sur un fil et ça déroule des dizaines et des dizaines de films ! Bien sûr il y a beaucoup de mauvais titres dans le lot mais pour moi ce n’est pas un critère pour ne pas en parler. L’existence de ces films suffit pour qu’ils soient traités. Comme avec le temps j’ai de plus en plus envie de proposer de l’inédit, je ne m’impose aucune limite et si demain je découvre un réalisateur ouzbek, j’en parlerai avec la même passion que pour réalisateur italien ou français.

 

medusa25

 

 

Tu proposes et le lecteur dispose et découvrira lui-même la qualité des films…

Je fais tout de même attention à l’avis des lecteurs mais bon… Actuellement je reçois beaucoup de lettres suite à la parution du Médusa 26 et chaque lecteur me dit ce qu’il a préféré et ce qu’il a moins aimé, ce qui l’a intéressé et ce qui ne l’a pas intéressé. Mais avec une niche comme le fanzine bis, si je veux faire plaisir à tout le monde je dois faire un numéro par personne, au final. Certains lecteurs ne voudront pas de ciné asiatique parce qu’ils ne supportent pas ça, d’autres lecteurs qui sont des bisseux hardcore me diront que l’on parle d’Evil Dead dans le dernier numéro alors que pour eux ce n’est pas du bis, d’autres diront qu’ils n’aiment pas telle ou telle interview et auraient préféré que je publie autre-chose à la place,… C’est du coup difficile pour un fanzine de tenir compte de l’avis des lecteurs. On m’a proposé de faire un referendum pour savoir un peu ce que les lecteurs voudraient et attendent de Médusa mais c’est exactement ce que je ne voudrais pas faire car j’ai envie de surprendre. C’est d’ailleurs pour ça que je n’annonce pas le sommaire trop à l’avance, que j’attends un peu, car le but c’est qu’il y ait de la surprise, de ne pas refaire toujours la même chose. Faire des numéros qui parlent de films dont j’ai déjà parlé auparavant, ça ne m’intéresse pas.

 

Et puis tu mettais parfois dans le fanzine que c’était « un fanzine de Didier Lefèvre ». J’imagine que ce n’est pas évident de faire quelque-chose qui plait aux lecteurs et qui te correspond aussi totalement…

Peut-être… Je n’en sais rien, en fait ! Mais quand je mets « Un fanzine de Didier Lefèvre » c’est parce que même si il y a de nombreux collaborateurs, et aussi excellents soient-ils, Médusa doit toujours être mon reflet. Il n’y a qu’un homme ou qu’une femme à la barre. C’est lui le capitaine du bateau, c’est lui le réalisateur si je veux faire une analogie avec le cinéma. Ainsi quand j’écris « Un fanzine de Didier Lefèvre », cela signifie que j’ai choisi tout ce qui se trouve dedans, y compris ce que je n’ai pas écrit. J’assume tout ce qu’il y a dans Médusa. Alors oui, il est possible que certains lecteurs se disent qu’il est dommage que je parle de tel ou tel sujet qui ne leur plaisent pas mais à la limite, si cela ne convient pas ils peuvent ne pas le prendre. Je ne mets un pistolet sur la tempe de personne pour l’acheter ! Et puis la liberté du fanzine, c’est aussi le fait qu’en vendre dix ou quatre-cent ne change pas grand-chose. Bon ça me ferait quand même chier de n’en vendre que dix (rires) mais dans l’absolu cela ne change pas grand-chose… Je n’ai pas des objectifs de chiffre, avec des compères qui me disent « Attention, tu dois parler de ça car c’est populaire et ça va te ramener plein de nouveaux lecteurs ». Et je pense d’ailleurs que tous les zineux évitent cette logique-là.

 

Il y a en ce moment une petite polémique sur l’intérêt, ou plutôt le manque d’intérêt, de publier des articles peu inédits dans un fanzine. N’as-tu pas peur qu’on finisse par entrer dans une course à l’inédit au détriment des réelles envies de l’éditeur d’un fanzine ? Se dire « J’ai envie de parler d’Evil Dead mais c’est trop connu, je vais plutôt prendre ce petit film, même s’il ne m’intéresse pas » ?

Il ne faut pas que les gens entrent dans cette démarche, en tout cas. Et pour moi, la polémique n’a pas lieu d’être puisque le fanéditeur met ce qu’il veut dans son fanzine. Après, je me mets aussi à la place du lecteur : est-ce que ça va m’intéresser qu’on reparle encore et toujours des mêmes films ? J’en sais rien… Mais je pense qu’il ne faut pas prendre le problème à l’envers. Les premiers numéros de Médusa n’étaient pas nécessairement très glorieux et on y trouvait peu d’inédit et c’est normal. Chaque fanéditeur a besoin de faire ses armes et pour ce faire il vaut mieux commencer par un sujet qu’on maîtrise bien. Si on se lance dans une aventure sur des films inédits sans maîtriser totalement le sujet, on va croiser des spécialistes qui vont nous tomber sur la tronche en nous reprochant de parler de choses qu’on connait mal… Ce que je fais aujourd’hui dans Médusa sur le cinéma grec ou allemand, je ne l’aurais pas fait il y a dix ans. C’est une question de maturité. Je pense en tout cas qu’il n’y a jamais trop de fanzines ! Si le fanzine reste l’objet d’un créateur, il doit être libre. Christophe Triollet a fait un article sur le sujet, sur le trop plein de fanzines et il aurait surtout été dans le vrai il y a vingt ans je pense, car on trouvait beaucoup de fanzines qui imitaient Mad Movies. C’était même plus qu’imiter puisqu’on trouvait des fanzines qui photocopiaient des pages de Mad Movies ou L’Ecran Fantastique. Bon là… Quand t’es lecteur, ça n’a aucun intérêt d’avoir des photocopies quand tu peux avoir l’original ! Et il y avait aussi beaucoup de fanzines qui pompaient les interviews des magazines pros et là aussi on se demande quel était l’intérêt… Cela dit, pour revenir à ce qui se fait maintenant, j’ai récemment lu le fanzine La Fraicheur des Cafards qui a écrit sur John Carpenter. Je ne peux pas dire que j’étais très enthousiaste à l’idée de lire quelque-chose sur Carpenter dont j’ai déjà vu tous les films, mais j’ai malgré tout pris du plaisir en lisant ce qu’ils avaient à en dire et leurs analyses. J’ai trouvé ça frais et sympa ! Et puis, à chacun son niveau d’exigence. Pour ma part, je n’exige pas la même chose d’un fanzine qui en est à son numéro 2 ou 3, lorsqu’il est presque en rodage, d’un plus ancien qui en est à sa quinzième publication.

 

 

medusa26

 

Médusa est quasiment un objet de collection, avec ses couleurs, son nombre de page, sa mise en page,… Bien sûr, tu parviens à tout cela grâce à l’informatique ! Ne regrettes-tu pas un peu le temps du collage, de l’agrafage, du découpage à la main ?

Honnêtement, non ! (rires) Je pense qu’il faut vivre avec son temps et si je ne regrette pas ce que j’ai fait et je ne regrette pas non plus que tout cela ait évolué. Les heures que je passais dans les boutiques de photocopies qu’on trouve souvent près des universités à photocopier des Médusa, les journées entières passées à allonger mes fanzines par terre pour pouvoir les faire, c’était hyper chronophage ! Je ne regrette certainement pas d’avoir un imprimeur qui me fait mes Médusa, qui me les assemble et tout ! Je n’ai plus qu’à les envoyer ! Ça, je ne peux pas le regretter ! Ce que je peux éventuellement regretter, c’est que comme à l’époque les photocopies étaient vraiment pourries, on devait se creuser la tête pour innover et je me souviens que je recherchais autant d’images et de fonds pour les pages que de sujets de films. Mais sinon je ne regrette rien de l’époque !

 

De l’avis général, le fanzinat est lié à un coté amateur. Mais depuis quelques numéros, Médusa fait la nique aux magazines professionnels ! Est-ce que tu n’as pas peur de perdre ce côté « fait maison », de devenir « trop réussi » pour le fanzinat ?

Ça reste amateur tout de même, il ne faut pas croire ! Médusa ce n’est pas mon métier, ça ne me fait pas vivre, j’ai un ordinateur normal et je fais mes mises-en-pages sur Word, je ne suis pas un pro de la PAO ! Pour la beauté de l’objet, puisque l’on peut faire quelque-chose de beau avec des machines qui permettent des copies numériques absolument parfaites, pourquoi s’en priver ? Je ne sais pas si Médusa est trop réussi en tout cas… Je reste très critique dessus. Dans le 26 il y a des coquilles que j’ai laissé passer, un bout de l’interview de Cindy Hinds qui manque ou qui est caché par une photo,… Si j’étais un pro, cela n’arriverait pas ! Cela reste donc amateur dans sa conception.

 

Tu ne t’arrêtes pas à Médusa puisque tu relances aussi Hammer Forever cette année ! Qu’est-ce qui a motivé ce retour très attendu par tes lecteurs et à quoi devons-nous nous attendre ?

Nous parlions tout à l’heure des agrafages et tout ce qui va avec, et bien Hammer Forever c’était un pari fou dans mon existence. Le but était de créer un fanzine mensuel, qui n’avait certes pas beaucoup de pages mais qui nécessitait tout de même de voir les films et faire des recherches, tout mettre en page avec des moyens qui ne sont pas ceux d’aujourd’hui,… Et tout cela prenait énormément de temps ! En plus, ce fanzine avait eu du succès pour l’époque. On n’en avait pas vendu des centaines de milliers mais j’avais mis en place un système d’abonnement et j’avais une centaine d’abonnés, ce qui est vraiment pas mal pour un petit fanzine. Mais c’était encore des heures devant la photocopieuse, des heures à tout assembler, des jours de courses effrénées pour récupérer les textes,… Mon pote Romain Hermant, avec qui je faisais le fanzine, me mentait effrontément en me disant qu’il avait fini ses textes alors que ce n’était pas vrai ! (rires) Je le savais très bien mais c’était une sorte de jeu entre nous. Mais c’était vraiment une course effrénée et j’ai arrêté car je frisais le burnout à la fin. Et puis avec l’explosion des frais postaux, c’était devenu un gouffre… Mais cette idée de relancer Hammer Forever a fait son chemin en moi, au début j’étais vraiment contre et puis petit à petit je me suis laissé embrigadé et séduire par l’idée tout en sachant que ce ne serait pas la même formule que l’ancien. Ce ne sera pas un mensuel, je pense plutôt qu’il y aura deux ou trois numéros par an et ce sera bien évidemment beaucoup moins épais qu’un Médusa puisque cela devrait faire entre 20 et 30 pages par numéro, je pense. On va en tout cas explorer ce que l’on n’avait pas fait à l’époque, on ne va donc pas refaire Le Cauchemar de Dracula ou Les Maléfices de la Momie mais d’autres choses. Et je pense qu’avec la technologie actuelle, cela pourrait faire de beaux objets ! Je suis en tout cas assez enthousiaste ! Par rapport à Médusa, il y aura beaucoup moins de monde dans le comité de rédaction. Il y aura bien sûr Romain Hermant car pour moi c’était impensable de refaire Hammer Forever sans lui alors qu’il était le co-fondateur de la version mensuelle. C’est d’ailleurs lui qui m’a relancé suite à sa réception du Médusa 26, il s’est rendu compte que ça lui manquait de ne pas écrire et comme de mon côté l’idée de relancer Hammer Forever me trottait dans la tête j’ai dit « Banco, on relance l’affaire » ! Je pense en tout cas dévoiler le sommaire vers le mois de mai et j’espère que nous aurons terminé pour le Bloody Week-End, histoire que les gens puissent l’acheter là-bas en premier lieu. Et puis pour ne pas arriver les mains vides, aussi ! (rires)

 

Toi qui es un grand fan de la Hammer, qu’as-tu pensé de leurs productions récentes ?

Déjà j’étais content qu’ils reviennent. Mais c’est un peu comme pour tout, comme pour Star Wars par exemple : on a tellement attendu pour qu’ils en refassent qu’au moment où ça se produit on n’en avait plus tellement envie, en fait. Et j’ai cette impression mitigée avec la Hammer… Ils reviennent mais est-ce encore leur temps ? Cela dit La Dame en Noir j’ai trouvé ça pas mal, il n’y a pas de quoi se réveiller la nuit mais c’est pas mal… Les autres un peu moins mais bon… J’attends la suite quand même mais la Hammer restera toujours liée cet âge d’or de l’épouvante british, dans lequel j’englobe la Amicus d’ailleurs. Peter Cushing, Christopher Lee, Terence Fisher, Jimmy Sangster,… Tout ça, à notre époque c’est plus possible, quoi… Mais je trouve tout de même sympathique qu’ils soient revenus.

 

 

grosposter

 

Tu es également l’auteur du roman Le Gros. On aurait pu s’attendre à une histoire d’horreur au vu de tes activités fanzinesques, mais au final c’est surtout un récit horrible au niveau social du terme ! Tu dresses un portrait peu flatteur du nord de la France, c’est ainsi que tu vois la région ?

Ouais, c’est ainsi que je la vois en partie, en tout cas. Cette vision est liée à ma profession puisque je travaille dans l’éducation spécialisée dans l’aide sociale à l’enfance, donc je côtoie la misère quotidiennement et ce qu’on trouve dans Le Gros est un reflet parcellaire de la réalité. Mais la réalité est toujours pire que la fiction, hein ! Il faut bien se le dire ! Je ne pense pas que ce soit spécialement attaché au Nord de la France mais j’avais besoin d’être en terre connue pour planter le décor. Je me suis souvenu de scènes de mon enfance ou de mon adolescence, de ces grandes zones industrielles en friche, de ces usines abandonnées et lugubres, cette pluie, ce crachat, cette grisaille,… C’est ça qui m’intéressait. Mais je suis bien où je suis, hein ! Là à l’heure où on se parle il fait beau, il y a du soleil et si je vais dans mon jardin j’entends les oiseaux chanter. Mais je pense que pour aimer une région, il faut aussi en connaître la part sombre. C’est comme pour une personne, quand on se marie avec quelqu’un, il ne faut pas l’épouser que pour ses qualités sinon cela va vite devenir compliqué…

 

Le Gros a bénéficié des mêmes points de vente que Médusa, du même circuit, et j’imagine que les lecteurs de ton roman sont en bonne partie ceux de ton fanzine. Est-ce que tu as un peu adapté ton texte en gardant cela à l’esprit ?

Non pas du tout ! Au départ je ne l’ai vraiment pas écrit pour que les lecteurs de Médusa le lisent, je l’ai écrit comme je voulais qu’il soit, je n’ai rien adapté. Et effectivement on l’a retrouvé dans des points de ventes où l’on trouve Médusa mais aussi ailleurs, comme sur Amazon, pour ne pas les citer. Mais c’est vrai qu’une partie du lectorat est aussi celui de Médusa mais pas seulement, il y aussi pas mal de gens qui l’ont acheté alors qu’ils ne lisent pas le fanzine. Je dirais que c’est du 50/50, en fait. Il y a peut-être même moins de lecteurs de Médusa qu’on pourrait le croire… Mais j’aurais bien aimé que tous les lecteurs de Médusa l’achètent, j’en aurais vendu beaucoup plus ! (rires) Reste que je suis déjà très content de l’avoir fait. Le faire, rien que ça, c’était déjà le summum du truc pour moi ! La distribution a été plus compliquée, j’aurais aimé faire des salons et des évènements de cet ordre mais je m’y suis mal pris, de plus j’ai fait la promotion de manière très très light. Mais voilà, je suis content que ça soit sorti, j’ai tout vendu et c’est cool ! (sourire téléphonique)

 

J’ai lu dans ton interview dans le fanzine Everyday is Like Sunday sorti il y a peu que tu travaillais sur ton prochain roman. Où ça en est ?

C’est en fait un roman que j’ai commencé il y a très longtemps, au bord d’une piscine aux Etats-Unis alors qu’il se passe aussi dans Nord de la France ! Rien à voir avec le décor, quoi ! Je l’avais laissé de côté, puis repris, recommencé,… J’ai la structure générale dans la tête, plein d’idées, mais je n’ai pas eu le temps de le terminer. De plus, une bonne partie de ce que j’avais fait était sur un disque dur qui a grillé un peu avant les fêtes et tout fut perdu. Il ne me restait donc qu’une trame que j’avais rédigée il y a quelques années et je n’avais pas envie de tout recommencer tout de suite… Je le sortirai un jour mais ça ne sera pas avant quelques mois, voire quelques années. Ce ne sera en tout cas pas dans la même chronologie que Le Gros, qui se passe sur très peu de temps, sur quelques jours. Dans mon prochain roman, qui s’appelle Méchant Ordinaire, chaque chapitre sera un saut dans le temps, soit dans le futur, soit dans le passé. C’est un truc un peu plus ambitieux niveau écriture, un peu plus compliqué aussi. Mais ce sera dans le même esprit, par contre !

 

Ton écriture est très tranchante, au temps présent, ne s’attardant que sur ce qui est vraiment utile, très cinématographique et visuelle donc, comme un scénario. Est-ce que tu as déjà écrit des scénarios auparavant ? Car cela m’y a beaucoup fait penser.

En fait Le Gros était à la base une commande faite par un mec que j’avais rencontré dans une école de publicité et qui développait des séries pour la télé française, pour feu La Cinq plus précisément. Comme il trouvait que je n’écrivais pas trop mal, il m’a demandé si je pouvais lui faire quelques petits synopsis d’histoires que je pouvais avoir en tête. J’ai accepté et je lui en ai fait une douzaine, assez rapidement, chacune de deux ou trois pages en tentant d’être très visuel. Comme à l’époque on était en pleine période Twin Peaks, j’avais pensé une ville imaginaire dans le Nord de la France où se seraient passées toutes ces histoires qui n’avaient pas forcément de liens entre elles. Et dedans, il y avait celle de Le Gros. C’est en tout cas ma seule expérience dans le scénario. J’ai tout de même eu une période où je voulais faire des courts-métrages, un peu comme tout le monde je pense, et avec un ami on avait décrit quelques films. Mais ce n’était pas très abouti.

 

 

radiomedusa

 

Tu animes également Radio Médusa, ce qui est une sacrée aventure tout de même. Comment tu en es venu à te retrouver derrière ce micro ?

En fait j’adore la radio depuis tout petit, c’est un média qui me passionne énormément. J’ai toujours rêvé d’être dans un monde post-apocalyptique, où il n’y a plus de vie sur Terre, et me retrouver dans un bunker à parler dans un micro à d’hypothétiques auditeurs ! J’ai donc toujours été tenté de faire ça et il se trouve qu’à Arras, où je vis, il existe une radio associative plutôt ouverte d’esprit, Radio PFM, et dans laquelle j’ai été plusieurs fois interviewé pour mon groupe, Dead Rats. Au début j’y allais seulement pour dire tout et n’importe quoi à l’antenne, surtout des conneries, et puis au final les gens m’ont dit que ça passait bien et j’ai pensé que ce serait sympa d’avoir un projet avec Radio PFM. J’ai travaillé sur Radio Médusa bien avant que cela commence, j’ai bossé sur le projet, j’ai été formé à la technique de la radio, j’ai appris à enregistrer et monter une émission, j’ai fait des tests, écrit une émission zéro et ce n’est qu’après que l’aventure s’est lancée. Ca plait beaucoup à la radio car ça leur fait un magazine puisque chaque fois ou presque il y a quelqu’un d’interviewé. Si cela avait été une émission pour passer des disques, peu importe le style, ça ne les aurait pas intéressé.

 

Tu es un véritable activiste de l’underground : tu écris, tu édites, tu animes une émission, tu vends via La Petite Boutique de Médusa, tu chantes dans un groupe de rock,… Est-ce que faire tout cela dans un cadre « Do it yourself » te comble pleinement ou est-ce que tu aspires à devenir pro dans l’une ou l’autre de ces activités ?

Je n’aspire absolument pas à devenir un pro, dans aucune de mes activités, je suis très bien comme ça ! Ma vie est très équilibrée entre ce que je fais en Do it Yourself comme tu dis, entre ce que je fais pour le travail et ma vie familiale. Disons que j’ai une peur phobique de l’ennui, couplée à une peur phobique de la mort, et j’ai l’impression qu’il faut toujours que je fasse une activité, que j’ai toujours un projet, que je lance toujours une initiative. Je n’ai pas envie de vide !

 

Pour terminer, quelle nouvelle activité tu aimerais ajouter à cette liste ? Quelque-chose que tu n’as pas fait et qui te brancherait bien ?

Il y en a certainement mais là, maintenant, je ne sais pas. J’aurais aimé être David Bowie mais c’est raté ! (rires) Il y a tout de même deux choses… J’aimerais écrire un livre sur le cinéma même si ça me fait un peu peur vis-à-vis de l’aspect chronophage de la chose, qui impacterait forcément sur mes autres activités. C’est ce qui me retient… Et sinon, même si cela restera sans doute un rêve, j’aimerais écrire et développer un scénario. C’est quelque-chose qui m’intéresserait vraiment !

 

Entretien téléphonique réalisé le dimanche 8 mars 2015.

 

 

Un grand merci à Didier pour le temps qu’il a consacré à Toxic Crypt et pour sa gentillesse! N’hésitez pas à aller foutre votre nez dans La Petite Boutique de Médusa et y acheter quelques fanzines cools, à vous balader sur le blog de Médusa et, enfin, à écouter le dernier épisode en date de Radio Médusa, avec interview de l’auteur du livre Redneck Movies à l’appui!

12 comments to Entretien avec Didier Lefèvre

  • Le Fanzinophile  says:

    Excellente interview! Aussi bien au niveau des questions, intelligentes, que des réponses, très intéressantes.

  • david david  says:

    super interview je connais mieux le parcours de Didier maintenant et le coup du vidéo club,tes questions sont pertinentes Rigs !

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Pour un entretien téléphonique, c’est… Carré. Précis. Complet. Et ça n’a vraiment pas l’allure d’une conversation entre deux mecs à chacun des kilomètres de distance au bout de leur portable. C’est spontané, fluide, enjoué, travaillé et la retranscription de l’interview par écrit est bien « monté ». Dans le sens où il n’y a pas de temps mort ou de répétition ou de questions/réponses parfois bancales (trop courtes, trop hors sujets, etc) comme on peut en avoir parfois.

    Génial. Et ça laisse rêveur sur la possibilité de pouvoir mener quasiment de front autant d’activité comme ça (autant de la part de M. Didier Lefèvre que du bouffeur de frite qui l’interroge).

    (tain je me sens con à même pas tenir mes propres délais pour une simple chro à côté)

  • Darkness Fanzine  says:

    Bravo pour cet entretien carrière mené d’une main de maître. Des propos clairs et directs restitués avec justesse.

  • Oncle Jack  says:

    Je n’ajouterai rien de plus que ce que les autres ont déjà dit dans leurs commentaire. Super boulot (comme d’hab). Même s’il sait comment nous faire plaisir, on se demande quand il trouve le temps de dormir ce Didier ?

  • Roggy  says:

    Encore une fois tu me bluffes avec le professionnalisme de tes interviews. Bien menées et surtout très intéressantes. Je me joins à la cohorte des amoureux du bis (et de ton site) pour te féliciter. Et bravo à Didier Lefèvre pour son dévouement et sa passion communicative.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>