Épouvante sur New York

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Bébé monstrueux, flic défiguré devenu maniaque, yaourt qui vous donnera la chiasse de votre vie, extra-terrestre qui se fait passer pour un dieu, ambulancier fou,… Larry Cohen aura donné vie à bien des horreurs, que ce soit à l’écrit ou via ses réalisations, mais sa plus meurtrière viendra du fin fond d’une préhistoire mystique…

 

 

Regardez dans le ciel! Serait-ce un avion ? Un oiseau ? Superman ? Le très moche vautour géant du film The Giant Claw ? Ni l’un ni l’autre, c’est Quetzalcoatl, que le réalisateur/scénariste Larry Cohen renommera Q pour plus de facilités linguistiques. Essayez donc de dire le nom de cette divinité mexicaine une dizaine de fois, d’affilé, avec une patate en bouche et en marchand sur des braises (histoires de corser le défi) et vous comprendrez ce qui a poussé le vieux Larry à abréger le patronyme du célèbre « serpent à plumes » dans son film sorti en 1982. Rien à voir avec La Vengeance du Serpent à plumes avec Coluche puisque de comédie il n’est bien évidemment pas question avec l’un des Masters of Horror, qui ne manque tout de même pas d’humour à l’occasion. Pour son dixième film en tant que réalisateur, celui qui écrivit quelques épisodes de Columbo se lance dans les pattes griffues d’un gros reptile ailé qui fout le bordel à New-York. Egalement producteur et scénariste de la chose, Cohen assure qu’il travaillait sur un autre film, dont il sera viré, avant d’assurer la mise en scène de cet Epouvante sur New-York qui lui servira de vengeance… Mais la vendetta ne se fera pas avec un seul homme et pour parvenir à ses fins le papa du Maniac Cop (qu’il a écrit à défaut de le réaliser) rameute quelques fiers acteurs comme Michael Moriarty, que Cohen retrouvera plus tard pour The Stuff et La Vengeance des Monstres (aka It’s Alive 3), Richard Roundtree (le Shaft en personne, également présent dans le premier Maniac Cop) et ce bon vieux David Carradine, l’homme que la mariée de Tarantino voulait tuer. Une bien belle équipe… Pour un bien beau film ?

 

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Larry Cohen est le genre de gars qui vous imagine une histoire à partir de rien. Ainsi, lorsqu’il est assis à la terrasse d’un café pour reluquer les buildings qui s’offrent à lui, il se dit que ce serait cool si un dragon énervé venait y faire son nid et térrorisait toute la ville. Du High Concept comme on dit, à savoir des histoires qui peuvent être résumées en quelques mots, se basant sur le principe du « et si… ». « Et si New-York était attaqué par un serpent ailé », pour le coup. Notre joli monstre choisit donc le Chrysler Building comme seconde résidence, profitant d’un trou dans le toit pour aller y pondre sa descendance. Mais comme il faut bien manger, notre gros vautour d’écailles va aller puiser dans le garde-manger à disposition. Car la porte du frigidaire est grande ouverte et la bestiole va en profiter pour aller becter son plat préféré: nous, les hommes. Mais tout cela, ça ne tient pas sur une heure-et-demi, à moins de se la jouer Roger Corman et se contenter d’un script banal, à base de « Oh un monstre! Vite l’armée ! Boum badaboum, on a gagné! » (je schématise). Pas le genre de Larry Cohen, qui va bien évidemment ajouter un peu de gras autour de l’os et tenter de sortir du carcan classique du film de gloumoute géant. Il décide donc d’ajouter à son intrigue basée sur le gros canari préhistorique des éléments venus du polar et du thriller. Ainsi, en plus de devoir faire face aux étranges disparitions des gens happés par notre cousin aérien de Reptilicus, nos amis les flics (Carradine et Roundtree) vont se retrouver face à une étrange série de meurtres. Car dans le coin, on retrouve des cadavres dépecés ou auxquels on a retiré le cœur, ce qui laisse forcément songeur. Est-ce que ces meurtres qui prennent des airs de rituels ont un rapport avec le gros pigeon qui ne mange pas que du pain et qui préfère nous picorer la tronche ? Carradine le pense bien.

 

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Parallèlement à tout cela, nous suivons la destinée du Jimmy Quinn (Moriarty), un raté un peu fêlé, pas méchant mais qui a le chic pour se mettre dans des ennuis pas permis. Cette fois, il est impliqué dans un braquage et non seulement il a la police au cul mais il s’est également mis à dos les malfrats qu’il aidait. Il faut dire qu’il a fait fort en paumant les diamants qu’ils venaient de voler… Mais alors qu’il fuit pour ne pas se faire trouer la peau, Quinn se dit qu’il lui faut une vraie cachette, un endroit où on n’ira pas le chercher. Et pourquoi pas le sommet du Chrysler Building, tiens ? Mais alors qu’il s’y rend, notre désœuvré découvre un œuf énorme et un cadavre dont il ne reste que les os. Notre éternel perdant (il se fait virer de tous les jobs et tout le monde le prend pour un baltringue) voit dès lors l’occasion de briller. C’est qu’en révélant la cachette du monstre qui crée la panique sur la ville, il deviendra un véritable héros aux yeux de tous, y compris de ceux qui lui crachaient dans la bouche jusque-là. Mais Quinn n’a pas dans l’idée de lâcher l’info aussi facilement et préfère s’assurer que les autorités sont prêtes à lui offrir une rétribution à la hauteur de ses espoirs. Le personnage, pour lequel nous éprouvions plutôt de la pitié, devient soudainement un maître-chanteur qui place finalement dans le reptile de grands espoirs. La créature devient son outil de vengeance et le prolongement de son être. De fait, lorsqu’elle tue quelqu’un, c’est sur lui que retombe la culpabilité puisqu’il aurait pu éviter ce décès en révélant la cachette du serpent ailé. Un développement plutôt surprenant pour un pur film de monstre, rappelant que Larry Cohen est un scénariste avisé, du genre à porter un récit banal vers des territoires plus originaux. Ainsi, pour une fois ce sont les humains qui sont plus importants que la créature, ce qui d’une part permet au film de se draper d’un fond plus intéressant que la moyenne, mais également d’obtenir une structure finalement assez pratique.

 

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Car qui a envie de se retrouver face aux éternelles discussions de militaires, journalistes ou policiers qui établissent des plans pour éradiquer la menace ? Personne, le bisseux ayant déjà soupé plus que de raison de toutes ces séquences bavardes et assommantes au possible dans les années 50, grandes pourvoyeuses de séries B qui jactent plus que nécessaire. Cohen parvient donc à éviter l’écueil en liant la destinée du dragon à celle de son personnage principal, faisant basculer le récit dans un aspect moral, telle une critique sur l’obligation de témoigner lorsque l’on assiste à un méfait, sous peine d’être considéré comme complice. L’intrigue policière menée par Carradine vient, elle, combler les trous, permettant d’allonger un peu la pellicule tout en révélant les origines du monstre, qui serait visiblement une divinité aztèque, ce qui expliquerait les agissements meurtriers de ce fou de dieu qui s’amuse à sacrifier d’autres hommes, tout aussi fous puisque volontaires. L’occasion pour Cohen d’amener quelques meurtres graphiques puisqu’il ne peut pas compter sur son monstre, qui se contente d’arracher quelques têtes, là où notre serial-killer (qui se déguise en oiseau vert, ça méritait d’être dit) nous offre quelques corps délestés de leur peau ou de leur cœur. Preuve supplémentaire de la part du Larry que c’est les agissements des protagonistes humains qui comptent plus que celui du monstre. Par chance, il peut compter sur des acteurs compétents. Car même si Moriarty en fait des caisses, il donne parfaitement vie à ce personnage nerveux, un peu timbré, coincé entre agoraphobie et dépréciation chronique, ce qui le poussera naturellement à ne plus se sentir lorsqu’il aura les cartes en main. Carradine est comme d’habitude, calme et peu concerné, même si nous pouvons sentir qu’il est content d’être là, contrairement à la suite de sa carrière où on pourra largement apprécier tout son je-m’en-foutisme.

 

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Mais si sur le papier tout roule, c’est un peu plus laborieux une fois le tout couché sur l’écran. Car le tout à une patte un petit peu télévisuelle et si le film est sorti dans les années 80, il semble s’échapper du début des seventies, pour le meilleur (les rues grises de New-York) et pour le pire. Comme les incrustations de notre fameux monstre, que l’on peine un peu à imaginer aux cotés des acteurs et décors. Ce qui est d’autant plus dommage qu’il est très beau et que ses apparitions donnent la banane, tout simplement parce qu’il est animé en stop-motion, technique désormais ancestrale mais qui fait toujours un effet du tonnerre et vaudra toujours tous les CGI de la planète. Ce sont d’ailleurs deux habitués qui s’occupent de donner vie au monstre, à savoir Randall William Cook (S.O.S Fantômes, Vampire vous avez dit Vampire ?, Puppet Master 2, The Gate, Poltergeist 2,… je continue ?) et David Allen (Hurlements, S.O.S Fantômes 2, Dolls, Flesh Gordon, The Stuff,… je peux arrêter ?). Ces deux fiers artisans permettent au film de soigner son aspect « film de monstre » et donc ses cotés les plus funs, comme cette séquence lors de laquelle une horde de flics qui tirent sur notre gros poulet vert. Bien entendu, tout cela ne fait pas d’Epouvante sur New-York un fleuron du genre, mais il peut en tout cas se vanter d’être une petite série B qui ne se repose pas sur ses acquis et tente de nous amener un peu plus loin que prévu. Et c’est suffisamment rare pour être apprécié.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Larry Cohen
  • Scénarisation: Larry Cohen
  • Production: Samuel Z. Arkoff, Larry Cohen, Dick Di Bona,…
  • Titres: Q, the Winged Serpent (USA)
  • Pays: USA
  • Acteurs: Michael Moriarty, David Carradine, Richard Roundtree, Candy Clark
  • Année: 1982

8 comments to Épouvante sur New York

  • ingloriuscritik  says:

    Je garde étrangement un souvenir impérissable du poster qui ornait la vitrine de mon vidéo futur (au nom cruellement désuet ..snif) .A bien la regarder a nouveau sous ta chro , je comprend mieux pourquoi finalement ce n’est pas si étrange que cela !
    Bravo déjà pour ton papier , mais également pour le soin tout particulier que tu apporte au choix des sujets , et a toutes ces vhs que tu déterre . Et du larry Cohen , la c’est carrément …jurassique !
    Du coup , effet boomerang , tu m’oblige a redescendre en Zone craignos monster …et ca a quand meme plus d’humilité et de chrame facuhé qu’un riche godzilla CGIsé a grand coup de billet verts !!! Funky town !!!(ca veut rien dire , mais c’est le cire que je vient de pousser !)

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Pas mieux. Le seul « défaut » du film qui m’apparait est la VF désastreuse, surtout concernant le perso de Michael Moriarty qui y perd beaucoup. Ça mis à part, la réalisation ne m’avait pas tellement dérangé et elle m’apparaît comme la façon de filmer habituelle de Cohen.

    Malgré les années, certaines scènes foutent presque encore le vertige lorsque la police doit grimper de gratte-ciel en building pour attaquer la Bête, et le monstre est vraiment plaisant à regarder. Bref, comme souvent avec Cohen, c’est plein d’idées, d’énergie et de moments mémorables. Ce mec était vraiment doué.

  • Dirty Max 666  says:

    Du B comme on en fait plus et qui nous ramène à une époque ou le manque de thunes ne freinait nullement la créativité… Ici, la bestiole a vieilli, c’est vrai, mais le script est suffisamment élaboré pour convaincre (le côté légende urbaine fonctionne à donf). Le savoir-faire de Cohen rend cette histoire crédible, ce qui n’était pas gagné d’avance, vu le pitch. Même si je garde une préférence pour les excellents Meurtres sous contrôle ou Le monstre est vivant (et sa suite), je trouve cet Épouvante sur New York très attachant. Et puis, grâce à Toxic Crypt, l’authentique série B n’est jamais oubliée !

  • Roggy  says:

    Même si le film n’est pas parfait, je l’aime bien surtout parce qu’il y a ce monstre en stop-motion. Peut-être un des derniers avec cette technique ? D’ailleurs, j’ai eu la chance de le voir en salle dans le cadre d’une thématique au Forum des images.

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